Recueil reptilien by Mikoshiba
Summary:

Image de Medusa-Dollmaker sur DA modifiée par mes soins

 

Participation à la troisième édition d'À vos claviers, organisée cette année par ET et Nighty.

Merci à vous les filles !

 

Voici donc ma participation, avec un reptile dedans car l'Institut Kèdjougou vaincra.


Categories: Projets/Activités HPF Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: A Vos Claviers ³, Les crocodiles de Kèdjougou
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 951 Read: 836 Published: 06/07/2018 Updated: 08/07/2018

1. Défi 2 : Les enseignements d'un monstre by Mikoshiba

Défi 2 : Les enseignements d'un monstre by Mikoshiba
Author's Notes:

Voici les contraintes du second défi :

Les plans secrets de Baudelaire

Le marquis invisible.
Le portrait fatal.
Une infâme adorée.
Les enseignements d'un monstre.
Le monde sous-marin.
Une ville dans une ville.
Le déserteur.
  La licorne

Le poète Charles Baudelaire a laissé des « plans et projets de romans et nouvelles » qu’il n’a malheureusement pas pu écrire avant de mourir. Aidez Monsieur Baudelaire à sécher ses larmes et réalisez pour lui un de ses plans secrets !

- Votre nouvelle devra avoir comme titre l'un des projets ci-dessus, et s'en inspirer.

- Vous devrez insérer dans votre texte une citation d'un auteur contemporain de Baudelaire

- Votre texte comprendra au moins une référence à un oiseau

- Votre texte devra contenir 5 mots par sens

- Contrainte de mots : 800 mots minimum

Line était aveugle depuis sa naissance.  Elle n’avait jamais vu la lumière, mais cela ne lui manquait pas outre mesure : comme son grand maître Aasim le lui avait appris, on ne peut regretter une chose que l’on ne connait pas ; et Line de doutait jamais de ses paroles. Après tout, c’est lui qui l’avait éduquée, et depuis aussi loin que ses souvenirs lui permettaient de remonter dans le temps, il avait toujours été à ses côtés, à l’instruire, à la guider.

Ils vivaient tous les deux dans une petite maisonnette en bordure de la forêt, ce qui leur permettait de se réveiller chaque matin grâce au doux chant des merles, de chaparder des mûres acidulées dans les taillis, de sentir l’odeur enivrante des sapins après la pluie, de jouer des airs de guitare autour d’un feu de bois les soirs de plein été. Ils étaient libres de faire tout ce qu’ils souhaitaient, peu importe le moment auquel ils le souhaitaient, et rien ne pouvait les rendre plus heureux que la vie qu’ils menaient.

Aasim avait appris à Line à nager, à compter, à courir, à se repérer seule en forêt. Mais la plupart du temps, ils s’asseyaient tous les deux sur un banc en bois et ils parlaient. Aasim avait une culture impressionnante et Line avait une soif d’apprendre qui ne tarissait jamais : elle se passionnait pour la musique, la philosophie, les langues étrangères (elle avait d’ailleurs une nette préférence pour le latin et le grec ancien), le jardinage, la physique, l’anatomie, la géologie, les mathématiques et tant d’autres choses. Son dernier sujet favori était l’astronomie : Aasim la lui avait exposée de la même façon que la physique, et elle se représentait aussi clairement les constellations et les amas stellaires que les atomes et les molécules. Ce rapprochement entre les deux domaines avait été renforcé lorsqu’Aasim lui avait expliqué que l’on trouvait dans certains nuages de la Voie lactée une molécule également présente sur Terre : le formiate d’éthyle, responsable du goût des framboises.


Le lendemain de cette découverte, lorsqu’elle vint s’asseoir sur le banc, Line semblait préoccupée et Aasim le vit dès qu’elle s’approcha en se frottant les yeux. Elle n’avait pas dormi de la nuit, tant elle avait réfléchi. Il alla lui cueillir un peu de menthe qu’il laissa infuser dans une tasse, espérant que le parfum des feuilles l’aide à se réveiller.
— Dis-moi, Aasim… Si cette molécule existe en grande quantité dans la Voie lactée… Tu sais que je suis prête à croire que les galaxies sont comme des atomes…
— Organise tes idées ma petite. Comme le disait Boileau en son temps : « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement… »
— « Et les mots pour le dire arrivent aisément ». Je sais. Bon, je reprends. Tu m’avais dit un jour que tout notre univers ne pourrait être qu’un minuscule élément dans un brin d’herbe d’un autre monde.
— Oui, c’est un exemple parmi tant d’autres. Excuse-moi, je t’ai coupée dans ton élan. Continue, je t’en prie, je t’écoute.
— Et si en fait on n’était pas un brin d’herbe mais une petite bille de framboise ?
— Une petite bille ?
— Oui, une toute petite poche avec la peau, la pulpe et la graine.
— Ça s’appelle une drupéole.
— C’est joli comme mot.
— Et donc c’est le fait de ne pas être un brin d’herbe mais une framboise qui t’a rendue insomniaque ?
— Non, c’est le fait que ça soit plus… Concret tu saisis ? Un brin d’herbe, comme tu disais, c’est un exemple comme un caillou ou une bulle de savon, un truc lancé au hasard. Alors que là, si cette molécule est véritablement présente dans l’espace, ça change tout ! Imagine, quand je mets une framboise dans ma bouche, je mets peut-être fin en même temps à tout un monde, en moins d’une seconde !
— Et qu’est-ce qui te fait croire que ce qui dure une seconde pour toi, ne dure pas des millions d’années dans le monde que tu penses détruire ?
— Le temps pourrait être différent d’un monde à l’autre ?
— Le temps est relatif. On ne sait pas si ces mondes existent, alors on ne connait pas leur rapport au temps. Mais si on reste dans ton idée de la framboise,  si on est vraiment un petit fruit au bout d’une branche, depuis quand y est-on ? Pense à ce qu’il y a autour de toi, utilise tes connaissances et compare ! La Terre existe depuis plus de quatre milliards et demi d’années. Combien de temps dure une framboise ?
— Beaucoup, beaucoup, moins longtemps.
— Exact. Alors n’aie pas peur de déguster les fruits.

Après un moment de silence résultant d’une nouvelle réflexion intense pour Line, elle reprit enfin la parole en se frottant le bout du nez.
— C’est extraordinaire quand même quand on y pense. Ce n’est que quelque chose qu’on imagine, mais si ça se trouve ça existe pour de vrai, et c’est magique.
— Les pressentiments, les affinités, les signes, sont des choses étranges qui, en se combinant, forment un mystère dont l'humanité n'a pas encore trouvé la clé.


Ils restèrent encore jusqu’au soir sur leur banc. Line avait appuyé sa tête contre l’épaule d’Aasim et lui caressait le bras, ses doigts se promenant sur les écailles qui recouvraient entièrement celui qui lui avait tout appris. Elle savait que c’était à cause de cela qu’ils vivaient en marge de la société, mais elle n’aurait souhaité pour rien au monde se trouver à un autre endroit que celui-ci, au milieu du parfum de l’herbe coupée, le jus d’une pêche sucrée gouttant sur ses vêtements.

End Notes:

La citation (en italique) est tirée de Jane Eyre (1847) de Charlotte Brontë.

 

Un énorme merci à Lul pour la relecture !

Cette histoire est archivée sur http://www.le-heron.com/fr/viewstory.php?sid=1737