Célébrité et Conséquences by Mary-m
Summary:

Image libre de droit

 

 

Une mère à la tête de plusieurs multinationales qui collectionne les fourrures comme Cruella d'enfer.
Un père artiste peintre qui expose dans les plus grandes villes.
Un beau-père qui habille les princesses et les actrices.
Une meilleure amie star du rock en tournée aux USA.
Trois amies rencontrées au cours de préparation à l'accouchement avec qui elle aime passer du temps.
Une petite fille de deux ans et demi qu'elle élève seule.

Léa Lewis est une autrice de talent (ce n'est pas elle qui le dit mais le New York Times ! ).
Son premier roman adapté en film, elle se rend en Ecosse pour suivre le tournage.
Un soir de tempête, un inconnu apparaît dans l'auberge où l'équipe loge. C'est le meilleur ami d'un acteur du film et le père de sa fille.

Avec le destin, on ne peut jurer de rien !


Categories: Romance Characters: Aucun
Avertissement: Scènes érotiques
Langue: Français
Genre Narratif: Roman
Challenges:
Series: Aucun
Chapters: 39 Completed: Non Word count: 90552 Read: 32718 Published: 16/03/2019 Updated: 18/08/2021
Story Notes:

Bonjour tout le monde,

Après quelques années à l'écrire, quelques années à publier cette histoire ailleurs, j'ose enfin la publier ici. Même si, c'est à mon sens plus difficile de la partager avec des personnes que j'admire, que je lis et que je fréquente tous les jours sur le forum.

Au plaisir de vous faire découvrir cette petite histoire,

Bonne lecture,

Affectueusement,

Mary

 

1. Un réveil difficile by Mary-m

2. Quelques années plus tard by Mary-m

3. Les auditions by Mary-m

4. Et les acteurs retenus sont... by Mary-m

5. Tournage écossais by Mary-m

6. Le meilleur ami de Tom by Mary-m

7. Un repas sous tension by Mary-m

8. Rencontre dans la nuit by Mary-m

9. Tempête, thé et biscuits by Mary-m

10. Lorsque la vérité éclate by Mary-m

11. Quatre heures du matin by Mary-m

12. Un mystérieux message by Mary-m

13. Destination inconnue by Mary-m

14. Visite guidée by Mary-m

15. Un repas compliqué by Mary-m

16. Au coin du feu by Mary-m

17. Comment se comporter quand on vient chercher son enfant chez l'autre parent by Mary-m

18. L'accord by Mary-m

19. Discussion avec Jack by Mary-m

20. Nous ne nous connaissons pas vraiment après tout by Mary-m

21. "Fais comme chez toi " by Mary-m

22. La bague by Mary-m

23. Les papas de Léa by Mary-m

24. La famille Wills by Mary-m

25. Mon premier et seul rôle by Mary-m

26. Babygym by Mary-m

27. Confidences entre amies by Mary-m

28. Trois ans plus tôt, un vendredi soir bien ordinaire by Mary-m

29. Le grand jour by Mary-m

30. La cérémonie by Mary-m

31. Les premiers moments d'un couple by Mary-m

32. Repas de noce by Mary-m

33. Angie by Mary-m

34. Croire ou ne pas croire ? by Mary-m

35. Ma meilleure amie by Mary-m

36. Angie et Jamie by Mary-m

37. Sortie en famille by Mary-m

38. Mise au point by Mary-m

39. Le départ by Mary-m

Un réveil difficile by Mary-m

 

Avez-vous déjà eu l'impression d'avoir fait une énorme erreur sans savoir de prime abord pourquoi vous ressentiez cela ?

En quittant le monde des rêves, j'ai cet étrange sentiment d'avoir fait une grosse bêtise. Les yeux toujours fermés, mon cerveau douloureux sort lentement de son brouillard. Mes tempes me lancent, preuve que j'ai sans doute un peu- beaucoup ? abusé de l'alcool. Pourtant, ce n'est pas dans mes habitudes. Je suis ce genre de filles sages qui ne font jamais d'histoire, ni de bêtises et surtout, qui n'enfreignent jamais les règles.

Vous devez sans doute penser que je suis bien ennuyeuse et vous auriez totalement raison.

J'aime ma routine ! J’ai en horreur les imprévus et déteste par-dessus tout perdre le contrôle de moi-même. Je ne bois que rarement de l'alcool, préférant garder l'esprit clair.

 

En grognant, j'ouvre les yeux. Mon regard se pose sur le plafond de ma chambre qui a changé de couleur depuis hier soir.

Étrange !

Je fronce les sourcils et cligne des yeux à plusieurs reprises, persuadée de ne pas encore être totalement réveillée. Pourtant, cela ne change rien à part me faire ressembler à une guirlande lumineuse qui clignote car le plafond et les moulures qui s'y trouvent sont toujours là. Perplexe, je tourne légèrement ma tête douloureuse vers la droite pour observer le mur. Il est en briques rouges. A côté, se trouve une immense fenêtre me soufflant que je dois probablement me trouver dans un ancien entrepôt reconvertit en loft.

Où suis-je ?

— Ça va ?

Je sursaute en entendant cette voix masculine trop proche de moi. Mon cœur bat à un rythme effréné comme si je venais de courir un cent mètres.

Faites que ce ne soit que l'effet de mon imagination débordante.

Je ferme les yeux très fort en me répétant cette phrase avant de compter jusqu'à cinq.

1 : Respire.

2 : Tu dois rêver.

3 : Oui, cela doit être ça car la voix s'est tue.

4 : Oui mais, pourquoi ai-je l'impression que quelqu'un d'autre se trouve dans la pièce.

5 : Ouvre les yeux alors banane !

 

J'entre-ouvre prudemment les paupières, tourne très lentement la tête et écarquille les yeux avant de poser ma main droite contre ma bouche pour ne pas crier de surprise.

Je ne rêve donc pas. Il y a bien un type allongé à mes côtés. Sa tête est posée contre la tête de lit. Il doit avoir la vingtaine. Quelques mèches rebelles châtain clair tombent devant ses yeux verts. Les sourcils froncés, il me scrute. Ses yeux détaillent mon visage avec appréhension.

Ça va ?

J'ai envie de répondre que non, que je ne comprends pas ce qu’il se passe. Alors, je me tais et continue de le détailler en silence.

 

Lorsque nos yeux se croisent, des scènes de la veille me reviennent violemment en mémoire. Je rougis comprenant que sont surtout des flashs interdits au moins de dix-huit ans.

Oh !

Merde !

Mon esprit encore endormi fait rapidement le lien entre l'alcool et le type dans mon lit. Quoi qu’après un bref regard autour de moi, je conclue que je ne suis clairement pas chez moi.

Un tas de fringues se trouve sur un vieux fauteuil en cuir et un autre au pied d'une penderie. Sans parler du cendrier, posé sur le rebord de la fenêtre, qui aurait bien besoin d'être vidé.

Quel bordel !

 

Lorsque sa main effleure doucement la mienne, je sursaute et la retire aussi rapidement que si je venais de me brûler. Je grimace lorsqu'un nouveau flash-back s'impose à mon esprit. Me voir prendre autant de plaisir me met légèrement mal à l'aise. Je ne suis pas du genre à lâcher prise si facilement. Je n'ose pas le regarder car la conclusion de mes réflexions m’est douloureuse : je viens de coucher avec un inconnu.

Angie, je vais te tuer à la première occasion.

Je sais que cela ne sert plus à rien de supplier mon esprit, il n'est clairement pas en train de jouer avec mon imagination. Même si ça, serait tellement plus logique me connaissant. J'ai trop bu et mon esprit qui n'a pas l'habitude me joue un sacré tour. Sacré coquin !

 

Je n'ai toujours pas répondu à la question de mon voisin de lit. Mais, je crois que mon attitude de vierge effarouchée répond d’elle-même. Curieuse, je lui jette un rapide coup d’œil. Il ne me quitte pas des yeux comme s'il étudiait la moindre de mes mimiques. Gênée par l'intensité de son regard, je me force à ne pas baisser les yeux. Il est plutôt mignon et ses yeux verts sont envoûtants. Je ne sais pas combien de temps passe pendant que nous nous observons. Je triture le drap pour cacher mon trouble et mon mal-aise.

En général, le silence ne me dérange pas, je ne suis pas bavarde, mais là, j'aimerais bien que quelqu'un entre dans la pièce et stoppe tout cela. Suis-je censée dire quelque chose ?

Il ne détourne le regard que pour écraser sa cigarette dans le cendrier posé sur une caisse en bois qui doit lui servir de table de nuit. Je profite de sa brève inattention pour soulever discrètement le drap qui me couvre le buste. Même si, je sais déjà ce que je vais trouver sous ce bout de tissu mais, j'ai besoin de le confirmer.

Fais chier.

Je suis aussi nue qu'au moment de ma naissance.

Mon geste amuse l'inconnu qui rit avant d'allumer une nouvelle cigarette.

— Oh merde !

Je me redresse rapidement et remonte le drap jusqu'à mon cou en vérifiant que toutes les parties de mon corps sont bien couvertes. Précaution ridicule vu ce qu’il s’est passé hier soir, mais j’en ai besoin pour ma santé mentale.

D'ailleurs, en rentrant chez moi, je vais sans doute regarder dans un dictionnaire tous les synonymes pour trouver encore plus de qualificatifs à me donner : inconsciente, folle,…

Je suis sûre que je peux trouver mieux.

Mais, la question qui revient en boucle est : «  Comment ai-je pu coucher avec quelqu'un que je ne connaissais pas ? »

 

Je me sens mal à cause de mon attitude certainement aussi à cause de l'alcool que j'ai dû boire hier soir. J'ai envie de vomir et mon crâne me lance. Pour tenter de calmer les tambours dans ma tête, je dépose mes mains sur mes tempes et ferme les yeux. Putain de gueule de bois.

— Léa…

Sa voix est légèrement rauque, cela lui va bien. Je frissonne en l'entendant.

Doucement, j'écarte les doigts et le vois froncer les sourcils face à mon attitude de nonne toute droit sortie du couvent.

— Comment connais-tu mon prénom ?

Il va finir par me prendre pour une folle. Étonnée, de ne pas encore avoir vu le personnel de l'asile venir me chercher de force, je me contente de l'observer comme une idiote. Il doit penser qu'il est face à une personne limitée, à force de froncer les sourcils, un pli se forme juste au-dessus de ses yeux.

Je suppose tout de même que nous avons au moins pris le temps d'échanger nos prénoms avant de nous sauter dessus comme des bêtes. Du moins, je l'espère. Mais, c'est quoi son prénom à lui ?

Bonne question

— Tu ne te souviens de rien ?

— Je devrais ? Demande-je en baissant les yeux sur le drap bleu.

Mes joues sont en feu. J'ai chaud et froid à la fois. Je dois sans doute couver un mauvais rhume. Une de mes mains est retournée sur le drap non loin de la sienne et je sais qu'il n'osera plus tenter une approche. L'autre, tient toujours la couverture au niveau de mon cou. J'ai trop peur de bouger et de dévoiler ma poitrine.

 

Comme pour se moquer encore plus, mon esprit m’envoie de nouvelles images de cette nuit. Du moins, je le suppose. Cette fille que je vois, ne peut pas être moi. Elle est tellement différente. Plus libre, moins timide, beaucoup plus jolie. Les mouvements de leurs deux corps me font penser à une danse sensuelle et harmonieuse. La peau de la fille est en sueur, ses cheveux longs sont en batailles mais cela lui va bien. Lâcher prise lui va bien.

J'ai l'impression d'être une voyeuse. Je ne veux plus la voir prendre son pied. Ce n'est pas moi, c'est impossible. Je ferme fort les yeux et secoue la tête.

Je n'arrive même pas à me rappeler comment j'ai pu arriver dans son lit.

 

Pourtant, je ne me laisse pas facilement apprivoiser. Cela me rassure donc un peu de savoir que si je me trouve là, c'est qu'il a sans doute réussi à éveiller mon intérêt. C'est vrai que, physiquement, il est beau mais ce n'est pas ce qui compte. Le type peut être beau, si sa conversation ne suit pas, cela n'ira jamais plus loin. Je l'ai vécu plus d'une fois.

— Si j'avais su…

 

Il soupire, se passe une main dans les cheveux et tire une nouvelle fois sur sa cigarette sans me quitter des yeux.

Je fronce le nez, je n'aime pas l'odeur du tabac surtout avec mon estomac qui danse la samba et menace de se déverser sur le drap.

Je me retiens aussi de lui dire que fumer n'est pas bon pour la santé, même si l’envie me démange fortement.

Avec un sourire en coin, comme s'il venait de lire dans mes pensées, il écrase sa cigarette à demi fumée dans le cendrier.

Cela valait la peine de l'allumer !

— C'est une mauvaise habitude, murmure-t-il en souriant.

Je n'ose pas l'approuver. Je me contente de le fixer sans rien dire.

— Hier tu semblais bien. Disons, pas si saoul que ça...Pas plus que moi du moins. Sinon crois-moi, je n'aurais jamais...Enfin, je veux dire que nous n'aurions jamais fait ce que nous avons fait une grande partie de la nuit.

Ah oui quand même.

 

Il se passe la main dans les cheveux complètement désordonnés. Même si cela lui va bien, j'ai envie de me pencher pour les arranger. Je ne bouge pas, j'ai peur que cette proximité physique ne me fasse me rendre compte que j’ai couché avec lui pour une toute autre raison que l’alcool.

D'ailleurs, je trouve son attitude très gentleman et, si je n'étais pas aussi gênée par ma propre attitude, je trouverais cela adorable.

Il semble vraiment inquiet d'avoir outrepassé mon consentement. Ces flash-back me confirment que si c’était un coup de tête, j’étais malgré tout lucide.

— Hier soir nous étions deux, dis-je en tournant la tête vers lui. Je n'ai pas vraiment l'habitude de boire de l'alcool.

 

Je remonte encore plus la couverture sur le haut de mon cou. Seule ma tête dépasse.

En me voyant faire, il sourit et la partie la plus libérée de mon cerveau, le trouve vraiment craquant.

On se calme les hormones.

Il semble hésiter à parler. Il se mord la lèvre et finit par dire d'une voix douce, presque timide :

— Pour être honnête avec toi, en te regardant dormir cette nuit, j’imaginais ton réveil très différemment.

— Différemment ?

La ferme la bouche.

Ce côté curieux de ma personnalité m'énerve. Il se réveille trop souvent quand je bois...de trop.

— Léa

Il commence avant de soupirer et de me sourire.

— Je ne suis pas le genre de type qui couche avec une fille et qui part le matin comme ça sans un mot. Tu risques de me prendre pour un fou après avoir entendu ça. C'est de ma faute, je n'arrivais...n'arrive pas à te quitter des yeux depuis que je t'ai vu hier soir. Cela fait deux heures que je me dis encore une minute et je vais lui préparer le petit déj. Je voulais te l'apporter au lit. C'est un peu raté pour le coup.

Je rougis et souris timidement. Au moins, je n'ai pas couché avec un pauvre con. C’est déjà ça.

 

Je grimace lorsqu'un bruit horrible résonne dans la pièce. Moi qui voulais que le silence ne dure pas, je préférerais mourir à présent tant je suis morte de honte. Mon ventre, ce traître a tout entendu et ne trouve pas normal de ne pas avoir le repas promis. Je me laisse tomber en arrière et cache mon visage dans le drap.

On doit avoir une discussion tous les deux.

Je sais que mes menaces ne serviront à rien. Mon ventre n'en fait toujours qu'à sa tête.

Je suis en train de répertorier les moyens de disparaître rapidement lorsque je sens une main se poser doucement sur la mienne tenant fixement le drap au-dessus de ma tête. Ce contact me fait frissonner.

— Tu vois, même ton ventre proteste, rigole-t-il.

Lorsque je sens mon voisin quitter le lit, je sors la tête de ma cachette.

 

Une nouvelle cigarette aux lèvres, il attrape un caleçon sur une pile de vêtements posée près de son lit et le passe. Il ne semble pas pudique. Ce qui n'est pas mon cas. Hors de question que je m’habille devant un inconnu !

Me rendant compte que je suis en train de le mater sans aucune gêne, je tourne la tête en notant tout de même qu'il a de magnifiques fesses.

— Tu vas où ? Demande-je en le voyant passer un t-shirt gris qui cache son torse musclé.

— Je t'ai promis un petit déj au lit.

Il dit ça comme si c'était la réponse la plus logique du monde à ses yeux. Il me sourit pendant que je hoche la tête mécaniquement. Il quitte la chambre en laissant la porte entrouverte me permettant de le voir s'avancer dans une sorte de couloir avant de le perdre de vue lorsqu'il tourne à droite.

 

Ni une, ni deux, je sors mes jambes du lit et cherche mes vêtements dans la pièce. Je ne peux pas rester nue. La première chose que je trouve est ma culotte en dentelle noire qui se cache au pied du lit. Je l'enfile à toute vitesse en jetant des regards furtifs vers la porte au cas où il reviendrait.

Mon cœur bat à un rythme fou. Je sais que ce que je fais n'est pas super, surtout après sa confidence, mais je ne peux pas rester ici. Je finis enfin par trouver ma robe que j'enfile rapidement. Je sursaute en entendant des rires et une voix masculine différente de la sienne parler. Sans doute son colocataire. Je suis persuadée qu'il ne vit plus chez ses parents, cela me semble donc logique.

Je rassemble mes cheveux en arrière comme pour les attacher afin de dompter ma crinière post nuit de débauche dans un vague fond sonore de bruits de casseroles.

Je cherche des yeux mes chaussures à talons. Après quelques secondes, je les trouve près d'une magnifique guitare.

Un musicien.

Ou un appât à fille.

Ma conscience, enfin ! Contente que tu émerges, ma vieille copine ! C'est cette partie de ma conscience qui m'évite en général de me trouver dans ce genre de situation.

 

Je me retiens de ranger ses vêtements dans sa penderie. Ce n'est pas le moment de jouer les fées du logis ! Je vais attendre d'être chez moi pour défaire et refaire mon armoire à vêtements. En général, cela m'aide à ne pas penser et, je crois que là, j'en ai vraiment besoin !

Ma pochette est posée délicatement sur le fauteuil, au-dessus de la pile de vêtements. Aux aguets, je la prends et jette un dernier coup d’œil dans cette chambre que je ne verrai plus, je préfère ne rien oublier.

Ayant trop peur de faire du bruit avec, je prends mes chaussures dans mon autre main. Je vais attendre d'être dehors pour les enfiler. Je sors de la chambre sur la pointe des pieds en priant pour ne croiser personne et surtout pour que sa cuisine ne donne pas directement sur la porte d'entrée.

Par chance, personne à l’horizon. Pour éviter de me faire remarquer à cause de lui, je menace mon estomac de le priver à vie d'une bonne glace à la pistache. Je crois que cela fonctionne car il se tient à carreau pendant toute mon avancée.

Dans le couloir, les murs sont, comme dans la chambre, en briques rouges. Il n'y a pas vraiment de décoration. Et puis, je ne suis pas là pour faire le tour du propriétaire.

 

Je marche sur la pointe des pieds en passant devant deux portes avant de déboucher sur un grand salon assez lumineux.

Un vieux canapé et deux fauteuils en cuir sont tournés vers deux immenses fenêtres. Deux caisses en bois retournées font office de table basse. Sur le mur, une bibliothèque en bois recyclés avec quelques livres. Simple mais cosy.

Pas le moment de se montrer curieuse !

Ma conscience a raison. Je me concentre sur le sol et évite de marcher sur une jupe rouge abandonnée sur le sol. Je contourne une paire d’escarpins assortis en faisant attention aux bruits qui m'entourent.

 

 

Comme un animal traqué, j'avance aussi vite que possible en restant sur mes gardes. Mon cœur frappe rapidement dans ma poitrine. Mes yeux vont et viennent dans la pièce. Je n'ai pas envie de me faire prendre à quitter son appartement comme ça mais, pour être honnête, je ne me vois pas prendre le petit déj avec lui et tenter de faire la conversation comme si de rien n'était. Je me vois mal parler de la pluie et du beau temps. Je suis trop mal à l'aise pour cela. Et au pire, si je me fais prendre à fureter, je dirais que je cherchais les toilettes.

Proche de mon objectif, je me stoppe aux aguets lorsque j'entends de nouveaux rires dans la cuisine. Les bonnes odeurs font presque rugir mon estomac qui se venge en me faisant mal.

— Tu sais, je ne pense pas qu'elle mange tout ça. Tu pourrais partager, cela m'éviterait de cuisiner pour la belle créature qui se trouve dans mon lit.

— Pas touche, répond mon inconnu.

Je m'approche de la porte d'entrée pendant qu'ils continuent de se chamailler.

 

Une fois la porte franchie et fermée le plus silencieusement possible, j’accélère le pas sans mettre mes chaussures. Je veux quitter le bâtiment avant qu'il ne termine de préparer le repas. Sans paniquer, je fonce dans le premier ascenseur que je trouve et appuis comme une malade sur le bouton du rez-de-chaussée.

Je ne m'autorise à respirer que lorsqu'un taxi que je viens de héler se stoppe devant moi. Il a à peine le temps de freiner complètement que je fonce déjà à l'intérieur. Je mets mes chaussures après avoir donné mon adresse au chauffeur qui me regarde comme si j'étais une folle sortie d'un asile. Sans regarder les rues, j'attrape un élastique dans ma pochette et rassemble mes cheveux en une queue-de-cheval vite faite.

Lorsque le chauffeur, qui roule légèrement au-dessus des limitations de vitesse prend un virage trop serré, je ferme les yeux pour éviter de vomir dans son taxi. Je me suis assez ridiculisée pour quelques années !

 

 

End Notes:

Un immense merci à l'adorable bêta qui a corrigé ces premiers chapitres <3

Quelques années plus tard by Mary-m

Debout devant la baie vitrée de ma maison londonienne, je regarde le soleil se lever. Je note toutes les nuances de couleurs dans ce spectacle que j'aime suivre.

 

Un peu fatiguée par ma nuit de travail, je bois une longue gorgée de thé chaud en regardant la nature se réveiller petit à petit. Comme cet oiseau qui a fait son nid sur une branche du noyer de mon jardin et qui sautille sur le bord du nid avant de s'envoler.

 

 

 

La tasse de thé réchauffe mes deux mains. Depuis mon réveil, je n'arrête pas de penser au chemin que j'ai parcouru en trois ans.

 

Tout d'abord, je vis de ma passion de l'écriture. Plus jeune, j'en ai rêvé et m'étais donné les moyens d'y arriver en alliant travail et concentration. Mes études étaient ma priorité. Mais, le vivre est une chose totalement différente.

 

Je suis la première étonnée de voir que mes romans ont beaucoup de succès. Trois romans publiés en deux ans. D'ailleurs, l'année dernière, les droits du premier ont été acheté pour une adaptation au cinéma.

 

Grâce à cette belle rentrée d'argent, j'ai pu quitter mon petit appartement. Je suis devenue propriétaire d'une coquette maison dont je suis tombée amoureuse au premier regard.

 

 

 

Je bois une nouvelle gorgée de thé au jasmin. La douce chaleur se répand dans mon corps et me fait presque ronronner de bien-être.

 

Encore un peu somnolente, je ferme les yeux et dépose le front sur la baie vitrée. J'espère que le froid de la vitre m'aidera à me réveiller.

 

« C'est vrai qu'en deux ans, la vie t'a fait mûrir ma petite », lance ma conscience qui paresse sur un fauteuil au coin du feu.

 

Elle a raison, bien sûr ! D'une jeune femme timide et maladroite, je suis devenue une femme plus sûre d'elle.

 

 

 

Il m'arrive de repenser à cette nuit. Avec les ans, j'ai relativisé, même si j'ai eu énormément de difficultés à le faire surtout dans les premiers temps.

 

A l'époque, je m'en voulais d'avoir été aussi légère, aussi stupide. Que m'était-il passé par la tête !

 

D'ailleurs, depuis ce matin-là, je ne l'ai plus jamais revu. Enfin si ! Comme tout le monde, je vois son portrait partout dans la presse et sur les immenses panneaux publicitaires. Sans parler de ses nombreuses apparitions à la télévision dans diverses émissions populaires. Mais, je les fuis le plus souvent.

 

Et, comme je n'arrivais plus à me souvenir de ce que j'avais pu lui raconter sur moi, depuis ce matin-là j'ai cessé de fréquenter les lieux fétiches où j'aimais tant me rendre.

 

Comme le café où j'aimais écrire, la librairie où j'adorais acheter de nombreux livres qui recouvrent mes bibliothèques et tellement d'autres endroits.

 

Je voulais être certaine de ne plus jamais le revoir.

 

Cela ne fait que quelques mois que j'ose enfin y retourner. Je suis certaine que cet inconnu est passé à autre chose depuis le temps tout comme moi.

 

 

 

Même le jour où j'ai appris de mon médecin de famille que cette nuit avait eu d'autres conséquences, je n'ai pas voulu le contacter.

 

Je grimace en me souvenant du savon que le vieux docteur qui m'a vu grandir et devenir une jeune femme m'a passé ce jour-là. Je le vois encore assis derrière son imposant bureau m'observer derrière ses lunettes rondes.

 

Consciente du risque que j'avais pris en n'étant pas capable de confirmer l'utilisation de préservatifs, je l'avais écouté m'expliquer les risques des rapports non protégés et les éventuelles MST.

 

Droite comme un I, la tête baissée, les mains croisées sur mes jambes, je ressemblais à une adolescente prise en faute que je n'avais jamais été avant.

 

Assis à mes côtés, Jack, mon beau-père avait acquiescé à chaque parole du docteur. Lui, qui m'avait tenu un discours identique quelques jours plus tôt.

 

 

 

Quelques jours plus tard, tous les tests étaient revenus négatifs sauf un.

 

Mon objectif principal à l'époque n'avait jamais été de devenir mère à dix-neuf ans. A cette époque, je voulais terminer mes études de littérature, écrire pour le journal de l'université et surtout, me faire un nom parmi les grands auteurs anglais.

 

Complètement choquée par la nouvelle, j'avais refusé d'avorter. C'est d'ailleurs étonnant ce sentiment nouveau que j'ai ressenti à ce moment-là, comme si je découvrais qu'un amour infini pouvait exister. Jack et mon père m'avaient soutenue du mieux qu'ils le pouvaient me permettant de terminer mon année universitaire.

 

 

 

Je fronce les sourcils, me redresse et secoue la tête en observant les nuages aller et venir devant le soleil à peine levé. Le ciel est gris aujourd'hui. Il risque de pleuvoir une partie de la journée.

 

Non, je ne regrette pas cette nuit car, elle m'a apporté un cadeau merveilleux : celui de devenir mère.

 

D'ailleurs, je prends mon rôle très à cœur. Depuis sa naissance, je donne tout mon amour à cette petite fille aux yeux si différents des miens mais si semblables à ceux de cet inconnu.

 

Je sais que je ne le reverrai sans doute jamais et que, quand elle sera grande, elle me posera beaucoup de questions sur son père. Mais, pour l'instant, je ne suis pas inquiète. J'improviserai sur le moment !

 

 

 

Le téléphone sonne et me sort de ma rêverie. Je quitte la baie vitrée et l’attrape sur le guéridon près du canapé où je m'assieds. Je reconnais tout de suite ce numéro qui me téléphone assez souvent depuis quelque temps.

 

— Bonjour Andréa, dis-je en souriant.

 

— Salut Léa. Est-ce-que vous passerez à dix heures aux studios ? On s'occupe des auditions finales pour les rôles principaux.

 

Pendant qu'elle parle, je prends mon agenda à la couverture en cuir noir et regarde si mon père est à la maison ou dans sa boutique aujourd'hui.

 

Il m'arrive quelquefois de lui déposer ma puce pour quelques heures. Souvent, quand j'ai besoin d'avancer dans un nouveau chapitre.

 

— Je serai là.

 

Je note le rendez-vous et souris en entendant son soupir de soulagement.

 

— Merci beaucoup. Nous nous voyons plus tard alors, continue-t-elle avant de raccrocher.

 

 

 

Le téléphone toujours à la main, j'envoie un message à mon père pour vérifier qu'il est bien chez lui aujourd'hui.

 

Je sais que je ne devrais pas attendre trop longtemps sa réponse. Son téléphone n'est jamais loin au cas où.

 

J'ai à peine le temps de boire une gorgée de thé qu’il me répond.

 

« Je vais pouvoir continuer son portrait ».

 

Je souris en lisant sa réponse. Complètement fou de sa petite fille !

 

Je n'ai pas beaucoup de temps ce matin et, si je veux être à l'heure à la réunion, il est temps de s’y mettre.

 

Lorsque je passe près des escaliers, je tends l'oreille. Il n'y a aucun bruit dans la maison comme tous les matins à cette heure-ci. Rassurée, je me rends dans mon bureau.

 

C'est la pièce que je préfère dans cette maison. Jack m'a aidé à le décorer. Je voulais lui donner un côté épuré pour éviter les tentations de distractions.

 

Les murs sont ornés de bibliothèques aux noms imprononçables où quelques classiques côtoient des livres moins connus.

 

Le bureau, lui est ancien. Trouvé dans un vide grenier quelques semaines après mon seizième anniversaire. J'ai eu un coup de cœur. J'ai passé beaucoup d'heures à travailler dessus.

 

 

 

J'ouvre le tiroir de bas et sors un petit cahier à la couverture fatiguée par les manipulations. Elle est d'ailleurs écornée à plusieurs endroits.

 

Je tire ma chaise de bureau et m'y assieds. Ce carnet m'a servi au moment d'écrire mon premier roman. C'était mon référentiel pour les personnages de l'histoire. Là où j'ai décri les traits de personnalité de chacun et leur biographie.

 

Presque religieusement, je tourne les pages et redécouvre les personnages de mon premier roman «Moïra». Roman qui est l'histoire d'une jeune anglaise de seize ans, née aveugle et qui découvre la vie à travers les chansons de son idole, un parfait mélange des chanteurs que j’adorais écouter à l’époque.

 

J'ai fini ce livre la veille de mes vingt ans et l'ai fait lire à Angie, ma meilleure amie. Elle avait tellement aimé qu'elle l'avait envoyé à plusieurs éditeurs dans mon dos. Chose que je n'avais pas eu le courage de faire.

 

C'est grâce à elle que je suis là où j'en suis.

 

 

 

Je tourne la tête vers la cheminée de mon bureau lorsque la vieille horloge qui s'y trouve sonne huit heures. J'aime les antiquités et celle-là est particulièrement ancienne.

 

Je ferme mon cahier, me lève, remets la chaise correctement devant le bureau et sors de la pièce.

 

Dans le couloir, je rejoins les escaliers et monte à l'étage me préparer.

 

Sans faire de bruit, je passe la tête dans la chambre d'Eleanore et vérifie qu'elle dort encore.

 

Endormie, elle tient dans ses petits bras son doudou préféré. Un chat en tissu qui ne ressemble plus à rien. Mais, elle l'aime et n'arrive pas à s'en passer.

 

Doucement, je ferme la porte et me rends dans le dressing pour choisir ma tenue du jour. J'opte pour quelque chose de sobre et prépare le tout sur mon lit et vais dans la salle de bain prendre une douche.

 

 

 

Emballée dans une épaisse serviette en coton blanc, je suis en train de me démêler les cheveux devant la coiffeuse de ma chambre lorsqu’Eleanore arrive dans la chambre. Elle traîne derrière elle son gros doudou et a dans sa bouche sa tétine. Son visage est encore tout endormi. Ses cheveux sont en bataille.

 

Elle tend les bras vers moi. En souriant, je la soulève et la serre contre moi.

 

— Bonjour petite fée.

 

La tête cachée dans mon cou, elle murmure un timide bonjour avant de lever la tête vers moi et de prendre une mèche mouillée dans sa petite main gauche pour sentir l'odeur de mon shampoing.

 

Je l'embrasse, la dépose sur mon lit et termine de me préparer.

 

 

 

En sous-vêtements, j'enfile mes vêtements avant de me maquiller. Dans le miroir, je vois Eleanore jouer à m'imiter en faisant semblant de maquiller ses yeux. Elle est adorable. Je sens mon cœur de maman fondre.

 

Une fois prête, je la prends dans mes bras, la serre contre moi et nous descendons dans la cuisine.

 

Je l'installe dans la chaise haute. Elle sourit et attend patiemment que je prépare son cacao, son carburant pour une belle journée bien remplie.

Les auditions by Mary-m

La musique des Beatles résonne dans la voiture. Je chante à tue-tête sans me soucier des regards curieux que me jettent les autres automobilistes que je croise aux différents feux de la capitale.

Les studios Carter se trouvent à une grosse heure de route de chez moi. Ces studios sont les plus connus d'Angleterre. Ils ont à leur actif beaucoup de films à succès. Les bâtiments sont assez imposants et s'étendent sur des hectares de terrain.

 

J'engage la voiture près de la cabine du garde qui sort en me voyant approcher.

— Bonjour, je dis en stoppant la voiture.

— Madame, me salue-t-il poliment.

Il regarde mon pass et parle dans son talkie-walkie. J'entends des grésillements et une voix lointaine lui répondre.

— Bonne journée madame.

Il ouvre la barrière et me permet ainsi d’accéder au parking visiteurs.

Je sens cette boule d'appréhension me serrer la gorge lorsque je gare ma petite coccinelle rouge entre une Porsche et une Ferrari.

Ce n'est pas la première fois que je viens ici mais, je me sens toujours autant intimidée par l'endroit. J'ai l'impression d'être toute petite à côté des nombreux bâtiments.

 

Tu peux le faire ma grande

C'est ce que je me répète plusieurs fois en vérifiant mon maquillage dans le rétroviseur central.

Mentalement prête, j'attrape mon sac à main sur le siège passager, sors en faisant attention à la voiture voisine et verrouille la mienne.

— Allez, je murmure pour me donner du courage.

Je serre mon cahier de notes dans la main droite et traverse les différentes allées extérieures du studio.

Pour les auditions, je dois me rendre dans le bâtiment B où se trouve la salle treize. C'est là, que j'ai rendez-vous avec Andréa Arnold.

 

Je sens les regards curieux de plusieurs employés qui doivent se demander ce que je fais là. Mais, je continue mon chemin en saluant poliment chaque personne qui se trouve sur mon chemin. Dans une installation pareille, cela en fait un paquet.

De temps en temps, je jette des regards aux numéros de salle pour trouver le numéro treize. C'est la première fois que je m'y rends. Les premiers rendez-vous se passaient dans les bureaux à l'entrée du site.

Au bout de cinq minutes de recherche, je me stoppe devant la porte de la salle.

Elle est entrouverte et me permet d'entendre la conversation qui vient de l'intérieur.

— Nous commencerons par l'audition des acteurs que nous avons sélectionnés pour le rôle de Robyn.

Je reconnais la voix d’Andréa. Elle est debout devant une longue table. Ses longs cheveux roux suivent le mouvement de ses pas. Un homme qui se trouve de l'autre côté de la table hoche la tête pendant qu'un employé dépose devant chacun des feuilles.

 

Toujours très ponctuelle, je suis persuadée que je suis en retard et jette un coup d’œil paniqué à ma montre. Les auditions ne commencent que dans cinq minutes.

 

Respire Léa.

Je frappe à la porte et entre timidement dans la pièce. Les personnes présentes lèvent les yeux vers moi et Andréa se lève de la chaise d'où elle vient à peine de s'asseoir pour venir à ma rencontre.

Intimidée, je reste près de la porte. Je préfère attendre qu'elle se stoppe devant moi en souriant.

 

Elle doit avoir la quarantaine et est très sympathique. Lors de notre premier rendez-vous, elle a tout de suite réussi à me mettre à l'aise. C'est une femme talentueuse mais aussi, une réalisatrice impliquée dans son travail.

— Je suis contente de vous voir. Votre aide me sera très précieuse, dit-elle en souriant.

Je rougis. C'est une habitude chez moi, n’aimant pas être le centre de l'attention.

— Voici le cahier que j'ai utilisé lorsque j'ai écrit le roman. Il pourra peut-être vous être utile pour aujourd'hui.

Elle le prend et l'ouvre pour regarder les premières pages où des portraits des personnages dessinés grossièrement avec mes faibles talents sont esquissés.

— Merci beaucoup, ajoute-t-elle en me guidant vers la longue table. Mesdames, Messieurs, je vous présente pour ceux qui ne la connaissent pas encore, Léa Lewis, la jeune femme qui nous permet d'avoir du boulot. C'est une autrice de talent.

Est-ce possible de devenir aussi rouge ? Je ne sais pas, mais mes joues me brûlent.

— Je suis loin d'égaler le talent de beaucoup d'écrivains, dis-je en souriant ravie malgré tout par le compliment.

 

— Et modeste en plus de cela, ajouta un vieil homme assis à l'extrémité droite du meuble.

Andréa se tourne vers lui et hoche la tête comme pour l'approuver. Toujours debout à côté de la scénariste, j'observe cet homme avec peut-être trop d’insistance : son visage me dit quelque chose mais je n'arrive plus à me souvenir !

— Léa, je vous présente John Carter, directeur des studios Carter, m'explique Andréa.

Ma bouche forme un « O » de surprise. C'est donc lui, John Carter. D'un naturel timide, il refuse d'être pris en photo. Celles-ci sont donc rares et il n'est donc pas facile de le reconnaître directement.

Sur sa page Wikipédia, il n'y a qu'une vieille photo en noir et blanc qui date des années cinquante lors du tournage de son dernier film en tant qu’acteur.

Je l'avoue, j'ai fait des recherches. C'était juste après avoir appris que les studios Carter voulaient racheter les droits de mon roman.

 

A vue d’œil, il doit avoir soixante-dix ans. Il a des yeux gris et des cheveux blancs qui lui arrivent aux épaules. Il y a une aura de douceur et de gentillesse qui émane de lui. Je me sens beaucoup plus calme qu'à mon arrivée dans la salle.

Me rendant compte de mon impolitesse, je m'approche pour le saluer :

— Je suis heureuse de faire votre connaissance Monsieur Carter.

— Pas de Monsieur avec moi, je préfère John, rétorque-t-il doucement en me serrant la main.

— John, je répète en souriant.

 

Andréa me présente ensuite les autres membres de l'équipe. Je connais déjà certains noms, des personnalités connues dans l'industrie du cinéma pour la plupart.

Lorsque le tour de table est terminé, elle me montre mon siège juste à la gauche du sien.

Devant moi, sur la table, je retrouve les répliques que les acteurs ont travaillées pour le rôle. Cela me fait bizarre de voir mes dialogues sur ces feuilles. Je ressens un mélange de fierté et d'appréhension. Et si au final, ils se rendent compte aujourd'hui que mon roman est un vrai navet !

 

Léa !

Mise en garde de ma conscience qui a l'habitude de mes angoisses d'autrice. Profitant de l’inattention de ma voisine de chaise, j'inspire et expire à plusieurs reprises pour éloigner cette crise qui pointe le bout de son nez. Ce n'est clairement pas le moment !

Pour détourner mon attention, j'observe la scène qui se trouve face à nous. S'y trouvent le canapé brun et le lit que j'ai décrit dans mon histoire. Je suppose que c'est pour permettre aux acteurs de rentrer plus facilement dans leur personnage.

Pendant que je jette des coups d’œil intéressés et curieux autour de moi, je vois Andréa feuilleter mon cahier de notes.

Elle ajoute de temps en temps des choses sur une feuille à côté d'elle et hoche la tête assez souvent.

 

— Pour une histoire de planning, nous allons choisir les personnages principaux, m'explique-t-elle en continuant de tourner les pages de mon cahier.

Elle se stoppe sur le portrait de Moïra.

— C'est exactement comme ça que je voyais Moïra lorsque je lisais votre livre.

Avec enthousiasme, elle passe le cahier à ses collègues qui acquiescent.

Dans l'histoire Moïra est le personnage principal. C'est une jeune anglaise de seize ans. Elle est aveugle de naissance. Blonde aux yeux bleus.

 

Nous attendons encore quelques minutes avant qu'un homme avec un immense casque sur la tête entre dans la salle et murmure quelque chose à John qui hoche la tête.

– Nous allons commencer, annonce le directeur des studios pendant que le jeune homme sort discrètement de la pièce.

 

Léa, tu n'es pas là pour observer les mouches voler.

Ma vieille amie est toujours là au bon moment. Il y a un tas de notes devant moi. Je suppose que je dois faire comme les autres et les lire. Je regarde à ma droite et vois effectivement les membres de l'équipe, le nez sur leur fiche.

Sois professionnelle !

Je sais qu'Andréa compte sur moi pour lui donner mon avis sur les acteurs encore en course. Alors, je fais comme les autres et lis les notes.

Pour le rôle de Robyn, le chanteur de l'histoire, ils sont encore cinq.

 

Quelques instants plus tard, un jeune homme entre sur scène. Guitare à la main, il s'installe négligemment sur le canapé brun et commence à chanter.

Á ce moment-là, je m'accroche à mon siège. J'en ai la chair de poule. Lorsqu'il joue son texte, je l'écoute avec attention. Á la fin de sa prestation, je me retiens d'applaudir. Surtout que, personne dans la salle ne le fait. Ils prennent tous des notes ou échangent entre eux à voix basse.

 

Tour à tour, les cinq garçons viennent sur la scène et donnent vie à Robyn.

Á mes yeux, car oui, c'est moi qui connais le mieux Robyn, trois d'entre eux n'ont pas le physique pour l'interpréter.

En revanche, le premier et le dernier sont parfaits.

Il a réussi par son interprétation à me donner la chair de poule. Et, lorsqu'il se met à chanter en jouant à la guitare un titre de Jeff Buckley, j'ai les larmes aux yeux.

 

— C'est lui, je murmure avec enthousiasme à Andréa.

 

Je me retiens de faire des bonds de joie sur ma chaise, j'ai trop peur de passer pour une folle. Alors, je me force à ne pas bouger laissant ma joie exploser intérieurement.

 

— Ce garçon correspond parfaitement à votre description de Robyn, chuchote-t-elle pour ne pas déranger l'artiste.

 

Cette matinée est étrange. C'est sans doute la plus étrange à laquelle j'ai participé.

Lorsque la dernière actrice sort de scène, je ressens un drôle de mélange.

Une sorte de trop-plein d'émotions : la joie de voir mon histoire prendre vie, la mélancolie du temps de l'écriture et l'euphorie du moment.

 

 

 

Et les acteurs retenus sont... by Mary-m

Pendant que je discute avec Andréa de mes choix, un employé entre silencieusement dans la salle. Le jeune homme, se stoppe devant la grande table où nous nous trouvons et annonce d’une voix forte pour couvrir le bruit des échanges :
—  Le repas est servi dans la salle dix.
En entendant mon ventre grogner, je me rends compte que je suis affamée. J’espère que personne n’a entendu ce gargantua d’estomac qui n’en fait toujours qu’à sa tête ! et qui, maintenant que la porte est ouverte, a dû sentir les bonnes odeurs de notre déjeuner. 
Á mes côtés, Andréa range précieusement ses notes dans un protège documents. Elle se lève rapidement et m’invite à suivre le mouvement de cette foule enthousiaste.
— Allons-y avant que Rob ne mange tout, rigole-t-elle en se joignant à la file pour sortir de la pièce.
Je jette mon cahier de notes dans mon sac à main, me lève à mon tour, m’étire discrètement, et suis les autres hors de la pièce.
Dans un joyeux bavardage, ils entrent dans une salle voisine à la nôtre où, une grande table ronde est dressée et est prête à accueillir les vingt personnes présentes.

Il n’y a plus qu’à se trouver une place.
Debout près de la porte, je regarde autour de moi, je ne sais pas trop où m’asseoir.
Même si je suis très sociable, je me sens toujours intimidée face à des gens que je ne connais pas.
« Ce n’est quand même pas difficile ! Tu vas là où il y a une place vide », marmonne ma conscience qui se moque de mes inquiétudes.
—  Venez-vous asseoir à mes côtés, lance joyeusement John qui entre le dernier dans la pièce.
Je retiens un soupir de soulagement lorsque d’un geste de la main, il m’invite à le suivre, ce que je m’empresse de faire.
Gentleman, il tire ma chaise et attend que je sois assise pour prendre place autour de la table. Je pousse mon sac à main sous ma chaise pour ne pas gêner les serveurs qui vont et viennent autour de la table en déposant les entrées devant nous.
C’est un Millefeuille de la mer, le must des tables de restaurants depuis quelques semaines.

—  Souhaitez-vous un verre de vin ?
Le serveur tient dans sa main, une bouteille de Chablis. Ma conscience sort son plus grand verre sur pied impatiente de goûter à ce vin blanc très apprécié en Angleterre.
J’hésite car je dois prendre la route dans quelques heures. D’un autre côté, le vin blanc ne se refuse pas et se marie parfaitement bien avec le poisson.
—  Juste un fond, je tranche en souriant à l’homme qui s’empresse de remplir mon verre. Merci beaucoup.
Lorsque l’employé s’éloigne pour servir nos voisins de table, je dépose la serviette blanche sur mes cuisses. John qui attend que je commence à manger pour en faire de même me sourit.
—  Bon appétit, me dit-il.
—  Merci. Bon appétit à vous aussi, je murmure en prenant mes couverts.
Je coupe un morceau du Millefeuille, pique avec ma fourchette dedans et la porte à ma bouche. Je savoure les différentes saveurs qui composent ce plat.
Pendant le repas, le vieil homme et moi discutons gaiement.
Cet homme est d’une extrême gentillesse. Il s’intéresse à ma vie, à mon quotidien de maman. J’apprends qu’il est déjà grand-père à plusieurs reprises et arrière-grand-père. Il s’enthousiasme à l’idée de rencontrer ma petite Eleanore pendant le tournage.
Étonnement, j’arrive facilement à parler de moi alors qu’en général, je déteste faire ça. Je préfère toujours garder une part de mystère sur ma vie.
Il me parle de sa famille, de sa femme qui est son amour d’enfance, de ses enfants dont il est fier, de ses petits-enfants et de leurs bêtises et de son arrière-petite-fille qui est née il y a quelques jours.

Á la fin du repas, une heure plus tard, nous retournons dans la salle des auditions pour les délibérations.
Pendant notre absence, quelqu’un est venu enlever la longue table pour ne laisser que les chaises qui forment à présent un cercle. J’ai l’impression de revenir au temps de l’école, lorsque nos professeurs voulaient que nous débattions entre nous d’un sujet ou d’un autre.
—  Il lui manque ce petit quelque chose pour interpréter Robyn, dis-je en essayant de regarder tout le monde.
Assise à côté de John, j’expose mon point de vue. Je n’arrive pas à être aussi critique que les autres. Alors, je me contente juste de dire ce que j’aime chez les acteurs qui ont ma préférence pour les rôles principaux.

Nous ne débattons pas longtemps, car nous sommes presque tous d’accord sur le choix final.
—  Je veux que vous soyez présente, me dit Andréa en se levant.
Elle souhaite surtout me présenter aux acteurs qui vont donner vie à mes personnages, mais en même temps, cette fois-ci, je suis très curieuse alors, j’accepte.
Avant de partir, je salue chaleureusement John et le remercie pour cette invitation et cette journée incroyable.
—  Nous aurons l’occasion de nous revoir bientôt, dit-il en me serrant la main. Je compte me promener souvent en Écosse dans les prochains temps. Ne changez jamais Léa, vous êtes une personne authentique et, cela devient rare de nos jours.
Je rougis, le remercie encore une fois et suis Andréa hors de la salle.
C'est elle qui va annoncer le casting final aux acteurs qui attendent dans une salle attenante à la nôtre.


Mon cœur bat à cent à l’heure. Je suis impatiente de voir les réactions des acteurs choisis et en même temps, j’ai peur de voir mon histoire prendre vie.
—  C'est important pour moi que vous soyez présente, m'explique Andréa en marchant à mes côtés dans les couloirs des studios.
Elle relit les notes qu'elle tient à la main. Je ne sais pas si ce sont les consignes données par les studios mais la réalisatrice est très concentrée sur sa lecture. Je n'ose rien ajouter et me contente de marcher à ses côtés.
Quelques minutes plus tard, elle se stoppe devant une porte.
—  Prête ? demande-t-elle en souriant.
Je suis impatiente, surexcitée même ! Je hoche la tête. Elle semble comprendre car son sourire s’agrandit pendant qu’elle ouvre la porte. Le brouhaha nous englobe lorsque nous entrons dans la pièce. Les acteurs sont assis sur des fauteuils en cuir noir. Certains discutent entre eux, d’autre pianotent sur leur portable. Sur les visages, je vois de l’anxiété. Je suis contente de ne pas être à leur place, mes nerfs et mes ongles n’auraient pas supporté l’attente.
Le plus discrètement possible, je me mets dans un coin de la pièce pendant qu’Andréa s’avance au centre de celle-ci. Sur son passage, plusieurs acteurs se redressent, les conversations cessent. Le moment est venu.
Plusieurs personnes me jettent un regard curieux avant de reporter leur attention sur la réalisatrice qui sort ses notes. Lorsque le silence est total, elle commence : —  Merci à tous pour votre professionnalisme, votre patience. Les choix que nous avons faits n’ont pas été faciles à prendre. Mais, avant de vous donner les noms du casting, je veux vous présenter la jeune femme qui a donné naissance aux personnages que certains d’entre vous vont incarner à l’écran, Mlle Léa Lewis, lance-t-elle avant d’applaudir.
D’un mouvement de tête, elle m’invite à m’avancer dans la pièce.
Quand faut y aller, faut y aller.
Je rougis comme une tomate en avançant. Mon cœur bat trop rapidement, mes joues sont brûlantes, j’ai très chaud. Je n’ose regarder personne, je fixe un point invisible sur le mur en face de moi. J’ai envie d’aller me cacher dans un petit trou de souris.
— Merci beaucoup, je murmure en espérant ainsi interrompre les applaudissements qui me mettent mal à l’aise.
Je suppose que je dois dire quelques mots alors, je redresse la tête, m’éclaircis la voix et ajoute d’une voix plus forte mais qui tremble quand même un peu : – Vous êtes tous très talentueux. J’ai pris beaucoup de plaisir à vous regarder donner vie aux personnages de mon livre. Beaucoup d’entre vous ont réussi à me faire découvrir de nouvelles facettes d’eux. Merci à vous.
Je jette un regard circulaire à la pièce en souriant.
—  Elle a raison. Cependant, nous avons dû faire un choix, reprend Andréa en sortant la liste où sont notés les noms des acteurs retenus.
Elle distribue les rôles et, de ma place, je vois sur le visage de certains l'espoir d’une éventuelle carrière s'ouvrir à eux s'envoler. Pour d’autre, c’est de la déception. Pourtant, la plupart sont déjà connus en Angleterre. Je suis d’ailleurs certaine que beaucoup d’entre eux auront une belle carrière au cinéma que ce soit ici ou à l’étranger.
Andréa a un mot gentil, un encouragement pour chacun. Je souris. J’avais des préjugés sur le monde du cinéma. Je pensais que la plupart des réalisateurs étaient sans cœur ! Andréa est la preuve du contraire. Elle aime vraiment ce qu’elle fait.
Son discours terminé, elle prend le temps de raccompagner les acteurs non retenus hors de la salle en discutant avec eux. Pendant ce temps, les acteurs choisis se félicitent. Certains se tapent dans la main, d’autres se serrent dans les bras. Une actrice crie surexcité dans son téléphone : – J’ai le rôle maman !
Je n’ose toujours pas bouger. Un sourire mi-poli, mi-crispé est plaqué sur mon visage où mes joues sont toujours très rouges. Ma main gauche, triture la fermeture de mon sac à main.
—  Si jamais vous avez des questions sur votre rôle, n'hésitez pas à en parler à Léa. Je suis certaine qu'elle sera ravie de vous éclairer, ajoute Andréa qui est revenue dans la pièce.
J'acquiesce en souriant timidement. Je ne vois pas ce que je peux apporter de plus à ce que j'ai vu aujourd'hui. Ils ont déjà tous cerné leur personnage.
Quelques instants plus tard, un employé entre dans la pièce, un plateau dans les mains avec, à première vue ce qui doit être du champagne. Andréa prend son verre, le lève en regardant tout le monde.
—  Buvons à cette nouvelle aventure, lance-t-elle joyeusement.
—  Á cette aventure, répètent les autres en chœur en levant leurs verres.

Les conversations reprennent, d'autres commencent. Je suis tellement heureuse d'avoir pu partager mon avis sur les acteurs choisis.
—  J'ai lu votre roman lorsque j'avais quatorze ans, m'aborde la jeune fille qui doit interpréter Moïra.
C’est la plus jeune de la bande. Elle est déjà connue en Angleterre pour avoir joué dans plusieurs films à gros budget. D'après ce que j'ai lu sur sa fiche, elle a dix-sept ans et s'appelle Jane.
—  J'ai adoré votre roman, je l'ai lu une centaine de fois, si ce n’est pas plus. Encore maintenant, je pleure toujours en lisant la fin. C'est un honneur pour moi d'interpréter Moïra.
Elle me fait face. Comme la plupart des acteurs présents, elle porte un jean et un large t-shirt blanc.
Je suis touchée par sa confidence.
—  J'ai pleuré aussi en écrivant la fin, j'avoue un peu gênée.
Elle me sourit et continue de me parler de tout et rien. De sa vision de Moïra, au téléfim qu’elle a regardé hier soir. Malgré son impressionnant curriculum vitae, elle ne semble pas avoir la grosse tête. Je sens que l’on va bien s’entendre.

—  Tu devais être jeune lorsque tu as écrit cette histoire.
Un verre de champagne à la main, l’interprète d’Andrew se stoppe à nos côtés.
—  J’avais dix-neuf ans, presque vingt, je réponds en remarquant que les deux acteurs ont un air de famille.
—  Tom ! Toi et tes questions ! Le taquine Jane en riant.
Ledit Tom, passe son bras autour des épaules de la jeune fille qui lui fait un clin d’œil complice.
—  Tom est mon cousin, explique-t-elle. Sa maman et la mienne sont sœurs. C'est lui qui m'a donné envie de faire du cinéma. Il a un talent fou.
L’acteur lève les yeux au ciel, ses joues se colorent légèrement. Pour cacher son embarra il la pousse doucement de l’épaule et dit en me souriant : – Elle dit des bêtises.
Une aura de douceur et de gentillesse émane de lui. Je n’ai jamais vu des yeux aussi bleus que les siens. Très claire et pourtant si doux. Ce n’est certes pas poli, mais je l’observe pendant plusieurs secondes avant de sursauter en entendant le rappel de mon téléphone.
« Let's Spend The Night Together des Stones » résonne dans la pièce. Plusieurs personnes stoppent leur conversation pour se tourner vers moi. Rouge écrevisse, je cherche désespérément mon téléphone qui se cache quelque part de mon sac. C’est toujours comme ça ! Il est pour une fois rangé correctement à sa place dans une poche, je retiens un cri de victoire lorsque ma main se referme autour de lui de peur d’attirer encore plus l’attention sur moi.
Il est quinze heures. Je dois partir récupérer Eleanore chez mon père.
Je salue Jane et son cousin, avant d'aller remercier Andréa pour son invitation à cette journée.

Cette journée a été intéressante et fatigante à la fois.
Mes journées le sont la plupart du temps, la routine n'y a pas sa place.
Il en est ainsi lorsqu'on est mère et autrice. 
Les journées qui passent ne ressemblent jamais aux précédentes et, c'est ce que j'aime particulièrement dans ma vie.

Tournage écossais by Mary-m

 

Assise sur un rocher face à la mer, j'observe les vagues qui se déchaînent. Elles viennent mourir avec fracas contre les rochers, laissant l’écume comme seule trace de leur passage. Cette sorte de mousse qui ondule quelques minutes sur l'eau avant de disparaître. Le soleil passe faiblement entre les nombreux nuages. De couleur gris foncé, noirs, ils menacent de déverser sur nous des litres d'eau.

Le vent, fait voler mes cheveux autour de mon visage. Sans quitter la mer et le ballet mouvementé des vagues des yeux, je resserre mon gilet en laine autour de mes épaules. Il fait de plus en plus froid à mesure que les jours passent. D'ailleurs, cela fait quelques jours que la radio locale a annoncé l'arrivée d'une tempête qui nous touchera dans les prochaines heures. Celle-ci risque de faire beaucoup de dégâts dans la région.

Cela fait deux mois que le tournage a commencé. Au début, je faisais souvent la navette avec Londres. L'Écosse a été choisi pour sa ressemblance avec les paysages de mon roman. Il y a une semaine, par soucis d'écologie, j'ai décidé de limiter mes trajets, et, de venir passer quelques jours ici. C'est plus facile à faire avec une enfant qui n'est pas encore scolarisée et, un métier qui peut s'exercer partout.

— Je savais que tu serais ici.

Je commence à connaître cette voix. Il n'ajoute rien et vient s'asseoir à mes côtés sur ce rocher un peu inconfortable. Les yeux toujours vers l'horizon, je sens son regard se poser sur moi.

Du coin de l'œil, je le vois lever la main gauche et l'approcher de mon visage. Il hésite, secoue la tête et repose sa main à côté de lui, sur le rocher.

— Eleanore te réclame, murmure-t-il en observant à son tour la magnifique vue qui s'offre à nous.

— Elle vous aime tous, je réponds en quittant les vagues des yeux.

Je tourne la tête vers lui et observe ce visage que je connais presque par cœur à présent.

Sa légère barbe de quelques jours qui le vieillit de quelques années.

Ses cheveux mi-longs noirs.

Les ridules autour de ses yeux qu'il nie avoir.

La petite cicatrice sur son nez.

Ses yeux d'un bleu profond et intense qui rencontrent les miens et pétillent lorsqu'il me sourit.

 

— Tu sais, commence-t-il doucement.

Mais, très vite, ses yeux bleus deviennent orageux.

— Son père n'est qu'un idiot ! Idiot d'être parti lorsque tu étais enceinte. Maintenant, c'est lui qui perd et n'a pas la chance de connaître cette enfant incroyable. Moi...

Il se stoppe, fronce les sourcils et, me regarde. Son regard s'adoucit puis il ajoute, d'une voix plus douce, presque timide :

— Je ne t'aurais jamais abandonné.

Je rougis. Ma gorge se serre. Nerveusement, je triture la manche en laine de mon gilet. Je suis mal à l'aise. Tom ne connaît pas toute la vérité.

Il ne sait pas que, je n'ai pas donné la possibilité au père d'Eleanore d'apprendre son existence avant et après sa naissance. Il ignore que le père d'Eleanore, est aussi acteur.

Bien sûr, je regrette de mentir mais, je ne me voyais pas lui dire ça si peu de temps après notre rencontre. Je ne le connaissais pas suffisamment pour me confier à lui sur cette situation particulière.

Cela aurait pu donner quelque chose du genre : « Tu sais Tom, le père d'Eleanore est un acteur très connu avec qui, j'ai couché juste une fois ». Et de rajouter en voyant sa tête : « non, non, je ne suis pas folle ».

Hors de question !

Peut-être qu'un jour, si j'ai le courage de tout lui raconter. Mais, pas maintenant.

 

 

— Tu es gentil Tom, je réponds en me levant.

Il me tend la main pour m'aider car, la roche devient glissante à mesure que le soleil descend sur l'horizon et que l'humidité se lève. Une fois sur le chemin de terre, il enlève sa main et marche à mes côtés.

Je m'entends très bien avec Jane et Tom. Hors tournage, je passe beaucoup de temps avec eux. D'ailleurs, ils viennent souvent avec Eleanore et moi, jouer aux touristes d'un jour. Depuis le début de nos petites vacances improvisées, nous avons visité tous les quatre, quelques villages environnants. Eleanore a adopté les deux acteurs très rapidement. Elle les considère comme des membres de notre famille.

 

L'hôtel où nous logeons se trouve à dix minutes à pied de la mer. C'est là, que l'équipe a pris ses quartiers le temps du tournage. Pour être au plus près de l'action, j'ai donc loué une chambre pour la durée de nos vacances. Ce petit hôtel de bord de mer, qui cadre merveilleusement bien avec le paysage, fait plus pension de famille que gros hôtel touristique. Il appartient à un charmant couple de soixantenaires. Ils l'ont hérité d'un oncle éloigné. Depuis, avec beaucoup d'amour, ils prennent soin du bâtiment et des gens qui y passent. Ce couple est exceptionnel et d'une grande gentillesse. Ils adorent Eleanore comme la plupart des membres de l'équipe. Et elle leur rend bien.

— Oh, dit Tom en ouvrant la porte d'entrée de l'hôtel.

Curieuse, je lui jette un regard interrogateur, pendant que, en parfait gentleman, il se recule pour me laisser passer devant lui.

— Je vais pouvoir te présenter mon meilleur ami. Il vient passer deux jours ici. Je suis certain que tu vas très bien t'entendre avec lui. Il est aussi fou que moi, si ce n’est plus, ajoute-t-il en riant.

Tom ne m'a jamais parlé de son meilleur ami. En revanche, il m'a présentée à ses parents quand ils sont venus lui rendre visite, il y a une semaine. En si peu de temps, Tom m'a considérée comme une sorte de petite sœur. Je suis persuadée que si cela continue, il va bientôt demander à ses parents de m'adopter.

 

Au souvenir de la personnalité adorable de sa maman, je souris. Elle est si souriante et prévenante avec tout le monde. Elle aime son fils plus que tout et l'encourage dans chaque étape de sa vie.

Le soir, la veille de leur départ, nous étions à table lorsqu'elle m'a avouée être une fan. Ce qui, m'a fait rougir intensément. Tom, assis à mes côtés en a profité pour me taquiner. Sa maman ne part jamais sans emporter mes romans dans ses bagages et, a fini par me demander si je voulais bien les lui dédicacer . Ce que je me suis empressée de faire. Elle est admirative de mon parcours d’autrice et maman.

Sa réaction est en totale opposition à celle de ma propre mère. Quand elle a appris que j'étais enceinte, elle m'a ordonnée de me débarrasser de cet enfant qui, selon elle, m'empêcherait de réussir ma vie. Notre relation a toujours été compliquée. Depuis, elle l'est encore plus. Mais, cela ne me gêne pas car, j'ai la chance d'avoir un père formidable. Compréhensif, et à l'écoute, il est la définition du père idéal que tout enfant rêve d'avoir.

Jack et lui m'ont accueillie à bras ouverts quand je suis arrivée chez eux en pleine nuit. Ils m'ont aidée pendant ma grossesse et, après la naissance d'Eleanore. D'ailleurs, ils sont heureux d'être grands-pères aussi jeunes pour pouvoir en profiter plus longtemps. Ils prédisent déjà qu'ils seront de vieux râleurs complètement cons !

 

Lorsque nous entrons dans le salon à l'éclairage tamisé, un feu accueillant ronfle dans la cheminée. Jane fait rire Eleanore avec des grimaces dont elle seule a le secret. Ma petite fille rit aux éclats encourageant la jeune femme à continuer à faire le clown.

Tom laisse échapper un rire lorsque sa cousine imite un éléphant, dévoilant notre présence dans la pièce. Lorsqu'elle me voit, Eleanore se met debout et court vers moi en riant. Pour être à sa hauteur, je m'accroupis et ouvre grand mes bras pour la réceptionner. Une fois son petit visage caché dans mon cou, je la sers fort contre moi et me relève avec elle.

— Arrête de sourire comme un idiot Tom, rigole Jane en se moquant de son cousin.

Je me tourne vers lui avec Eleanore toujours dans mes bras. L'air de la mer l'épuise et vu l'heure, elle ne va pas tarder à s'endormir. Elle tient une mèche de mes cheveux, qu'elle frotte contre son visage. Attendrie, je dépose un baiser sur le sommet de son crâne en la serrant contre moi. Je l'aime tellement.

— Cela te va tellement bien, murmure-t-il en souriant.

— Tom, câlin Eano et maman, l'invite la petite qui tend un bras vers lui pour qu'il nous rejoigne.

 

Amusé, l'acteur sourit. Ma fille a de drôle d'idée parfois. Cependant, d'un mouvement de tête, je l'invite à s'approcher de nous. Une fois à notre hauteur, Eleanore tend un bras vers lui pour l'approcher davantage et se tenir à son cou. Elle me tient toujours avec l'autre main. Au final, cette proximité me met légèrement mal à l'aise. Notre position est difficile à décrire mais c'est la première fois que je suis aussi proche physiquement d'un homme depuis la nuit où Eleanore a été conçue.

Un flash me fait sursauter, je relève les yeux et regarde Jane qui, en a profité pour nous prendre en photo.

— Vous êtes trop chou, dit-elle en montrant la photo sur son portable.

 

C'est vrai que la photo est très jolie. Eleanore et Tom sont vraiment très bien dessus. Ils sourient tous les deux. Ma puce a les yeux qui pétillent. Le regard de l'acteur est doux. Moi par contre, mes joues sont rouges et mon sourire est crispé.

— Léa, va falloir qu'on travaille ton sourire, se moque Jane en me faisant un clin d'œil.

Adepte de l'autodérision, je commence à rire de moi lorsque Jane se tourne vers la porte de la pièce en écarquillant les yeux. Elle sourit et s'élance vers la sortie .

— Je n'en reviens pas que tu sois ici. Tom ne m'a rien dit, dit-elle, d'une voix légèrement aiguë et surexcitée.

 

Intriguée, je me tourne vers la porte. Après ce bref câlin à trois, Eleanore a voulu rester dans les bras de Tom qui lui montre des gravures d'animaux sur le manteau de la cheminée. Ils s'entendent bien tous les deux.

Jane est à moitié cachée dans les bras d'un homme assez grand qui la sert avec force contre lui. Plus grand qu'elle, il doit se pencher en avant pour l'enlacer. Le visage de l’inconnu est caché par la capuche de son sweat noir.

Ce doit être lui, le fameux meilleur ami de Tom.

 

 

Le meilleur ami de Tom by Mary-m

— Que je suis heureuse de te voir !

Le meilleur ami de Tom rigole en serrant Jane contre lui. Il porte une casquette noire, des lunettes de soleil de marque et, la capuche de son sweat cache toujours son visage. Je trouve étrange de porter des lunettes de soleil avec un ciel si menaçant. Cela doit être une mode à laquelle je ne comprends strictement rien.

— Jane ! Cesse de monopoliser Alex !

Debout à leurs côtés, Tom attend son tour. Son attitude faussement impatiente me fait sourire.

— Ça va, ça va, marmonne Jane en se reculant. Tu vas l'avoir ton câlin.

Pour la forme, son cousin la pousse légèrement et serre son meilleur ami contre lui. De ma place, je vois à quel point ils sont heureux de se retrouver. Ce que je comprends d'autant plus que ma meilleure amie me manque énormément. Cela fait trop longtemps qu'elle n'est plus revenue en Angleterre.

— Tu as fait bon voyage ? lui demande Tom.

— J'ai connu mieux mais le principal est d’arriver entier, répond son ami.

Il est vrai que la route cabossée que nous devons emprunter pour arriver dans cette partie reculée d’Écosse est loin d’être agréable.

 

— Maman, qui ?

Éleanore jette des regards intrigués et curieux vers les trois amis. Je baisse la tête vers elle et la serre un peu plus contre moi.

— C'est un ami de Tom, je murmure pour ne pas les déranger dans leurs retrouvailles.

— On va dans notre chambre ?

Ma fille acquiesce en se frottant les yeux. J'en connais une qui ne dirait pas non à une petite sieste. Je la comprends, moi aussi je me sens complètement épuisée. Je crois l'air de l’Écosse n’y est pas étranger.

Je l'embrasse sur le front et m'avance vers la sortie. J'aurais de toute façon l'occasion de faire connaissance avec le meilleur ami de Tom pendant le repas du soir qui sera servi dans deux heures.

 

Presque sur la pointe des pieds, j'atteins la porte du salon lorsque Tom me stoppe. Il dépose sa main droite sur mon épaule.

— Tu ne vas pas filer comme ça, dit-il. Viens que je te présente !

Les valises attendront ! L'enthousiasme de Tom est perceptible et je me laisse guider vers les deux jeunes en pleine conversation. Lorsqu'elle nous voit, Jane cesse de parler, et se tourne vers nous en souriant. Le nouvel arrivant, lui, enlève ses lunettes.

— Tu vas l'adorer, murmure Tom juste pour moi.

Le temps se fige quand le meilleur ami de Tom enlève la capuche de son sweat et sa casquette.

Je dois rêver !

Je me rends compte que je me suis stoppée net alors que Tom ne comprend pas ce qui se passe ni ce que je ressens me tire par la main pour nous arrêter devant eux. Pourtant, son meilleur ami, ce nouvel arrivant, est l'inconnu d'il y a deux ans. Le père d'Éleanore. Et, en ce moment, je ne rêve que d’une chose : fuir le plus vite possible de la pièce, de l'hôtel, du pays et même, du continent.

Tout ce que j'entends, c'est mon cœur qui bat rapidement dans ma poitrine et dont le bruit se répercute en écho partout dans mon corps jusque dans mes tempes. Au moment où son visage est libéré, le nouvel arrivant passe une main dans ses cheveux en bataille. Le même tic qu'il y a deux ans. Comme si rien n’avait changé.

Je ferme un instant les yeux lorsqu'un souvenir refoulé et enfoui depuis bien longtemps refait surface. Je me souviens de ce matin-là où je suis partie comme une voleuse de son appartement. Je me revois allongée à ses côtés alors que nous venions de passer une nuit ensemble. Et le fruit de cette nuit, se trouve là, dans mes bras. Elle somnole à moitié. Sa tête repose sur mon épaule droite, ses mains entourent mon cou, et son petit poing est fermé autour d'une mèche de mes cheveux.

L'acteur qui pianote sur son téléphone ne s'est sans doute pas encore rendu compte que le réseau ici est lamentable. Il n'a pas encore levé une seule fois les yeux vers moi, ce qui m'arrange.

Je resserre mon étreinte autour du petit corps que je tiens dans mes bras. Je dois garder un visage serein. Je sais que je peux le faire. Enfin, je crois ! Mon cœur bat rapidement, ma nuque est trempée de sueur et, j'ai peur, très peur.

D'un côté, j'espère que je suis en train de rêver ou plutôt, de faire un cauchemar car, cela ne peut pas être vrai ! Quelles étaient les chances pour que nous nous retrouvions ici, dans cet hôtel ensemble ? Et surtout, quelles étaient les chances pour que Tom soit son meilleur ami ?

« Ne craque pas, pas maintenant ! », me répète ma conscience qui est sur ses gardes.

 

— Léa, commence joyeusement Tom qui me ramène dans la pièce avec eux. Voici Alexander Wills, Alex pour les amis. Alex, mon vieux, je te présente Léa Lewis.

Alexander qui vient de se rendre compte qu'il n'y a pas de réseau marmonne des choses inintelligibles. Tom toussote pour attirer son attention. Il lève les yeux de son téléphone. Ses yeux se posent sur moi. Je sens mon cœur qui menace de sortir de ma poitrine et mes jambes qui vont céder sous mon poids.

Lui, écarquille les yeux. Je sais qu'il vient de me reconnaître. Il détaille mon visage, impassible. Pourtant, je le sens tout aussi surpris que moi de me trouver là ! Il fronce les sourcils et ouvre la bouche pour parler mais, au dernier moment, se ravise.

Je n'ose pas le quitter des yeux. Je n'arrive tout simplement pas. Je suis sous le choc ! Sous le choc de le trouver là, devant moi dans cet hôtel. Je joue réellement de malchance.

Tom, qui ne semble se douter de rien, sourit. Il doit prendre mon air ahuri pour de la surprise de me trouver devant l'acteur le plus en vue depuis quelques années à présent. La star mondialement connue alors que non, je suis juste sous le choc. Je sursaute lorsqu'un bruit de casserole résonne dans la pièce d'à côté et explose cette bulle de souvenirs qui nous entoure. Alexander sourit en coin. Est-il vraiment en train de se moquer de moi ?

J'ai envie de fuir. Je dois fuir ! Fuir le plus loin possible de lui. Fuir cet endroit et retourner en Angleterre. Non ! Non ! L'Angleterre n'est pas une bonne idée, Tom connaît mon adresse. Je dois partir plus loin.

« Réfléchis Léa, réfléchis », murmure ma conscience qui tourne comme un lion en cage.

Je vais rejoindre Angie, ma meilleure amie sur sa tournée aux U.S.A. En voilà une bonne idée ! Je regrette presque d'être coupée de la technologie dans l'hôtel. Je ne peux pas prendre sur le champ deux billets d'avion pour partir dès ce soir.

— Je suis heureux de te rencontrer Léa.

Alexander brise le silence installé depuis quelques minutes.

Je me retiens de froncer les sourcils. Je suis étonnée qu'il agisse comme si c'était la première fois que nous nous rencontrions.

Á ses côtés, Jane ne parle pas ce qui est assez rare pour être souligné. Je n'arrive pas à déchiffrer son regard mais, au fond de moi, je sais qu'elle a compris plus de chose que je ne l’espérais.

Allez Léa, tu peux le faire. Souris et réponds-lui !

— Moi aussi.

 

 

Un repas sous tension by Mary-m
Author's Notes:

Un immense immense merci aux merveilleux, adorables commentaires que j'ai reçu sur mes chapitres précédents. <3

J'attrape un plaid blanc sur le bord du lit et entoure mes épaules. Je jette un dernier regard à la petite fille endormie pour vérifier qu'il n'y a rien de dangereux autour d'elle et sors de la chambre. Dans le couloir, je resserre le plaid autour de moi. Il fait froid depuis quelques heures et même si, les différentes cheminées de l'auberge sont allumées, je frisonne. Je commence à connaître la décoration de ce couloir mais, je continue à chaque fois d'observer les différents portraits des Écossais célèbres avec admiration. Presque religieusement, j'observe les uns après les autres, ces hommes et ces femmes qui ont marqué l'histoire. Même si je dois absolument voir Louise, je prends mon temps. D'ailleurs, au moment où j'arrive à l'accueil, elle est derrière le comptoir en pleine conversation.

Non ! dites-moi que je rêve ! 

Louise, les joues rouges à force de rire, discute joyeusement avec Alexander qui semble lui raconter quelque chose d'assez drôle.

Je reste plantée au milieu du couloir à les regarder discuter. Alexander qui tient à présent une brochure pour une promenade en montgolfière s’intéresse à ce que la gérante doit lui expliquer. Je pince les lèvres. Je suis contrariée, je n'aime pas que mes projets soient reportés. Je veux partir d'ici le plus rapidement possible. Alors, je voulais profiter de la sieste d’Eleanore pour venir payer le reste de notre séjour. En les regardant discuter, je sais que cela ne sert à rien. Et, comme c'est parti, ce n'est pas près de s'arrêter. Découragée, je fais demi-tour pour retourner dans la chambre, boucler nos derniers sacs. Je reviendrais plus tard.

 

— Drôle de journée.

Je sursaute. Mes yeux s'écarquillent sous la surprise. Je me stoppe. Ce n'est vraiment pas mon jour de chance. J'hésite.

Mais, quand faut y aller, faut y aller.

Je me retourne et me retrouve nez à nez avec Alexander qui me sourit. Son parfum, mélange de bois de cèdre et mandarine vient m'englober. L'odeur est très agréable. Ses yeux verts détaillent mon visage comme s’il n’était pas vraiment certain que ce soit moi, là, devant lui. Les mains dans les poches de son jean, il attend sans doute que je réponde à cette tentative de conversation. Mais, soyons honnête, que puis-je bien lui dire ?

« J'ai vu que tu lisais un prospectus sur une promenade en montgolfière au-dessus des Lowland ? ». Nous sommes d'accord, c'est ridicule.

— O...eu..hum...oui, je réponds simplement très mal à l'aise.

Son sourire s'agrandit. Il s'approche d'un pas, je recule de deux. En me voyant faire, Alexander fronce les sourcils.

— Léa, je dois te parler.

Mon cœur bat rapidement. Je me demande ce qu'il doit me dire. S’est-il rendu compte de quelque chose ? Jane lui a-t-elle dit ce qu'elle a compris en nous voyant tous les trois ?

 

C'est d'ailleurs elle qui me sauve. Elle arrive en courant vers nous. A côté d’ Alexander, elle sautille en lui tirant le bras.

— Je te le pique, me dit-elle en souriant.

Avec plaisir.

Au bout de quelques secondes, où, je suppose qu'il a compris qu'elle ne le laisserait pas tranquille, Alexander lève les yeux au ciel. Et, finit par capituler. Il me jette un regard désolé et suit la jeune actrice dans le grand salon où Tom doit les attendre. Lorsque, je suis certaine qu'ils ne peuvent plus me voir, je m'adosse au mur derrière moi et reprends ma respiration. Mon cœur bat toujours à un rythme très saccadé. Jane vient de me sauver la mise. Elle m'a permis de ne pas rester trop longtemps aux côtés de lui.

 

Maintenant qu'il n'est plus là, je quitte le couloir et me rends à l'accueil. Après tout, c'est pour ça que je suis sortie de la chambre ! Louise qui range des prospectus pour diverses promenades dans la région redresse la tête quand je me stoppe devant elle.

— Miss Lewis, que puis-je pour vous ?

Me sortir de cet enfer.

— Je viens régler mon séjour et vous prévenir que nous partons ce soir.

Je sors le portefeuille de la poche l'arrière de mon jean où je l'ai glissé avant de quitter la chambre.

La vieille dame fronce les sourcils. Ses yeux noisette se plissent légèrement comme si elle tentait de percer le mystère de ce départ anticipé. Au bout de quelques seconds où j'ai l'impression de passer au rayon X, elle dit :

— Pierre vient de revenir du sentier. Un tronc d'arbre est tombé et il est impossible de rejoindre la route. Personne ne peut venir l'enlever avant lundi matin.

Mon cœur se serre. Mes yeux me piquent. Qu'est-ce-que je vais bien pouvoir faire si la nature elle-même se ligue contre moi ? Je n'ai vraiment pas envie de rester dans le même endroit que lui. Je ne veux pas prendre le risque qu'il se rende compte que Eleanore est sa fille.

— C'est que je dois vraiment partir aujourd'hui.

Louise hoche la tête. Elle semble comprendre mon désarroi même si elle est loin de la vérité.

— Ce serait dangereux, murmure-t-elle doucement en me tapotant la main droite que j'ai posée sur le comptoir.

J'acquiesce. Bien sûr que c'est dangereux ! Je me trouve d'ailleurs égoïste d'avoir pu risquer la vie de ma fille pour l'éviter lui. Après tout, je suis une adulte et, je suppose que je peux prendre sur moi et gérer cette crise. Je remercie Louise qui me regarde avec compassion et retourne dans la chambre. Je n'ai pas d'autre choix que de défaire nos valises. Bien sûr, nous devons éviter autant que possible Alexander. Tant pis pour Jane et Tom, nous aurons l'occasion de nous revoir après notre séjour aux U.S.A.

Le plus important est d’empêcher Alexander Wills d’approcher Eleonore !

*****

— Bon, bon, bon, je marmonne en tournant encore et encore une photo d'Eleanore bébé dans mes mains.

Je suis assise sur le bord de notre lit et, ce que vient de me dire Louise ne m'aide pas vraiment. Je regarde d'un œil noir les valises ouvertes. Je n'ai pas envie de les défaire. Je suis optimiste, si cela se trouve la tempête va juste nous frôler. D'ailleurs, je compte filer dès qu'elle sera loin et que les routes seront praticables. Eleanore joue sur notre lit. Sa sieste terminée, elle attend le repas du soir en jouant avec sa poupée qu'elle emmène partout. Je ne sais pas quoi faire pour réussir à la garder dans la chambre. D'ailleurs, je sais qu'au bout d'un moment Tom viendra nous chercher si nous restons enfermées.

— Croquette de pomme de terre ! je siffle entre mes dents en me laissant tomber en arrière sur le couvre lit.

Je repousse mes cheveux en arrière et repense avec nostalgie au soir où Angie et moi avons trouvé cette astuce. Ma meilleure amie dit énormément de gros mots dans toutes les langues qu'elle connaît. Comme elle n’a pas le droit d’en dire chez nous, un soir alors qu’Eleonore était au lit et après quelques bouteilles de vin rouge, Angie a trouvé que ce serait une chouette alternative. Et, il m'arrive de l'utiliser quand je suis vraiment en colère comme en ce moment.

 

— Peu maman ?

La mine sombre, je me redresse. Pour ne pas l'inquiéter, je plaque un sourire sur mes lèvres avant de sourire pour de vrai. Eleanore est debout devant moi. Dans sa petite main, elle tient sa robe de fée bordeaux qu'elle a trouvée dans sa valise. Cette adorable petite fille vient d'avoir une brillante idée.

— Quelle bonne idée, je réponds avec enthousiasme en me laissant glisser sur le sol pour l'aider à se préparer.

— Meci maman.

Eleanore tape dans ses mains avant d'essayer de retirer son t-shirt. Mais bien sûr, comme toujours, cela coince. Elle n'a pas encore totalement compris comment faire. Attendrie, je souris comme une idiote et lui vient en aide. Je la déshabille ne lui laissant que sa petite culotte à cœurs rose.

Puis l'habillage. D'abord, les petits collants blancs. Sa robe de fée et ses petites ballerines bordeaux trouvées par Jack à Paris. Ensuite, ses ailes de fée que j'accroche à la robe et enfin, le masque que je pose devant ses yeux. Ce masque, elle l'adore. Nous l'avons trouvé dans une boutique de déguisement lors d'un voyage en Espagne. Ma fille s'est transformée en fée masquée. Concentrée sur ma tâche, je glisse dans ses cheveux en désordre qui est mon héritage génétique, une couronne. Et, dans sa petite main droite, une baguette. Elle est adorable.

 

Pendant qu'elle lance des sorts dans la chambre, je vérifie ma tenue. Je fais la moue. J'adore le t-shirt que je porte. C'est un vestige de mes années d'adolescence où je suis tombée amoureuse de la musique des Stones mais, comme j'ai beaucoup grandi depuis, on voit un quart de mon ventre. Et, je suis trop pudique pour oser sortir de la chambre comme ça.

— On se voit très vite mon vieux, je murmure à mon t-shirt.

Oui, je parle à mes vêtements ! J'attrape dans la valise ouverte, un pull blanc en laine que j'enfile rapidement. De toute façon, le temps s'est rafraîchi et comme je suis frileuse, ce pull tombe à pic. Je frotte l'arrière de mon jean au niveau des fesses et enfile mes chaussures. Un petit coup de brosse dans mes cheveux et nous sommes enfin prêtes pour aller dîner avec les autres dans la grande salle à manger.

Avant de quitter la chambre, je souffle plusieurs fois pour me donner du courage. Eleanore qui saute partout, glisse sa petite main dans la mienne et, nous sortons de la chambre. Dans le couloir, nous avançons silencieusement. Je respire calmement pour essayer d'apaiser les battements rapides de mon cœur. C'est une véritable torture de me retrouver dans la même pièce que lui mais, je n'ai pas vraiment le choix. Eleanore doit manger. Sur le pas de la porte, je me force à ne pas faire demi-tour. Je plaque un sourire sur mes lèvres et jette un regard amusé à Eleanore qui me sourit. Je n'aime pas être au centre de l'attention alors je baisse la tête, les joues rouges, et m'avance dans la pièce. Lorsque je lève les yeux, je croise le regard amical de Tom qui me fait signe de venir le rejoindre. Comme à son habitude, il nous a gardé des places à ses côtés.

 

Eleanore du haut de ses deux ans, marche fièrement parmi toutes ces personnes, ces acteurs qui, eux ont l'habitude. Je crois, qu'elle doit tenir ça d'Alexander. Elle sourit quand on lui fait un compliment. Ceux-ci sont nombreux depuis son entrée dans la pièce. Et comme toujours, elle arrive à charmer son monde, cette coquine ! Lorsque nous arrivons à ses côtés, Tom soulève Eleanore dans ses bras et lui dit :

— tu es la plus belle fée que j'ai eu l'occasion de rencontrer.

Eleanore sourit de toutes ses dents avant de filer s'asseoir à côté de Jane.

— Tu as déjà eu l'occasion de rencontrer beaucoup de fée ? lui demande Jane en se moquant de lui.

Debout derrière eux, je souris. Ils se taquinent souvent l'un et l'autre mais, ils s'aiment vraiment beaucoup. Tom se passe une main dans les cheveux en faisant semblant de réfléchir.

— Voyons...hum...En fait, pas vraiment mais, Eleanore en est une.

Nous rigolons tous les trois. Au final, ce n'est pas si compliqué que ça. Je fronce les sourcils en cherchant dans la pièce Alexander.

Il s'est peut-être envolé.

Comme si elle avait lu dans mes pensées, Jane lance innocemment : – il prend sa douche, il nous rejoint après.

Elle ne m'a pas regardé en disant cela mais, et même si elle ne l'a pas précisé, je sais que cette information m'est totalement destinée.

Mon cœur se calme. Je suis contente d'apprendre cela car il y a une faible chance pour que nous ne le croisions pas aujourd'hui.

 

Eleanore est assise entre Jane et Tom. Je suis assise à la droite de ce dernier et je suppose que la chaise vide à la gauche de Jane est pour Alexander. Je me mords l'intérieur de la lèvre, c'est quand même vachement proche de Eleanore, même si elle est déguisée en fée masquée.

Lorsque Louise, toujours aussi souriante, nous annonce que le buffet de ce soir est ouvert, je me lève aussi vite que si je venais de me piquer les fesses avec une aiguille de couture. Tom me jette un regard amusé et prend son temps pour se lever.

Lorsque je passe derrière elle, je me penche vers Eleanore et lui donne les consignes qu'elle connaît déjà par cœur.

— Tu restes assise. Maman revient tout de suite.

— Bien zur, elle affirme avec son sourire espiègle en me faisant un rapide câlin.

 

Décidée à ne pas traîner dans les parages, je me joins à la file qui attend déjà devant le buffet. J'attrape une assiette pour Eleanore et la remplis d'un peu de spaghettis à la sauce bolognaise, son plat préféré.

Dans la salle à manger, les discussions sont joyeuses. Les bruits des couverts se mélangent au reste, cela donne une belle cacophonie apaisante. J'écoute d'une oreille distraite les deux hommes devant moi qui parlent de la météo et des prévisions pour les prochains jours.

— On va être bloqué à l'intérieur pendant plusieurs jours, affirme le roux.

— On prend du retard, soupire l'autre.

A mon tour, je soupire. Cela ne laisse rien présager de bon.

 

La salle à manger sent bon le pain d'épice, la viande et les pains. Louise a encore réussi à préparer un repas digne d'un banquet.

—J'ai menti tout à l'heure.

Le souffle chaud de Tom caresse mon cou et mon oreille droite. Du bout des doigts comme une caresse, il enlève une mèche de cheveux qui tombe sur mon épaule à demi nue. Je frisonne.

— Comment ça ?

Je chuchote en avançant par petits pas pour suivre la file et m'approcher des petits pains au lait que Eleanore adore.

— Eleanore n'est pas la seule fée que j'ai rencontrée.

Je serre fort les lèvres pour ne pas rire et continue d'avancer dès que c'est possible. La présence de Tom dans mon dos, contre moi, ne me dérange pas. Son souffle contre ma peau est plutôt agréable et réchauffe mon corps.

Je mentirais en disant que notre proximité pendant que Jane nous prenait en photo plus tôt dans la journée ne m'a pas perturbée.

— C'est vrai ?

Au moment où le photographe des studios passe devant moi en s'excusant pour attraper une fourchette, Tom glisse sa main dans mon dos pour me guider et m'éviter de lui rentrer dedans. Je frisonne. Mes jambes tremblent un peu, une boule de chaleur se propage dans mon ventre. Tom est le premier homme depuis Alexander à être aussi proche de moi. Je n'ai plus l'habitude.

— Bien sûr. Si c'est une fée, sa maman doit l'être aussi, non ? donc, ça fait bien deux fées que je connais.

Cette fois-ci, je ne me retiens pas et pouffe de rire. Tom est comme ça, adorable, attachant et marrant.

 

— Il y a quoi de bon à manger ?

La voix masculine qui résonne à nos côtés, me fait sursauter. Malgré moi, je m'éloigne de Tom. Je regarde toujours devant moi pour cacher le trouble provoqué par Tom. J'ai envie de répondre à Alexander qu'il lui suffit simplement de regarder autour de lui. Mais, je me tais et finis par réussir à attraper un petit pain au lait. Sans un regard pour Alexander, je souris à Tom et retourne près de Eleanore pour déposer l'assiette devant elle.

La petite fille est en pleine conversation avec Andréa qui est venue s'asseoir à une place libre à ses côtés. La réalisatrice la complimente sur sa tenue originale. Lorsqu'elle me voit, Andréa me félicite encore une fois d’avoir une petite fille si adorable et s'éloigne vers le buffet.

 

Même si je ne les regarde pas, je sens leurs regards sur moi.

— Meci maman, dit Eleanore lorsque je dépose l'assiette devant elle.

Je lui souris, lui sers un gobelet d'eau, vérifie qu'elle ne manque de rien et vais m'asseoir à ma place.

Je n'avais pas tellement faim en arrivant dans la pièce, mais savoir que je vais devoir partager ce repas avec lui me coupe littéralement l'appétit. Bien sûr, je ne peux pas empêcher Eleanore de se nourrir. Alors, je prends mon mal en patience. Alors je prends mon mal en patience, même si je voudrais être partout ailleurs qu’ici. Lorsque les deux acteurs viennent s'asseoir à table avec des assiettes bien remplies, je jette plusieurs coups d’œil à ma fille pour vérifier qu'elle est toujours bien cachée par son masque de super fée.

 

Jane essaie plusieurs fois de la convaincre d'enlever son masque pour ne pas le salir mais, la petite refuse en secouant la tête. Jane perd son temps, il n'y a pas plus têtue que ma fille.

— Ce n'est pas grave si elle le salit.

Eleanore est contente de mon intervention. La bouche barbouillée par la sauce, elle sourit de toutes ses dents.

— Elle est vraiment adorable, murmure Tom qui est assis à côté de moi.

J’acquiesce distraitement. Il tente de faire la conversation mais, la magie de la file d'attente s'est envolée et puis, je suis tellement sur les nerfs que je ne suis pas réceptive à ce qu'il me raconte.

— Tu devrais manger, dit Tom pour la dixième fois en quelques minutes.

Je secoue la tête, bois une longue gorgée d'eau pour éviter de répondre une énième fois. Je ne me vois pas lui expliquer que je n'arrive pas à avoir envie de manger car son meilleur ami se trouve à quelques chaises de moi et, encore pire, à quelques chaises de sa fille ! Non ! Il me prendrait pour une folle.

 

Malgré la présence de l'acteur dans la salle à manger, je discute un peu avec mes autres voisins de table. Ce sont les membres de l'équipe technique. Les ingénieurs du son. Ils sont marrants et arrivent même à faire rire plusieurs fois. Certains parlent de leurs enfants qui leur manquent, d'autres parlent de chez eux ou du plaisir qu'ils ont à faire ce métier qu'ils adorent.

En les écoutant parler avec enthousiasme, je jette des regards à l'assiette d'Eleanore qui, je la connais, va attendre le dessert avec impatience.

Je soupire. Je n'ai plus qu'à prendre sur moi et à attendre patiemment.

A plusieurs reprises, quand je la regarde, je sens le regard de Alexander se poser sur moi mais, je n'ose pas lever les yeux vers lui.

 

— On pourrait se faire un week-end à trois en Écosse. Je te ferais visiter quelques endroits de mon enfance. Et puis, ma mère serait contente que vous veniez, Eleanore et toi, manger chez eux.

Tom est Écossais. Il est né à Perth qui était un peu trop loin d'ici pour visiter la ville.

Je ne dis rien et me contente de l'observer. Je sens le regard de son meilleur ami qui ne me quitte pas des yeux. De sa place, je suis certaine qu'il n'a rien entendu. Mais, cela me met vraiment mal à l'aise. Alors, je lève les yeux vers Alexander et rencontre ses yeux verts qui m'observent. A mon tour, pendant quelques secondes, je détaille ce visage que j'espérais oublier jusqu'à la fin de ma vie.

Ses cheveux châtain clair en batailles.

Ses yeux verts émeraude.

Son visage viril.

Sa barbe naissante.

Alexander me sourit doucement. Je ne réponds pas et détourne les yeux.

Tom attend toujours sa réponse. La glace à la vanille dans son bol est en train de fondre.

— Avec plaisir, je réponds simplement.

Un immense sourire éclaire son visage.

 

Lorsque Eleanore termine son dessert, je prétexte un début de mal de tête et quitte la pièce avec elle.

Une fois dans notre chambre, je prépare nos affaires pour la nuit et, nous nous rendons dans la salle de bain.

En silence, car elle est fatiguée, je débarbouille Eleanore et fait pareil avec moi. Il est temps pour elle d'aller au lit.

Dans la chambre, je ne range pas nos affaires, je suis lasse. J'espère vraiment que le sommeil viendra rapidement car, le temps passe trop lentement à mon goût ! Je suis en général quelqu'un de très posée et calme, mais là, je ne sais pas si mes nerfs vont supporter encore longtemps cette proximité.

 

Eleanore se frotte les yeux. Lorsqu'elle se glisse dans les draps avec son pyjama ourson rose, j'attrape le livre de contes que nous lisons le soir. Elle s'installe confortablement. Je me glisse à mon tour dans les draps et commence à lui lire l'histoire de cendrillon. Je sais que je ne lirais pas longtemps car, elle est vraiment fatiguée et baille sans cesse.

Je me plonge dans l'histoire de cette jeune fille et tente d'oublier tout le reste. Je suis à la moitié de l'histoire lorsque je me rends compte qu'elle s'est endormie. Doucement, pour ne la réveiller, je ferme le livre que je pose sur la table de nuit en bois. J'éteins la lumière et, allongée dans le lit, j'attends que le sommeil vienne bien longtemps encore après qu'elle se soit endormie.

Il n'y a plus aucune lumière dans la chambre, mis à part, les premiers éclairs que je vois à travers les rideaux tirés. Le bruit qui vient de l'extérieur est assourdissant. J'ai l'impression de me trouver à côté d'une immense machine à laver.

 

La vie est quelque chose d'étrange. Elle n'est jamais un long fleuve tranquille.

Parfois, le destin se mêle de nos vies.

Jusqu'à aujourd'hui, j'étais certaine de ne plus jamais le revoir. Mais, le destin en a décidé autrement.

Dehors, la tempête fait rage !

Désespoir !

Le reflet d'un éclair traverse ma chambre !

Pourquoi y a-t-il cette maudite tempête ?

Une branche vient frapper contre la fenêtre de la chambre.

Qu'est-ce-que j'ai fait pour que cela arrive ?

Le bruit des vagues qui s'écrasent contre les rochers résonne dans la nuit.

Pourquoi? Pourquoi ?

 

 

Rencontre dans la nuit by Mary-m

— Idiote !

Et encore, le mot est trop faible à mes yeux !

Étendue près d'Eleanore dans notre lit deux personnes, je me pose de nombreuses questions en fixant le plafond. La tête sur l'oreiller, les deux mains croisées contre mon ventre, mes pouces se tournent encore et encore autour. Ces mouvements inconscients de mon corps m’évitent de hurler.

Notre chambre n'est pas très grande, mais c'est amplement suffisant pour nous deux. Nous ne sommes pas difficiles. C'est d'ailleurs une chose qui me tient à cœur dans l'éducation de ma fille. Malgré l'argent que je gagne grâce à mes livres, il est hors de question qu'elle devienne un enfant roi ! Je veux lui apprendre la valeur de l'argent, la joie de l'effort et du travail accompli.

La chambre se compose d'un grand lit en bois avec une magnifique tête de lit sculptée à la main. Elle représente une scène de la révolution Jacobite. Sur la droite de la porte, il y a une vieille armoire avec une penderie et des étagères. Deux tables de nuit terminent de décorer cette chambre très accueillante. La salle de bain est commune avec les deux chambres voisines. Elle se trouve dans le couloir à quelques pas d'ici. J'aime cette ambiance bon enfant. Je me revois dans mes jeunes années en voyage avec papa et Jack lorsque nous partions camper en France et en Belgique.

J'observe le plafond depuis deux heures. Il s'illumine de temps en temps lorsqu'un éclair vient se refléter dans les vitres de notre chambre. Bien sur, j'ai conscience que de fixer ce plafond ne m'aidera certainement pas à répondre à mes interrogations. Comment ne me suis-je pas rendue compte que la plupart des médias de notre pays parlaient régulièrement de l'amitié entre les deux acteurs ? Peut-être est-ce simplement parce que je fuis la presse et certains torchons racoleurs !

 

Je tourne la tête vers Eleanore qui bouge légèrement dans son sommeil. Lentement, je remonte la couverture sur ses épaules. L'air s'est rafraîchi depuis ce matin. La radio a annoncé ce matin que des mesures avaient été prises dans le comté pour éviter les gros dégâts. Par précautions, toutes les routes sont fermées à la circulation sauf urgence. Je soupire. Mon cœur se serre, elle lui ressemble vraiment. C'est pour ça, que supporter ces deux jours en sa compagnie….

D'ailleurs, le plus important à mes yeux est de garder Eleanore dans la chambre ce qui, la connaissant relève de l'impossible. C'est une enfant trop pleine de vie pour rester enfermé dans un endroit confiné. Elle a besoin, à son âge, de dépenser sa grande énergie. Et surtout, plus sociable que moi, elle aime la compagnie de Jane, Tom et Angela.

— Tu n'as plus qu'à prendre sur toi et décompter les heures, je marmonne.

Parlons-en, des heures : elles semblent me narguer en s'écoulant si lentement que j'aurais sans doute le temps de faire le tour de l'hôtel avant qu'une seconde soit écoulée.

Qu'ai-je fait pour mériter ça ? Je ne suis pourtant pas une méchante personne. Je ne pense pas être égoïste. Que du contraire, je donne toujours de belles sommes d'argent aux diverses associations du pays. Je lutte pour que les filles puissent avoir les mêmes chances que les garçons, qu'elles puissent choisir ce qu'elles aimeraient faire dans la vie.

Alors pourquoi ?! Pourquoi ? Cette question revient sans cesse à mon esprit tel un leitmotiv.

Le sommeil aussi se joue de moi en décidant de me fuir comme il le fait pour l'instant. Deux heures sont déjà bien entamées et je ne dors toujours pas. Doucement, pour ne pas la réveiller, j'enlève la main d'Eleanore agrippée à mon bras et me glisse sans bruit hors du lit. Sur la pointe des pieds, je prends mon peignoir et l'enfile. Je regarde vers le lit pour vérifier que la petite dort toujours. Une fois rassurée, j'attrape sur la petite table en bois, mon cahier de notes ainsi que le crayon qui l'accompagne toujours avant de sortir de la chambre sur la pointe des pieds.

Je sais qu'à cette heure-ci, je ne vais croiser personne. Et surtout pas lui ! tout le monde doit dormir d'un sommeil juste et réparateur malgré le bruit extérieur et la tempête qui fait rage. Le couloir éclairé par des veilleuses est calme et aucun bruit ne vient rompre le silence de la nuit. Je m'avance pieds nus sur le parquet pour me rendre dans le salon, je suis certaine de trouver dans cette pièce l'apaisement et le réconfort dont j'ai besoin. Je suis contente de voir que la pièce est belle et bien vide de tout occupant et qu'un feu accueillant ronfle dans la cheminée. Celui-ci illumine la pièce d'ombres.

Je me sens déjà plus calme. Je vais m'asseoir en tailleur face au feu. J'ai besoin de sentir celui-ci m'entourer et me bercer comme pour me dire que tout va bien se passer, que je ne dois pas avoir peur. Je m’adosse à la table basse en bois où sont disposés quelques fleurs fraîches et des magazines divers et variés qui font plaisir à chaque occupant de l'auberge. Il y en a sur la politique, le cinéma, la haute couture, la finance, etc...de vieux classiques, écornés par les multiples manipulations sont aussi présents sur la table.

— Bon, je murmure en déposant le cahier sur mes jambes. Voyons un peu ces personnages.

Je continue la description des personnages de mon nouveau roman que je dois présenter dans neuf mois à mon éditrice. J'observe le feu et laisse mes pensées vagabonder loin de cette pièce. Me perdre ainsi dans l'imaginaire est quelque chose de facile pour moi. C'est un art dans lequel je brille depuis mon enfance et qui est ma façon de fonctionner pour écrire mes romans.

L'intrigue se déroule pendant la seconde Guerre Mondiale sur le sol français. C'est une histoire d'amour entre une jeune française et un soldat anglais qui n'a pas demandé à être là. Je vois, se dessiner devant mes yeux le personnage principal. Il est très beau et quelque peu flegmatique comme tout bon anglais qui se respecte. Plus le personnage apparaît devant moi, plus je me rends compte qu'il ressemble étrangement à quelqu'un que je connais.

— Hors de question, je marmonne en secouant la tête comme une enfant têtue !

 

Plongée dans les méandres de l'écriture, je ne fais pas tout de suite attention aux bruits dans la pièce. C'est au bout de quelques secondes, que je me stoppe, le crayon figé dans ma main droite. Les sourcils froncés, je pose doucement mon cahier sur ma droite. Sans me tourner, je connais déjà l'identité de la personne qui se trouve à quelques mètres de moi. Je fronce les sourcils. Suis-je censé dire quelque chose ? J'ouvre et ferme la bouche à plusieurs reprises. En fait, je pèse le pour et le contre. Je suppose que si je ne me tourne pas et ne dis rien, c'est un peu comme s’il ne se trouvait pas dans la même pièce que moi ? Non ?

Au final, c'est plus fort que moi. Je tourne la tête vers l'endroit d'où le toussotement vient, juste au moment où un éclair illumine la pièce. Alexander est appuyé contre le mur. Son pied droit est posé contre celui-ci, il sourit. Il porte un pantalon de pyjama bleu ainsi qu'un t-shirt de la même couleur. Mal à l'aise, je tourne à nouveau la tête vers le feu. Je n'ai pas envie qu'il reste dans la même pièce que moi. Mais, qui suis-je pour décider qui a le droit ou pas de se trouver ici ? C'est juste que je n'ai pas vraiment envie de le voir là, dans un moment où je me sens si vulnérable. Il vient briser un moment de travail, je ne supporte pas ça.

Au bout de quelques secondes, j'entends ses pas se rapprocher. Il s’assied dans le fauteuil à ma gauche. Si je lève légèrement la tête, je croiserais son regard. Bien sûr, je n'en ai pas envie. Je ne rêve que de fuir le plus vite et loin possible de lui. Aussi loin que soit possible la distance terrestre d'un pôle à l'autre. Bon, d'accord, j'exagère un peu..disons que deux océans ce serait pas mal.

Je fixe mon cahier de notes en sentant la chaleur du feu sur ma peau et à travers mes vêtements de nuit. Peut-être que si je ne dis rien, il partira.

— Je vois que je ne suis pas le seul à ne pas trouver le sommeil, il murmure.

Toujours le même timbre de voix, je pense en fixant le feu. C'est quelque chose qui m'a marqué chez lui à l'époque.

Comme je ne dis rien, il ajoute amusé :

— Tu sais, faire la conversation pour deux ne me dérange pas. C'est même passionnant.

Je pince les lèvres pour ne pas sourire. Quand cette envie s'envole, je murmure doucement.

— Que veux-tu Alexander ?

Je lève les yeux. Grave erreur ! Le regarder dans les yeux n'est pas mortel comme dans certains mythes mais, c'est une erreur impardonnable de débutante. Je suis prête à parier qu'avec un regard comme le sien, on peut obtenir tout ce qu'on veut sans difficulté.

Il fronce les sourcils et ajoute :

— Rien, j'ai eu la même idée que toi. Venir dans le salon me réchauffer près du feu.

Il passe de nombreuses fois sa main droite dans ses cheveux...comme à l'époque. Cela doit être un tic chez lui.

— Je vois, je réponds en me levant.

Je ne vois pas bien ce que je peux dire de plus. « Tu as bien raison, le temps est pourri ! Tu crois que c'est la conséquence du changement climatique ? ». Non !

— Bonne nuit, j'ajoute en m'éloignant pour quitter la pièce le plus rapidement possible.

Je suis près de la porte lorsqu'il me pose une question qui me cloue sur place.

— Pourquoi Léa ?

Sa question sonne comme une prière. Je me tourne vers lui. Je ne comprends pas le sens de sa question ou peut-être que si mais, j'ai besoin d'être certaine que nous parlons de la même chose tous les deux. Pourquoi quoi ? Pourquoi la pluie tombe-t-elle ? Pourquoi le jour vient après la nuit ? Pourquoi ? Pourquoi ? Je ne peux pas m'empêcher de le questionner du regard. Est-ce-que c'est possible qu'il soit au courant pour Eleanore ? Pourtant, ce n'est pas possible, il n'a pas pu reconnaître cet enfant. Les deux fois où nos chemins se sont croisés depuis son arrivée, son visage était soit caché par ma main, soit par son masque. Ou alors, est-il possible que Jane a fait le rapprochement et qu'elle lui en ai parlé ? J'ai envie de grogner de frustration. Toutes ces questions tournent dans ma tête et me donnent la migraine.

— Pourquoi quoi ? Je demande sur la défensive.

Mon corps est tendu à l'extrême. Il s'est mis en mode défense comme s’il avait peur de sa question. Je croise les bras contre ma poitrine en signe inconscient de protection.

— Pourquoi es-tu partie ce matin-là ?

Il pose sa question doucement sans me quitter des yeux. Le ton de sa voix m'interpelle comme si cette question était quelque chose de primordiale pour lui mais, je ne peux pas lui donner de réponse. Pourquoi je suis partie ? Bonne question !

Qu'est-ce-que je peux bien lui dire ? Lui dire que c'est parce que j'ai eu trop honte de m'être comportée comme cela ? La réponse est celle-ci mais, il n'a pas besoin de savoir.

J'ouvre la bouche pour lui mentir lorsqu'un pleure attire mon attention. Je lui jette un dernier regard et quitte la pièce précipitamment. Dans le couloir, je cours pour rejoindre la chambre où Eleanore est assise sur le lit. Les cheveux sur le visage, elle renifle. Elle a dû faire un gros cauchemar.

Cinq minutes plus tard, elle est à nouveau endormie dans mes bras.

Je sais...Alexander doit savoir. Il mérite de savoir.


Dehors la tempête continue de se déchaîner !
Peur.
Un éclair travers
e encore ma chambre !
Peur.
Une branche v
ient de frapper encore et toujours contre la fenêtre de la chambre !
Peur.
Le bruit des vagues
qui s'écrasent contre les rochers essayant sans doute de les briser arrive toujours jusqu'à nous !
Peur.

 

Tempête, thé et biscuits by Mary-m

 

La vieille horloge sonne quatorze heures, mais j'ai l'impression que nous sommes déjà au crépuscule. Je grimace en jetant un regard sombre à la fenêtre du salon. La tempête ne se calme pas ! Que du contraire, elle prend de plus en plus d'ampleur à mesure que les heures passent. A la radio, on annonce les premiers dégâts. Je soupire. La tempête force tout le monde à rester inactif. Quelques-uns en profitent pour se reposer, d'autres pour travailler ou encore lire dans leur chambre.

 

Moi, je suis assise sur le canapé du grand salon. Un feu accueillant ronfle dans la cheminée. Les flammes se balancent au rythme du vent qui souffle dehors. Cela provoque d'étranges ombres sur les murs du salons, éclairés à la bougie. Pas par soucis d'esthétisme, l'hôtel n'a tout simplement plus d'électricité depuis midi.

Jane et Eleanore me tiennent compagnie. La première est assise en face de moi, elle porte une tenue d'intérieur en flanelle rose, ses cheveux sont attachés en une queue-de-cheval très haute. Les bracelets à ses poignets brillent à la lueur des bougies lorsqu'elle tourne les pages de son magazine people. Je ne comprends pas pourquoi elle lit ce genre de torchon rempli de fausses informations, mais, elle dit préférer connaître tout le mal qu’on dit d’elle

 

La seconde, est assise à ma droite. Elle porte un legging rose et une jupe à froufrou que nous avons trouvé dans une boutique lors d'une escapade avec Jane. Un joli t-shirt blanc complète le reste de sa tenue. Elle regarde un imagier sur les animaux. Elle est concentrée. Le petit pli entre ses deux sourcils en est la preuve.

Étonnement, malgré la situation, je me sens bien. Mon esprit vagabonde et, une scène de mon prochain roman se dessine devant mes yeux. J'attrape à ma gauche mon carnet de notes et y inscris tout ce qui me vient à l'esprit : L'orage semblable aux tirs d'artillerie, les bougies pour supporter la nuit et la mort qui rôde à chaque bombes larguée par l'ennemi.

— Regarde maman, une jolie zirafe.

Je cligne plusieurs fois des yeux. Lorsque je m'immerge dans l'imaginaire, il me faut quelques secondes pour revenir à l'instant présent. Eleanore en a l'habitude.

Lorsque je suis à nouveau dans la pièce avec elles, je baisse la tête vers son livre que je regarde. La girafe mange des feuilles d'arbres dans la savane africaine.

— En effet, c'est une jolie girafe, je murmure en souriant.

Elle me sourit à son tour, contente de partager ce moment avec moi. Elle acquiesce et continue sa lecture.

 

Lorsque je lève les yeux, je me rends compte que Jane m'observe en buvant son thé vert. Son magazine est posé à côté d'elle, sur l'accoudoir du fauteuil. Je ne la connais pas depuis longtemps, mais, suffisamment pour savoir que lorsqu'elle a ce regard-là, elle hésite à poser une question qui risque de mettre très mal à l'aise son interlocuteur. Elle a raté sa vocation de journaliste.

Qu'est-ce-qu'elle va me sortir ? 

Elle ne cligne presque pas des yeux en me fixant. Je commence à être mal à l'aise par ce silence. Je me tortille sur le canapé.

Avec un petit sourire en coin, elle dépose sa tasse sur la table basse et s'assied au fond du fauteuil.

Je lui lance un regard interrogateur.

Qu'est-ce-qu'elle me veut ? 

 

Peut-être pas journaliste ! Inspecteur de police. Faire avouer les coupables lui convient beaucoup mieux. Elle a déjà la technique. Je suis prête à avouer le meurtre de Kennedy même si je n'y suis pour rien !

Au bout de plusieurs minutes de silence, elle doit juger que je suis à point car elle lance :

— Tu penses quoi de notre Alexander ?

Je sursaute et retiens de justesse la tasse de thé que je tiens dans les mains. Mon cœur ratte un battement. Je jette un rapide regard vers la porte du salon pour m'assurer que le dit Alexander n'est pas sur le point d'entrer dans la pièce et aurait pu entendre cette question.

— Pardon ?

Le sourire de Jane s'agrandit alors que le mien s'efface. Je me mords l'intérieur de la joue. Je me doute qu'elle a compris que nous nous connaissions tous les deux. Je sens qu'elle va essayer de me cuisiner pour en savoir davantage. Mais, Jane n'y arrivera pas si facilement. Pas pour l'instant !

 

La matinée a été calme. Pour mon grand bonheur, je n'ai pas croisé une seule fois Alexander. Il doit traîner quelque part dans l'hôtel avec Tom. Grâce à cela, je peux enfin me détendre un peu. Ce, qui n'est plus arrivé depuis son arrivée surprise. Bien sûr, je continue de sursauter dès que j'entends des pas qui s'approchent du salon où Jane m'a traînée presque de force quelques heures plus tôt.

— Hier, lorsque Tom t'a présenté Alexander, j'ai eu l'impression que vous vous connaissiez tous les deux, lance-t-elle innocemment.

J'avale de travers. Décidément Jane ne va pas abandonner si facilement. Je tourne la tête vers Eleanore qui continue de regarder son livre. Notre conversation d'adulte ne l'intéresse pas.

 

Je me vois mal lui dire qu'il y a trois ans, j'ai passé avec lui une nuit qui a changé ma vie.

— Je ne me souviens plus très bien, je réponds. Je crois que nous nous sommes déjà croisés, j'ajoute en fronçant les sourcils pour faire plus vrai.

Jane ne semble pas convaincue plus que ça. Elle pince les lèvres et continue de me fixer.

— Et tu penses quoi de lui ? Il est pas mal ?

Je rougis légèrement. Et merde ! Je jette un regard autour de moi à la recherche d'une bouée de sauvetage. Je n'ai pas envie de répondre à sa question. D'ailleurs, je suis certaine qu'elle connaît déjà la réponse. Alexander est très beau.

 

La délivrance vient d'Eleanore qui se frotte les yeux.

Merci seigneur ! 

C'est le signe qu'elle va bientôt s'endormir. Un coup d’œil à ma montre me confirme qu'il est effectivement l'heure de sa sieste.

Je me retiens de pousser un immense soupir de soulagement. Grâce à elle, je vais pouvoir échapper aux questions de la jeune actrice.

— Allez vient ma grande, c'est l'heure du dodo, je murmure à la petite fille qui pose son livre sur le canapé.

Je me penche en avant pour la prendre dans mes bras. Eleanore me sourit, ferme les yeux en baillant et se blottit contre moi.

— Je vais la mettre au lit, je dis inutilement à Jane.

— Tu reviens ? demande Jane en mordant dans un cookies au chocolat qu'elle vient de prendre dans l'assiette que Louise nous a apportée en même temps que nos tasses de thé.

— Je ne sais pas.

C'est un mensonge ! Je vais tout faire pour ne plus me trouver seule avec elle pour l'instant. C'est trop dangereux pour mes nerfs !

Elle acquiesce en reprenant son magazine sur l'accoudoir.

 

Dans la chambre, je dépose doucement Eleanore sur le lit. Elle se glisse dans les draps que je remonte sur son petit corps. A moitié endormie, elle me sourit, se tourne vers moi et serre son doudou contre elle.

— Dors bien petit ange, je murmure en l'embrassant sur le front.

Les yeux fermés, elle sourit déjà à moitié emportée par le sommeil. Je n'ose pas bouger alors, j'écoute sa respiration devenir lente et régulière. Mon cœur de maman se réchauffe en la regardant dormir. Son doudou qu'elle sert contre elle, ses boucles étalées sur son oreiller, son pouce qu'elle approche de sa bouche.

Doucement, pour ne pas la déranger, je me lève du lit et ferme les rideaux. De toute façon le ciel est tellement sombre avec la tempête que cela ne change rien. C'est juste une habitude. J'appuie sur la tête de sa veilleuse qui éclaire faiblement la pièce. C'est suffisant pour elle. Je me félicite d'ailleurs d'avoir pensé à la charger cette nuit avant la coupure d'électricité.

Avec des mouvements étudiés après des mois de galère à la réveiller à chaque pas pour sortir de sa chambre, je glisse mon cahier de notes hors de la poche arrière de mon jean.

Comme je suis bloquée dans la chambre pour ne plus subir l'interrogatoire de l'inspecteur Colombo, je vais étoffer les idées qui me sont venues dans le salon. J'ai rendez-vous avec mon éditeur dans quelques jours. Je dois lui présenter les premiers brouillons de l'histoire.

Je m'assieds sur le sol, le dos contre le mur pour bénéficier de l'éclairage de la veilleuse. J'attrape l'élastique sur mon poignet et attache mes cheveux en un chignon désordonné, quelques mèches rebelles ressortent ci et là. Cela m'est égal. L'important pour moi est de ne pas avoir les cheveux dans les yeux pour travailler.

Prête à commencer, j'inspire et expire à plusieurs reprises pour me détendre. Je ferme les yeux et m'apprête à replonger dans l'histoire lorsqu'un bruit contre la porte de la chambre attire mon attention. Je tourne la tête vers le lit où Eleanore continue de dormir.

Cela valait la peine de s'asseoir sur le sol, râle ma conscience qui fait des abdos.

Elle n'a pas totalement tort.

 

Sans faire de bruit, je me lève et vais ouvrir doucement la porte. Le couloir est très peu éclairé. J'ouvre la bouche de surprise. Mon cœur frappe rapidement dans ma poitrine.

Décidément, une journée sans le voir est impossible.

Tom me sourit malicieusement. Alexander, lui, se contente de m'observer. Son visage ne trahit aucune émotion. Ses yeux détaillent mon visage. Et moi ? moi, je suis mal à l'aise.

Je retiens avec difficulté ma main gauche qui veut refermer la porte sur eux.

 C'est trop tard pour faire comme si je n'étais pas là ? 

Je n'arrive pas à soutenir plus de cinq secondes le regard d'Alexander. Alors, mon corps se tourne instinctivement vers Tom. Ce n'est certes pas poli, mais ce que pense Alexander m'est complètement égal !

— Cela te tente une petite partie ?

Tom me montre la boîte du Trivial Pursuit qu'il tient dans ses mains. J'observe plusieurs secondes cette boîte en me demandant ce que je peux lui répondre.

Oui, à la condition qu'il ne soit pas là !

Trop ridicule !

Pour cacher mon embarras, je me tourne vers Eleanore. Elle dort toujours paisiblement. J'hésite. D'un côté, j'aime passer du temps avec Jane et Tom. De l'autre, je ne peux pas me permettre de baisser la garde devant Alexander. J'ai trop peur qu'il découvre que la petite fille qui dort dans cette chambre est sa fille. Je me mords la lèvre. Pourquoi faut-il que nous nous croisions sans arrêt depuis son arrivée ?

 

— C'est gentil Tom, mais…

Je suis en train de refuser l'invitation de l'acteur lorsque je vois du coin de l’œil Alexander observer de là où il se trouve la petite forme cachée sous les couvertures. Il n'y a aucun risque à cette distance. Cela le frustre, je le vois à son visage. Et, avant que l'idée ne germe dans son esprit de s'approcher davantage, je ferme doucement la porte.

— Je suis partante pour une petite partie, je murmure doucement en m'approchant de Tom pour taper dans sa main. Il me fait un clin d’œil et passe un bras autour de mes épaules pour me guider vers le salon. Je n'arrive pas à calmer les battements incessants de mon cœur. Je sens le regard d'Alexander dans ma nuque. Il marche silencieusement derrière nous.

 

Dans le salon, Jane prépare le jeu. Lorsqu'elle me voit accompagner les garçons, elle sourit.

— Tu sors enfin de ta tanière, me dit-elle en plaçant le plateau de jeu sur la table. Les équipes sont les suivantes, ajoute-t-elle, Alex et Léa contre Tom et moi.

Génial, je pense avec mauvaise humeur.

— Nous ne sommes que quatre, autant jouer chacun pour soi, je propose innocemment.

Jane lève les yeux au ciel et secoue la tête de gauche à droite. Je sais déjà ce qu'elle pense de mon cas désespéré.

Plus diplomate, Tom tranche en proposant de voter :

— Qui est pour les équipes ?

Trois mains se lèvent en même temps.

Humpf !

— Qui vote contre ?

Je lève la main pour la forme même si je sais que j'ai perdu.

 

Toujours debout près de la longue table en bois où le plateau de jeu est installé, je m'approche de Alexander et m'assieds à ses côtés. Galant, il me tient la chaise et attend que je sois assise pour prendre place à son tour autour de la table.

Toujours aussi gentleman.

Ou alors, il te veut à nouveau dans son lit, persifle ma conscience qui est assise comme une duchesse dans son grand fauteuil Louis XV.

Ne commence pas toi, je la menace.

Pendant que Jane et Tom terminent d'installer le jeu sur la table, je fixe un point invisible sur le mur en face de moi pour cacher mon trouble.

Nos deux chaises sont très proches l'une de l'autre. De temps en temps, je sens son regard sur moi.

— Ils n'ont aucune chance de gagner, souffle une voix à mon oreille.

Je cligne des yeux. Une douce chaleur se répand dans mon corps. Des frissons le parcourent.

Il ne va pas te manger.

J'inspire doucement et me tourne vers lui. Son corps est très proche du mien, je sens sa cuisse contre la mienne.

Allez ma grande, tu peux le faire.

Je lève les yeux vers lui. Mon souffle se bloque lorsque ses yeux croisent les miens. Je ne suis pas certaine de ce que j'y lis. On ne se quitte pas des yeux.

Je m'humecte les lèvres. L'air autour de nous devient aussi électrique qu'à l'extérieur.

Je sens son pied glisser contre le mien. Sa main est posée sur le bord de sa chaise qu'il quitte pour effleurer la mienne du bout des doigts. Malgré moi, mes yeux glissent vers sa bouche. Je frisonne. J'ai chaud.

Qui est l'idiot qui a augmenté le chauffage ? 

— C'est prêt, lance une voix lointaine.

Je crois que c'est Tom, mais je ne suis pas certaine.

C'est le bon moment pour détourner le regard, m'encourage ma conscience.

Quoi ? 

 

— Quelle couleur ? demande Tom avec entrain.

Cela m'est égal tant que je peux partir rapidement de cette pièce et ne plus y revenir avant notre départ. Alexander insiste pour me laisser choisir la couleur de notre équipe : l'orange pour nous.

Pour Tom et Jane, c'est plus difficile de faire un choix ! ils se disputent déjà pour décider. Cela promet pour la partie. Jane le menace tellement fort qu'il finit par capituler et la laisse choisir le rose.

Malgré la présence d'Alexander, je m'amuse comme une folle. Je ris, souris et me prête même au jeu en me chamaillant avec lui pour une réponse ou une autre.

— Champollion, j'insiste en lui faisant les gros yeux.

— Si tu insistes, il rigole. Notre réponse est Champollion.

Nous gagnions notre avant-dernier camembert. Il tape dans ma main. Je frisonne au contact de sa peau contre la mienne.

Je ne peux pas m'empêcher de penser que dans d'autres circonstances, nous aurions facilement pu devenir amis tous les deux.

— Comme tu portes chance, je te laisse lancer le dé, me dit Alexander.

Je cligne des yeux à plusieurs reprises. Patient, il me montre d'un signe de tête le dé qui se trouve dans la paume de sa main. Je regarde son visage avant de regarder à nouveau sa paume. Mon cerveau fait rapidement son boulot et, je comprends, enfin, que je dois prendre le dé et le lancer. Ce que je fais.

 

— Vous formez une super bonne équipe, lance Jane lorsque nous gagnons.

Après le jeu, l'ambiance est bon enfant. Jane et Tom profitent que la lumière soit rétablie pour faire des châteaux de cartes sur la table. Châteaux qui s’effondrent rapidement à cause de Alexander qui s'amuse à souffler dessus.

— C'est accidentel, affirme-t-il en souriant innocemment.

Je me contente de les observer tous les trois. J'ai toujours été nulle en châteaux de cartes. Je ne suis pas assez patiente pour tout ça.

Un regard vers ma montre m'indique qu'il est clairement temps de me rendre dans la chambre pour réveiller Eleanore.

— Merci pour cette partie, dit Alexander au moment où je quitte la pièce.

Sur le pas de la porte, je me tourne et lui souris.

 

 

Dans la chambre Eleanore est déjà réveillée. Elle est assise sur le lit et se frotte les yeux. Lorsqu'elle me voit, elle sourit et me tend les bras.

— Tu as fait de beaux rêves mon ange ? je murmure.

Je dégage son visage endormi des mèches de cheveux qui se sont emmêlés pendant son sommeil.

— Oui, elle répond avant de déposer un baiser sur ma joue.

J'aime les moments où elle se réveille. Ces moments de tendresse. Ces moments privilégiés entre elle et moi. C'est un moment que je me refuse de rater malgré mon emploi du temps parfois trop chargé. Comme toujours, je trouve l'instant parfait. C'est un moment de connexion entre nous deux.

 

Je ne sais pas si c'est le sentiment d'être observée qui me fait tourner la tête, mais, à ce moment-là, je me rends compte que nous ne sommes plus seules dans la pièce.

« Pas maintenant ! »

Mon cœur accélère. Ma gorge se serre. Je sais d'avance que le moment est arrivé. Je sais que cette fois-ci, je n'ai pas la possibilité de fuir sa présence. Cela ne me sert à rien de me pincer car je sais que ce cauchemar est réel. Je ne suis pas en train de rêver !

 

Lorsque la vérité éclate by Mary-m

Je ne sais pas si c'est le sentiment d'être observé qui me fait tourner la tête, mais, à ce moment-là, je me rends compte que nous ne sommes plus seules dans la pièce.

 

Pas maintenant ! 

 

Mon cœur accélère. Ma gorge se serre. Je sais d'avance que le moment est arrivé. Je sais que cette fois-ci, je n'ai pas la possibilité de fuir sa présence. Cela ne me sert à rien de me pincer car je sais que ce cauchemar est réel. Je ne suis pas en train de rêver !

 

 

 

Alexander est debout près de la porte. Il regarde avec intérêt, l'intérieur de la chambre. Il n'a pas encore vu les yeux de la petite fille, mais Tom l'entraîne déjà dans la pièce. Je me mords l'intérieur de la joue pour ne pas pleurer.

 

— Bonjour Eleanore, la salue Tom en ébouriffant ses cheveux déjà en bataille par sa sieste.

 

Elle rigole et s'écarte de moi pour aller rejoindre son ami de jeux.

 

Toujours assise sur le bord du lit, je ne quitte pas Alexander des yeux. Il sourit...pour l'instant !

 

— Plus haut, plus haut, s'écrie Eleanore lorsque Tom lui fait faire l'avion dans la chambre.

 

— Attention ! Attention ! L'avion va atterrir. Veuillez attacher vos ceintures.

 

Eleanore crie d'amusement. Ses bras et jambes s'agitent dans les airs. Au bout de quelques minutes, il fait atterrir Eleanore sur le lit qui saute en battant des bras comme pour s'envoler à nouveau.

 

— Encore, encore Tom, elle applaudit en lui tendant les bras. Si te paît.

 

L'acteur lui sourit en la récupérant dans ses bras.

 

 

 

— Eleanore, je vais te présenter quelqu'un, lui explique Tom en s'approchant de son meilleur ami. Lui, c'est Alex. Alex, voici Eleanore, la fille de Léa.

 

ta fille, je pense en me mordant la lèvre du bas.

 

Mes yeux me piquent. J'ai envie de crier. J'ai l'impression que je vais devenir folle et que la terre va s'ouvrir sous mes pieds. Mon pouls bat un record de vitesse.

 

Eleanore sans doute impressionnée face à une personne qu'elle ne connaît pas se cache le visage dans les bras de Tom.

 

Au bout de quelques secondes, elle regarde Tom qui l'encourage d'un signe de tête.

 

Lorsqu'elle ose enfin regarder Alexander, je retiens mon souffle.

 

— Alex, elle répète timidement.

 

— Je...je préfère qu'elle l'appelle Alexander, je dis d'une voix tremblante.

 

Papa, peut-être ? propose ma conscience en suivant la scène avec intérêt.

 

Je n'ose plus les regarder. Je regarde mes mains crispées sur mes genoux car Tom semble lire trop facilement en moi. Et, en ce moment, je n'ose pas soutenir le regard d'Alexander qui se tourne vers notre fille.

 

— Salut Eleanore, dit-il doucement en lui souriant.

 

 

 

Lorsqu'elle tend les bras vers lui, je le vois hésiter. Peut-être même reculer d'un pas. Moi, je n'ose pas bouger. J'ose à peine respirer. Au bord de la crise cardiaque, les yeux écarquillés, je les regarde, horrifiée. L'un près de l'autre la ressemblance est plus frappante !

 

Je décompte les secondes avant que l'acteur découvre qu'il tient sa fille dans ses bras. Je suis étonnée que Tom continue de les observer avec amusement.

 

Lorsque la petite fille lève les yeux vers lui, je vois Alexander froncer les sourcils et je manque de défaillir.

 

 

 

Le tonnerre éclate soudain. Je sursaute. Eleanore effrayée se réfugie encore plus dans les bras de son père qui dépose une main apaisante sur ses cheveux.

 

— Tu ne dois pas avoir peur, ce n'est rien, murmure-t-il doucement.

 

— Vrai ?

 

Elle lève ses yeux inquiets vers lui. Il lui sourit en acquiesçant. Si je n'avais pas si peur de sa réaction, je trouverai ce moment touchant.

 

— Maman, dit Eleanore en se dégageant des bras de l'acteur qui me la tend directement.

 

Je prends la petite contre moi, sur mes genoux.

 

Je n'ose pas lever la tête vers lui.

 

Du coin de l’œil, je vois Alexander faire la navette entre le visage d'Eleanore et le mien. Mon cœur se serre dangereusement.

 

J'inspire un grand coup. Je ne peux pas repousser ce moment encore plus longtemps. Alors, je lève les yeux vers lui. Et là, à cet instant précis, je vois à son regard qu'il vient de comprendre !

 

 

 

J'ai peur ! Peur de sa réaction lorsque le moment de la confrontation aura lieu. Et, je sais ce moment venu !

 

Depuis que j'ai vu dans ses yeux qu'il a compris, je n'ose plus lever les yeux vers lui, alors je fixe Eleanore qui joue sur mes jambes avec mes doigts. Le rythme de mon cœur ne se calme pas. Je me mords tellement fort l'intérieur de la joue, que je sens un léger goût de sang se mélanger à ma salive.

 

— Maman ?

 

— Oui, je murmure doucement.

 

Je refoule les larmes qui menacent de couler si je ne me ressaisis pas. J'inspire. Expire plusieurs fois.

 

Tu peux le faire Léa, m'encourage ma conscience.

 

— A va ?

 

Je pince fort les lèvres pour ne pas pleurer. Ses petits yeux verts me fixent avec inquiétude.

 

— Oui, ma petite fée, maman va bien.

 

Je souris pour ne pas l'inquiéter.

 

C'est un sourire de façade. Il est hors de question que je craque devant elle. Je refuse que mes soucis d'adulte perturbent son développement.

 

Elle fronce les sourcils. Mon cœur se serre lorsque la petite ride entre ses sourcils apparaît. Sa petite ride des soucis comme je l'appelle. Je continue de lui sourire pour la convaincre que je vais bien. Elle m'embrasse sur la joue et se concentre à nouveau sur mes mains avant de récupérer son imagier à côté de nous.

 

 

 

Le silence s'installe. Ce silence pesant et menaçant. Je regarde Eleanore.

 

— Gade Aleande, la joli totue.

 

Elle lève son livre comme elle peut et lui montre la tortue qui mange de la salade.

 

Je lève les yeux vers lui. Il est très pâle. Il observe Eleanore avec intérêt. Il est sous le choc.

 

Malgré tout, il lui sourit. Je vois à son visage qu'il hésite mais, finit par avancer vers le lit où nous sommes assises.

 

Assis à nos côtés, il regarde la page du livre. Je sens son parfum nous englober tous les trois. En général très sensible aux odeurs, le sien m'apaise malgré la situation. Par contre, cette proximité physique me dérange. Je sens son corps posé à quelques centimètres du mien. J'ai juste envie de me reculer sur le lit pour nous éloigner toutes les deux.

 

— C'est vrai que c'est une jolie tortue, il murmure en observant le livre à son tour.

 

Il se penche vers nous pour observer avec plus d'attention le livre lorsqu'elle tourne la page. Le pouce de sa main gauche touche celui de ma main droite, je n'ose pas l'enlever.

 

J'ai peur d'ouvrir les hostilités.

 

 

 

Je sais que reporter cette discussion ne sert à rien. Maintenant qu'il a compris que Eleanore est sa fille, je me dois de tout lui expliquer.

 

— Et si tu allais montrer la belle tortue à Jane avec Tom, je propose à Eleanore.

 

Je me mords l'intérieur de la joue en fronçant les sourcils surprise par mes paroles. Est-ce vraiment moi qui viens de proposer ça ?

 

Eleanore tourne la tête vers moi en souriant. Ses petits yeux verts pétillent de malice. Je lui fais un clin d’œil complice. Elle saute de mes jambes et trottine joyeusement jusqu'à Tom qui lui tend la main en souriant. Au moment de sortir de la chambre, Tom me jette un regard étrange. Je vais devoir lui parler rapidement.

 

Lorsqu'ils quittent la pièce mon cœur se serre. Dans quelques minutes tout sera différent.

 

 

 

Cela ne sert à rien de reporter ce moment.

 

Je suis une adulte. J'ai eu un bébé en terminant mes études. J'ai écrit plusieurs livres en l'élevant. C'est ce que je me répète en me levant du lit.

 

A l'extérieur, la nature se déchaîne. Le bruit du tonnerre fait écho à mon cœur qui tambourine dans ma poitrine.

 

Les jambes tremblotantes, je me dirige vers la porte pour la fermer. Notre conversation ne concerne pas les autres occupants de l'hôtel.

 

Au moment où la porte nous coupe des autres, je sens la main chaude d'Alexander qui me retient. Je ne l'ai pas entendu se lever du lit et encore moins s'approcher de moi.

 

Perplexe, je fronce les sourcils en regardant nos mains l'une dans l'autre.

 

Doucement, je lève les yeux vers son visage.

 

Lui aussi a les sourcils froncés. Lorsqu'il me répond dans un murmure, il ne quitte pas nos deux mains du regard :

 

— Je pensais que tu allais encore fuir !

 

Lorsqu'il se rend compte qu'il me tient toujours, il s'éloigne rapidement de moi et se laisse tomber sur le bord du lit.

 

 

 

Toujours debout près de la porte fermée, je l’observe pendant quelques secondes. Il est penché en avant, sa mâchoire est serrée. A plusieurs reprises, il se frotte les paumes des mains sur ses cuisses. Pendant que je le regarde, une boule désagréable s’invite dans ma gorge.

 

La culpabilité peut-être ? me demande ma conscience de sa voix haut perchée.

 

Toi la ferme ! 

 

Bien sûr, je sais qu’elle a raison.

 

En soupirant, je vais m’asseoir sur le fauteuil de la chambre. Le meuble est près de la fenêtre où j’aime m’asseoir pour écrire et regarder Eleanore dormir.

 

— Pourquoi Léa ?

 

 

 

Dehors la pluie aidée par la tempête frappe fort contre la vitre de la chambre. Alexander se lève du lit et fait les cent pas. A plusieurs reprises, il regarde vers moi, hésite et continue de marcher. Au bout de quelques minutes à longer encore et encore le meuble de nuit, il vient s’asseoir au pied du lit, face à moi. Je ne le regarde pas. Maintenant qu’il est assis là, je fixe un point invisible sur le mur, juste au-dessus de sa tête, mais je sens son regard qui détaille mon visage.

 

L’envie de pleurer revient avec plus de force. Mon cœur bat rapidement. J’ai peur, mais je lui dois bien ça.

 

— Quoi ? je demande innocemment.

 

Du coin de l’œil, je le vois marmonner des paroles inintelligibles. Il soupire plusieurs fois, se lève du lit et marche à nouveau dans la pièce.

 

— Ne joue pas avec mes nerfs ! Pourquoi est-ce que j’ai une fille et que je ne suis pas au courant ?

 

Allez! Vas-y !, m’encourage ma conscience aussi concentrée que moi.

 

— Tu sais, lorsqu’un homme et une femme passent une nuit ensemble, il arrive que neuf mois plus tard, un bébé vienne au monde, je réponds.

 

Ma conscience se tape le front avec le plat de sa main et secoue la tête dépitée.

 

— Léa !

 

Il semble las. Ce ton est une mise en garde. Je sens que je ne dois pas aller trop loin.

 

 

 

— Je réponds juste à ta question, je me défends en croisant les bras contre ma poitrine.

 

A ce moment-là, je vois l’esquisse d’un sourire se dessiner sur son visage. Une esquisse si furtive qu’au final, c’est peut-être le reflet de la lampe.

 

— Eleanore est ma fille, je ne peux pas le nier. Mais pourquoi ? Pourquoi est-ce-que je découvre son existence qu’aujourd’hui ? Tu aurais pu me prévenir quand tu as appris que tu étais enceinte.

 

La boule désagréable dans ma gorge grandit. Je grimace et pince les lèvres pour retenir mes larmes.

 

Cette question, mon père, Jack, Angie me l’ont posées de nombreuses fois pendant ma grossesse. Et d’ailleurs, moi aussi.

 

 

 

Je regarde mes mains serrées l’une contre l’autre. Il me fixe, je le sens.

 

— Je ne sais pas, j’avoue doucement.

 

C’est la vérité, pendant les neuf mois de ma grossesse, je me suis posée cette question encore et encore.

 

— M’aurais-tu cru ? j’ajoute en levant les yeux vers lui.

 

J’ai besoin de voir ses yeux à ce moment-là. Car, même si c’est un acteur, je suppose peut-être bêtement qu’il n’aura pas le temps de me mentir avec ses yeux.

 

Alexander me fixe quelques instants avant de répondre :

 

— Oui, bien sûr que oui !

 

Je secoue la tête. Non, bien sur que non ! C’est facile de me dire oui aujourd’hui.

 

— Es-tu certain ? Combien de filles avec qui…, je commence en rougissant. Avec qui tu as couché se sont vantées d’être enceinte de toi ?

 

Il se laisse tomber sur le lit qui craque dangereusement et se passe de nombreuses fois les deux mains dans les cheveux pour les repousser en arrière. Son visage est grave, triste peut-être.

 

— C’est le revers de la célébrité, il marmonne entre ses dents sans me regarder.

 

Il soupire, lève les yeux vers moi. Pendant quelques secondes, il ne dit rien et se contente de me regarder. Il ouvre la bouche avant de la fermer à plusieurs reprises.

 

— Tu ne réponds pas à ma question, j’insiste.

 

Ce n’est pas dans mes habitudes de pousser les autres dans leurs retranchements, mais je veux maintenir cet avantage.

 

— Deux.

 

Quand même ! 

 

 

 

— Étaient-elles réellement enceintes de toi ?

 

Sa posture est différente. Son dos est voûté. Son visage est fatigué. Ses yeux perdus dans le vague sont comme hantés par de mauvais souvenirs.

 

— Non

 

Le silence s’installe dans la pièce. A l’extérieur la nature continue de se déchaîner. J’ai envie que cette conversation se termine pour pouvoir rejoindre Eleanore et la serrer contre moi.

 

Soudain, Alexander se redresse et me fait sursauter :

 

— Mais, c’était différent dans ton cas. Tu étais bien enceinte de moi.

 

Ma conscience qui se rend compte tout comme moi que l’avantage revient légèrement vers lui, se ronge les ongles.

 

J’acquiesce sans le quitter des yeux.

 

— D’accord, mais, je ne vois pas ce qui est différent. Lorsque nous avons passé cette nuit ensemble, je ne savais pas qui tu étais et pourtant, tu étais déjà célèbre dans le monde entier.

 

Alexander m’observe quelques instants. Les sourcils froncés, il détaille mon visage avant de me regarder dans les yeux.

 

— Essais-tu de me dire que tu ne m’as rien dit à l’époque car tu avais peur que je ne te crois pas, il reformule doucement en cherchant les bons mots.

 

J’acquiesce pendant que le tonnerre gronde dehors. C’est une partie de la vérité. L’autre ne le regarde pas.

 

— Oui.

 

Comme une enfant prise en faute, j’observe mes mains jointes sur mes cuisses.

 

— Je suis désolée Alexander, je murmure doucement.

 

Je me rends compte en murmurant ces mots que je porte cette culpabilité sans réellement m’en rendre compte depuis que j’ai appris que j’étais enceinte.

 

 

 

Un éclair illumine la pièce avant que le tonnerre explose dans le ciel.

 

— Léa ! J’aurais dû être auprès de toi pendant ces moments-là ! J’aurais dû être là pour la naissance de notre fille. Pour ses premières nuits. Ses premiers mots. Ses premiers pas. Ses premiers anniversaires. Je ne sais même pas quand elle est née ! Elle ne sait pas qui je suis, il s’écrie en se levant à nouveau.

 

Je me fais toute petite sur le fauteuil. Il est furieux et je le comprends. Si il doit évacuer cette colère, je suis prête à l’écouter déverser le flot d’injures qu’il veut. Je suis prête à l’écouter sans rien dire. Peut-être que, ma conscience me laissera un peu en paix après ça.

 

Debout au milieu de la chambre, il se stoppe. Son visage s’éclaire soudain et il dit :

 

— Je pourrais te l’enlever.

 

Pardon ?

 

Je sursaute. Il vient de dire quoi ? Il n’a pas le droit de me faire ça !

 

On est d’accord, j’ai commis une grosse erreur de jugement, mais, il ne peut pas me priver de ce rayon de soleil.

 

 

 

Ma conscience montre les crocs prête à attaquer. Elle enfile ses gants de boxe et attend le début du combat avec impatience en sautillant d’un pied à l’autre.

 

Furieuse à mon tour, je me lève d’un bon. Les poings sur les hanches, je lui fais face. Mes yeux lancent des éclairs. Mon cœur bat rapidement poussé par l’adrénaline.

 

— Tu n’as pas intérêt à faire ça ! Je suis sa mère !

 

— Je suis son père, il répond du tac au tac.

 

— Je peux engager un tas d’avocats qui t’empêcheront de faire cela, je réplique en avançant d’un pas dans sa direction.

 

— Je peux en faire de même. Et puis, n’oublie pas qui je suis, il ajoute doucereusement en souriant.

 

Je suis hors de moi ! Mes joues sont rouges. Mes yeux piquent. Je sens le sang bouillonner dans mes veines. J’avance d’un pas et tente de le gifler, mais, plus rapide que moi, il attrape ma main droite en mouvement et m’attire contre lui.

 

Mon souffle se bloque dans ma poitrine lorsque je me stoppe violemment contre lui. Son parfum nous englobe tous les deux. Plus petite que lui, je sens contre ma joue son cœur battre rapidement dans sa poitrine. Il tient toujours ma main dans la sienne, l’autre me tient serrée contre lui.

 

 

 

Je ne sais pas combien de temps nous restons comme ça avant que mon cerveau fasse son travail et ordonne à mon corps de s’éloigner de lui.

 

Lorsque mes pieds acceptent enfin de m’obéir, je me recule rapidement en le fusillant du regard.

 

Il est imposant face à moi. Il ne sourit plus. Son visage exprime des choses que je n’arrive pas à identifier. Je suppose qu’il est content d’avoir remporté cette bataille. Il sait qu’il a gagné. Ce sera un combat perdu d’avance. Même si, je décide de partir avec Eleanore au bout du monde.

 

Je suis furieuse. Il est hors de question qu’il fasse appel à sa célébrité pour émouvoir les gens. Je refuse de me séparer de mon enfant.

 

Je bouillonne tellement de colère que je finis par pleurer. Les larmes coulent les unes après les autres à une vitesse incroyable sur mon visage.

 

Même si le regard de l’acteur s’est adouci, je n’arrive plus à déchiffrer les expressions impassibles de son visage. C’est de la triche ! C’est son métier de jouer la comédie !

 

— Alexander, je murmure doucement entre deux sanglots. Je t’en supplie ne fais pas ça. Je ferai tout ce que tu veux, mais, ne me prend pas Eleanore.

 

 

 

Il semble surpris par ma proposition. La petite ride du souci, la même que notre fille apparaît entre ses deux sourcils.

 

— Je dois réfléchir, marmonne-t-il. C’est si soudain tout cela...tu réapparais dans ma vie et, je découvre que j’ai une fille.

 

J’acquiesce sans rien dire car je le comprends. Je me sens toute petite à pleurer face à lui.

 

Alexander fait un pas vers moi. J’ai envie de reculer, mais je ne fais rien, je me contente de ne pas le quitter des yeux. Même si, les larmes me brouillent légèrement la vue.

 

Mon cœur bat trop rapidement. Mes jambes tremblent. Ce trop plein-d’émotions m’épuise.

 

A quelques centimètres de moi, il se stoppe, m’observe quelques secondes puis secoue la tête, fais demi-tour et quitte la chambre.

 

 

 

Lorsqu’il ferme la porte derrière lui, je me laisse glisser sur le sol. Le dos contre le pied du lit, je ramène mes jambes contre ma poitrine. Les vannes sont ouvertes et je suis incapable d’arrêter de pleurer.

 

C’est la première fois de ma vie que je ne suis pas certaine de notre avenir à Eleanore et moi.

 

Je suis terrifiée !

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

Quatre heures du matin by Mary-m

Je jette un énième coup d’œil au réveil posé sur la table de nuit. Il est quatre heures du matin et je n’arrive toujours pas à dormir. Allongée sur le dos, j’observe le plafond de la chambre. C’est la seconde fois depuis le début de notre séjour ici.

A côté de moi, Eleanore dort paisiblement. Son petit poing est fermé autour d’un bout de l’immense t-shirt blanc que je porte. Je souris.

A l’extérieur la nature s’est calmée, je n’entends plus le vent qui a soufflé fortement il y a encore quelques heures. C’est le calme après la tempête !

 

Je ferme les yeux et tente d’appliquer les méthodes de relaxation apprises pendant mes cours de préparation à l’accouchement. Je visualise un souvenir qui m’apaise et me laisse emporter par celui-ci. C’est Eleanore qui découvre la mer pour la toute première fois à un an. Elle avance vers l’eau lorsque les vagues s’éloignent et titube vers moi pour se cacher entre mes jambes lorsqu’elles se rapprochent. Je dépose une main apaisante sur le haut de sa tête avant de la prendre dans mes bras et la serrer contre moi.

Les yeux toujours fermés, j’ai vraiment l’impression d’être là-bas. Je sens l’odeur de la mer, la sensation agréable du sable chaud sous mes pieds, j’entends le bruit des vagues. C’est un agréable souvenir qui calme mon esprit et éloigne les pensées parasites.

Après tout, ma nuit n’est peut-être pas totalement perdue !

 

Dans l’idéal, je voudrais être suffisamment en forme pour prendre la route du retour ce midi. Les routes de ce comté d’Écosse sont tellement difficiles, que je préfère avoir les yeux en face des trous.

Par contre, je ne sais toujours pas si nous allons ou non rejoindre Angie sur sa tournée américaine. Le destin m’a tellement pris par surprise que tout se mélange dans ma tête. Moi qui suis zen la plupart du temps, je me retrouve complètement angoissée pour notre avenir.

 

La fatigue gagne doucement le combat contre mon esprit. Je me laisse bercer par la douce chaleur réconfortante du sommeil lorsqu’un bruit me fait ouvrir les yeux. Quelqu’un frappe légèrement à la porte de la chambre.

Les battements de mon cœur sont plus rapides. Je soupire car je connais déjà l’identité de ce visiteur.

« Tu n’as pas vraiment le choix petite ! », baille ma conscience à moitié endormie dans son lit.

Elle a totalement raison. Je ne peux rien y faire, et ce n’est pas dans mes habitudes de me dérober. Alors, je sors doucement mes jambes du lit. Sur la pointe des pieds, je m’avance dans la pièce.

« C’est le moment de se montrer forte », je pense pendant que mon cœur cogne très fort dans ma poitrine.

J’ouvre la porte.

 

Les mains dans les poches avant de son jean, Alexander lève ses yeux verts vers moi. Il porte une chemise de bûcheron bleue au-dessus d’un t-shirt de la même couleur, un jean brut et des Converse.

Il hésite à parler. Je le vois à sa bouche qu’il ouvre à plusieurs reprises avant de pincer les lèvres.

Il se passe encore et encore la main dans les cheveux en me détaillant.

Je suis mal à l’aise dans cette tenue complètement informe. Je ne me sens pas de taille à l’affronter.

J’attrape mon peignoir sur le portemanteau près de la porte et le passe rapidement. Cela fera l’affaire pour cette fois-ci.

 

Comme il ne semble pas décidé à parler, je murmure doucement :

— Alexander.

Ses yeux rencontrent les miens. La tempête fait rage dans son regard. Je frisonne.

— Désolé de te réveiller, il chuchote à son tour le plus bas possible pour ne pas réveiller notre fille qui dort paisiblement. Je…

Il rougit légèrement, baisse les yeux, gratte le côté de sa chaussure droite sur le sol et ajoute timidement :

— je voulais lui dire au revoir avant de prendre la route.

Malgré cette situation angoissante, je fonds complètement.

— Bien sûr.

Je me décale vers la droite pour le laisser entrer et ferme la porte.

 

Sans bruit, il s’approche du lit.

Pendant quelques secondes, il l’observe avec tendresse avant de s’accroupir à ses côtés. Malgré la situation nouvelle, il y a beaucoup de douceur dans son regard.

A côté de la porte, je l’observe. Je n’ose pas bouger. Je tente de me faire la plus petite possible pour lui laisser cet instant.

Au moment où je le vois hésiter à déposer un baiser sur le front de notre fille, je me retiens de lui dire qu’il peut y aller. Eleanore a un sommeil de plomb.

Finalement, au bout de quelques secondes, il dépose ses lèvres sur son front et murmure quelque chose que je ne comprends pas.

Eleanore bouge dans son sommeil.

Doucement, il se relève, lui jette un dernier regard avant de se diriger vers moi.

— Merci, dit-il sans me regarder.

 

J’ai envie de lui demander s’il a pris une décision. Je n’ose pas. Je me contente de regarder le sol et mes pieds nus. Je sens le regard de Alexander posé sur moi.

« Dis quelque chose », insiste ma conscience.

Mais quoi ? Que puis-je bien lui raconter ?

Je sursaute lorsque j’entends la porte se fermer. J’ai trop attendu !

Il vient de quitter la chambre, et je ne sais toujours pas ce qu’il compte faire.

Pour une fois, je ne prends pas le temps de réfléchir, je sors de la chambre le plus silencieusement possible.

 

Dans le couloir, je commence à courir. Je me dirige directement vers la gauche. Je sais que sa chambre se trouve par-là, juste à côté de celle de Tom.

Lorsque je le vois, il est au fond du second couloir, près des escaliers.

— Alexander, attend s’il te plaît.

Je cours vers lui sans me soucier du bruit que je peux faire à cette heure. J’ai besoin de savoir.

Je suis presque à ses côtés lorsqu’il se stoppe, et se tourne vers moi. Surpris, il écarquille les yeux.

Lorsque j’arrive à ses côtés, je reprends mon souffle avant de murmurer :

— Je...je voulais savoir si tu avais pris une décision, je demande en scrutant son regard pour y trouver un indice.

 

Je dois avoir une tête de folle avec mes cheveux en bataille. Pendant ma course, plusieurs mèches se sont échappées de mon élastique. Je bouge mes orteils sur le parquet froid pour cacher mon embarras.

Alexander m’observe sans rien dire. Ses yeux détaillent encore et encore mon visage. Il sourit lorsque pour dégager une mèche de cheveux de mon front, je souffle vers le haut. La mèche bouge à peine et moi, je suis ridicule.

Je retiens mon souffle lorsqu’il s’approche de moi. Très lentement son index, caresse doucement mon front lorsqu’il bouge la mèche qui me dérange et la place derrière mon oreille. Au lieu d’enlever sa main, il la glisse doucement dans ma nuque et se rapproche plus de moi.

Je n’ose pas lever les yeux vers lui, j’ai peur de me perdre. Mon cœur bat rapidement. Trop rapidement. Mes jambes tremblent.

 

J’ai l’impression que l’orage va éclater d’un instant à l’autre. L’air est devenu électrique.

Doucement, il me caresse le bras de sa main libre et finit par la loger dans le creux de mon cou. Une main de chaque côté de mon visage, le sien se rapproche dangereusement. Je sens son souffle chaud qui caresse ma peau.

Je sais qu’il va m’embrasser, et je ne fais rien pour l’arrêter.

Comme au ralenti sa bouche se rapproche de la mienne. Au moment où mon dos touche le mur derrière moi, je lève les yeux et rencontre son regard brûlant.

 

Je sursaute lorsque j’entends une porte s’ouvrir à quelques pas de nous. Alexander doit l’avoir entendu aussi car il se recule. Le souffle aussi court que le mien, il continue de m’observer avec envie.

— Je n’ai encore rien décidé, il souffle avant de tourner les talons et s’éloigner sans un mot.

 

 

Un mystérieux message by Mary-m

 

Pelotonnée dans une grosse couverture, je bois une tasse de thé vert et grignote un cookie au chocolat. Je suis assise sur la terrasse de notre jardin et j’observe le soleil se lever doucement.

Cela fait deux semaines que nous sommes rentrées d’Écosse.

Je me rends compte à quel point cette maison me manque quand nous sommes loin. C’est pareil pour notre vie à Londres et je ne parle même pas de mon père qui est l’être le plus compréhensif et attentif du monde.

 

Bien sur, cela fait deux semaines aussi que je n’ai pas eu de nouvelles d’Alexander. Je ne sais toujours pas ce qu’il compte faire à notre sujet. Je sursaute lorsque quelqu’un sonne à la porte. Le téléphone c’est encore pire ! Je suis dans un tel état d’angoisse que je n’arrête pas de grignoter dès que le calme s’installe dans la maison.

 

L’horloge du salon sonne huit heures lorsque je me lève enfin. Je m’étire en bâillant longuement, prend la tasse de thé sur la petite table en fer forgé et passe la double porte qui mène à la salle à manger. Nous sommes dimanche, mais mon programme est quand même bien chargé. Je dois faire quelques lessives, préparer les lasagnes pour le repas de midi, ranger la cuisine remplie de farine du sol au plafond à cause de notre séance pâtisserie avec Elenore. Cela m’est égal car nous nous sommes bien amusées toutes les deux.

Je dois aussi profiter de sa sieste pour terminer les premiers chapitres de ma nouvelle histoire que je dois présenter dans quelques jours à mon éditeur. En général, Jerry est assez confiant quant à mon travail, surtout qu’il sait que me bousculer ne sert à rien. Mais cela fait un mois ou deux, qu’il me presse un peu. Sa secrétaire est persuadée que c’est parce que son couple bat de l’aile. Mais les bruits de couloir ne m’intéressent pas vraiment.

 

Je quitte le salon lorsque mon téléphone qui est posé sur la table basse en bois bipe.

« Angie », je pense en revenant sur mes pas.

J’ai hâte de lire ses dernières aventures américaines. Avec enthousiasme, je me rends près du canapé où je m’assieds, pose la tasse que je tiens toujours à la main sur le meuble bas et prend le téléphone.

Je me bats une minute avec le schéma pour le débloquer avant d’accéder à l’écran d’accueil.

Je fronce les sourcils. Ce numéro m’est totalement inconnu. Ce n’est pas chose rare. Barbara, utilise souvent ses assistants pour essayer de prendre de mes nouvelles. Ma mère en change comme elle change son intérieur, c’est-à-dire presque chaque trimestre !

« Comment va-t-elle réussi à gâcher mon dimanche cette fois-ci ? » je songe avec humeur.

 

Du pouce, je tapote sur la petite enveloppe au milieu de l’écran et découvre le message. Ce n’est pas Barbara ! Bonne nouvelle !

« J’ai eu ton numéro par Jane. Eleanore et toi soyez prêtes pour dix heures, je vous emmène passer la journée à l’extérieur. Alex »

Je pince les lèvres et relis le message encore et encore. En fait, je cherche un indice sur une éventuelle décision. Je grogne et capitule rapidement. Il n’y a rien du tout qui peut apaiser mon angoisse dans ce qu’il dit.

« Je vous emmène passer la journée à l’extérieur », je lis à haute voix. Cette phrase me pose légèrement problème. Où peut-il nous emmener ?

Je pourrais faire semblant de rien avoir reçu et ne pas lui répondre. Je souffle, pose la tête contre le dossier du canapé et ferme les yeux. Ce n’est pas dans mes habitudes. Je suis connue pour être quelqu’un qui prend les soucis à bras-le-corps.

 

Ma conscience qui fait de la corde à sauter, lève les yeux au ciel : « gagne du temps ! »

C’est facile pour elle puisqu’elle n’existe pas sans moi ! Mais elle n’a pas totalement tort.

J’attrape le téléphone, cale mes jambes sous moi et réponds sans réfléchir « et si nous avions d’autres plans pour la journée ? »

Je me mords la lèvre du bas en relisant le message. J’hésite. C’est peut-être un peu trop sur la défensive.

« Il n’y a qu’un seul moyen de le savoir », souffle ma petite voix.

Je ferme les yeux et finis par envoyer. Je reçois l’accusé de réception quelques secondes après.

En attendant une éventuelle réponse, je me lève, m’assieds à nouveau. Je me mords l’ongle du pouce droit et observe le téléphone avec appréhension. Peut-être que je n’aurais pas dû lui dire cela. J’aurais pu juste lui demander où il voulait nous emmener !

 

J’en suis à me demander si je peux effacer le message avant qu’il ne le reçoive lorsque mon téléphone me signale que j’ai sans doute une réponse de sa part.

Les mains légèrement tremblantes, je prends l’appareil de malheur et lis à mi-voix :

« Promotion de la semaine, -50 % sur l’achat de votre second parfum avec le code S23456 »

— Non mais, ils se foutent de moi, je grogne en fusillant mon téléphone du regard.

Pourquoi faut-il que je reçoive de la publicité à ce moment précis ? Alors qu’en général mon téléphone reste silencieux la journée.

 

Je râle mais au final, c’est une bonne chose car je ne songe plus au message que je lui ai envoyé. Le téléphone que je tiens à la main s’allume.

« C’était une idée stupide. Je verrai Eleanore une prochaine fois. Bon dimanche. Alex. »

Je pince les lèvres. Je sens la déception dans ses mots. Je n’ai pas envie de passer du temps avec lui et encore moins lui laisser en passer seul avec Eleanore. Car au final, nous ne nous connaissons pas tous les deux. Et, même s’il est très connu, il peut être au final qu’un psychopathe qui se sert de sa célébrité pour attirer ses prochaines victimes.

Je sais, j’exagère sans doute un peu. Je me trompe rarement sur une personne. Et, Alexander a l’air d’être quelqu’un de bien. Je suppose qu’il veut rattraper les deux années et demie qu’il n’a pas eu avec notre fille.

 

« Pourquoi faut-il que tu fasses tant d’histoires pour une simple invitation ? », me demande ma conscience qui lit Baudelaire, assise sur son fauteuil Louis XV.

C’est une bonne question. Je ne sais pas à vrai dire. En fait, si, je me méfie de lui et de ce que je ressens lorsqu’il est dans les parages. Et encore plus, lorsqu’il me touche. Je ne peux pas baisser ma garde devant lui.

— Bon allez, je me motive en tapant le message suivant :

« Ton idée n’était pas stupide. On peut se rejoindre où ? »

Je ne prends même pas la peine de relire de peur de changer d’avis, ferme les yeux et appuie sur la touche envoyer.

Je m’en veux directement. Mon ventre me fait mal. J’ai une boule désagréable dans la gorge. J’ai envie de me cacher sous les couvertures. Pourquoi suis-je toujours aussi gentille ?

 

Sa réponse est tout aussi rapide que les autres messages qu’il m’a envoyés aujourd’hui.

« Je passe vous prendre à dix heures. J’ai lu que les parents prévoyaient toujours un sac avec quelques affaires, n’hésite pas à y ajouter une tenue pour toi. Ne sait-on jamais. »

J’écarquille les yeux et manque de m’étouffer avec ma salive. Où compte-t-il nous emmener ? Et surtout pourquoi prévoir une tenue de rechange pour moi aussi ? Est-ce-que cela veut dire que nous allons passer la nuit ailleurs ?

Je relis la partie de sa phrase où il mentionne qu’il a lu sur les parents prévoyants, cela veut sans doute dire qu’il prend son rôle très à cœur. On pourra sans doute échanger nos avis sur les livres qu’il a lu sur le sujet. Ce serait un bon sujet de conversation. Parce que j’ai beau me creuser la tête, je ne sais pas ce que nous allons bien pouvoir nous raconter tous les deux. Et encore plus si nous passons deux journées ensemble.

Il passe nous prendre ? Mais il n’a pas notre adresse. Comme s’il avait lu dans mes pensées à distance, je reçois un nouveau message : « Jane m’a donné votre adresse. »

Je suis persuadée que Jane a une idée bien précise derrière la tête. Je vais devoir avoir une sacrée conversation avec elle, même si je sais que cela n’arrêtera pas la cousine de Tom.

 

Mon cœur se serre en songeant à Tom. Il n’a pas répondu à mon long mail où je lui proposais de venir boire un thé à la maison pour que je puisse lui expliquer la situation. Je n’ai plus aucune nouvelle de lui. Alors qu’avant, je recevais plusieurs textos sur la journée, des mails, sans parler de ses commentaires drôles et spirituels sur mon compte twitter. Cela me manque. Je suppose qu’il a besoin de temps pour digérer que son meilleur ami est en fait le père de ma fille.

 

Je traîne sur le canapé, pas vraiment motivée par cette journée en sa compagnie.

« C’est un peu de ta faute si tu en es là », lance ma conscience. Et encore une fois elle a raison. C’est aussi parce que j’ai peur de connaître une éventuelle décision de sa part que je me traîne autant pour me préparer alors qu’en général, je suis prête en peu de temps. Sans grand entrain, je monte à l’étage et me rends dans ma chambre. Je ferme la fenêtre que j’ai ouverte en me levant. La pièce est assez aérée. Je refais le lit, déplace un cadre, puis un autre. Tout cela dans l’objectif de gagner du temps avant de commencer à me préparer pour la journée. Mon côté maniaque est incontrôlable quand je suis stressée comme là. Je pourrais vider encore et encore toutes les armoires de la maison et les laver plusieurs fois. Même si je me définis comme quelqu’un de zen, je suis une jeune femme complètement névrosée.

Après avoir changé trois fois la place des coussins sur le lit, je vais dans le dressing et sors un sac de voyage en cuir noir que je pose sur le sol. Je prends un jean, un pull en laine rose et des sous-vêtements en coton. Une tenue de rechange veut sans doute dire qu’il a prévu que nous dormions quelque part avec...lui ! Je n’aime pas cette idée. Je me promets de lui faire changer de lui d’avis. Et comme, je suis prévoyante, je prends un vieux t-shirt mauve et un pantalon d’intérieur de la même couleur. Je pince les lèvres. Peut-être que je devrais ajouter une trousse de toilette de voyage ? C’est mon côté maniaque qui a besoin de tout contrôler. Je refuse de me laisser surprendre. Même si, devenir mère m’a aidée à accueillir les imprévus avec beaucoup moins de stress qu’avant.

 

Les bras chargés, je dépose le tout sur le lit, attrape dans le tiroir de la commode une feuille de papier et un crayon. Je m’assieds sur le lit et liste ce dont je vais avoir besoin.

 

* 2 tenues de rechange Eleanore + moi

* Vérifier la météo : veste de pluie pour les deux

* Trousse de toilette y ajouter brosses à dents de la salle de bain

* Pyjama Eleanore + moi

* Sac de jeux Eleanore

* Mon ordinateur portable pour travailler sur mon prochain chapitre.

 

J’ai envie d’ajouter une trousse de secours, et tellement d’autres choses. Je barre le sac de jeux. Je vais y ajouter un livre et quelques jeux comme à chaque fois que nous sommes à l’extérieur. Je laisse la feuille sur le lit et me rends dans la salle de bain. Vu l’heure il est temps de commencer à me préparer.

 

 

Dans la pièce, je laisse l’eau chaude apaiser mes nerfs mis à rude épreuve depuis son retour dans ma vie. J’inspire et expire à plusieurs reprises pour essayer de calmer les battements trop rapides de mon cœur. Sur l’étagère de la douche, je prends mon bain douche à l’aromathérapie et me savonne généreusement le corps. L’odeur m’aide à m’évader bien loin d’ici. Mon corps s’apaiser légèrement. Je termine de me rincer, attrape deux serviettes. La première, je m’enveloppe dedans et la serre contre ma poitrine, la seconde, je l’enroule autour de mes longs cheveux bruns. A petits pas pour ne pas glisser sur le carrelage de la pièce, je me rends près du lavabo. J’essuie la buée sur la vitre et m’observe. Mes yeux verts sont empreints de doute et sans doute de peur. Je fais des grimaces pour essayer d’apaiser mon visage. Mais, rien n’y fait, j’ai toujours ce petit air stressé.

— Super, je vais vieillir de dix ans avec lui dans les parages ! je marmonne.

 

J’attrape ma brosse à dents et me les brosse avec application avec de petits mouvements circulaires en insistant bien sur toutes les dents même celles du fond. Les oubliées, le plus souvent. J’aime que ma dentiste me dise avec un grand sourire que c’est parfait. Cela doit être un trait de la personnalité de Barbara que j’ai hérité. La brosse à dents en bouche, je grogne en pensant à ma mère. Moins je la vois et mieux je me porte. Elle qui m’a empêchée de voir mon père quand j’étais petite. C’est principalement pour ça que je veux faire l’effort de laisser la possibilité à Alexander de passer du temps avec notre fille. Je n’ai pas envie qu’elle m’en veuille plus tard comme j’en veux à celle qui m’a mis au monde.

Je me rince abondamment la bouche, rince la brosse à dents et l’emporte dans la chambre. Je vais l’ajouter à la trousse de toilette qui est ouverte sur le lit.

Je m’essuie avec application, applique de la crème hydratante, patiente le temps qu’elle entre bien dans la peau même si à chaque fois que je suis au magasin, je me dis que je vais m’acheter celle de la publicité à appliquer sous la douche. Au moins, je ne devrais plus attendre que cela sèche avant de pouvoir m’habiller.

Lorsque je ne colle plus comme du papier tue-mouche, j’enfile mes sous-vêtements. Je suis une adepte du coton. Oui, j’aime appliquer les recommandations des médecins.

La serviette serrée sur ma tête menace de tomber alors, je penche la tête en avant et me les frictionne vigoureusement avec la serviette. Lorsque je me redresse, je passe mes doigts dedans pour garder un peu ce côté sauvage. Ils vont sécher librement. Il me reste assez de temps pour ne pas devoir utiliser le sèche-cheveux.

 

J’enfile mon jean noir, glisse des chaussettes mauves à mes pieds, prend mon chemisier blanc que je passe et y ajoute un long gilet noir. Mes boots compléteront cette tenue. Je termine de boutonner le chemisier en me rendant près de ma commode où ma boîte à bijoux est posée. J’ajoute un long sautoir noir. Je prends précautionneusement mes boucles d’oreilles. Ce sont des perles de cultures disposées autour d’une vague de diamants. C’est un cadeau de Jack et papa. Elles me portent chance depuis qu’ils me les ont offertes. J’espère que ce sera encore le cas aujourd’hui car, j’en ai bien besoin. Comme mes cheveux seront lâchés autour de mon visage, personne ne pourra voir que je porte des boucles d’oreilles hors de prix. C’est vraiment la seule chose extravagante que je me permets depuis que je vis de ma plume.

 

Malgré les supplications de Jack, je ne m’habille pas chez de grands couturiers et pourtant, je pourrais très facilement le faire puisque ses créations sont portées par les stars du monde entier. Je préfère m’habiller normalement. Bien sûr, j’ai quelques tenues plus chères que les autres dans mon dressing. Elles me servent quand je dois absolument accompagner Jack dans une Fashion Week. Il connaît mon amour pour les choses simples alors, il a choisi des tenues les plus classiques qui me permettent de me fondre dans la masse.

 

Je glisse à mes doigts plusieurs bagues, ajoute quelques bracelets.

Lorsque je me rends près du miroir sur pied pour atteindre ma coiffeuse en bois, je m’observe quelques secondes. Le résultat est correct. Pour une fois, je n’aurais pas à rougir de ma tenue.

Alexander m’impressionne tellement que j’ai besoin de me sentir bien dans mon corps pour faire face à nos soucis.

Je retiens mes cheveux en arrière avec un bandeau pendant que je me maquille et que j’applique de la crème de jour sur mon visage. Je mets de l’ombre à paupières brune, et du mascara. C’est suffisant à mes yeux. Je n’utilise jamais de fond de teint. Ce n’est pas bon pour la peau. Et même si elle n’est pas parfaite, j’ai appris à vivre avec ces imperfections.

 

Une fois prête, je vais dans la chambre d’Eleanore qui est déjà réveillée. Elle est assise sur son fauteuil à côté de son lit. En pyjama, elle joue avec ses playmobil 123.

— Bonjour mon ange, je murmure en déposant un baiser sur son front. On va se promener aujourd’hui.

Eleanore tape dans ses mains, contente de sortir de la maison. Cet enfant est une vraie pile électrique. Je me rends dans son dressing, j’y prends un legging, une longue robe en laine, une culotte à petits pois roses qui vont lui servir de tenue de rechange. Je prends son doudou petit chat et la tétine qu’elle prend encore la nuit. Je prépare aussi ses vêtements pour la journée et un pyjama blanc.

 

Nous choisissons ensemble le livre qu’elle va prendre et quelques jouets qui vont rejoindre son sac de changes. Elle connaît mes conditions : pas de petites pièces qui risquent de se perdre dans la nature. Elle privilégie, deux dinosaures, une poupée et une petite voiture. J’attrape un mémory des animaux. Ce sera idéal si jamais nous passons effectivement la nuit ailleurs. Un moyen de ne pas devoir parler.

Nous nous rendons dans la salle de bain où je lui prends sa douche. Elle gesticule et rigole sous la douche pendant que je la savonne. Malgré mon anxiété, je chantonne avec elle « un petit poisson dans l’eau ».

Une fois rincée, je l’emballe dans son peignoir rose et la prends dans mes bras.

 

Dans la chambre, je la pose sur le lit et la sèche en faisant de drôles de bruits qui la font rire. Une fois sèche, je la prépare. D’abord la petite culotte, ensuite les chaussettes. Elle s’assied sur le lit pendant que je passe les jambes de son legging rose pale et se met debout pendant que je le monte jusqu’à sa taille. Je passe sa robe rose en coton et dentelle qui lui arrive à mi mollet. Je fais le nœud qui lui serre accessoirement la taille. Comme ses cheveux sont encore courts, ils sèchent plus rapidement que les miens. J’y ajouterai un serre-tête et ses petites boots compléteront sa tenue.

 

Lorsqu’elle est prête, elle retourne jouer avec ses playmobil pendant que je termine de transporter ses affaires dans ma chambre pour les ajouter au sac de voyage.

Le pyjama mis dedans, je le ferme et regarde l’heure. Alexander arrive dans une demi-heure. Ce qui nous laisse le temps de prendre le petit déjeuner. Je me demande si on peut l’attendre pour le prendre avec lui. Ce serait un chouette moyen de commencer cette journée ensemble. Bon techniquement, j’ai déjà grignoté un cookie sur la terrasse.

J’attrape mon téléphone sur le lit et lui envoie « tu as déjà pris le petit déjeuner ? »

 

Je n’attends pas longtemps car il répond presque tout de suite. A croire qu’il passe sa vie avec son portable collé à sa main.

« Je ne pas mange pas le matin. Je suis en train de partir de chez moi. »

Quelle idée ! C’est pourtant le repas le plus important de la journée. Le meilleur moyen d’être en forme toute la journée.

Et, je ne sais toujours pas où il compte nous conduire.

Je relis son message. Si je comprends bien, il lui faut donc une demi-heure pour arriver chez nous. A supposer qu’il soit à l’heure.

 

Le sac prêt, nous descendons dans la cuisine Eleanore et moi. Je prépare sa tasse de cacao, et lui sert ses céréales. Je prends une pomme que je coupe en quartiers. Je lui tends plusieurs bouts qu’elle mange avec appétit. Les chiens ne font pas des chats. J’étale de la confiture de fraise sur des biscottes que je mange en buvant une nouvelle tasse de thé.

Nous terminons de manger quelques minutes avant dix heures. Je fais le tour de la maison pour vérifier que tout est bien fermé. Eleanore patiente dans le salon en jouant avec ses poupées.

Lorsque je reviens dans la pièce, je reste près de la porte pour la regarder jouer.

Égoïstement, je n’ai pas du tout envie que notre vie change. J’aime notre routine mère-fille. Mon cœur se serre. J’ai tellement peur pour la suite.

 

 

Destination inconnue by Mary-m

Lorsque la sonnette résonne dans la maison, j’inspire à plusieurs reprises pour tenter de calmer les battements douloureux de mon cœur. J’ai peur. J’avance quand même jusqu’à la porte d’entrée et l’ouvre.

Alexander patiente sur le perron. Il porte un jean, un t-shirt noir et des converses aux pieds. Une veste noire en cuir complète sa tenue. Un immense sourire éclaire son visage lorsqu’il me voit.

— Bonjour, je dis en me reculant pour l’inviter à entrer chez nous.

Lorsqu’il passe à côté de moi, son parfum boisé m’englobe et m’apaise malgré tout.

— Bonjour.

Il répond en regardant avec un intérêt poli autour de lui.

Son regard se pose sur les tableaux qui sont accrochés ça et là près de la porte. Ce sont des empruntes de mains et de pieds de notre fille.

Je me note mentalement l’idée de proposer à Eleanore une nouvelle séance amusante pour l’offrir à son pa...à Alexander. Dire papa est quelque chose de trop étrange pour moi alors, j’évite d’y penser.

 

— Merci d’avoir accepté de me voir, dit-il en sortant un bouquet de fleurs de derrière son dos.

Un bouquet d’automne, dans les tons orangés.

Je rougis en le prenant. Je ne m’attendais pas à recevoir un présent de sa part. Cet homme est un vrai gentleman. Je porte les fleurs à mon nez et hume leur agréable parfum.

— Il est magnifique ! merci Alexander, je souffle timidement en levant les yeux vers lui. C’est l’occasion de faire un peu connaissance avec Eleanore.

Le sourire d’Alexander s’agrandit. Nous ne nous quittons pas des yeux pendant plusieurs secondes. Je sens mes joues prendre feu sous l’intensité de son regard. Il avance d’un pas vers moi et pour une fois, je n’ai pas envie de reculer. A quelques centimètres de moi, il ouvre la bouche pour dire quelque chose. Mais, au final, ferme la bouche en fronçant les sourcils.

 

 

Le silence s’installe. Je ne sais pas quoi dire pour lancer la conversation. J’ai peur de déjà épuiser tous les sujets de conversation que j’ai préparés pour ce week-end improvisé.

— Vous êtes prêtes ?

Alexander dit ça en regardant le sac de voyage noir posé devant les escaliers.

— Un petit tour aux toilettes et on peut y aller.

Pour le faire patienter pendant que je termine de nous préparer, je le guide vers le salon où Eleanore joue en attendant notre départ.

Nous nous stoppons à l’entrée de la pièce. Alexander légèrement devant moi. Je suppose que je dois dire quelque chose ? peut-être lui demander s’il a pris une décision ou toujours pas ?

J’hésite. Alors, je lâche la seule chose qui me passe par la tête :

— Tu veux boire quelque chose ?

Il sourit en coin et détaille mon visage pendant deux minutes si pas plus. Encore une fois je n’arrive pas à définir son regard. Je tente de soutenir son regard, mais je me sens légèrement mal à l’aise. Ce qui s’est passé dans le couloir de l’auberge est encore trop frais dans ma tête.

 

— J’ai pris ma décision, il lâche soudain.

Mon cœur cogne fort dans ma poitrine. Je tangue légèrement et m’appuie discrètement contre le cadre de porte derrière moi. Ça y est. Nous y sommes. Notre avenir se joue là.

Je me retiens de lui dire et ? Quoi ? je l’observe juste sans rien dire. Je cherche dans son regard un indice. Même infime. Il doit remarquer mon angoisse car il sourit doucement et ajoute :

— Je ne compte pas te faire la guerre pour Eleanore. Mais, nous devons parler de beaucoup de choses.

Feu d’artifice dans ma tête. J’ai envie de danser dans le couloir.

— D’accord, je dis simplement en souriant.

 

Eleanore qui a dû nous entendre, arrive vers nous avec sa poupée dans les bras et nous observe en souriant. Nous avons eu une conversation toutes les deux. J’ai tenté de lui expliquer avec des mots d’enfant que son papa est Alexander. Mais, c’est quelque chose de trop complexe pour une enfant de son âge.

Alexander hésite, et finit par lui tendre les bras. Elle sourit et va s’y réfugier. Maintenant que je suis rassurée, je peux apprécier plus facilement la journée qui se profile à l’horizon.

— Tu veux partir quand ? je lui demande en préparant nos vestes que je décroche du portemanteau.

J’ai envie d’ajouter et tu nous emmènes où ? mais je ne dis rien.

— Quand vous êtes prêtes, il répond pendant que notre fille lui montre plusieurs photos où nous nous trouvons toutes les deux.

 

Eleanore et moi allons aux toilettes pendant qu’il met notre sac dans sa voiture. Une fois les mains lavées, j’attrape la pochette de mon ordinateur et son sac pour la changer et nous sortons.

Je me stoppe sur le seuil de la maison. Je suis surprise de voir qu’il ne roule pas dans une voiture de célibataire mais dans une familiale grise métallisée. J’attrape mes clés de voiture pour sortir le siège auto.

— Je te sors le siège auto, je lui dis en descendant les marches.

— Pas la peine. J’en ai acheté un, il répond la tête à l’intérieur de sa voiture.

Je me stoppe, surprise. Totalement surprise. Quoi ?

Je le regarde avec la bouche légèrement ouverte. Alexander qui place Eleanore dans son siège auto sort la tête de la voiture, et me sourit conscient de ma surprise.

 

Je reprends rapidement mes esprits, retourne dans la maison pour y déposer mes clés de voiture. Je ferme la porte d’entrée, vérifie qu’elle est bien fermée et me rends à mon tour près de sa voiture.

Alexander est debout près de la porte côté passager qu’il tient ouverte en attendant que je vienne m’asseoir. Quand je disais que cet homme était un vrai gentleman.

— Merci, je dis en m’installant sur le siège.

Je glisse ma pochette d’ordinateur à mes pieds pendant qu’il dépose le sac de notre fille à l’arrière.

Quelques secondes plus tard, il se place derrière le volant, attache sa ceinture.

— Je ne t’imaginais pas conduire ce genre de voiture, je lance en regardant Eleanore qui sort ses jouets de son sac.

— Moi non plus, il répond en souriant. Enfin pas tout de suite, il ajoute sans doute de peur de me vexer. J’aime ma Porsche.

Je le comprends, ma coccinelle fait partie de ma vie depuis que j’ai le permis.

— Cette voiture est bien plus pratique pour se promener en famille. Cela te dérange ?

Alexander tient dans sa main un CD. De la musique nous évitera de devoir nous parler. Apparemment nous avons les mêmes goûts en matière de musique. Je suis certaine que cela ne dérangera pas plus que ça Eleanore qui, a l’habitude d’écouter presque tout le temps avec moi de la musique.

— Non du tout, je réponds en m’attachant à mon tour.

 

Lorsque « A Whiter Shade Of Pale » de Procol Harum résonne dans l’habitacle de la voiture, Alexander démarre. Il sort sans soucis de sa place et s’engage dans la circulation du dimanche.

Je ne sais toujours pas où nous allons. J’ai réellement envie de lui demander, mais je me retiens. Encore une fois.

— Fais-moi confiance.

Je tourne la tête vers lui. Il est concentré sur la route. Ce n’est pas la première fois qu’il me donne l’impression qu’il décode trop facilement mes pensées. C’était déjà le cas lors de notre première rencontre.

— Je me demande juste où nous allons, j’explique en essayant d’identifier un panneau de direction.

J’ai des difficultés à laisser quelqu’un d’autre choisir pour moi, j’ai envie d’ajouter.

— Léa, fais-moi juste confiance.

C’est facile pour lui, c’est lui qui conduit ! Je croise les bras contre ma poitrine et soupire. Je n’ai pas le choix, je suppose.

— Si cela te fait plaisir, je marmonne en regardant par la fenêtre de mon côté.

 

Eleanore s’est endormi il y a dix minutes. C’est toujours plus ou moins comme ça quand nous sommes en voiture. Elle s’endort très facilement. Disons que j’en ai un peu abusé quand elle était petite et qu’elle ne voulait pas s’endormir dans son lit. Un petit tour en ville et elle dormait à poings fermés jusqu’au lendemain.

Lou Reed entonne le premier couplet de « Walk On The Wild Side » quand je sors mon cahier de notes et y écrits de nouvelles idées pour mon roman. Voir le paysage défiler m’inspire des scènes de combat. Les soldats qui se cachent derrière les arbres pour se protéger de l’ennemi qui rode. Qui se reposent contre un tronc d’arbre pour souffler cinq minutes.

 

A côté de moi, Alexander chantonne. Cela fait deux heures que nous sommes partis et je ne sais toujours pas où nous allons. Il semble connaître la route. C’est peut-être un endroit familier pour lui. J’évite de penser à la destination finale.

Pour une fois que je ne conduis pas, j’en profite pour noircir des pages et des pages de mon cahier.

— Il parle de quoi ton roman ?

Je mets le point à la fin de ma phrase et me stoppe. J’enlève de la page la pointe du crayon que je tiens à la main. En général, je ne parle pas de ce que j’écris. Je suis un peu superstitieuse et j’ai peur que l’inspiration s’envole si j’en dis de trop. Mais là, je ne sais pas si c’est parce que, grâce à lui, j’expérimente une nouvelle façon d’écrire ou parce que je n’ai pas d’autre choix que de lui faire confiance mais je dis :

— C’est une histoire d’amour entre une française et un soldat anglais.

 

Je tourne la tête vers lui pour observer les expressions sur son visage. Souvent, malheureusement, les hommes sont dans les stéréotypes lorsqu’on parle d’histoire d’amour. Ils définissent ce genre de littérature comme des romans de bonne femme. C’est bien plus que ça et heureusement, tous les hommes ne pensent pas comme ça. La preuve en est, des adorables lettres que je reçois des quelques fidèles lecteurs que j’ai.

Alexander est concentré sur sa conduite. Qui est, d’ailleurs, très agréable. Il ne roule pas trop vite. De temps en temps, je surprends ses regards attendris vers le rétroviseur central. Et Eleanore qui dort.

— C’est un sujet intéressant. Je suis persuadé que tu as fait des tonnes de recherches, dit-il en souriant.

Il est très loin d’imaginer la vérité. J’ai passé plusieurs mois à lire des livres sur le sujet, à regarder des documentaires sur la seconde guerre mondiale pour me familiariser avec les termes historiques.

— C’est pour ça que tu es si populaire. Ma mère et ma sœur ne jurent que par tes romans. Tu es, je cite « une autrice à la plume parfaite. »

Je rougis vraiment beaucoup. Je n’aime pas les compliments. Ils me mettent mal à l’aise. J’ai du mal à les accepter.

Pour cacher mon embarras, je range mon cahier dans le sac de l’ordinateur qui est à mes pieds et me concentre sur la route.

 

Depuis plusieurs kilomètres, le paysage a changé. Et, je commence à avoir une idée plus précise de notre destination.

— Mes parents ont une maison ici, explique Alexander en s’engageant dans une rue de la ville de Camber.

Il y a beaucoup de badauds dans les rues, cela doit faire plaisir aux commerçants locaux. Comme une enfant, je regarde des deux côtés et espère apercevoir la mer et les dunes de sable. Je fais abstraction de ses regards sur moi.

— Je me suis dit que ce serait un endroit assez neutre pour apprendre à se connaître tous les trois.

Je ne peux que l’approuver. Cette idée est vraiment super.

— Tu as eu une très bonne idée Alexander, dis-je en souriant.

Il sourit à son tour en s’engageant dans une allée. Il stoppe la voiture devant une maison de bord de mer. Elle est blanche avec le toit noir et entourée d’une haute palissade blanche. La maison est plus grande que les maisons aux alentours et est légèrement éloignée des autres.

 

Pendant que je regarde la façade de la maison avec curiosité, Alexander attrape une casquette noire dans le rangement entre nous et la met. Il vérifie son reflet dans le miroir, place correctement ses lunettes de soleil sur son nez et sort de la voiture pour ouvrir le portail. Lorsque c’est fait, il revient dans la voiture, manœuvre en regardant qu’aucune voiture n’est déjà engagée sur la route et entre sur le sentier qui mène au garage qui est légèrement reculé par rapport à la maison.

— Bienvenue à la maison, il dit en souriant lorsque la voiture est arrêtée devant la porte du garage.

 

Il s’étire. La tête contre l’appuie-tête, il se tourne vers moi en souriant toujours. Je n’arrive pas à déchiffrer son regard. En fait, je me sens légèrement mal à l’aise de me retrouver dans un lieu de son enfance.

Je suppose qu’il voulait que je sois présente pour ne pas trop perturber Eleanore. Ils doivent apprendre à se connaître tous les deux.

— Je te propose de manger un bout avant d’emmener Eleanore sur la plage.

J’acquiesce. Je suis certaine que notre fille sera très heureuse de pouvoir jouer à faire des pâtés de sable. C’est dommage de ne pas avoir été prévenue avant, j’aurais pu amener son nécessaire de jeux de plage. Je suppose que les magasins sont encore ouvert et que malgré la saison, il est possible d’y trouver un seau.

 

— Où maman ?

Je me tourne en souriant vers la petite fille qui a les yeux ouverts et qui regarde l’extérieur avec curiosité et intérêt.

— En vacances, répond Alexander à ma place. En vacances à la mer, il ajoute en sortant de la voiture.

Maintenant que nous sommes à l’abri derrière la palissade, il ne met plus sa casquette qu’il a retournée dans le rangement.

Eleanore tape dans ses mains. Comme la plupart des enfants, elle adore la plage et le sable.

Cela risque d’être marrant de lui expliquer qu’il fait trop froid pour aller se baigner. Novembre ne s’y prête pas vraiment. Mais, je suppose qu’elle aura l’occasion de revenir ici avec son papa pour la pleine saison d’été.

 

J’imite Alexander et sors de la voiture. Une fois à l’extérieur, je m’étire en baillant. J’aime l’odeur de la mer.

J’entends Eleanore rigoler. Quelques secondes plus tard, elle court vers moi. Alexander marche derrière. Il nous invite à le suivre. Dans sa main droite, il tient des clés.

J’attrape mon sac d’ordinateur que je refuse de laisser dans la voiture même pour quelques minutes et suis le père et sa fille.

Je ferme la portière et me mets en marche loin derrière eux. Lorsque j’arrive devant la porte d’entrée, celle-ci est ouverte.

 

Visite guidée by Mary-m

A l’intérieur de la maison, Eleanore regarde autour d’elle avec intérêt.

— Gard maman, dit-elle en me montrant des coquillages qu’elle regarde à distance.

Pour fréquenter assez souvent l’atelier d’artiste de son grand-père, elle sait qu’il vaut mieux regarder certaines choses de loin.

— C’est joli, je lui dis, en regardant moi aussi la pièce avec curiosité.

Elle glisse sa petite main dans la mienne, sans doute un peu impressionnée par cet endroit qu’elle ne connaît pas. Pas encore.

Je pose le sac de mon ordinateur portable près d’une chaise, et attends avec Eleanore au milieu de la pièce.

— Une petite visite guidée ? propose Alexander qui ferme la porte derrière moi.

Je n’ai pas vu qu’il était ressorti. Il tient dans ses mains plusieurs sacs de courses qu’il dépose sur la grande table avant de nous inviter d’un geste de la main à le suivre.

 

Les murs intérieurs sont recouverts de lambris en pin blanc. La porte d’entrée donne sur une grande salle à manger. Une longue table en chêne est posée au milieu de la pièce sur un vieux parquet en bois. Une nappe blanche immaculée recouvre la table et plusieurs bougeoirs en bois flotté la décorent.

Contre le mur du fond, il y a une commode blanche où un vase rempli de fleurs fraîches est posé au milieu et une lampe de chevet de chaque côté du vase.

La table est prévue pour recevoir une grande famille. Il y a une dizaine de chaises autour de celle-ci. C’est vraiment très joli et accueillant. Un lustre en bois descend du plafond vers le milieu de la table.

 

Il n’y a pas de porte qui sépare la salle à manger du salon. Juste une grande ouverture. Je m’avance dans la pièce, émerveillée, conquise par l’endroit. Eleanore est dans les bras de l’acteur qui lui montre des objets de son enfance. Un coquillage qu’il a ramassé à neuf ans. Un dessin qu’il a fait.

La décoration a été pensée pour rendre la maison agréable et reposante. Il y a un grand canapé bleu-gris sur lequel un plaid à peine plus clair est posé sur le dossier dans un mouvement qui se veut négligé. Une magnifique bibliothèque en pin blanc est posée contre le mur de droite.

Mon intérêt est accru lorsque je vois plusieurs classiques posés à côté de bande dessinée.

Ces classiques surtout ceux de Jane Austen me donnent envie de me poser sur le canapé et ne pas y bouger pendant plusieurs heures. Une table basse blanche avec plusieurs rangements se trouve devant le canapé face à deux fauteuils.

Des suspensions en bois au plafond et un magnifique manteau de cheminée sur lesquels plusieurs photos trônent fièrement. Cela doit être chouette pour les soirées après avoir passé la journée sur la plage.

 

Derrière le canapé, il y a une grande baie vitrée d’où je vois le sable et plus loin la mer. La maison est vraiment les pieds dans l’eau.

Apparemment ce n’est pas pour l’instant, car Alexander bifurque sur la gauche et nous entraîne vers la cuisine.

Quand nous rentrons dans une nouvelle pièce, il se tourne directement vers moi pour voir ma réaction. Je suis surprise. La pièce est plus moderne que le reste de la maison tout en restant dans les mêmes gammes de couleur. Les meubles sont blancs, les murs gris foncé. Un magnifique tableau composé d’empreintes et mains et de pieds est accroché fièrement dans la pièce. Je vois que je ne suis pas la seule à aimer.

La table est blanche. Un saladier est rempli de fruits qui font de l’œil à Eleanore qui doit commencer à avoir faim à l’heure qu’il est. Il y a une porte qui donne sur l’extérieur.

 

Nous sortons de la cuisine pour nous enfoncer dans un couloir étroit où les murs sont remplis de photos. Je me promets de venir les observer avec plus d’attention plus tard. Alexander nous conduit vers un escalier qui doit mener, je le suppose à l’étage de l’habitation. Eleanore monte les marches entre nous deux. Dans le hall de nuit, il y a plusieurs portes de chaque côté du couloir.

— Voilà ta chambre, murmure Alexander en s’accroupissant à côté de notre fille. C’est la chambre que mes neveux occupent quand ils viennent passer quelques jours ici avec mon frère et sa femme.

Je note mentalement qu’il a des neveux et un frère.

 

Impatiente, Eleanore ouvre la porte, pousse un cri de surprise, saute sur place en frappant dans ses petites mains. Au bout de quelques secondes à regarder partout autour d’elle, elle court jusqu’à un cheval à bascule qui se trouve au milieu de la pièce.

C’est une vraie chambre d’enfant. Il y a deux lits jumeaux. De vieux jouets en bois. Un coffre à jouets dans un coin de la pièce sur lequel sont posés plusieurs coussins colorés. Des voitures. Des tracteurs. Des trains, des cubes à empiler et tellement d’autres jouets, de livres, de peluches.

Les murs sont blancs comme le reste de la maison. Sauf le mur du fond qui est peint à l’ardoise. Il y a des dessins à la craie dessus.

C’est ce que j’ai fais aussi dans sa chambre. Je trouvais ça rigolo de lui permettre de dessiner à sa guise de nouvelle chose.

Au milieu de la pièce, à côté du cheval à bascule, il y a un tipi.

 

Je rigole en regardant Eleanore tester un jouet avant de le reposer et passer au suivant. Elle ne sait plus où donner de la tête alors qu’elle ne manque pas de jouets à la maison. Que du contraire. Mais, c’est tellement différent de découvrir de nouvelles babioles.

Alexander est debout à côté de moi, il regarde avec adoration notre petite fille. Je connais ça. Je suis toujours autant admirative de la voir faire telle ou telle chose. Pour lui, c’est quelque chose de nouveau. Il va y avoir beaucoup de première fois.

— Tu penses qu’on peut continuer ?

Il chuchote pour ne pas déranger notre fille qui joue dans le tipi. Elle chantonne aux peluches. Quand elle joue, Eleanore est perdu dans son monde imaginaire et ne fait plus attention à ce qui l’entoure. J’acquiesce. Elle ne sera pas perturbée plus que ça par notre départ.

 

Dans le hall de nuit, je marche derrière lui. Je songe à ses jouets que j’ai achetés en trop qui auraient leur place ici.

— J’ai plusieurs jeux à la maison qu’elle pourrait laisser ici, si elle le veut.

Alexander se stoppe. Je me stoppe à mon tour. Il se tourne vers moi et se passe la main dans les cheveux en me souriant timidement. Je sens une boule de chaleur se propager dans mon corps. J’ai envie de grogner de frustration.

— J’en ai acheté quelques-uns...beaucoup plus que ça, il avoue doucement. Je ne connais pas ce qu’elle aime, je voulais être certain de viser juste au moins pour un jouet.

Je me mords fort l’intérieur de la joue car je ressens soudain un élan de tendresse pour lui.

Alexander ne me quitte pas des yeux. Ses yeux détaillent mon visage avec tendresse. J’ai beaucoup de difficultés à décrypter les expressions de son visage – merci le métier d’acteur ! – mais ses yeux, eux, m’aident de temps en temps à savoir ce qu’il pense.

Je fronce les sourcils au moment où des sentiments contradictoires s’incrustent dans mon esprit déjà perturbé par sa présence.

C’est là, que je me rends compte que je me suis stoppée très proche de lui. Si je tends la main, je touche son torse. Il est si près. Lui aussi s’en rend compte, ses yeux glissent vers ma bouche avant de venir se planter dans les miens.

Dans ma tête, c’est la révolution. Deux camps se font face. Celui qui n’arrive pas à lutter contre l’attirance que j’éprouve pour lui et qui doit être sans doute dirigé par mes hormones. Et l’autre, celui de ma tête qui me hurle de partir de ce couloir le plus rapidement possible. Depuis notre retrouvaille imprévue, c’est le plus souvent le premier qui prend le dessus et encore plus depuis cette nuit en Écosse. Même s’il ne s’est rien passé, le contact de son corps contre le mien, a réveillé une rébellion dont je me serais bien passée.

 

Il n’y a que les joyeux bavardages de notre fille qui rompt le silence de la maison. Elle, qui ne sait pas ce qui se joue de l’autre côté de la porte de sa chambre. Plus les secondes passent, plus l’air devient électrique. Il ne suffirait que d’une étincelle pour que cette partie de la maison s’embrase.

— Léa, souffle-t-il sans me quitter des yeux.

Comme pour ne pas m’effrayer, il lève doucement la main droite qu’il tend vers moi pour attraper ma main et m’attirer lentement vers lui. Dans mon corps, la bataille fait rage. Il est hors de question que ma tête laisse gagner mon corps. Et pourtant, mes pieds suivent le mouvement. Très vite, mon corps tremblant se retrouve collé au sien. Lorsque je lève mes yeux fiévreux vers lui, je me rends compte que les siens le sont tout autant. Au moment où je vois son visage se pencher vers le mien, et où, je me sens impatiente que ses lèvres se posent sur les miennes, son téléphone nous fait sursauter tous les deux.

Alexander grogne. Son visage est à nouveau sérieux. Sans s’éloigner d’un millimètre, il attrape dans la poche arrière de son jean l’objet qui continue de briser le silence tranquille de la maison.

— Oui !

Pendant qu’il répond avec humeur à la personne à l’autre bout du fil, et au moment où, il voit que je m’éloigne de lui, il attrape ma main droite et secoue la tête. Ses yeux se font suppliant. Malgré ça, je recule. Je dois reprendre mes esprits. J’ai besoin de respirer. Je m’éloigne à l’autre bout du couloir. Là, où je ne sens plus son parfum boisé. Ce week-end était une mauvaise idée. Lorsque mes yeux glissent sur son torse et que l’envie de lui enlever son t-shirt me tord les tripes, je secoue la tête. Définitivement, ce n’était pas la meilleure idée du siècle !

 

Pendant sa conversation, il ne me quitte pas des yeux. Il fronce les sourcils à plusieurs reprises.

— Ce n’était pas ce qui était prévu. Ouais, je sais.

Son ton s’est adouci au fur et à mesure de sa conversation.

— Vois ça avec lui et tu m’envoies un mail avec les détails. Je n’ai pas envie de passer mon week-end au téléphone. Oui, on fait comme ça.

Il éloigne le téléphone de son oreille, et le range à nouveau dans la poche de son pantalon. Je reste à distance. Comme une proie, je reste sur mes gardes. Prête à fuir...encore une fois. Il doit s’en rendre compte car il ouvre une porte à sa droite :

— Voilà ta chambre.

La pièce se trouve juste à côté de celle de notre fille que nous entendons chantonner. Il se décale légèrement et m’invite à entrer.

 

— Wouaw, je murmure en regardant la pièce.

Elle est grande et lumineuse.

Comme pour le reste de la maison, les murs sont recouverts de lambris en pin blanc. Sur le sol, il y a du parquet caché de chaque côté du lit par deux tapis rectangulaires de couleur taupe.

Les deux tables de nuit sont en bois flottés et deux lampadaires sont posées sur le sol de chaque côté du lit. L’épaisse couverture est bleu marine et plusieurs coussins blancs et bleus décorent le lit. Il y a un fauteuil en bois dans un coin de la pièce et un coffre en bois qui sert de banquette devant une fenêtre. Une commode contre le mur de gauche. Un magnifique bouquet de fleurs décore le meuble.

Je suis totalement sous le charme.

— Elle est magnifique, je m’enthousiasme en me tournant vers l’acteur qui guette ma réaction.

Il est resté près de la porte et ne me quitte pas des yeux. Son sourire s’agrandit en voyant le mien.

— C’est la chambre de ma sœur.

Mentalement, j’ajoute ce détail aux éléments que j’apprends sur lui.

Je le vois hésiter. Il ouvre la bouche pour parler. Mais à la place, il secoue la tête et sors de la chambre.

 

Un repas compliqué by Mary-m

 

 

— Attends, je vais t’aider, je propose en prenant les verres qu’il tient dans la main pour les poser sur la table de la cuisine.

Eleanore est assise dans une chaise haute pour être à hauteur de table. Elle gribouille sur une feuille blanche avec des pastels pendant que nous préparons rapidement le repas. Il est passé treize heures, il est plus que temps de lui donner à manger.

Les plats qu’Alexander a commandés chez le traiteur sont ouverts sur le plan de travail. Voilà ce que contenait les sacs qu’il tenait à notre arrivée. Je n’ose fouiller dans les armoires alors, je le suis comme son ombre et lui prends le nécessaire de table des mains : les assiettes, les verres, les couverts.

 

 

Pendant le repas, Alexander et Eleanore discutent joyeusement. L’acteur lui pose beaucoup de questions. Cela se sent qu’il veut connaître sa fille.

— Elle parle très bien pour une enfant de son âge, remarque-t-il en me souriant.

J’acquiesce avec fierté. Je n’ai jamais été une partisane du parler bébé. J’ai toujours essayé d’utiliser un vocabulaire adapté aux différentes étapes de son développement.

Je profite de la conversation du père et de la fille qui sont assis face à moi pour les observer avec attention. Eleanore ressemble beaucoup à Alexander. La même couleur des yeux, les mêmes mimiques et la même ride du souci au-dessous des yeux.

Je souris en regardant Eleanore manger avec appétit sa part de lasagne. C’est son plat préféré. Il en est de même pour ses vêtements et ses cheveux. Sa bouche est toute rouge et plusieurs mèches de ses cheveux clairs sont aux couleurs de la sauce.

Assise dans la chaise haute, elle me dépasse d’une bonne tête. Il faut dire qu’elle est déjà grande pour son âge. Comme son père d’ailleurs.

 

Je pousse du bout de la fourchette, un morceau de salade. Je sais que ce n’est pas bien de jouer avec la nourriture, mais je n’arrive pas à manger quand il est dans les parages.

En tournant la tête, je surprends Alexander qui me regarde avant de me sourire. Je n’arrive pas à déchiffrer son regard. C’est un réel avantage pour lui d’être acteur. Pas pour moi !

Mes joues se colorent. Je baisse les yeux sur mon assiette et me concentre sur son contenu pour cacher mon trouble.

Je ne comprends pas pourquoi mon corps réagit comme cela en sa présence. Pourtant, ce n’est pas mon genre. En général, c’est ma tête qui dirige et pas mon cœur !

Mais là, il suffit qu’il me touche pour que mon corps s’enflamme. Comme s’il réveillait des envies primaires enfouies.

 

— Aleande, belle ma maman, dit Eleanore en souriant.

J’écarquille les yeux et manque de m’étouffer avec le morceau de viande que je mâche. Pour me donner contenance, j’attrape d’une main tremblante le verre d’eau posé devant mon assiette et bois une longue gorgée d’eau.

— Ta maman est vraiment très belle, répond-il.

Je sens son regard se poser sur moi et détailler mon visage. Mes joues sont en feu. J’ai chaud. J’ai aussi très envie de sortir de la pièce pour ne plus m’y trouver en même temps que lui. Sans lui accorder un regard, je pose le verre et me lève de table pour préparer du thé.

 

Eleanore est vraiment heureuse que nous soyons ici tous ensemble. Est-elle consciente de la signification du mot « papa », elle qui n’a toujours connu que sa maman ?

Elle a tellement d’amour à donner à son acteur de père et cela se voit qu’Alexander ne demande que cela. Ses yeux brillent lorsqu’il la regarde. Il s’émerveille lorsqu’elle fait quelque chose même de routinier.

Au fond de moi, malgré ma mauvaise foi évidente, je sais qu’il est le père idéal pour elle.

Cela ne m’empêche pas d’être inquiète à cause de son métier. Je me demande ce que sera sa vie lorsque les journalistes et les fans découvriront qu’Alexander Wills a un enfant. Sera-t-elle privée de son enfance ? Son adolescence se passera sous l’œil aiguisé des paparazzis qui relateront sur internet et dans la presse les bêtises qu’elle pourrait commettre comme tous les adolescents de son âge ? Est-ce qu’elle pourra profiter de sa vie ? Ses sorties avec son père ne seront plus des moments intimes !

Je me mords la lèvre du bas pendant que je sors les parts de tarte aux pommes du carton. Il y a tellement d’exemples qui me viennent en tête.

Après le dessert, Eleanore entraîne son père dans le salon pendant que je commence à débarrasser la table pour faire la vaisselle.

 

Perdue dans mes pensées, je me rends compte que je frotte le même verre depuis cinq minutes lorsque Alexander s’arrête à mes côtés.

— Salut, murmure-t-il doucement.

Il prend la serviette que j’ai posée à côté de l’évier et essuie la vaisselle propre.

— Je peux le faire seule, je proteste en continuant de frotter nerveusement l’assiette que je tiens à la main.

Je fixe l’eau de vaisselle.

— Je sais, murmure-t-il en me regardant. Eleanore joue dans sa chambre. Laisse-moi t’aider Léa !

Je hausse les épaules. Qu’il fasse ce qu’il veut !

 

— Mes parents nous invitent à dîner mercredi soir, lâche-t-il, en brisant le silence.

Mon cœur accélère rapidement. Surprise, je brise l’assiette que je tiens dans la main. Je lève les yeux vers lui sans faire attention aux morceaux de porcelaine qui me rentrent dans la paume pendant que je me tiens fermement au plan de travail pour ne pas tomber. Je ne quitte pas Alexander des yeux. C’est une très mauvaise idée de rencontrer sa famille surtout qu’ils doivent être au courant de toute notre histoire. Je suis lâche mais je n’ai pas envie de devoir expliquer pourquoi Alexander a été privé de sa fille tout ce temps.

Je sens le peu de couleurs que j’ai encore sur le visage disparaître. En pilote automatique, je me tourne et ramasse les morceaux de l’assiette.

— Aïe !

L’éclat qui m’a légèrement ouvert la main est toujours contre ma peau et me fait mal.

J’observe la plaie sans vraiment la voir et regarde le sang couler. Que suis-je censée faire ?

 

Je sursaute lorsque je sens ses deux mains se poser doucement sur mes avant-bras. Il me guide vers l’évier où il place ma main blessée sous le jet d’eau. Je n’ai pas la force de lutter alors je le laisse faire.

— Tu es toute pâle, observe-t-il en inspectant mon visage avec attention. Ce n’est pas étonnant, tu n’as presque rien mangé pendant le repas !

Il tient toujours ma main sous l’eau. Son autre main est posée sur ma taille pour me soutenir. Il doit penser que je suis en train de faire une hypoglycémie.

J’acquiesce distraitement en me concentrant sur la plaie. Elle est fine et peu profonde, cela me soulage.

 

— Tu n’auras pas besoin de suture.

Avec douceur, il me guide vers la table. Sa main est toujours posée sur ma hanche. Je tente d’y faire abstraction. Je mentirais en disant que ce contact ne me perturbe pas. Lorsqu’il m’aide à m’asseoir comme si j’étais une vieille dame, je ne râle même pas.

— Ne bouge pas ta main, murmure-t-il doucement en déposant délicatement celle-ci sur la table.

Docile, j’acquiesce. Il prend au-dessus du frigo une trousse de premiers secours et revient rapidement vers moi.

Il attrape une chaise et s’assied face à moi. Nos genoux se touchent. Avec des gestes précis, il désinfecte la plaie et la recouvre d’un pansement propre.

Je ne le quitte pas des yeux. Son visage est concentré.

— Voilà, la malade est soignée, dit-il, en levant les yeux vers moi.

Sa main tient toujours la mienne. Il me sourit.

— Merci Alexander, je murmure en lui souriant à mon tour.

 

— Tu vas bien ? demande-t-il en me regardant avec insistance pendant que son index caresse la paume de ma main.

— Oui, je réponds en faisant abstraction des frissons qui me parcourent le corps. Il faut que je ramasse les morceaux de porcelaine.

J’enlève doucement ma main et me lève.

— Hors de question ! Tu vas aller te reposer. Tu es vraiment toute pâle, dit-il en me guidant vers le salon.

 

Au coin du feu by Mary-m
Author's Notes:

Attention : ce chapitre contient des passages explicites !

Eleanore est au lit depuis une vingtaine de minutes. La maison est silencieuse.  Assise au pied du lit, je démêle mes cheveux mouillés. Mes gestes sont mécaniques pendant que j’hésite : est-ce-que je reste dans la chambre ou, je me rends dans le salon pour écrire ?
M’installer sur la banquette devant la fenêtre de la chambre est plus que tentant, mais je suis aussi très curieuse. Alexander m’a dit qu’il ne me prendrait pas Eleanore. Je sais au fond de moi, que je peux le croire mais, nous n’avons pas encore abordé ce sujet sensible. J’ai besoin de savoir comment m’organiser pour l’avoir à temps égal. Je pince les lèvres. Mon cœur se serre en songeant à ça. Je n’ai jamais dû partager l’amour d’Eleanore avec qui que ce soit. Cela va être nouveau et angoissant. Cependant, je suppose que je n’ai pas le choix et puis, plein de parents font pareil. Son bien-être est le plus important.

J’enlève la serviette de bain que je porte serrée autour de ma poitrine, enfile une culotte blanche en coton, un pantalon d’intérieur en flanelle vert. Debout dans la chambre, je passe une brassière en coton et un t-shirt blanc. J’attrape sur la chaise de la chambre le long gilet noir que j’ai porté aujourd’hui et le passe au-dessus. Il ne fait pas très chaud.
Décidée à ne pas rester plus longtemps dans la chambre, je prends la pochette d’ordinateur posé sur le fauteuil en bois. Même si la journée a été très agréable, je culpabilise, car je n’ai pas encore commencé à travailler sur mes nouveaux chapitres. Je suis en avance sur mon planning, je ne supporte pas de prendre du retard.
En marchant à pas de loup dans le hall de nuit, je songe à cette petite table en bois qui ferait une parfaite table de travail pour moi.

La maison est silencieuse. Je descends les marches en douceur et me stoppe près du salon. Alexander a eu la même idée que moi. Il est assis sur le sol devant la cheminée et lit avec attention des documents. Il bouge les lèvres. Ses sourcils sont froncés. Je ne bouge pas. J’ai peur de le déranger. Mais, je n’arrive pas à détourner les yeux de ce spectacle qu’il m’offre. L’ombre des flammes joue avec sa peau hâlée et crée des reflets dans ses cheveux bruns encore humides. Je ne peux pas nier qu’il est très beau et même plus que ça.

— Tu ne vas pas rester à côté de la porte toute la soirée, murmure-t-il en souriant. 
Je sursaute, manque de lâcher le sac de l’ordinateur que je tiens à la main. Il n’a pas quitté sa feuille des yeux en disant ça. Je rougis et murmure timidement :

— je ne voulais pas te déranger.
Ma conscience m’encourage d’un signe de main à l’interroger sur ses prochains projets. Je suppose que c’est un moyen comme un autre de lancer la conversation. Mais, ma bouche reste fermée. Je ne sais pas quoi dire ! Et puis, suis-je censé dire quelque chose ?
Alexander pose le tas de papiers à côté de lui, se lève avec une élégance que je lui envie. Il porte un pantalon de jogging gris et un t-shirt blanc qui fait ressortir sa peau bronzée.
Ses pieds sont nus sur le sol. Je bouge mes orteils dans mes chaussettes polaires. Il tire la table en bois où je voulais m’installer un peu plus près du feu.
— Je me suis dit que cela ferait une super table de travail pour toi.
Je lui souris, même si je grogne de frustration intérieurement. Qu’il soit si prévenant n’est pas une bonne chose pour moi.
— C’est gentil Alexander, je murmure en m’avançant dans la pièce.
Il me sourit et retourne récupérer ses documents. 

Nous nous asseyons en même temps. Pendant qu’il lit à nouveau, je sors mon ordinateur portable du sac. Il a même pensé à installer la table juste à côté d’une prise électrique. En attendant que le PC s’allume, je jette un regard que j’espère discret vers l’homme qui bouge à nouveau les lèvres. La petite ride du souci est apparue au-dessus de ses sourcils. Attendrie, je souris.
Les flammes se reflètent sur son t-shirt blanc. Le dos contre la table basse, les jambes étendues devant le feu, sa main droite posée à côté de lui pianote sur le sol.
Je secoue la tête. Ce n’est pas le moment de fantasmer sur lui. D’ailleurs, j’espère qu’il n’a pas vu que je le regardais.

Après m’être secouée mentalement, je me mets au travail. Mon casque me fait de l’œil dans mon sac ouvert contre le pied de la table. En général, je le mets quand je suis à l’extérieur. Je n’arrive pas à écrire sans un fond sonore. J’ai peur que dans ce cas, ce ne soit pas très poli. Il restera donc dans mon sac.
C’est compliqué de m’y mettre avec application. Je sens souvent son regard se poser sur moi. Cela me distrait.
Reste concentrée !
Je fixe la page blanche qui me nargue.
Je n’ose pas lever les yeux de l’ordinateur. Être là dans cette pièce avec lui a quelque chose d’étrange. D’intime.
Au bout d’une demi-heure, j’abandonne. L’inspiration ne vient pas ! Mais il est hors de question que je perde une soirée de travail alors, je prends dans la poche extérieure de mon sac, mon cahier de notes. Je vais me contenter de décrire le prochain chapitre.

**

Je termine une description historique lorsque je l’entends pour la cinquième fois en quelques minutes soupirer. Je serre les dents. C’est déjà difficile de se concentrer avec lui dans la pièce, mais si en plus il fait du bruit, c’est impossible de travailler !
Je pose le crayon que je tiens dans la main lorsqu’il soupire à nouveau. Cela ne sert à rien, je n’y arrive pas ! Je me passe une main nerveuse dans les cheveux en bataille. Lorsque ses yeux rencontrent les miens, je me rends compte que je l’observe. Mon regard doit être furieux car il me dit d’un air penaud :

— Désolé.
Je le vois à son visage qu’il l’est. Je suppose que lui aussi tente de s’adapter à la situation.
— En général, je lis à haute voix. Cela m’aide à retenir plus facilement mon texte, explique-t-il sans me quitter des yeux.

— « Demande-lui de quoi parle son nouveau rôle », m’encourage ma conscience.
Je suis obligée ?
— Dans quel genre se classe ton nouveau film ?
L’acteur lève les yeux vers moi, il est surpris par ma question. C’est vrai que je ne suis pas très curieuse de nature et encore plus avec lui.
— C’est une comédie romantique. Ce n’est pas mon genre mais le scénario m’a plu.
Une comédie romantique. Je le vois très bien voler le cœur de l’héroïne du film . Ma conscience m’invite à continuer à le questionner, mais je me tais. Je ne sais pas quoi ajouter de plus.

Après quelques minutes de silence où nous observons sans rien dire, je soupire, repousse mes cheveux en arrière et, sans doute un peu curieuse de voir ce que donne le scénario, dis :
— Tu peux lire à haute voix. Cela ne me dérange pas. De toute façon, j’ai terminé de travailler pour ce soir.
Ce n’est pas totalement vrai. Mais, je ne vais pas lui dire que c’est de sa faute. Il me regarde sans rien dire.
— Je n’ai jamais fait ça devant quelqu’un d’autre, murmure-t-il à voix basse. Mais c’est l’occasion d’essayer.
J’acquiesce en souriant. Au moins l’un de nous deux aura travaillé ce soir.
— Tu veux venir près de moi ? Cela risque d’être étrange si tu entends que mes répliques.
— « C’est une bonne idée », m’encourage cette petite voix entêtante.
Elle semble aussi étonnée que moi lorsque je me lève et viens m’installer à ses côtés devant le feu. Suffisamment près pour voir clairement ce qui se trouve sur les feuilles qu’il tient à la main.

***
Nous sommes assis l’un contre l’autre. Sa cuisse touche la mienne. Mon buste est légèrement penché vers lui pour continuer à lire pendant qu’il apprend son texte à haute voix. Je n’ai jamais regardé ses films, mais, je suis impressionnée par son jeu d’acteur.
— Pourquoi, il commence sans regarder les feuilles. Pourquoi veux-tu que…
Alexander se stoppe, passe sa main droite dans ses cheveux. Il se tait pendant plusieurs secondes. Je ne sais pas s’il a envie que je l’aide ou pas.
— Pourquoi veux-tu que je reste ici, je souffle doucement.
Un immense sourire illumine son visage. Apparemment cela ne l’a pas dérangé.
— J’ai une idée, dit-il avec enthousiasme, tu vas me servir de cobaye.
Je pince les lèvres et me recule légèrement. Qu’est-ce-qu’il me veut ?
— Tu vas me donner la réplique, continue-t-il comme si c’était la meilleure idée du monde.
À ses yeux ! Parce qu’aux miens, c’est la pire idée du siècle ! Ce passage me semble trop intime entre les deux personnages pour que je puisse être à l’aise. Je triture les manches de mon gilet en me mordant la lèvre du bas.
— S’il te plaît, insiste-t-il en voyant ma moue incertaine, allez Léa, ça va être marrant.
— O.K, je capitule, mais si cela devient trop bizarre, j’arrête tout de suite.
Alexander acquiesce et me tend le tas de feuilles que je prends dans mes mains tremblantes.

— Pourquoi veux-tu que je reste ici ?
Je regarde la feuille et lis ma réplique timidement :

— Parce que je pensais...je ne sais pas...je pensais que nous nous entendions bien tous les deux.
Alexander lève son pouce pour m’encourager.
— Bien sur qu’on s’entend bien. Mais Kate, une chance comme celle qu’on m’offre n’arrive qu’une seule fois dans la vie.
Il a raison. C’est assez marrant. Cela m’amuse de lui donner la réplique, de le voir se concentrer et même improviser parfois.

Il se rapproche de moi, regarde la feuille deux secondes et comme dans le script, remet une mèche de cheveux derrière mon oreille gauche. Je frissonne. Une douce chaleur se propage dans mon corps.
Je sais que nous sommes encore une fois à la limite. Un peu comme la dernière fois dans l’auberge en Écosse.
— Danse avec moi, me souffle-t-il à l’oreille, exactement comme son alter ego de papier.
Il se lève, pousse la table basse dans un coin de la pièce et attrape son téléphone posé dessus. Au bout de quelques secondes à bouger son index sur l’écran, il le pose sur le manteau de la cheminée près d’une enceinte Bluetooth. Une mélodie s’y échappe presque comme un chuchotement. Je reconnais « I'm not in love » du groupe 10cc. C’est un bon choix.
Lorsqu’il revient à mes côtés, il me tend les mains. Assise sur le sol, je les regarde bêtement sans savoir si j’ai envie d’accepter ou plutôt de m’enfuir m’enfermer dans ma chambre jusqu’au lendemain.
— Danse avec moi.
Il n’y a pas de lumière dans la pièce juste le feu de cheminée qui joue avec les ombres.
Je n’arrive pas à décrypter les expressions de son visage. Je ne sais pas si c’est son personnage ou lui qui parle.
La chanson en est au refrain lorsque je dépose mes deux mains dans les siennes. Alexander sourit. D’un mouvement souple, il m’aide à me relever. J’atterris doucement contre son torse. Mon cœur s’accélère à son contact. Je respire ce parfum que j’apprécie de plus en plus et qui me fait légèrement tourner la tête ce soir. Il me tient serré contre lui.
— Salut, murmure-t-il en souriant lorsque je lève les yeux vers lui.
Je ris contre son thorax.

Les mains toujours dans les siennes, il m’entraîne au milieu de la pièce et dépose sa main droite dans mon dos. Il tient toujours l’autre serré. Nous sommes face à face. Proche. Très proche. Mon rythme cardiaque est saccadé. Moi qui aime danser, je me sens gauche. À nouveau adolescente à sa première soirée dansante. Je glisse ma main dans sa nuque.
Je ne sais pas si c’est vraiment danser ce que nous faisons. Nous nous contentons de bouger sur place. Mal à l’aise, je fixe un point invisible droit devant moi en écoutant les paroles de la chanson.
La chanson finie, une autre prend le relais, tout aussi lente. Ses mains ne quittent pas mon corps. Je me laisse bercer par son étreinte. Puisque les feuilles sont sur le canapé, je ne sais même pas s’ils se disent quelque chose. Tant que cela ne se termine pas par un baiser, ça me va.
Comme s’il avait lu dans mes pensées, Alexander chuchote avec amusement à mon oreille : 

— Je suppose qu’on saute le passage du baiser.
Je me stoppe, lève la tête vers lui et le fixe. Il sourit en coin.
— Bien vu, je réponds, amusée malgré tout.
La seconde chanson finie, je quitte rapidement ses bras et retourne chercher les feuilles. C’est un peu ma bouée de sauvetage. Celle à laquelle je m’accroche pour ne pas flancher.

Je les tiens avec force au moment où je retourne à ses côtés. Les deux héros vont se disputer.
— Parce que je ne sais pas si tu m’aimes alors que je t’aime à en crever !
L’acteur marche dans la pièce.
— Bien sur que je t’aime ! Je t’aime depuis que tu as pris ma défense devant la cour alors que nous nous connaissions depuis cinq minutes et que j’avais renversé mon café sur ta chemise.
L’acteur s’approche doucement en souriant. Même si je sais qu’il joue, mon cœur frappe fort dans ma poitrine. Alexander glisse sa main dans ma nuque et attire mon visage vers lui. Très près. Trop près.
Je me force à continuer de respirer.
— Pourquoi ne me le dis-tu pas plus souvent ? Tu sais tout ce que j’aime chez toi. Je ne sais même pas ce que tu aimes chez moi.
Je lève ma main droite pour avoir le texte au niveau des yeux et le parcours rapidement. C’est parti pour la liste de tout ce qu’elle aime chez lui.
— J’aime ta mâchoire si masculine.
L’acteur déplace ma main gauche vers sa mâchoire. Il pique. Il ne s’est pas rasé.
— J’aime ton nez qui a l’air cassé.
Le sien ne l’est pas. Je me demande ce qu’ils vont utiliser pour lui donner cet aspect.
— Tes sourires me donnent l’impression que je suis la personne la plus importante de cette terre.
Il me sourit et je rougis.
— J’aime me blottir contre toi.
Hors de question ! Nous sommes déjà trop proches. Lui n’hésite pas une seconde et m’attire contre lui. Encore plus proche de lui. La tête me tourne un peu.
— J’...j’aime...quand tu me murmures des mots doux à l’oreille et
Je rougis. Je ne vais quand même pas dire ça. Je souffle un grand coup et lâche d’une traite :

— Deschosespluscruesaussi.
Je n’ose plus lever les yeux vers lui, mais je suis certaine de l’avoir vu sourire. Cela l’amuse, j’en suis certaine.
— Comme ça ? demande-t-il avant de se pencher vers mon oreille et de chuchoter :

— J’ai très envie de te faire l’amour.
Des papillons s’envolent dans mon bas-ventre. Même si je sais que c’est pour ce fichu film et que je me suis moi-même mis dans cette situation, j’ai des frissons. Son parfum boisé nous englobe tous les deux.
Contre la main que j’ai posée sur son cœur, je le sens battre aussi rapidement que le mien.
— Oui comme ça, je réponds en lisant le texte.

Lorsqu’il me prend les feuilles des mains pour les lancer sur le canapé, je le regarde avec étonnement. Ce n’était pas prévu dans le programme !
— Improvise, m’encourage-t-il en me souriant.
Il est marrant lui. C’est son métier d’improviser.
— C’est à mon tour, continue-t-il en réfléchissant. J’aime ta peau nue contre la mienne.
Ses doigts caressent mes bras nus. Ils montent et descendent encore sur ma peau. J’ai la chair de poule. Je regrette d’avoir laissé mon gilet sur le sol.
Il est encore temps d’aller me réfugier dans ma chambre, non ?
— J’aime quand tu rougis.
Il lève mon visage vers le sien et me sourit. Mon cœur rate un battement.
Si c’est noté comme ça dans le scénario, j’ai tout bon car mes joues sont en feu !
— J’aime ta façon de m’embrasser, souffle-t-il doucement sans me quitter des yeux.
Je sais d’avance qu’il va m’embrasser. Je le vois à ses regards gourmands vers mes lèvres.
Et, lorsque sa bouche se pose violemment sur la mienne, au lieu de me reculer pour stopper ce jeu débile, je réponds à son baiser avec tout autant d’ardeur.
Il m’embrasse comme si cela lui était nécessaire pour respirer et qu’il avait manqué d’air pendant une trop longue période. Mes mains s’accrochent à son t-shirt pour ne pas perdre l’équilibre pendant que nous reculons vers ce que je suppose être le canapé.
Je ne réfléchis pas, je ressens, je vis. Mon t-shirt blanc se retrouve rapidement sur le sol. Cela ne me gêne pas de me retrouver en brassière devant lui, même si c’est la plus moche que j’ai. Après tout, il m’a déjà vu nue. Lorsque mes jambes touchent le meuble, je tombe en arrière sans quitter sa bouche et l’entraîne dans ma chute.

Rapidement, je me retrouve à califourchon sur lui pendant que ses mains caressent mon dos. Je frissonne. J’ai chaud. Nos regards s’accrochent. J’y lis tellement de choses que j’ai peur de me noyer. Alors, pour cacher mon trouble, je dépose à nouveau ma bouche sur la sienne. Alexander me rend mon baiser avec passion pendant que ses mains se promènent sur mon corps et me font frissonner.
À bout de souffle, nos bouches s’éloignent de quelques centimètres. L’acteur dépose son front contre le mien pendant que je tente de retrouver une respiration normale.
Je sens que son corps est dans l’attente de beaucoup plus que les baisers passionnés que nous échangeons.

Rapidement, sa bouche reprend la mienne pendant qu’il m’allonge sur le canapé. Malgré le peu de place que nous avons, il ne semble pas le moins du monde gêné d’avoir une jambe dans le vide et d’être dans une position inconfortable pour ne pas m’écraser. Ses mains se promènent sur mon corps. Ma timidité me pousse à fermer les yeux, mais je me force à les garder ouverts et à suivre du mieux que je le peux sa découverte de mon corps. Vu la façon dont mon corps réagit à chacune de ses caresses, je ne serais plus capable de réfléchir correctement dans peu de temps.
Lorsqu’il remonte au niveau de mon visage, il m’embrasse passionnément. Sa langue rejoint sa jumelle et nous commençons une partition qui va crescendo. Nous souffles sont courts. Saccadés. Impatients.

Pendant que nos bouches dansent, nos mains tentent de nous rapprocher encore un peu plus. Nos corps en manquent n’en nous jamais assez. J’ai chaud. J’ai l’impression d’être allongée sur un brasier. Mes mains sont accrochées à ses biceps. Mes ongles blessent légèrement sa peau. Il s’en moque, trop occupé à redécouvrir mon corps. Très lentement, je remonte son t-shirt pour lui enlever. J’ai besoin de sentir sa peau nue contre la mienne. Ce peau à peau devient vital.

Pendant qu’il m’embrasse, sa main droite s’aventure sous mon pantalon. Ses doigts se faufilent habilement à travers les couches de vêtements. Son regard brûlant croise le mien au moment où son index se pose en douceur sur mon intimité. Je ne baisse pas les yeux et soutiens son regard avant de les fermer au moment où il commence à le bouger lentement, m’envoyant des décharges de plaisir qui déconnecte momentanément mon cerveau. Mes mains s’agrippent à lui. Mes ongles griffent sa peau.
Après plusieurs minutes de ce traitement, je le supplie en gémissant :
— S’il te plaît.
— Que veux-tu ? souffle-t-il à mon oreille.
Il continue sa lente torture pendant que ses dents mordillent le lobe de mon oreille.
— Toi, j’avoue pendant que le feu continue de consumer mon corps.
Il me sourit et m’embrasse tendrement. Je gémis quand il enlève sa main de mon intimité. Elle était pourtant bien, là où elle était.
Main qui aide l’autre à enlever mon pantalon. Pour l’aider, je lève mon bassin. J’ai tellement envie de lui que même, si cela lui prend que quelques secondes, j’ai l’impression qu’il met des heures juste pour faire glisser le bout de tissu le long de mes jambes.
Pendant que sa bouche retourne sur ma peau, ses mains s’attaquent à présent à ma culotte qu’il descend très très lentement. Elle est en haut de mes cuisses au moment où nous sursautons tous les deux.
Mon téléphone posé sur la petite table de travail en bois sonne. La musique des Stones résonne dans la pièce. Si fort que j’ai peur de réveiller Eleanore si je ne décroche pas. Je connais l’identité de la personne qui me téléphone aussi tard. Et, elle n’est pas du genre à renoncer si je ne décroche pas.
— Je dois répondre, je murmure doucement sans regarder l’acteur.
Maintenant que notre bulle a éclatée je me sens trop gênée pour affronter son regard. J’ai peur d’y lire des choses que je ne me sens pas prête à affronter actuellement.
Sans le voir, je sens Alexander se lever du canapé pour me permettre de me lever. Sans un mot de plus, ni un regard pour lui, je vais attraper mon téléphone qui continue de rompre le silence, décroche et sors à toute vitesse de la pièce.

Sans le savoir, ma meilleure amie vient de m’empêcher de faire une grosse bêtise !

Comment se comporter quand on vient chercher son enfant chez l'autre parent by Mary-m
Author's Notes:

Merci aux adorables personnes qui lisent mon histoire, vous êtes des choux

 

 

Je dépose le téléphone sur le siège passager et démarre la voiture. Eleanore est chez Alexander depuis midi. Il a accepté de s’en occuper pendant ma séance de lecture et de dédicaces. Ce n’est pas vraiment ce que je préfère dans le métier. Je n’aime pas être le centre de l’attention, mais c’était l’occasion de voir mes lecteurs qui sont aussi adorables les uns et les autres. J’ai dû faire plusieurs voyages jusque la voiture pour porter toutes les gentilles attentions que j’ai reçues. Des boites de chocolats, des portraits de mes personnages, des cadeaux personnalisés qui me touchent énormément.

Je viens de déposer les nombreux bouquets de fleurs que j’ai reçus à l’accueil de l’hôpital. Ils pourront égayer les chambres des patients et les bureaux des infirmières.

Les nombreuses notifications sur les réseaux sociaux n’arrêtent pas de faire biper mon téléphone. Je n’arrive plus à me souvenir du nombre de selfies pour lesquels j’ai posé.

 

Je soupire en m’engageant sur une route secondaire. Cela fait trois jours que nous sommes revenus de Camber, trois jours que nous tentons de communiquer depuis ce moment d’égarement. Le lendemain, la journée n’a pas été très joyeuse. Alexander ne restait dans la même pièce que moi que lorsque Eleanore était présente. Nous parlions que pour donner le change devant notre fille. Le soir, il nous a déposés chez nous et est reparti après avoir embrassé la petite.

Aujourd’hui, en fin de matinée, comme nous l’avions convenu, il est venu chercher Eleanore qui l’attendait avec impatience. Nous nous sommes salués poliment. Je lui ai donné le sac de notre fille, lui ai recommandé plusieurs choses et ai embrassé Eleanore. Ils ont descendu main dans la main les marches du perron. Alexander l’a installée dans sa voiture, a fait le tour et s’est assis derrière le volant pendant que je faisais des signes à notre Eleanore.

Quand la voiture a tourné à droite au bout de la rue, je suis encore restée cinq minutes à regarder ce bout de rue avant de rentrer me préparer. Le cœur serré, je me suis dit que ce serait notre quotidien à tous les trois à présent.

 

Pour les derniers kilomètres, j’allume la radio et me laisse bercer par la voix de Lana Del Rey. Il est dix-huit heures, mais il fait déjà nuit, hiver oblige. Lorsque j’arrive devant chez lui, je reconnais le bâtiment. Une boule douloureuse s’invite dans ma gorge lorsque je quitte la voiture. J’ai l’impression de revenir quelques années en arrière lorsque je suis partie de chez lui comme une voleuse. Mon cœur bat rapidement. Dans l’ascenseur, je respire lentement. J’espère réussir à calmer mon angoisse.

Devant la porte de son appartement, j’inspire un grand coup et frappe.

— Mamannn

Eleanore se jette dans mes jambes qu’elle sert très fort. Je caresse ses cheveux avant de la prendre dans mes bras et de la serrer fort contre moi. Elle m’a manqué. J’ai pourtant l’habitude de la confier à mon père et Jack, mais c’est totalement différent cette fois-ci. Sans doute parce que je sais que ce sera comme ça à présent.

— Ne reste pas dans le couloir.

Debout à côté de la porte, Alexander patiente. Eleanore toujours dans mes bras, j’avance dans la pièce pendant qu’il ferme derrière moi.

 

Dans l’immense salon, le sol est rempli de jouets. On dirait qu’une tempête a tout retourné dans la pièce.

— On s’est un peu laissé emporté, murmure-t-il en suivant mon regard.

Il passe sa main droite dans ses cheveux en bataille et me sourit. C’est la première fois depuis notre retour. Je lui souris aussi.

— Je vois ça.

Eleanore gesticule dans mes bras. Elle me montre du doigt plusieurs jouets sur le sol.

Pendant qu’elle retourne jouer, je reste debout près de la porte. Légèrement mal à l’aise, je joue avec mon bracelet. Je n’ai pas encore lu de manuels sur comment se comporter quand on vient récupérer son enfant chez l’autre parent. Et même si je suis une enfant de divorcés, ma mère ne venait jamais me récupérer, c’était toujours mon père qui venait me chercher chez elle et qui, me déposait à la maison à la fin de nos week-ends. Et bien sûr, c’était ma nourrice qui prenait le relais.

— Elle a été sage ?

L’acteur qui semble aussi ne pas savoir comment se comporter en ma présence, lève les yeux vers moi.

— Elle est vraiment adorable.

 

— Papaaaa !

Eleanore qui est assise au milieu de la pièce avec des figurines de poneys sourit de toutes ses dents à Alexander avant de me montrer du visage. Je fronce les sourcils.

Nous allons avoir une discussion toutes les deux. Je me doute qu’Alexander veut profiter de ses moments avec elle. Il doit sans doute lui passer tous ses caprices. Mais avec moi, cela ne passe pas...la plupart du temps.

— Avec Eleanore on s’est dit que ce serait chouette si nous mangions ce soir tous les trois...seulement si tu es d’accord.

Les mains dans les poches avant de son jean, il bouge le côté de sa chaussure sur le plancher en bois de son appartement.

Je me mords l’intérieur de la joue lorsque je le trouve craquant. Cet homme est un vrai mystère. Il est mondialement connu. A joué dans les plus grands films de ces dernières années, et pourtant, il est debout à quelques pas de moi, et semble aussi mal à l’aise que je le suis.

Au bout de cinq minutes à chercher une excuse pour me défiler, je finis par acquiescer.

Souriant, Alexander m’invite à le suivre dans la pièce. Je regarde où je pose les pieds, je n’ai pas envie de tomber à cause d’un jouet perdu sur le sol. Je me suis déjà assez ridiculisée dans cet appartement par le passé.

 

Assise sur le canapé, je croise les mains sur mes cuisses et joue avec mes doigts. Je sens que la soirée va être très longue.

— Tu veux que j’aide Eleanore à ranger ? je propose en regardant deux poupées couchées sur le fauteuil face à moi. Même s’il l’adore, je ne suis pas certaine que Tom soit content de glisser sur un jouet.

Le tournage est terminé. Je suppose que Tom est revenu à Londres. J’espère même le voir ce soir pour essayer de lui parler.

— Il est resté quelques jours chez ses parents, m’explique-t-il en s’installant à l’autre bout du canapé.

Je pince les lèvres. Ce sera pour une prochaine fois. Après tout, la balle est dans le camp de Tom. Je sais qu’il est déçu mais, à l’époque, je ne pouvais pas lui donner l’identité du père de ma fille. C’était trop tôt. Et de toute façon, il ne m’aurait jamais cru.

— Je m’en occuperai plus tard, ajoute-t-il doucement.

 

Alexander bouge ses doigts en rythme sur sa cuisse. Je pense que lui aussi a hâte que la soirée se termine.

D’ailleurs, j’ai l’impression d’être revenue à mon premier rencard. Je ne sais pas quoi dire pour détendre l’athmosphère. J’ai peur qu’il interprète mal mes paroles ou mes gestes alors, je fixe l’immense fenêtre devant moi en triturant la fermeture de mon sac à main pendant que mon téléphone continue de biper à intervalles réguliers.

— Merci de t’être occupé d’Eleanore. C’est très gentil.

Son rire résonne soudain dans la pièce. Est-ce-que c’est moi qui le fais rire ? Je ne sais pas si je dois être vexée. Impatiente, je tourne la tête vers lui et fronce les sourcils.

— On se connaît bien tous les deux. On pourrait peut-être passer l’étape de la timidité, propose-t-il en souriant.

 

 

 

L'accord by Mary-m

Quoi ?

Les yeux écarquillés par la surprise, j’observe Alexander sans rien dire. Je tente d’analyser les expressions de son visage. J’ai besoin de savoir s’il est sérieux en disant ça. En même temps, mes côtes me font mal à force de retenir le fou rire que je contiens depuis plusieurs minutes.

— Pardon ?

— Marions-nous, lâche-t-il avec le plus grand sérieux.

Ses sourcils se froncent à mesure que ma bouche se tord et qu’un gloussement passe la barrière de mes lèvres. C’est tellement drôle !

Lorsque j’ai trop mal au ventre à force de contenir mon hilarité, j’éclate de rire. Tom m’a pourtant prévenu que son meilleur ami a un humour particulier.

— D’accord, d’accord, je réponds à moitié hilare. Nous allons prendre un sosie du King pour officier, un orchestre de moines en kilt pour la musique, notre repas sera composé juste de Barbapapa et nous ferons tout ça au Mcdo !

 

Je tourne la tête lorsque je t’entends son toussotement d’impatience. Alexander est assis à mes côtés sur le canapé de mon salon. Son visage est sérieux. Je pleure de rire. Mais, son expression me coupe tout de suite l’envie de continuer. Il ne sourit pas. Il est sérieux.

Oh Mon Dieu !

— Alexander, tu n’es pas sérieux lorsque tu dis ça ? je demande d’une voix légèrement tremblante.

— Bien sûr que si, répond-il en me fixant à son tour.

Mon cœur cesse de battre pendant un quart de seconde. J’ai la chair de poule. Je suis contente d’être assise.

— NON, m’écrié-je en reculant le plus loin possible de loin sur le meuble. Alexander, non !

 

Mon regard est suppliant. Le sien est impassible. Il n’y a aucune émotion sur son visage. Il ne trahit rien. Je ne vois rien en le fixant. C’est encore une fois un avantage pour lui d’être acteur.

— Ce n’est pas négociable Léa! Je t’ai dit que je ne te prendrais pas Eleanore si je trouvais un compromis, c’est ce que j’ai fais. Tu connais le risque que tu prends en refusant.

Bien sûr que je connais ce risque. Nous avons déjà eu cette discussion lorsque nous étions en Écosse, le soir où il a découvert sa paternité. Je pensais juste que nous avions dépassé cette étape à présent.

— Ne fais pas ça Alexander.

Les deux mains jointes, je le supplie. Je n’arrive pas à identifier l’expression qui passe furtivement sur son visage à ce moment-là. De la pitié sans doute.

— Léa, dit-il en soupirant. Nombreuses femmes seraient heureuses de se marier avec moi.

 

La surprise, la peur, la tristesse font place à la colère. Je sens mon sang bouillir dans mes veines. Mes joues se colorent de rouge.

Alexander se prend pour un bourreau des cœurs à cause de quelques films dans lesquels il a joué ! Et sans doute aussi parce que beaucoup de jeunes filles en fleurs s’évanouissent presque ou totalement à chacune de ses sorties publiques. J’oublie bien sûr les hystériques qui risque une déchirure des cordes vocales à force de beugler son prénom !

— Je cède ma place à toutes ses filles avec plaisir, répliqué-je sèchement. Ce n’est pas la définition que j’ai du mariage. On ne se connaît pas Alexander ! Je ne suis pas amoureuse de toi et c’est pareil de ton côté. Je déteste être dans la lumière, et être ta femme va m’y obliger d’une manière ou d’une autre. Sans parler que je vais devenir la femme à abattre par une horde de folles en chaleur ! Alors non !

 

Je suis presque sûre de l’avoir vu sourire. C’était tellement rapide que j’ai sans doute rêvé. Le visage d’Alexander devient grave. Il me regarde les sourcils froncés.

— Tu as sans doute raison. Mais ce sera plus facile, explique-t-il en déposant sa tête contre le dossier du canapé.

Je me tourne complètement vers lui. Les mains sur les cuisses, je l’observe.

— En quoi ce sera plus facile ?

Je ne comprends rien. Qu’est-ce qui sera plus facile lorsque nous serons mariés ?

— Les explications aux journalistes. Ma vie est tout le temps étalée dans la presse. C’est souvent faux. Ce sera une façon de préserver Eleanore de tout ça. Et bien sûr, de m’éviter de donner des explications sur le pourquoi j’ai une fille. Tu sais…, ajoute-t-il en se tournant à son tour vers moi, même pour nos familles ce serait plus facile.

 

Alexander se redresse. Il semble content de sa tirade. Je suis d’ailleurs certaine qu’il est persuadé d’avoir réussi à me convaincre. C’est plutôt le contraire !

Mon cerveau encore engourdi par cette proposition sort de sa léthargie. Je viens de comprendre ! Ce n’est certainement pas notre fille qu’il veut préserver mais lui ! Rien que lui ! Lui et sa carrière ! Lui et sa vie de star adulée par la planète entière ! Lui, lui, lui et encore lui !

Eleanore passe au second rang. Il a peur que cette paternité entache sa carrière et l’empêche d’avoir de nouveaux rôles. Il se moque comme de sa dernière chemise de notre fille.

Et moi, il est hors de question que je passe pour l’épouse parfaite qui va le suivre sur tous ses tournages en faisant semblant de l’aimer.

 

Je suis folle de rage. Lorsque je tourne la tête vers lui, je suis certaine que mes yeux lancent des éclairs. Et encore plus certaine de l’avoir vu reculer.

— Je viens de comprendre Alexander. Tu as peur pour ta carrière, peut-être pour ta réputation, et surtout, tu as peur de ne plus être le chouchou de ces dames ! Tu as peur de retomber dans l’ombre Alexander. Tu joues le prince en proposant de préserver Eleanore de tout cela, alors que c’est toi et toi seulement que tu veux préserver. Jamais je ne t’épouserai !

Je me stoppe deux secondes pour reprendre mon souffle. Mon cœur bat rapidement, je tremble.

— Tu peux dès à présent contacter tes avocats car les miens seront prévenus dès que tu auras quitté ma maison. C’est-à-dire tout de suite. Je veux que tu sortes de cette maison et que tu n’y mettes plus jamais les pieds. Je te pensais différent, je conclue tristement en battant des paupières pour ne pas pleurer devant lui. Je me suis trompée.

A aucun moment j’ai crié, mais il a quand même pâli en m’écoutant. Alexander ne bouge pas du canapé et m’observe les sourcils froncés. Il ouvre la bouche sans doute pour se défendre, mais au final se lève et s’avance vers la sortie sans rien ajouter. C’est mieux comme ça.

 

Je tremble de colère. C’est la première fois de ma vie que je me retrouve dans cet état-là, moi qui suis calme en général. La tête entre les mains, je ne vérifie même pas s’il a quitté la maison. Il sait que cela ne sert à rien de revenir dans le salon.

Je me suis laissé attendrir par son côté papa poule.

Je suis bête de l’avoir trouvé sympathique, prévenant et terriblement sexy. Je me promets de jeter à la poubelle les fleurs qu’il m’a offertes. Je m’en veux tellement. Pauvre Eleanore qui mérite tellement mieux comme papa. Tout ce qu’il voulait en se rapprochant de nous, c’est préserver sa carrière.

— Léa

Je ne lève pas la tête. Cela ne sert à rien.

— Tu te trompes vraiment. Je ne veux que son bien. C’est pour la protéger que je fais ça. Je te laisse le temps de réfléchir, murmure-t-il doucement comme pour ne pas effrayer un animal blessé.

Je l’entends soupirer lorsqu’il comprend qu’il est hors de question que je le regarde.

 

Je le déteste tellement. Comment pourrai-je avoir confiance en lui ? Alors que c’est tellement facile pour lui d’émouvoir les gens. C’est un acteur après tout et jouer la comédie, c’est son métier.

Il n’y a plus aucun bruit dans la maison. Lorsque j’entends la porte d’entrée se fermer, je me rends compte que je retenais mon souffle. D’abord doucement, puis avec plus de force, je pleure. Je pleure ma colère. Je pleure parce que cela fait des semaines que je m’en veux de l’avoir privé de sa fille pendant les premières années de sa vie. Parce que je pensais qu’il tenait à elle et que je me suis trompée.

 

 

 

 

 

Discussion avec Jack by Mary-m

La pluie n’arrête pas de tomber sur Londres depuis le départ d’Alexander. Le ciel est gris comme mon humeur. J’attends les premières neiges avec impatience. Eleanore était bien trop petite l’an dernier pour s’en souvenir. Cette année, je veux que ce soit magique. Je veux voir de l’émerveillement sur son visage.

— Pardon ?

Je ferme les yeux. Jack est à moitié hystérique. Je viens de lui dire qu’Alexander voulait que je devienne sa femme.

— Alexander Wills t’a demandé de l’épouser. Léa, dis-moi que tu as dit oui ?

Je lève les yeux au ciel. Non mais ça ne va pas !

— Je le savais, ajoute-t-il en se massant les tempes.

Jack attrape sa tasse de thé et la boit par petites gorgées. Il me connaît trop bien pour savoir que ce n’est pas un engagement que je prends à la légère.

C’est quand même lier mon existence à quelqu’un d’autre jusqu’à la fin de ma vie.

— Hors de question que je l’épouse.

Je croise les bras contre ma poitrine. Le même geste que pendant mes rares crises d’adolescente.

 

Après le départ de l’acteur, nous sommes venues nous réfugier chez mes parents.

Jack et moi sommes assis dans le salon, juste à côté d’un feu accueillant qui me réchauffe. Sur la table basse, il y a deux tasses de thé et une assiette de biscuits maison.

— Qu’est-ce-que je vais faire de toi ?

Comme un tragédien grec, il fait de grands gestes. C’est un peu sa spécialité. Jack, quarante ans est le petit ami de mon père depuis quinze ans. C’est un styliste mondialement reconnu. Les plus grandes stars s’arrachent ses créations.

Il a tout de l’artiste dans sa manière d’être. Tantôt une attitude de dictateur avec les gens avec qui il travaille et d’une extrême bienveillance malgré tout. Un ange tombé du ciel. Je l’aime. Je l’aime comme un père et beaucoup plus que ma propre mère. D’une certaine manière grâce à notre complicité, Jack l’a un peu remplacée.

 

— Alexander Wills. Alexander Wills. Mais comment as-tu fait pour lui dire non ?

Je sais qu’il surjoue la surprise alors qu’il sait que je n’allais pas lui dire oui.

— Jack, un mariage sans amour n’est pas un mariage, dis-je en campant sur mes positions.

Son regard se perd dans le lointain. C’est le début des ennuis. Je n’aime pas quand il fait ça. Jack a une mémoire incroyable pour les détails. Je suis certaine qu’il cherche dans ses souvenirs des brides de confidences que j’ai pu lui faire après cette nuit avec Alexander.

Bien sûr, à l’époque quand je suis arrivée ici deux jours après, je ne savais pas qu’Alexander était un acteur très connu.

C’est après le repas, quand Jack m’a envoyé m’allonger sur le canapé pendant qu’il me préparait une tisane détox et que j’ai fouillé dans les quotidiens qu’il aime laisser sur le table basse que je l’ai appris. Alexander faisait la une de plusieurs d’entre eux.

 

— Notre petite Eleanore vous unit tous les deux. Parfois l’amour peut venir après. Je me souviens de cette discussion que nous avons eue ici même le surlendemain de cette nuit, tu m’as avoué qu’il t’avait plu. Qu’il t’était drôle et intelligent. Que c’est d’ailleurs pour ça que tu t’es laissée séduire. Contrairement à ce que tu prétends, ce serait facile pour toi de tomber amoureuse de lui.

Je m’étrangle à moitié en buvant mon thé.

Note à moi-même ne plus jamais faire de confidence à Jack !

Le pire c’est qu’il n’a pas totalement tort. C’est d’ailleurs pour ça que je me méfie autant d’Alexander.

— Eleanore n’aura plus de vie, je soupire en mordant dans un biscuit au chocolat.

Jack acquiesce et répond en souriant :

— Elle sera plus heureuse entourée de ses deux parents. Malgré ton âge lorsqu’elle est née, tu as tout de suite été une maman merveilleuse. Mais, Eleanore a le droit d’avoir son papa à ses côtés.

Jack où l’art de culpabiliser les autres en deux phrases.

— Sans doute, je murmure à contre cœur. Tu sais, j’ai eu deux papas merveilleux. Vous m’avez donné le bon exemple, ajouté-je tendrement. Sachant surtout qui j’ai comme mère.

Jack n’aime pas dire du mal des autres. Et surtout, il n’aime pas quand j’en dis de ma mère. Malgré les horreurs qu’elle a toujours dit sur lui !

— N’en veux pas à ta mère. Elle n’a pas eu le bon exemple pendant son enfance. Elle n’a pas su t’aimer à cause de ça. Je suis certaine qu’elle s’en veut à présent.

Il dit ça, mais nous savons tous les deux que je n’ai jamais compté pour elle.

 

 

Barbara, ma mère est une femme d’affaires impitoyable. Nous n’avons jamais eu de vraies relations mère-fille toutes les deux. Même pendant mon enfance. Elle s’est battue avec hargne pour avoir ma garde, mais ce n’était pas par amour, elle n’aime juste pas perdre une bataille. C’est ce qu’elle m’a dit bien plus tard. D’ailleurs, dès qu’elle a obtenu ma garde, elle m’a confiée à une nourrice qui s’est chargée de mon éducation.

Encore maintenant nos rapports sont conflictuels. Et encore plus depuis cette grande dispute où elle m’a conseillé d’avorter. Eleanore allait être un frein à l’avenir prometteur qu’elle me traçait dans son empire.

— Tu sais, je me souviens de comment était ton père lorsque tu venais ici. Il était rayonnant, heureux. Lorsque tu partais, une petite flamme s’éteignait dans son regard. Souvent, il me répétait que le plus dur pour lui était de rater les grandes étapes de ton enfance. Il le vivait très mal. Inverse les rôles Léa et mets-toi à la place d’Alexander. Si tu avais manqué les premières grandes étapes de ta fille, si tu avais ces beaux moments. Que voudrais-tu ?

 

J’observe Jack sans rien dire. Je suis toujours sous le choc. Je ne savais pas que papa vivait nos moments de séparations aussi mal. Je comprends enfin ce que Jack tente de m’expliquer depuis le début de notre conversation.

— Je voudrais pouvoir passer le plus de temps possible à ses côtés pour ne plus rien rater, je réponds doucement.

Jack acquiesce et ajoute en attrapant un biscuit dans l’assiette en porcelaine bleu pâle :

— Ce n’est possible que si tu vis avec ta fille.

Je réfléchis en le regardant manger son biscuit.

Est-ce-que Eleanore va m’en vouloir plus tard comme j’en veux à ma mère de m’avoir privé de mon père ? Est-ce-qu’elle aussi va ressentir ce vide dans son cœur ? Le même que celui que je ressens quand je pense à mes jeunes années.

Je suis certaine qu’elle est déjà très attachée à Alexander. Et, je suppose que lui aussi.

 

Être dans la maison de mon enfance m’aide à réfléchir plus posément.

Je suis contente d’être au calme pour mettre de l’ordre dans mes idées. Jack m’aide énormément. C’est mon confident de toujours.

Je sais qu’il ressent mon changement d’attitude et cette balance qui penche du côté d’une peut-être solution pour permettre à Alexander et Eleanore de passer du temps ensemble. Le plus de temps possible.

— Tu sais, je pense sincèrement que sa proposition était pour vous protéger toutes les deux.

Jack pince les lèvres après avoir dit ça. C’est le signe qu’il a hésite avant de parler.

Je le fusille du regard. Dans quel camp est-il ? Le mien ou le sien ? Ce n’est pas la famille d’abord ?

Malheureusement, c’est peine perdue. Jack trouve Alexander tellement talentueux !

— Ne protéger que notre fille, répliqué-je en secouant la tête de droite à gauche.

— Toutes les deux, insiste-t-il en hochant la tête.

Je ne compte pas changer d’avis et je sais que Jack va camper sur ses positions aussi. Je suis certaine d’avoir compris ce qu’Alexander m’a dit. Et, je reste persuadée que même si c’est plus nuancé, il veut quand même protéger sa carrière.

 

Je soupire, ferme les yeux et dépose la tête contre le dossier du fauteuil. Il y a quelques mois encore, je vivais une vie paisible et heureuse avec Eleanore.

Maintenant, je suis obligée de réfléchir à ce genre de chose compliquée.

— Parle-lui, laisse-lui une chance de s’expliquer. Je suis certain qu’il n’est pas aussi calculateur que tu me le décris.

Jack se tait deux minutes. J’ouvre les yeux et le vois me regarder avec un immense sourire.

— Je vais commencer à dessiner ta robe, ajoute-t-il en riant.

— Jack ! Je proteste en lui lançant un coussin. Je vais lui parler.

Jack m’observe plusieurs secondes avant de commencer à sangloter. C’est une vraie madeleine quand il s’y met.

Je me lève rapidement du fauteuil, m’assieds à ses côtés et lui prends la main que je serre fort dans la mienne.

— Tu sais, murmure-t-il, je te regarde et je vois encore la petite fille que tu étais lorsque je suis rentrée dans votre vie à ton père et toi. Regarde-toi, tu es une jeune femme magnifique, talentueuse et une maman extraordinaire.

Jack a gagné, j’ai les larmes aux yeux.

— Je t’aime papa, murmuré-je à son oreille avant de déposer la tête sur son épaule.

C’est un endroit familier et réconfortant comme quand j’étais petite et que j’étais triste. Même s’il était débordé, Jack ne se plaignait jamais de devoir stopper ses activités pour me consoler.

 

— Eleanore va dormir ici pour que vous puissiez parler tous les deux. Écoute -le vraiment, me supplie-t-il en me serrant contre lui.

— Je vais essayer.

Je me lève, retourne m’asseoir sur le fauteuil, attrape mon sac à main posé près du meuble et sors mon téléphone. Je déverrouille l’écran, accède à mes messages et tape : < Je pense que nous devons parler calmement. Peux-tu me rejoindre chez moi ? >

Je ne relis même pas et l’envoie. Je sais que si je réfléchis de trop, je vais paniquer. J’ai besoin d’être suffisamment calme pour réfléchir posément à la situation.

 

Mon père est dans son atelier au fond de la maison. Il est train de peindre Eleanore qui peint. Nous sommes une famille d’artistes. Lorsque je dis qu’Eleanore peint, je parle bien sur de coups de pinceaux aléatoires sur la toile.

— Tu vas bien ? me questionne-t-il les sourcils froncés.

— Beaucoup mieux qu’à mon arrivée, je réponds sincèrement.

Je dépose un baiser sur sa joue mal rasée et ajoute :

— Jack veut jouer au baby-sitter ce soir, cela ne te dérange pas ?

— Non bien sûr que non, répond-il en tournant la tête vers Eleanore qui est concentrée sur ce qu’elle fait. Tu dois parler à son père ?

J’acquiesce en la regardant aussi. Elle sort la langue et tend le pinceau devant elle.

— Une conversation d’adulte s’impose.

Mon estomac se serre en pensant à ce que nous allons nous dire.

— Jack t’expliquera notre conversation plus tard, j’ajoute doucement.

 

Je commence à m’éloigner après avoir embrassé Eleanore lorsque je reviens sur mes pas.

— Papa ?

Il quitte la toile des yeux et me sourit.

— Merci pour tout. Merci d’être si merveilleux depuis que je suis toute petite, j’ai une chance folle d’être ta fille.

Ses yeux brillent un peu.Il le cache en toussant et en s’essuyant les mains sur sa chemise de travail.

— Tu mérites tout cet amour. Tu sais que je n’aime pas donner des conseils, mais je sais ce que ça fait d’être privé de son enfant. Laisse-lui une chance.

Il s’approche de moi, me serre contre lui et dépose un baiser sur le sommet de mon crâne.

J’acquiesce et lui promet de prendre en compte ce qu’il a vécu pour écouter Alexander.

 

Je retourne vers le salon lorsque je vois Jack qui traîne sa table à dessins vers la pièce à vivre. Il n’aime pas travailler dans son atelier l’hiver. Il préfère la chaleur et la joie de vivre du salon. Je sais ce qu’il compte faire. Cet homme est vraiment têtu! Et après on se demande d’où je tiens de côté. Il ne faut pourtant pas chercher bien loin.

Je prends mon portable sur la table basse et lis la réponse de l’homme que je vais affronter dans peu de temps.

 

Il me faut trente minutes de chez mes parents à chez nous.

 

J’inspire, bloque ma respiration deux secondes et souffle plusieurs fois pendant que Jack m’accompagne jusqu’à la porte d’entrée du manoir. Il me serre dans ses bras.

— Laisse-lui une chance, murmure-t-il à mon oreille.

Je sais que Jack et papa ont raison et, c’est ce que je m’apprête à faire. Donner une chance à Alexander.

Caché sous un parapluie noir, je m’élance sous la pluie jusqu’à la voiture, sors mes clés de la poche extérieure de mon sac et entre rapidement à l’intérieur.

— Quand faut y aller, faut y aller, je me motive.

Je prends l’album des Stones que je mets à fond avant de démarrer la voiture.

Je fais signe à Jack qui attend toujours que je sois sortie de l’allée pour retourner à l’intérieur.

 

A partir de maintenant, il ne me reste que trente minutes pour prendre une décision. Je dois savoir si je laisse ou non une chance à Alexander. J’ai besoin de connaître ses intentions concernant notre fille. Je veux la vérité. Je préfère savoir maintenant s’il est sincère que quand elle sera trop attachée à lui.

Je roule doucement pour ne pas glisser sur la route détrempée.

Je suis persuadée que le temps passe différemment depuis qu’il est revenu dans ma vie. Le temps passe trop vite ou trop lentement. Il n’y a plus vraiment de juste milieu.

— Je dois faire les bons choix.

C’est ce que je me répète à plusieurs reprises. Je dois faire les bons choix pour Eleanore et son avenir !

 

Lorsque je stoppe la voiture devant la maison, je reconnais sa Porsche garée juste devant la maison. Lui est debout devant la porte de la maison. J’inspire et expire calmement. Ce n’est pas le moment de paniquer. Je m’apprête à sortir lorsqu’il arrive vers la voiture en courant sous la pluie.

Il entre dans la voiture côté passager pour se protéger de la pluie et lance joyeusement :

— Et si on allait faire une promenade ?

 

 

Nous ne nous connaissons pas vraiment après tout by Mary-m

Comme il n’a pas voulu que nous prenions ma voiture, sa Porsche file dans la campagne anglaise pendant que Katie Melua chante Wonderful life. Alexander roule plus rapidement que lorsque Eleanore était présente, mais sa conduite reste toujours aussi agréable.
Le paysage défile devant mes yeux. J’aime ce patchwork de couleur de l’automne. Ces nuances qui jongles entre le rouge, le brun et l’orange. J’aime voir ces arbres nus qui sont la promesse d’un renouveau au printemps. Contrairement à notre petite escapade du week-end, je n’ai pas envie d’écrire. La boule qui me contracte le ventre m’en empêche. Alors, je regarde la nature qui change d’un kilomètre à l’autre et les voitures qui passent rapidement à nos côtés. De temps en temps, je croise un visage qui disparaît rapidement.
Je ne sais toujours pas où Alexander nous conduit car la route est totalement différente de celle que nous avons prise pour rejoindre Camber.
Peut-être a-t-il une autre maison quelque part en Angleterre ?
Nous ne nous connaissons pas vraiment après tout. 

Cela fait une demi heure que je n’ai pas dit un mot. Depuis qu’il a refusé malgré mes menaces de quitter la voiture de me dire où nous allons !
Peut-être va-t-il essayer de me tuer dans un endroit suffisamment isoler pour qu’il ne soit pas possible de retrouver mon corps avant de très nombreuses années, voire jamais ? Si c’est le cas, j’ai un avantage car mes parents sont au courant que je suis avec lui.
Et si je mentionnais subtilement ce fait au cas où ?
Je pince les lèvres pour retenir mon rire nerveux. Je suis bête, mais je n’y peux rien. Mes pensées prennent souvent des détours romanesques. J’aime les romans policiers aux meurtres impossibles à résoudre. J’aime mener ma propre enquête au fil des pages que je tourne.
Et puis, pourquoi me suis-je laissée si facilement convaincre de discuter en dehors de la maison ? C’était pourtant moi qui avait l’avantage pour une fois.
La réponse est pourtant simple. Mes parents ont réussi à me convaincre de l’écouter. Alors, quand il est monté dans ma voiture et qu’il m’a proposé d’aller ailleurs pour discuter, je l’ai suivie. Alors pourquoi j’ai des tonnes de questions qui se mélangent dans ma tête ?
Je suis fatiguée d’avance par notre conversation.
— Tu ne dois pas avoir peur, dit-il soudain sans quitter la route des yeux.

Je cesse de regarder la forêt que nous logeons depuis plusieurs kilomètres, tourne la tête vers lui et le fusille du regard. Mais pour qui me prend-il ? Je ne suis pas une trouillarde !
— Je n’ai pas peur ! Je me demande juste où nous allons, je réplique.
Il m’arrive aussi d’être de très mauvaise foi de temps en temps.
Alexander soupire, me jette un coup d’œil avant de se concentrer à nouveau sur la route devenue glissante par la pluie.
— S’il te plaît Léa, soupire-t-il en se passant la main gauche dans ses cheveux.
C’est un tic nerveux.
— D’accord, d’accord. Je ne te poserai plus aucune question sur cet endroit, je promets en levant la main droite pour prouver mes bonnes intentions.
Le rire d’Alexander résonne dans l’habitacle de la voiture. Il me lance un regard amusé. Je suis connue pour être drôle. Parfois. Rarement. Bon d’accord presque jamais.


Après plus d’une heure trente de route, il s’engage sur une route secondaire que je reconnais immédiatement. Cette route, nous l’avons emprunté, je ne sais combien de fois avec Jack et papa depuis mes quinze ans.
Nous sommes à Stonehenge. Je me sens bête de ne reconnaître que maintenant le trajet car j’aime tellement cet endroit si mystérieux et magique. J’ai aimé ma première visite et les suivantes aussi. Je n’en avais jamais assez de revenir vérifier une hypothèse. Et je ne parle même pas du nombre de livres que j’ai lu sur le sujet.

Le temps est aussi de la partie, il ne pleut plus du tout. Alexander se gare sur le parking visiteur, le plus loin possible des autres voitures, attrape sa casquette noire qu’il met sur sa tête et met la capuche de son sweat au-dessus. Malgré l’absence de soleil, il dépose ses lunettes noires sur son nez et sors de la voiture. J’attrape mon sac à main que je passe en bandoulière et le rejoins à l’extérieur.
Je veux que ce soit lui qui commence à parler. Après tout, c’est lui qui a voulu venir ici. Mais pourquoi ? Pourquoi ici et pas ailleurs ? Un endroit pour discuter est un endroit pour discuter, non ? C’est logique. Mais pourquoi Stonehenge ?
Alexander me rejoint rapidement de l’autre côté de la voiture. Il est totalement incognito.
— Tu es déjà venue ici ?
Nous marchons prudemment vers les pierres rendue glissante par la météo.
— La première fois, c’était le jour de mes quinze ans. Je suis venue ici avec mes parents. Il y a eu de nombreuses fois par la suite. A cette époque je trouvais cet endroit fascinant. D’ailleurs, le lendemain, j’ai commencé à lire tous les livres que j’ai trouvés sur le sujet.
Je suis surprise de me confier si facilement à lui. L’un à côté de l’autre, nous avançons pour atteindre les pierres. Il y a plusieurs touristes, mais personne ne semble le reconnaître.
— Et toi ?
— Deux fois. A huit ans et dix-neuf ans. C’est l’endroit le plus neutre qui j’ai trouvé quand je t’ai vu te garer devant chez toi, répond-il en me jetant un regard derrière ses lunettes noires.
Je souris.

Les heures de visites sont bientôt finies. Nous n’avons pas beaucoup de temps devant nous. J’ai vraiment envie de profiter de notre visite pour observer à nouveau cet endroit mystérieux.
Je ne veux pas me l’avouer, mais je suis vraiment contente d’être ici.
Lorsque je m’approche des pierres, je redeviens cette adolescente qui passe sa vie la tête dans les livres. Qui est trop timide et qui n’ose même pas dire qu’elle aime apprendre de peur de passer pour une grosse tête. Je me contentais d’être silencieuse en classe et d’écouter les professeurs.
J’observe à nouveau l’endroit sous toutes les coutures. Comme si, à moi seule, je pouvais résoudre le mystère de cet endroit.

Du coin de l’œil, je vois Alexander qui m’observe d’un peu plus loin. Quand nos regards se croisent, ce que je suppose car ce n’est pas facile de voir ses yeux derrière ses lunettes, il se concentre à nouveau.
— D’après toi, qui a construit cet endroit ? je lui demande lorsque je le sens dans mon dos, très près de moi.
Son parfum boisé m’englobe. Je vais peut-être finir par lui demander ce qu’il porte comme eau de toilette.
— Des druides, des mages, répond-il en réfléchissant. Regarde la position des pierres et le choix de la forme de l’ensemble. Cela indique clairement que c’était pour pratiquer des rituels.
Je souris en regardant toujours droit devant moi. Je suis contente qu’il se prenne au  jeu des suppositions. Au final, Jack a raison, peut-être arriverons-nous à cohabiter tous les deux avec un peu de bonne volonté.
— Des extraterrestres, lâché-je avec amusement.
Je me tourne vers lui pour l’observer et éclate de rire en voyant la surprise sur son visage.

— Des druides, des mages, des petits hommes verts et même peut-être des Dieux. Au final, nous ne pouvons faire que des suppositions.
Je pince les lèvres et ajoute timidement :
— Merci.
— Pour quoi ?
Ses sourcils sont froncés. Je ne peux pas le nier, Eleanore est son portrait. Elle a la même petite ride du souci que lui. Mon cœur se serre en pensant à la suite de notre conversation.
« Pense à Eleanore », m’encourage ma conscience.
Je sais qu’elle a raison. C’est à ma petite fille que je dois penser avant tout.
— D’avoir eu l’idée de venir ici, je murmure doucement.
Alexander m’observe. Je lève la main pour enlever ses lunettes, cela me perturbe de ne pas voir ses yeux. Main qu’il attrape dans la sienne et qu’il dépose contre sa joue.
— Cela m’embête aussi, mais il y a encore trop de monde, explique-t-il en déposant un baiser contre la paume de ma main.
Je frisonne. Mais étrangement, ce n’est pas un frisson désagréable. Le contact de sa peau sur la mienne, m’apaise.

Il est tout aussi conscient que moi que nous sommes souvent entre deux depuis nos retrouvailles imprévues.
— Je suis content de t’avoir fait plaisir. Viens, ajoute-t-il en entrelaçant nos doigts. Il y a des bancs sur le parking.
Je me laisse guider vers les voitures. Nous nous mêlons aux touristes qui quittent l’endroit. Il fait un peu froid. Ma main gauche est protégée par la sienne, je glisse l’autre dans la poche de ma veste.
Le banc est près de la voiture. Nous nous y installons en silence, et étonnement je ne me sens plus du tout angoissée. Je ne vais plus peur d’entendre ce qu’il va me dire. Je me sens la force d’affronter cette conversation avec le plus grand calme et la plus grande patience. Comme avant qu’il revienne dans ma vie.

Je prends une profonde inspiration et dis :
— Alexander, je…
— Léa…
Nous avons parlé en même temps. Je souris timidement. D’un geste de la main il m’invite à continuer.
— Alexander, je suis vraiment désolée de ne pas t’avoir écouté tout à l’heure. Je sors souvent les griffes lorsqu’il s’agit d’Eleanore. J’aurais dû te prévenir quand j’ai appris que j’étais enceinte, pardonne-moi.
Maintenant que j’ai dit tout ça, je prends le temps de respirer.
Alexander acquiesce.
— C’est à moi de m’excuser. J’ai vraiment été maladroit dans ce que je t’ai dit plus tôt. Tu avais raison, il y a sans doute une part de vérité dans tes reproches, murmure-t-il en regardant droit devant avant de tourner les yeux vers moi. Mais tu dois me croire lorsque je dis que je ne veux que le bien de notre fille.
Son regard me supplie de le croire. C’est ce que je fais. Alexander dit la vérité. Je refoule toutes les pensées négatives qui me viennent à l’esprit. J’ai promis à Jack et papa de lui donner une chance de connaître sa fille. Eleanore a besoin de lui. Exactement comme j’avais besoin de mon père pendant mon enfance.
J’inspire, bloque ma respiration et expire. C’est le moment d’aborder l’autre point difficile. Celui que j’aurais aimé ne jamais abordé avec lui. 

— Je comprends à présent pourquoi tu veux que nous nous mariions, je commence en sentant mon cœur battre trop rapidement. Je...
Alexander m’observe avec la plus grande attention. Ses yeux qui ont quitté ses lunettes depuis que les touristes ne sont plus présents détaillent mon visage avec sérieux et appréhension.
— Tu, continue-t-il doucement.
Je ferme deux secondes les yeux.
« Pense à Eleanore », je me répète comme un mantra.
— J’accepte mais j’ai plusieurs conditions non négociables !
Ce n’est plus Léa, la douce maman qui parle. C’est Léa, la fille de Barbara, femme d’affaires impitoyable.

Alexander acquiesce sans me quitter des yeux.
— Tout ce que tu voudras, répond-il sérieusement.
Je suis surprise. Je pensais qu’il allait dire que c’était à voir.
— Je vais demander à mon avocat d’établir un contrat qui va stipuler entre autres choses que je veux avoir un droit de regard sur tout ce que tu racontes à la presse concernant notre histoire. Je veux être la prévenue si tu tombes amoureux d’une autre femme pour protéger Eleanore. Il n’y aura que Jane, Tom et nous deux à la mairie.
Ce sont des points qui me tiennent à cœur. Je veux protéger Eleanore de toutes les saletés qu’on trouve trop souvent dans la presse.
— Cela me semble correct.
Il n’émet aucune objection. Il y aura quelques points à ajouter au contrat, mais je suppose que nous aurons largement le temps de voir ça avec nos avocats dans les semaines à venir.

Alexander fronce les sourcils, ouvre la bouche, hésite et finit par murmurer : — Tu ne veux pas de cérémonie religieuse ?
La curiosité est visible dans sa voix.
— C’est un synonyme d’amour et ce n’est pas notre cas. Ce n’est qu’une façade pour la presse et les gens que nous fréquentons. D’ailleurs, qui sera au courant de notre mascarade ?
Je suis curieuse à mon tour de savoir qui est déjà au courant.
— Tom, Jane et nous deux, résume-t-il après avoir réfléchi quelques secondes.
Je ressers ma veste et croise les bras pour me réchauffer. L’air se rafraîchit avec la journée qui se termine. 
— Ma meilleure amie Angie et mes parents, j’ajoute doucement.
Alexander est très calme et étrangement moi aussi. Je ne sais pas si c’est cet endroit qui m’apaise, mais nous avons une conversation de parent responsable. Nous nous écoutons, nous discutons de nos points de vues différents.
Je me note d’aborder rapidement l’éducation d’Eleanore. Je pense que c’est une bonne base pour une cohabitation réussie.
Alexander se lève du banc, s’étire et me tend la main droite. Je n’hésite pas pour une fois.

Une fois à l’abri dans la voiture, il allume le moteur et met le chauffage à fond pendant que je frotte mes deux mains l’une contre l’autre pour les réchauffer. Alexander ne quitte pas mes mains des yeux avant de commencer à sourire malicieusement :
— Tu sais qu’il y a un moyen rapide de se réchauffer.
Il n’a quand même pas osé dire ça ! mes joues prennent feu. Lorsque des images assez explicites refont surface dans ma mémoire, je tourne rapidement la tête pour cacher mon trouble. 
— Tu es belle quand tu rougis, ajoute Alexander en bouclant sa ceinture.
Je suis certaine qu’il l’a fait exprès.

Je n’ose plus le regarder. Je regarde droit devant moi. Je suppose qu’il n’y a plus aucun moyen de reculer à présent. Je fais ça pour Eleanore. Pour qu’elle soit heureuse et ait un développement affectif normal et harmonieux.
Je suis une vraie trouillarde, j’ai trop peur que ma fille ne me parle plus tard si je refuse qu’elle ne voit son père. Pour elle, je suis prête à faire tous les sacrifices possibles même celui de me marier avec un homme que j’aime pas. Si j’ai de la chance, ce que je doute pour l’instant, Alexander tombera rapidement amoureux et renoncera de lui-même à cette petite comédie pour vivre son amour au grand jour.
— Tu veux qu’on fasse ça quand ?
C’est quand même important de le savoir. Il y a des choses à régler avant. Comme demander à Jane si elle veut bien être mon témoin. Je laisse à Alexander le soin de faire la même chose avec Tom.
— J’ai déjà contacté le maire de Londres.

Il est mal à l’aise, cela s’entend à sa voix. Curieuse, je tourne la tête vers lui et l’observe pianoter sur le volant.
— Je dois partir la semaine prochaine pour Vancouver. Ce serait bien que ce soit fait avant mon départ et la seule date possible est ce vendredi.
Je ne sais pas si je dois me mettre en colère ou pas. En fait, je suis trop anesthésiée pour dire quoi que ce soit. J’ai légèrement l’impression de me trouver dans le couloir de la mort et d’enfin apprendre la date de mon exécution.
Il ne me reste que quatre jours avant d’être haïe par une horde de folles furieuses.
Adieu vie paisible ! Bonjour les projecteurs que la presse va braquer quotidiennement sur nous.
Les yeux humides, je regarde droit devant moi en me mordant la lèvre du bas pour ne pas pleurer. Je pensais avoir plus de temps pour me préparer. Je suis terrorisée par tout ça.
— Mes parents voudraient te rencontrer. Demain ça te va ?
Alexander a parlé rapidement sans quitter la route des yeux. Je regarde les paysages défilés et cligne des yeux comme pour me réveiller d’un rêve.
— Oui, oui, très bien. Fais comme tu veux.
J’ai envie de rire nerveusement lorsque j’imagine des femmes jouer aux fléchettes avec une photo de moi ou même fabriquer des poupées vaudoues. C’est trop d’un coup. Mes nerfs lâchent lorsque je commence à rire.

Je ne réagis pas tout de suite lorsqu’il stoppe la voiture. Bêtement, je me dis que nous sommes déjà à la maison et que je vais pouvoir aller me coucher et tenter d’oublier cette journée. D’ailleurs, il va falloir réfléchir à l’organisation. Est-ce-qu’il va s’installer chez nous ? L’appartement qu’il partage avec Tom est trop petit pour nous. Trouver une autre maison ? je n’aime pas cette idée. Je suis trop attachée à la maison. Et puis, pour Eleanore ce serait mieux si nous continuions à vivre dans notre maison.
— Qu’est-ce-qu’on fait là ?
Je viens de me rendre compte que nous ne sommes pas devant chez moi. La voiture est arrêtée sur le parking dans restaurant que je ne connais pas.
— On va manger, répond-il. Ce sera l’occasion de discuter de notre fille.

"Fais comme chez toi " by Mary-m
Author's Notes:

Juste Waouh ! Merci infinement à toutes les personnes qui lisent mon histoire.

Huit heures du matin. La radio passe un tube de Bowie que je chantonne la brosse à dents en bouche avant de m’en servir comme un micro.

— Let’s dance put on your red shoes and dance the blues.

Je me dandine en me moquant bien de paraître ridicule. Lorsque la radio passe un nouveau morceau, je termine ma danse improvisée et enfile mon peignoir blanc par-dessus mes sous-vêtements noirs.

Je connais ma maladresse légendaire quand je suis stressée alors, aujourd’hui exceptionnellement, je préfère ne pas manger en étant habillée pour la journée.

 

Dans la cuisine, je mets la bouilloire sur le feu. Pendant que l’eau du thé chauffe, je prépare la table de mon petit-déjeuner solitaire puisque Eleanore est toujours chez mes parents. J’allume la radio pour combler le silence.

Je continue de chantonner en déposant la marmelade sur la table. Lorsque la bouilloire siffle, je coupe le feu. Je verse l’eau dans mon mug lorsque la sonnette résonne dans la pièce. Les sourcils froncés, je resserre mon peignoir autour de ma taille et me rend dans le hall d’entrée. Je n’identifie pas tout de suite l’ombre qui se dessine à travers la porte d’entrée semi-vitrée.

Qui peut venir me rendre visite à cette heure si matinale ?

Lorsque j’entrouvre la porte, le vent d’automne s’engouffre et me fais frisonner.

— Alexander, je m’étonne en ouvrant totalement la porte. Tu devais passer me prendre dans une heure.

Il attend sur le perron. Le sourire qui a éclairé son visage lorsqu’il m’a vu ouvrir la porte s’agrandit.

— As-tu déjà pris ton petit-déjeuner ?

Il jette un bref regard à ma tenue en disant ça avant de me regarder à nouveau dans les yeux.

— Je suis en train de le préparer.

Je l’invite à entrer et ferme la porte derrière lui. Il porte un jean noir, un pull gris et sa veste en cuir noire. Avec le vent extérieur, ses cheveux sont encore plus en bataille que d’habitude.

 

A quelques pas de lui, je l’observe sans savoir quoi dire. Il me semblait qu’il ne mangeait jamais le matin. Il sort un sachet en papier de derrière son dos en souriant en coin. Miam des viennoiseries.

— Tu t’occupes du thé ?

Je l’observe deux secondes avant de lui sourire.

— Allez viens, je dis en me dirigeant vers la cuisine.

Alexander me suit en regardant autour de lui. Il n’est jamais venu dans cette partie de la maison. Lorsque nous arrivons dans la pièce, il s’installe à table pendant que je prends une nouvelle tasse dans l’armoire que je dépose devant lui. Je lui sers du thé avant de retourner chercher le lait, le sucre et les cuillères.

— Merci, je murmure en m’essayant face à lui après avoir vérifié que mon peignoir était toujours aussi bien serré.

— Merci pour le thé.

Alexander me sourit avant d’ouvrir entièrement le sachet en papier. L’odeur des viennoiseries réveille mon estomac qui est impatient de manger.

— Les dames d’abord, ajoute-t-il doucement.

Je rigole. Alexander est de bonne humeur. Cela tombe bien car même si je suis stressée par la suite de la journée, je suis de bonne humeur aussi. Et pour une fois, je ne me retiens pas pour le taquiner.

— Monsieur est bien gentleman de si bon matin.

Je mords dans le croissant que je viens de prendre. Alexander ne me quitte pas des yeux.

— Toujours le matin.

A son tour, il se sert et mord dans le sien. Je sens souvent son regard se poser sur moi. Lorsque nous yeux se croisent, nous nous sourions.

Notre discussion de la veille, a réussi à nous rapprocher d’une certaine manière. Pendant que nous mangions dans ce restaurant à notre retour de Stonehenge, nous avons discuté de l’éducation de notre fille et notre vision similaire m’a un peu rassurée quant à notre cohabitation prochaine.

 

La radio continue de diffuser dans la cuisine les mélodies et rythmes qui rompent notre silence.

Une fois le croissant terminé, et, comme je ne suis pas certaine qu’il aime écouter de la musique en mangeant, je me lève pour éteindre la radio.

— N’éteins pas la radio, s’il te plaît.

Je reviens m’asseoir à table et joue avec ma cuillère pour cacher mon embarras. Alexander semble bien plus à l’aise que moi. Je ne sais pas quoi lui raconter. Est-ce-que je suis censée lui faire la conversation ?

Je ne trouve rien à lui dire. Je joue avec ma tasse de thé que je serre entre mes deux mains. De temps en temps, je sens son regard glisser sur ma tenue. Pour l’avoir vérifié il y a deux secondes, je sais que mon peignoir est toujours bien serré contre moi. Lorsque je vois du coin de l’œil sa main glisser très doucement vers la mienne, je me lève rapidement. Je connais trop l’effet que son corps a sur le mien.

— Je vais terminer de me préparer. Fais comme chez toi.

Après tout, ce sera bientôt aussi chez lui. C’est ce que nous avons convenus hier pendant que nous mangions. Ce sera plus simple comme ça.

Alexander m’observe les sourcils froncés. Il hoche la tête malgré tout.

Je l’abandonne dans la cuisine et monte rapidement dans ma chambre.

 

Dans la pièce, j’enfile la tenue que j’ai prévu de porter pour rencontrer sa famille. Il m’a dit hier soir pendant que nous étions au restaurant que son frère et sa sœur seraient là aussi. C’est une sacrée pression en plus du reste.

J’ai choisi quelque chose de classique. Je préfère faire une bonne impression. J’ai opté pour une robe noire à manches longues qui m’arrive au-dessus du genoux avec des collants de la même couleur et des bottes noires plates. C’est simple comme tenue. Exactement comme moi.

 

Une fois prête, je tente de dompter mes cheveux. Je dis bien essayer car à chaque fois que j’ai besoin d’être bien coiffée, ils n’en font qu’à leur tête. Je passe plusieurs fois la brosse dedans. Je grimace en voyant mon reflet. C’est déjà mieux qu’avant. Je me mords la lèvre du bas en réfléchissant. C’est peut-être l’occasion d’essayer le lisseur que Jack m’a offert. Je secoue la tête, ce ne serait pas moi avec les cheveux totalement lisses.

Je termine de mettre du mascara pour accentuer mon regard et glisse à mon cou le collier que j’ai reçu à Jack et papa pour mes quinze ans.

 

C’est un collier très ancien. Je l’adore et y tiens beaucoup. Il a appartenu à une jeune comtesse de quinze ans qui a vécu en 1823. Elle a perdu l’amour de sa vie dans une bataille de territoire et s’est vue forcée par ses parents à épouser un très vieux comte de cinquante ans son aîné. Elle ne l’aimait pas. C’était un homme cruel. Folle de chagrin, elle a accepté avant de se suicider la nuit de ses noces. Le pendentif lui avait été offert par son amour perdu en promesse d’un mariage qui n’a jamais eu lieu.

Papa et Jack l’ont trouvé chez un antiquaire. Pour eux, c’était le cadeau parfait. Moi qui aimait les histoires d’amour tragiques. J’en suis tombée amoureuse au premier regard. Depuis, je le mets souvent et encore plus lorsque j’ai besoin de courage comme aujourd’hui.

Le collier est sphérique, une pierre noire brille à son extrémité. Le tout est relié par de l’or qui s’entrelace comme un serpent autour de la pierre. Cela donne une brillance et un éclat étrange à cette pierre si sombre.

 

Un minimum satisfaite de mon apparence, je descends rejoindre Alexander. Nous devons récupérer Eleanore chez mes parents avant d’aller chez les siens. J’entre dans la cuisine certaine de l’y trouver mais, la pièce est vide.

Tu as lui dit de faire comme chez lui

Je finis par le trouver dans le salon. Il est assis sur le canapé. Sa veste en cuir est posée sur le dossier d’un fauteuil.

Je commence à m’avancer vers lui lorsque je me stoppe en voyant ce qu’il tient dans ses mains.

Non ! Il n’a pas osé !

Alexander regarde les albums photos qui sont habituellement rangés sur les étagères du salon. Ce n’est plus le cas ! Plusieurs sont ouverts sur la table basse devant lui. J’en ai trois sur les premières années d’Eleanore de sa naissance à maintenant. Mais, il ne s’est pas contenté de regarder que ceux-ci, car les miens sont aussi ouverts.

 

Je grimace. Dans sa position il ne peut pas me voir mais moi si. Il n’arrête pas de sourire en tournant les pages avant de rire en regardant une photo de plus près. Mécontente de lui servir de distraction, je tousse pour signaler ma présence dans la pièce. Alexander quitte les photos des yeux pour se tourner vers moi. Mon corps se réchauffe sous l’intensité de son regard.

— Tu es magnifique, dit-il en souriant.

Les mains jointes devant moi, je joue avec mes bagues pour cacher mon trouble.

Je sursaute lorsque sa main se pose doucement sous mon menton pour lever mon visage vers le sien. Je ne l’ai pas entendu s’approcher de moi. Ses yeux ne quittent pas les miens. Ils me détaillent comme pour graver mes traits dans sa mémoire. L’air devient électrique lorsque ses regards vers ma bouche se font plus insistants.

— J’ai un cadeau pour toi.

Il s’éloigne vers sa veste en cuir et reviens avec un écrin à la main. Mon cœur se serre car je me doute qu’il doit s’agir de ma bague de fiançailles. Je suis mal à l’aise. Je n’ai pas envie qu’il dépense de l’argent pour moi alors que ce n’est qu’une façade pour le reste du monde.

 

Ses joues se colorent légèrement lorsque ses yeux rencontrent à nouveau les miens. Je vois qu’il hésite et je prends peur qu’il se mette à genoux pour me demander de l’épouser. Il aurait même pu me la donner dans la voiture juste devant chez ses parents. Le tralala n’est pas nécessaire dans notre situation.

— J’espère qu’elle te plaira, murmure-t-il presque timidement. On peut toujours aller l’échanger si elle ne te convient pas.

Ma bouche forme un « O » de surprise lorsqu’il ouvre la boite. Ce solitaire vaut une fortune. Je n’aime pas les choses extravagantes et le diamant de la bague malgré sa taille est plutôt discret. Les autres diamants qui l’accompagnent sont plus petits. Elle est magnifique.

Mais je ne peux pas accepter. C’est beaucoup trop.

Et pourquoi pas ? demande ma conscience en se prenant pour Marilyn Monroe alanguie sur son lit.

— Alexander...je

— Tu ne l’aimes pas ?

Il ne m’a pas quitté des yeux depuis qu’il a ouvert la boite.

Je lève les yeux vers lui. Ses sourcils sont froncés. Bien sûr que j’aime cette bague. Elle est parfaite, magnifique. Je ne peux simplement pas accepter quelque chose d’aussi cher.

— Je ne veux pas que tu dépenses autant d’argent pour moi et puis pourquoi riais-tu en regardant mon album photo.

Je n'ai pas le temps d'ajouter quoi que ce soit car sa bouche se pose avec impatience sur la mienne.

La dernière pensée cohérente que j’ai est qu’il l’a fait exprès pour ne pas répondre à ma question sur l’album photos. Mais très vite, je ne pense plus à rien. Je ressens, je vis.

 

 

La bague by Mary-m

— On va être en retard, je souffle entre deux baisers fiévreux.

Alexander ne réagit pas. Sa bouche continue de parcourir mon cou. Je n’arrive pas à penser à autre chose que ses lèvres sur les miennes et ses mains qui se sont glissées sous ma robe noire, lorsque nos langues se rencontrent et commencent une représentation où elles sont les deux danseuses étoiles.

Ses mains cachées par mon habit, remontent doucement. Je frisonne. Il abandonne à nouveau ma bouche pour descendre ses lèvres brûlantes dans mon cou. Pour lui donner un libre accès, je penche légèrement la tête en arrière en m’accrochant à ses biceps.

 

Lorsque ses mains atteignent ma poitrine qu’il caresse sensuellement à travers le tissu de mon soutien-gorge, je gémis. Je suis contente que le mur derrière moi me permette de garder un minimum de stabilité. Je sens à son corps pressé contre le mien qu’il attend plus que de simples baisers. Et même si j’en meurs d’envie, lorsque mes yeux se posent sur la vieille horloge du salon, je le repousse doucement.

 

Nos souffles sont courts, nos yeux fiévreux. Alexander ne comprend pas ce qui se passe. Il est perdu. Lorsqu’il tente à nouveau se rapprocher pour m’embrasser, je secoue la tête et murmure doucement comme pour l’apaiser : — Nous devons aller chercher Eleanore chez mes parents.

L’envie se lit dans son regard. Le mien doit être pareil, j’ai très envie de lui. Ce n’est pourtant pas dans mes habitudes de perdre le contrôle comme ça.

Il inspire un grand coup et se passe la main dans les cheveux qui sont encore plus en batailles par ma faute. Il regarde sa montre et acquiesce.

— Effectivement. J’ai un peu perdu la notion du temps.

Je comprends ce qu’il veut dire.

 

Pendant que je réajuste ma robe, il regarde autour de lui. Il semble chercher quelque chose. Je suppose que c’est l’écrin qu’il a abandonné sur le sol quand il m’a embrassée fougueusement. Il est à demi caché par le buffet en bois.

Il sort la bague de la boîte et me prend la main gauche sur laquelle il dépose un baiser.

— Tu es toujours d’accord pour te marier avec moi ?

Mon cœur se serre en entendant ça et pourtant, son regard timide et inquiet me donne envie de le serrer contre moi. Alexander est craquant. Plus que ça même.

Ma main toujours dans la sienne, j’approche mon visage du sien et dépose un baiser sur ses lèvres.

— Je suppose que oui.

Ce n’est pas la meilleure réponse mais elle semble lui suffire. Il me sourit et passe la bague à mon annulaire que je ne quitte pas des yeux en souriant.

 

Nous devons partir rapidement si nous voulons être à l’heure chez ses parents, je termine de me recoiffer dans le miroir du salon.

— Tu ne m’as pas répondu pour les photos.

Alexander qui passe sa veste en cuir se stoppe et me sourit.

— C’est parce que tu es très photogénique.

Je fronce les sourcils en le regardant dans le miroir s’approcher du canapé et attraper l’album photos.

Curieuse, je m’approche de lui et regarde avec attention la photo qu’il me montre du doigt.

Il se moque totalement de moi en disant ça. C’est la pire de toutes les photos de l’album. Celle où je fais d’horribles grimaces avec Jack. Je suis en pyjama à côté de Jack et ma tête est simplement monstrueuse. Nostalgique, je souris.

— C’est vrai que je suis assez douée pour ça.

Alexander se tourne vers moi et réfléchit quelques minutes avant de sourire malicieusement.

— Je propose que cela devienne une tradition familiale. Chaque année, nous ferons d’horribles photos en pyjama.

L’idée me plaît beaucoup. Je souris et hoche la tête. Pourquoi pas après tout ? Nous sommes de toute façon obligés de vivre ensemble. Alors, autant rendre notre cohabitation la plus agréable possible.

 

— On y va ?

J’attrape ma veste et mon sac que j’ai posé sur la table de la salle à manger. Alexander termine de ranger les albums photos sur les étagères.

— Je te suis.

Il fait froid dehors. Je suis certaine que cette année nous aurons un Noël blanc.

— Il va neiger, murmure Alexander qui a suivi mon regard impatient vers le ciel.

— Je l’espère, je réponds avec enthousiasme.

Il me sourit et attrape ma main pour descendre les marches du perron. Je m’assieds sur le siège passager de sa nouvelle voiture. Celle qu’il a essayée pour nous rendre à Camber.

Je commence à connaître ses habitudes : il ne démarre jamais la voiture avant d’avoir glissé un album dans le lecteur.

Une fois sa ceinture bouclée, il s’engage sur le rouge et je le guide jusque chez mes parents.

 

Nous montons côte à côte les quelques marches qui mènent à la porte d’entrée de chez mes parents. Devant la porte, je le sens tendu. Il se passe encore et encore sa main de libre dans les cheveux. Je souris.

Lorsque la porte s’ouvre, Eleanore pousse un cri de surprise et court se jeter dans mes bras :

— Maman !

Je la sers contre moi. Elle m’a énormément manqué depuis hier.

— Papi Jack c’est un clown !

Elle sourit à son grand-père qui nous observe tous les trois avec attention.

— Je ne suis pas un clown ma chérie. Je suis le meilleur clown du monde, réplique-t-il avec un immense sourire.

Il fait un clin d’œil complice à Alexander qui attend à côté de moi.

Eleanore tourne la tête vers la gauche et écarquille les yeux en voyant Alexander. Elle tend les bras, je me rapproche de lui et lui tend la petite fille qui dépose sa petite main droite sur la joue de son papa.

— Alean...papa.

 

Les papas de Léa by Mary-m

— Je me souviens de cette soirée. Léa devait normalement m’accompagner, explique Jack en ajoutant du lait dans son thé.

 

Alexander et lui discutent des événements où ils se sont croisés. En regardant Eleanore jouer avec ses poupées dans un coin de la pièce, je me rends compte que depuis cette nuit qui a changé notre vie, nous avons failli nous croiser à plusieurs reprises Alexander et moi.

 

— Je crois que la seule fois où tu as bien voulu me remplacer, c’était au Children in Need de l’année dernière.

 

J’acquiesce en croquant dans un sablé. Les sourcils froncés, Alexander se tourne vers moi et m’observe quelques secondes.

 

Quoi ?

 

J’avale rapidement le bout de biscuit pour lui demander pourquoi il me regarde comme ça lorsqu’il me dit :

 

— Je ne t’ai pas vue là-bas.

 

— C’est parce que tu es arrivé en retard. Je suis passée au tout début de la soirée et suis partie assez rapidement.

 

 

 

Alexander ne se souvient pas de moi parce qu’il ne m’a pas vu, mais moi si. Nous nous sommes croisés dans un couloir des coulisses de l’émission. Il était entouré de beaucoup de fans en délire qu’il tentait de semer poliment. C’était impossible qu’il me voit. Et bien sûr, je n’ai rien fait de plus pour que ce soit le cas. J’ai filé droit devant moi aussi rapidement que possible. Je me souviens juste d’avoir pensé qu’il était très séduisant dans son smoking noir.

 

A la base, je ne voulais pas remplacer Jack. Chaque année, il crée des tenues qui sont vendues aux enchères. Malade, il m’a supplié d’y aller à sa place. Cet événement est très important pour lui. J’ai fini par céder ce qui arrangeait la production qui voulait aussi que je sois présente ce soir-là. Je suis donc arrivée morte de trac de passer à la télévision et presque malade en apprenant de la bouche d’une assistante que la grande star mondiale Alexander Wills serait aussi présent.

 

— Je n’en reviens pas, murmure Alexander. Tu étais si près de moi.

 

Je jette un regard à Jack qui dépose sa main sur son cœur. Je parie qu’il trouve ça très romantique.

 

 

 

Je me souviens de nos réactions mutuelles quand nous nous sommes revus en Écosse, et je suis contente d’avoir évité de le faire devant des milliers de téléspectateurs à l’affût.

 

— C’est que ce n’était pas encore l’heure de vous retrouver.

 

Jack et ses théories sur le destin et le karma.

 

 

 

Alexander l’écoute avec attention. David, mon père participe de temps en temps à la conversation. Il est plus terre à terre. A ses yeux le destin n’existe pas. Je suis un peu comme lui. Pendant qu’il discute avec mes parents, Alexander qui est assis juste à côté de moi sur un fauteuil identique au mien, dépose sa main sur la mienne. Ce geste semble tellement naturel pour lui. Il continue de parler comme s’il n’avait rien fait. Son pouce caresse ma main. Je frisonne. Je sens le regard perçant de Jack analyser chacun de nos mouvements et notre comportement mutuel. Je suis certaine qu’à ma prochaine visite, j’aurais le droit à un rapport complet et détaillé.

 

 

 

Un peu trop vite à mon goût, il est l’heure de partir si nous voulons arriver à l’heure chez les parents d’Alexander. Il y a encore un peu de route.

 

C’est à mon tour de stresser. Mon cœur bat rapidement. Mon estomac se contracte.

 

Au moment de partir, Jack qui me serre contre lui me murmure à l’oreille :

 

— C’est un amour. Tu verras que cela va bien se passer chez ses parents.

 

Je l’espère. J’ai vraiment envie que cela se passe bien avec sa famille. Surtout que je suppose que nous allons devoir nous voir assez souvent.

 

 

 

Sur le perron, nous remercions Jack et papa pour leur accueil. Alexander tient Eleanore dans ses bras. Le vent d’automne souffle fort. J’ai peur qu’elle attrape froid et me fasse une otite. Elle y est sujette depuis sa naissance. Je m’approche d’eux et tente de mettre sa capuche pour protéger ses oreilles. Je n’y arrive pas, Alexander est beaucoup plus grand que moi. Avec un sourire en coin, il s’amuse de mes tentatives infructueuses.

 

— Alexander, je le supplie en tirant sur son bras pour le forcer à se baisser. Fais-le toi, elle va avoir froid.

 

Il rit et me donne accès à la capuche de notre fille que je glisse doucement sur sa tête.

 

Je cligne des yeux, lorsqu’un éclair illumine le ciel gris. J’ai pourtant vérifié la météo avant de partir. Stupidement, je lève les yeux vers le ciel. Il n’y a aucune trace d’orage.

 

Lorsque j’entends Alexander grogner en marchant, je tourne la tête vers lui en essayant de ne pas me faire distancer. Il est en colère. Sa mâchoire est serrée. Son visage est grave. Il regarde droit devant lui. Je ne comprends pas pourquoi. Il y a encore quelques minutes, nous nous amusions tous les deux.

 

— Ne traînes pas, marmonne-t-il en me prenant la main pour que je marche plus rapidement.

 

Je sais que nous ne sommes pas en avance. Mais nous ne sommes pas non plus en retard ! Alors pourquoi courir à présent ?

 

 

 

Il sort ses clés de la poche de sa veste et déverrouille la voiture en appuyant sur le bouton. Les sourcils froncés, je m’installe sur le siège passager. Je ne comprends pas ce qui se passe.

 

Je le laisse installer Eleanore dans son siège auto. Ce n’est pas simple car elle gesticule dans tous les sens. Patient, il arrive quand même à l’attacher.

 

Cela me rassure que ce soudain changement d’humeur n’affecte pas sa façon d’être avec notre fille. C’est quelque chose que je ne pourrais pas supporter !

 

Alexander fait le tour de la voiture par l’arrière et vient s’installer derrière le volant.

 

— Alexander, tu vas me dire ce qui se passe, dis-je en le regardant.

 

Il regarde autour de nous comme s’il cherchait quelqu’un. Pourtant, je suis certaine de n’avoir vu personne dans la rue. Il marmonne quelque chose que je ne comprends pas et démarre la voiture sans mettre de musique.

 

— Alexander ! j’insiste doucement pour ne pas le brusquer.

 

Même si j’ai très envie de le secouer pour le faire parler et lui demander de stopper la voiture pour que je prenne moi le volant.

 

 

 

Il soupire plusieurs fois et marmonne tristement :

 

— Bienvenue dans mon enfer personnel !

 

Je fronce les sourcils. Je ne comprends rien !

 

Parle-t-il de son changement d’humeur si soudain et injustifié ? Je soupire.

 

— Explique-moi.

 

Je dépose ma main sur la sienne. Je veux lui faire comprendre qu’il peut se confier à moi.

 

Alexander ricane sans quitter la route des yeux. De temps en temps, il vérifie quelque chose dans le rétroviseur central, pince les lèvres et se concentre à nouveau sur la route. Il soupire et murmure :

 

— Tu ne peux rien faire Léa. Tu n’as pas vu les deux paparazzis cachés derrière la haie en face de chez tes parents ?

 

Je secoue la tête en essayant de me remémorer la scène. Il n’y avait rien d’anormal à part cet éclair. Car maintenant que j’y pense, il n’y en a pas eu depuis. Ce n’était donc pas un orage.

 

— Je n’y ai pas fait attention.

 

— C’est parce que tu n’es pas encore habituée. Tu verras que bientôt, tu vas réussir à les voir avant qu’eux te voient.

 

Alexander semble vraiment malheureux et en colère.

 

 

 

Je ne sais pas quoi faire pour l’aider à part l’écouter me parler de ces gens qui gagnent leur vie en traquant les autres. Souvent dans les pires situations. Ils n’hésitent pas à vendre leurs clichés à des tabloïds qui ont soif de scandales. Les plus glauques sont les plus vendeurs !

 

Ils se moquent bien de briser un ménage, de détruire une carrière sur une rumeur. Eux, ce qu’ils veulent c’est prendre la photo qui fera vendre et qui pourra leur rapporter le plus d’argent possible.

 

— Merci !

 

Je tourne la tête vers lui et le questionne du regard. Pourquoi me remercier ? Je n’ai rien fait.

 

— Merci de ne pas avoir profité du feu rouge pour t’enfuir avec Eleanore. Je suis sincèrement désolé de vous embarquer toutes les deux là-dedans.

 

Alexander sert ses doigts contre les miens.

 

 

 

Je ne dis rien parce que je ne vois pas ce que je pourrais dire de plus. Peut-être juste que je n’ai même pas songé à quitter la voiture. Je suppose qu’il y a des moyens de vivre avec ces vautours qui rôdent autour de nous.

La famille Wills by Mary-m

Sont-ils en train de nous attendre ?

Pendant que Alexander tourne à gauche dans une rue où les maisons alignées sont magnifiques, je regarde autour de moi. Je ne sais pas ce que je cherche!Peut-être un panneau lumineux qui m’indique où se trouve la maison de ses parents.

Quelques minutes plus tard, il stoppe la voiture dans cette rue. C’est donc bien ici qu’ils vivent.

J’inspire et expire doucement pour essayer de calmer les battements douloureux de mon cœur. J’ai envie de vomir. J’ai peur. Et s’ils ne m’aiment pas ?

— Tout va bien se passer, murmure Alexander en serrant mes doigts contre les siens.

Je ne me suis même pas rendue compte que ma main tenait toujours la sienne. Je la libère en rougissant. Lorsqu’il me voit faire, un sourire apparaît au coin de ses lèvres.

 

— Fais-moi confiance.

J’observe l’homme assis à côté de moi dans la voiture. Est-ce-que je lui fais confiance ?

Une partie de moi sait qu’il ne veut pas nous faire de mal. Un peu rassurée, je hoche la tête.

Alexander me sourit. Il détache sa ceinture, attrape sa casquette et ses lunettes de soleil. Plus doucement, je me détache en regardant toujours à l’extérieur. Ce n’est pas parce que je sais que je peux compter sur lui aujourd’hui que je n’ai plus peur.

Allez ma grande, ce n’est pas si difficile, m’encourage ma conscience.

Encore une fois, c’est facile pour elle, elle n’existe que dans ma tête !

 

Je vérifie une dernière fois mon maquillage dans le miroir de la voiture. Satisfaite de ne pas ressembler à un panda, je sors dans le froid automnal et regrette déjà la chaleur et la sécurité de sa voiture.

Pendant que l’acteur prend Eleanore dans ses bras, je vérifie ma tenue. Cela me semble correct. J’ouvre la portière arrière, sors le sac à langer gris et rose et l’orchidée blanche que j’ai acheté pour sa maman. La bouteille de vin est précieusement rangée dans le sac avec les cadeaux pour ses deux neveux.

Alexander, le visage sombre met directement la capuche sur la tête d’Eleanore en regardant autour de nous. Je sais ce qu’il cherche. Après un coup d’œil pour vérifier que je suis prête à les suivre, il s’éloigne rapidement de la voiture.

— Va où papa ?

Eleanore aussi regarde autour d’elle. Elle est curieuse. Nous n’avons pas encore eu l’occasion de parler de la famille de son papa. Les choses se sont un peu précipitées récemment.

— Nous allons chez tes grands-parents, explique Alexander sans ralentir l’allure. Mon papa et ma maman. Ils sont impatients de te rencontrer et tes cousins aussi.

Je souris en évitant de me faire distancer. Alexander s’en sort très bien avec Eleanore. Il essaie souvent de lui expliquer les choses avec des mots qu’elle comprend.

 

Lorsqu’il monte les marches qui mènent vers une maison de briques rouges, mon estomac se serre si fort que je me retiens de vomir mon petit-déjeuner.

C’est le moment de se montrer forte !

Nous sommes au milieu de l’escalier lorsque la porte d’entrée s’ouvre. Une femme très souriante apparaît sur le seuil de la maison. Elle porte une robe en mousseline verte qui lui va à merveille. Ses cheveux bruns sont coupés courts. Malgré les ans, elle est resplendissante.

— Salut man !

— Bonjour

— Entrez mes enfants. Il fait froid dehors.

J’inspire profondément et entre à l’intérieur de la maison.

 

Alexander s’avance dans le hall d’entrée pendant que sa maman ferme la porte derrière nous. Je ne peux plus faire demi tour à présent !

— Merci de nous avoir invités, je murmure timidement en lui tendant l’orchidée.

A son tour, elle rougit lorsqu’elle prend la plante dans les mains.

— Merci beaucoup ma chérie !

Elle enlève la fleur de son emballage et la pose en douceur sur un guéridon où la plante retrouve des congénères. Je souris. Je ne me suis pas trompée en choisissant la plante.

Lorsque le visage d’Eleanore est dégagé de sa capuche, je vois celui de Madame Wills s’illuminer. La ressemblance est frappante entre le père et la fille.

 

Alexander n’a pas voulu mettre ses parents dans la confidence de notre arrangement. Nous devons donc jouer au couple d’amoureux. Il a raconté à sa famille que nous nous sommes fréquentés il y a deux ans et que Eleanore est le fruit de cet amour. Il leur a aussi dit que nous nous sommes séparés à cause de son métier au planning imprévisible.

Je reste sceptique. A mes yeux, ce n’est pas possible de mentir à nos parents. Je suis contente que les miens soient dans la confidence.

Surtout que, je ne suis pas douée pour jouer la comédie. A l’école, j’ai toujours préféré rester dans l’ombre des autres en m’occupant des décors pendant les spectacles. Même si Alexander me fait confiance, je sais que je vais tout gâcher. Il a même essayé de me rassurer en disant que lui possède quelques bases en comédie. C’est un test pour lui. Si nous arrivons à tromper sa famille, nous n’aurons aucun soucis avec le reste du monde.

 

Debout à ses côtés, j’attends qu’il fasse les présentations.

— Mon amour, dit-il en passant un bras autour de ma taille pour m’attirer contre lui. Je te présente ma maman, Bridget. Maman, je te présente Léa, ma fiancée.

« Mon amour », cela me fait bizarre d’entendre ça de sa bouche. Je suppose que je vais devoir m’y habituer. Je pense aussi que c’est pour ça qu’il me tient contre lui. Pour me faire réagir.

Sa maman me sourit avant de s’approcher de moi et de me serrer dans ses bras. Je suis surprise et me force à ne pas me crisper.

 

— Je suis heureuse de faire votre connaissance Madame Wills, dis-je lorsque je suis à nouveau libre de mes mouvements.

— Appelle-moi Bridget.

Elle me prend la main et me guide dans le hall d’entrée.

Alexander et Eleanore marchent derrière nous. J’entends ma petite puce poser beaucoup de questions. Cela ne m’étonne pas, c’est la première fois qu’elle vient ici et qu’elle rencontre la famille de son papa.

A mesure que nous avançons, je sens la nausée faire son grand retour. Je suis morte de trouille !

Comme si elle avait senti mon malaise, Bridget serre doucement ma main et me sourit.

Quelques secondes plus tard, nous nous stoppons devant une porte. J’entends le bruit des conversations dans la pièce de l’autre côté de celle-ci. Mon cœur bat plus rapidement dans ma poitrine.

A côté de moi, Alexander dépose Eleanore sur le sol et lui prend la main. Elle glisse sa main libre dans la mienne et me questionne du regard. La petite ride du soucis apparaît lorsqu’elle entend des murmures dans l’autre pièce.

— Alexander fait souvent ça, remarque Bridget, les yeux brillants.

— Eleanore a hérité ça de son papa, je réponds en souriant.

Mon cœur se réchauffe lorsque je pose mes yeux sur ma fille. Je l’aime tellement.

 

Concentrée sur Eleanore, je sens le souffle chaud d’Alexander près de mon oreille pendant que sa main me frôle doucement. Je frissonne.

— Fais-moi confiance et laisse-moi faire.

Je hoche la tête doucement pendant que Bridget ouvre la porte qui mène vers ce qui me semble être le salon. six personnes sont assises sur le canapé et les fauteuils en cuir noir.

Tous semblent nous attendre avec impatience. Mon cœur bat plus rapidement dans ma poitrine et ma gorge se serre un peu.

 

Dans un mouvement d’une synchronisation irréelle, ils lèvent tous les yeux vers nous et font la navette entre les visages d’Eleanore et Alexander. Eleanore me serre plus fort la main.

— Qui papa ? qui maman ?
Eux aussi ont remarqués la ressemblance frappante entre le père et la fille.

— Léa, je te présente mon père Richard, ma sœur Lizzie, mon frère James, sa femme Julia et les jumeaux Connor et Ian. Vous six, je vous présente ma fiancée Léa, maman de notre petite Eleanore, dit Alexander en souriant.

Je souris timidement en regardant chacune des six personnes présentes dans la pièce.

— Je suis heureuse de vous rencontrer, dis-je en souriant.

Eleanore se glisse devant moi. Son petit corps est posé contre mes jambes. Alexander glisse sa main dans la mienne et la serre doucement comme pour me donner du courage.

Mon premier et seul rôle by Mary-m

— On peut retourner jouer maintenant ?

 

Je me retiens de rire. Les jumeaux semblent avoir des difficultés à rester assis bien longtemps. Leur maman lève les yeux au ciel et acquiesce. Les garçons se sauvent dans un coin de la pièce.

 

— Tu viens Eleanore ?

 

Connor ou Ian revient près de nous et tend la main à Eleanore. Je vais devoir trouver comment les reconnaître tous les deux.

 

A première vue, cela me semble impossible. Ils ont tous les deux des cheveux bruns presque noirs comme leur maman et des yeux bleus comme leur papa.

 

Eleanore qui est assise sur mes jambes me questionne du regard. Je souris et lui fais un clin d’œil complice. Elle sourit et prend la main de son cousin qui, l’entraîne avec enthousiasme près de son jumeau.

 

 

 

Alexander joue distraitement avec une mèche de mes cheveux pendant qu’il discute avec ses parents. Son bras qui entoure mes épaules m’attire un peu plus contre lui. Cela m’apaise un peu car sa famille m’impressionne énormément, même plus que ça !

 

Je sens les regards perplexes de son frère aîné qui ne semble pas beaucoup m’apprécier. Il nous observe les lèvres pincées avant de dire :

 

— Vous allez faire un contrat de mariage ?

 

Tout le monde se crispe dans la pièce. Bridget arrête de boire. Julia, un toast dans la main regarde son mari et puis nous. Richard croise les bras contre son torse en se calant plus confortablement dans le fauteuil où il est assis. Lizzie qui pianote sur son téléphone, lève la tête en nous fixant la bouche légèrement entrouverte.

 

A côté de moi Alexander se tend et fusille son frère du regard.

 

— Bien sûr, j’affirme doucement.

 

Je vois aux expressions de son visage que James n’est pas convaincu.

 

— Je suis désolé ne pas être aussi enthousiaste que le reste de la famille, mais tu arrives avec une fillette que nous n’avons jamais vue. Bien sûr qu’Eleanore est ma nièce, ajoute-t-il quand Bridget ouvre la bouche pour protester, elle ressemble énormément à Alexander. Mais, ce n’est pas la première fois qu’une femme prétend que mon frère a un enfant juste par l’appât du gain.

 

 

 

Je hoche la tête, je comprends James. C’est normal qu’il s’inquiète, son frère a énormément d’argent.

 

— Sa famille est beaucoup plus que riche que moi, lâche Alexander en serrant le poing sur sa cuisse.

 

Je me force à ne pas bouger. J’ai juste envie de me cacher dans un petit trou de souris tant je suis mal à l’aise que cette information soit révélée comme ça.

 

Malgré tout, du bout des doigts, je caresse son poing fermé. Ce n’est jamais une bonne idée de se mettre en colère surtout que son frère cherche juste à le protéger. Je suppose qu’eux aussi ont souffert des prétendues fausses grossesses.

 

Sous mes caresses le poing d’Alexander se détend doucement. Il resserre sa prise autour de mes épaules, dépose sa bouche contre mes cheveux près de mon oreille et me souffle doucement :

 

— Merci.

 

 

 

James a les sourcils froncés. C’est vrai que peu de personnes ne font le lien entre l’immense empire financier de Barbara et moi. Je porte le nom de famille de mon père. Je n’apparais jamais sur dans la presse car Eleanore et moi n’avons presque aucun lien avec cette femme. Et pourtant, ma mère est presque aussi riche que notre reine.

 

Je n’aime pas parler d’elle. Mon estomac se contracte en pensant que peut-être, maintenant que le sujet est mis sur le tapis, je vais devoir expliquer tout cela devant eux tous. Je me demande d’ailleurs comment Alexander a fait le lien entre Barbara et moi. Je me note mentalement de lui demander plus tard.

 

Le frère aîné ne sait plus quoi dire. Et moi non plus !

 

— Je m’inquiète juste pour toi.

 

— Je sais, marmonne Alexander. Tu n’as rien à craindre et puis, ce n’est pas comme si je m’étais déjà marié plusieurs fois. J’espère juste que notre mariage durera jusqu’à la fin de nos jours, ajoute-t-il en déposant un baiser sur la paume de ma main.

 

Mon estomac se serre encore plus. Je sais qu’il dit ça pour sa famille, mais ses mots résonnent en moi et provoquent un malaise. Je n’aime pas mentir et c’est ce que nous faisons ! Cette famille restera toujours celle d’Eleanore quoi qu’il arrive entre Alexander et moi.

 

 

 

Même s’il ne dit rien depuis le début, je sens que Richard m’observe. Il m’intimide. Il y a une certaine ressemblance entre lui et son fils. La même couleur des yeux, des cheveux aussi désordonnés naturellement. Nos échanges ont été froids comparés à ceux que j’ai eus avec sa femme. Peut-être est-il hostile à ma présence sous son toit ? Ou alors, c’est peut-être tout simplement son caractère. Nous, anglais, sommes connus pour ne pas laisser nos sentiments et émotions trop transparaître.

 

De froide, son attitude est devenue bienveillante et aimante lorsqu’il a posé les yeux sur Eleanore. Un vrai papi gâteau.

 

 

 

— Et si nous passions à table ?

 

Bridget se lève du canapé et entraîne joyeusement les enfants dans la salle à manger. Eleanore s’entend très bien avec ses cousins.

 

Tout le monde se lève et s’avance vers l’autre pièce où, je suppose la table doit déjà être mise. Je me lève et m’apprête à rejoindre Eleanore lorsque je sens Alexander me prendre la main et entrelacer nos doigts. Ce geste même s’il sert à notre comédie de couple amoureux me semble devenu tellement naturel entre nous.

 

— Merci, murmure-t-il doucement en caressant mon visage.

 

Les joues rouges, je lève les yeux vers les siens et le questionne du regard.

 

— D’être toi, ajoute-t-il en remettant une mèche de mes cheveux derrière mon oreille. Tu es merveilleuse.

 

Je frissonne à son contact. Je ne pense pas être quelqu’un de merveilleux, je tente juste de faire de mon mieux.

 

— Ton frère ne m’aime pas beaucoup, je souffle aussi bas que possible pour que lui seul m’entende même s’il ne reste que nous deux dans la pièce.

 

— Laisse-lui le temps de te connaître.

 

J’acquiesce sans le quitter des yeux. Je n’arrive plus à comprendre les réactions de mon corps. Pourquoi ai-je envie qu’il m’embrasse lorsqu’il me regarde comme ça ?

 

Alexander prend mon visage en coupe dans ses mains en continuant de me sourire. Son regard est doux. J’arrête de respirer quelques secondes lorsqu’il se penche vers moi et dépose un baiser sur mes lèvres – délicatement – avant d’approfondir notre baiser lorsque j’y réponds.

 

 

 

Je m’accroche des deux mains à son pull gris pour ne pas tomber sur le canapé qui touche l’arrière de mes jambes. Il tient toujours mon visage entre ses deux mains.

 

Je ne pense plus à rien d’autre qu’à ses lèvres sur les miennes et aux sensations qui se réveillent dans mon corps.

 

— Les enfants, nous…

 

Je sursaute et m’éloigne rapidement de l’acteur comme si je venais de me brûler. Coupée dans son élan, Bridget est figée près de la porte. Elle tient une cuillère en bois dans sa main droite.

 

Je tente de reprendre discrètement une respiration moins saccadée. J’ai l’impression d’être une adolescente prise en flagrant délit. Alexander semble bien s’amuser. Sa main est retournée autour de ma taille, il sourit en coin et attend que sa maman termine sa phrase.

 

— Nous vous attendons pour commencer.

 

Quand je reprends totalement mes esprits, je me demande si Alexander ne m’a pas embrassé parce qu’il a vu Bridget arriver vers nous. C’était sans doute pour notre rôle d’amoureux. Je pince les lèvres, plus contrariée que je ne l’aurais voulu !

 

C’est le seul et unique rôle de ma vie. C’est bien trop stressant comme métier – pas fait pour moi – vraiment pas du tout.

 

 

 

Le repas se passe dans une ambiance calme et sereine. Lizzie taquine ses frères au sujet d’un garçon qu’elle vient de rencontrer. Les frères Wills sont très protecteurs avec elle. Elle est vraiment très sympathique et enjouée. Elle déborde d’énergie et d’enthousiasme pour tout. Ses longs cheveux blonds sont retenus grâce à une coiffure compliquée que je suis incapable de reproduire. Ses yeux verts sont plus clairs que ceux de ses frères. Elle fait des études d’architecture.

 

James est plus réservé, je suppose que son rôle d’aîné doit y être pour quelque chose. Avec Julia, ils ont créé une boîte de communication.

 

— Où trouves-tu l’inspiration pour tes livres ?

 

J’arrête de manger le crumble aux pommes qui se trouve dans l’assiette à dessert posé devant moi. Je n’aime pas parler de moi. Je suis mal à l’aise d’être le centre de l’attention. Pour cacher mon trouble, je tourne la cuillère entre mes doigts.

 

Bridget m’a posée beaucoup de questions pendant le repas, - je suppose qu’elle veut apprendre à me connaître – des questions sur mon métier, mon enfance, mes études, mes parents. Après tout, je vais épouser son fils.

 

— En observant les gens dans la vie de tous les jours, j’explique en souriant. Déjà petite, j’aimais inventer des histoires.

 

 

 

La conversation dévie sur notre projet commun à Alexander et moi. Notre vie future et surtout notre mariage dans deux jours à peine.

 

Alexander répond principalement aux questions. Je le laisse faire avec soulagement. De toute façon, je ne sais pas quoi répondre aux trois quarts d’entre elles. Tout cela est si soudain que je n’ai pas encore pris le temps de mettre de l’ordre dans mes idées. Je suis admirative de sa façon d’improviser et de la parfaite maîtrise de ses nerfs. Les miens sont sur le point de craquer.

 

— C’est ton beau-père qui s’occupe de ta robe ?

 

J’acquiesce en souriant à Julia :

 

— Je lui ai demandé de faire quelque chose de simple.

 

— J’adore toutes ses créations, me confie-t-elle.

 

Je suis un peu soulagée lorsque la conversation dévie sur le nouveau projet de Lizzie. Elle doit imaginer une maison innovante qui se fond parfaitement dans le décor londonien.

 

 

 

A la fin du repas, Bridget se lève pour débarrasser la table, j’en fais autant malgré ses protestations.

 

Je lui tiens tête et la suis dans la cuisine où je dépose les assiettes que je tiens dans les mains sur le plan de travail en granit noir.

 

— Dehors les garçons ! On ne peut pas avoir de conversations entre filles si vos oreilles traînent dans la pièce.

 

Julia et Lizzie rigolent. Je souris en continuant de rassembler les serviettes usagées.

 

Alexander qui est debout à côté de moi me jette un regard pour voir si je suis d’accord de rester seule. Je hoche la tête même si je suis un peu anxieuse.

 

Et si je réponds tout le contraire de ce que Alexander a pu leur dire ?

 

Il me sourit, dépose un baiser sur ma joue et quitte la pièce avec son frère.

 

 

 

— Merci !

 

Je sais que le merci de Bridget n’est pas un merci de l’aider à ranger la cuisine.

 

— Je sais que cela n’a pas dû être facile pour toi de venir chez nous aujourd’hui, ajoute-t-elle, en prenant mes mains dans les siennes.

 

Elle a totalement raison, mais à présent, je ne regrette pas d’être venue. J’ai du chemin à faire avant d’être accepté par l’entièreté du clan Wills et j’en ai conscience.

 

— Personne ne te juge. Tu as fait ce que tu as jugé bon de faire à cette époque. Alexander n’a pas un métier facile et je suppose que tu as voulu protéger notre petite Eleanore. J’admire ta force et ton courage. Je suis vraiment heureuse que tu deviennes ma fille.

 

Elle me sert dans ses bras.

 

 

 

Lizzie et Julia me sourient toutes les deux. Je sais que je vais bien m’entendre avec les femmes de la famille. La première est à peine plus jeune que moi. Julia a la trentaine.

 

— Vous êtes trop gentille avec moi, je murmure la gorge serrée.

 

La maman d’Alexander vient de prononcer les mots que j’avais besoin d’entendre. Des mots que je ne mérite pas.

 

— N’en veux pas à James, il tient beaucoup à son petit frère, ajoute Julia en essuyant un verre à vin.

 

— Je le comprends, je réponds doucement en passant le verre que je viens d’essuyer à Lizzie qui les range dans l’armoire. C’est normal qu’il s’inquiète pour Alexander.

 

 

 

Elles discutent joyeusement des fêtes de fin d’année qui approchent. Bridget semble aimer organiser de grands repas de famille. Elle va bien s’entendre avec Jack. C’est la période de l’année qu’il préfère.

 

Je continue d’essuyer la vaisselle en les écoutant distraitement discuter cadeaux, menus. Je me stoppe dans mon mouvement. Elles me regardent toutes les trois et semblent attendre une réponse de ma part.

 

— Je suis désolée, je murmure en rougissant. J’étais perdue dans mes pensées.

 

— Vous serez des nôtres ? répète Bridget.

 

Elle est penchée au-dessus d’un cahier et y ajoute des choses avec un crayon de papier.

 

— Nous n’avons encore rien décidé, j’avoue les sourcils froncés.

 

J’espère que l’acteur n’a pas déjà confirmé notre présence à ses parents. Jack tient à son réveillon de Noël. Même si je suppose que maintenant, nous allons devoir partager notre temps entre nos deux familles. Mon cœur se serre.

 

Maintenant que j’y réfléchis, Alexander ne sera peut-être même pas là.

 

— Alexander part bientôt à Vancouver. Je ne sais pas encore quand il sera de retour à Londres, j’ajoute en essayant de me souvenir des informations que l’acteur m’a déjà fournies.

 

— C’est vrai, soupire-t-elle en pinçant les lèvres.

 

Elle ferme son cahier en soupirant.

 

Je suppose que pour ses parents aussi cela doit être difficile qu’il soit souvent à l’étranger et encore plus pendant des périodes comme les fêtes de fin d’année où les familles sont souvent réunies.

 

 

 

— Alexander est vraiment amoureux de toi, lance joyeusement Lizzie avant de bailler et s’étirer.

 

Elle est sortie toute la nuit avec des amis de sa promotion.

 

— Il t’a couvée du regard pendant tout le repas, ajoute Julia en riant. Cela fait plaisir de le voir heureux.

 

— Il y a vraiment une connexion entre vous deux. Une sorte d’aura éblouissante. Ce baiser dans notre salon était très beau mais, assez dérangeant pour une maman, rigole Bridget en sortant de la cuisine pour rejoindre les autres.

 

Je suis rouge tomate et même plus que ça. Alexander est vraiment un bon comédien s’il a réussi à duper sa famille et surtout, sa maman.

 

 

 

Dans le salon, les hommes discutent formule 1 pendant que les enfants continuent de jouer dans leur coin. Lorsqu’il me voit, Alexander se lève en me souriant.

 

— Cela fait bien longtemps que tu ne fais plus ça, soupire Julia pour taquiner son mari.

 

— C’est parce qu’ils ne sont pas encore mariés. C’est encore la période de séduction. Tu verras d’ici quelques années, lui répond James en se moquant de son frère.

 

— C’est ce que tu crois mon vieux, réplique Alexander en me serrant contre lui avant de caresser ma joue du bout des doigts. Elles ont été gentilles avec toi ? ajoute Alexander juste pour moi.

 

Je frissonne au contact de sa peau contre la mienne. Je hoche la tête. Je ne sais pas ce qui m’arrive pour l’instant. Ce n’est pourtant pas dans mes habitudes d’être aussi docile que ça. Non pas que je sois aigrie avec les hommes. J’espère que c’est juste parce que tout cela est nouveau pour moi.

 

 

 

— On va rentrer à la maison, dit Alexander en voyant que notre Eleanore se frotte les yeux.

 

Les jumeaux sont deux ans plus vieux qu’elle. Ils ne font sans doute déjà plus la sieste. Elle en a encore besoin pour l’instant.

 

Bridget va directement chercher nos vestes. Je laisse Alexander mettre celui d’Eleanore pendant que je remercie sa famille pour son invitation.

 

— Elle peut dormir dans la chambre de tonton Alex, négocie Connor ou Ian. On a pas fini notre jeu.

 

Alexander s’accroupit près de son neveu et lui dit doucement :

 

— Je comprends que vous soyez déçus les garçons. Eleanore viendra bientôt jouer ici et puis si Léa est d’accord, vous pourriez peut-être venir jouer à la maison.

 

— C’est une bonne idée, j’approuve en m’accroupissant à côté de l’acteur pour être à leur hauteur. Je suis certaine que votre cousine sera contente de vous montrer sa chambre.

 

Les jumeaux arrêtent de protester en regardant Alexander et moi comme si nous venions de leur promettre des tonnes de bonbons.

 

— Ce sera génial.

 

— Trop top.

 

Je rigole en me relevant. Ils sont vraiment adorables ces deux-là.

 

 

 

— Il faut qu’on se fasse une sortie entre filles, propose joyeusement Lizzie en me serrant contre elle.

 

— Avec plaisir, je réponds en souriant.

 

Julia s’enthousiasme à l’idée de pouvoir passer du temps avec nous. Bridget qui est étonnée que sa fille lui propose de nous accompagner, refuse pour ne pas nous déranger avant d’accepter devant notre insistance.

 

En riant avec Lizzie, je vois Alexander me fixer en souriant. Même si je sais que ce regard doux et tendre n’est que pour sa famille, je me sens bizarre. Je n’arrive pas à le quitter des yeux.

 

— Vous êtes certain que vous ne voulez pas que nous gardions Eleanore pour que vous répétiez votre nuit de noce, s’amuse James. N’oubliez pas qu’il y a des enfants dans la pièce et Lizzie.

 

Je quitte Alexander des yeux pour fixer une poussière imaginaire sur ma veste. J’ai chaud à force de rougir autant.

 

— Lizzie !

 

Bridget a entendu l’insulte que la jeune femme a balancée à son frère aîné.

 

— C’est vrai qu’il fait très chaud dans la pièce avec toute cette tension entre vous deux, s’amuse Julia en s’éventant avec sa main.

 

Alexander lève les yeux au ciel en souriant en coin. Il a l’habitude de se faire taquiner par sa famille. Ce n’est pas mon cas.

 

— Pas besoin de répéter, je suis très bon en improvisation !

 

Il n’a pas osé !

 

Je cherche des yeux un trou de souris dans lequel me cacher et en même temps, je sens le rire nerveux arriver.

 

 

 

Nous marchons rapidement dans la rue. J’ouvre la voiture, m’y installe pendant qu’il attache Eleanore dans son siège. Elle s’est endormie dans ses bras pendant que nous marchions.

 

— Alors ?

 

Il met la musique au plus bas et démarre la voiture.

 

— Tu as une famille merveilleuse, je réponds en souriant.

 

Je n’ose pas le regarder alors je fixe la route devant moi. Il sourit content de ma réponse.

 

— C’est vrai que j’ai de la chance, murmure-t-il. Maman et mes sœurs t’adorent.

 

— Je les aime beaucoup aussi, dis-je doucement en repensant à la gentillesse des femmes de la famille. Ta maman est exactement comme j’imagine qu’une mère doit être avec ses enfants. Julia est pareille avec les jumeaux.

 

— Tu es comme ça avec Eleanore, réplique-t-il en tournant légèrement la tête vers moi.

 

— Je l’espère, je murmure en pensant à ma mère.

 

Je n’ai pas eu le bon exemple avec Barbara. C’est un peu de l’improvisation avec Eleanore.

 

 

 

A la maison, il dépose Eleanore dans son lit. Elle dort toujours. Il l’embrasse sur le front et me suis hors de la chambre. Je pense que ce n’est pas le bon moment de lui montrer sa chambre. J’ai peur qu’il prenne cela comme une invitation. J’ai surtout peur de me retrouver dans une pièce avec un lit en sa présence.

 

— Drôle de journée.

 

— Drôle de journée, j’approuve en fixant mes chaussures.

 

Nous sommes debout dans le salon. Il s’approche de moi et glisse sa main sous mon menton pour relever mon visage vers le sien. Je fixe ses yeux verts avec attention. C’est la tempête dans son regard. Il y a tant d’émotions qui se bousculent. Mon cœur bat plus rapidement. Inconsciemment, je me mords légèrement la lèvre du bas sans le quitter des yeux.

 

Pourquoi il fait si chaud ?

 

Alexander détaille mon visage. Lorsque son visage s’approche du mien, je sais – j’espère – qu’il va m’embrasser. Mes lèvres n’attendent que ça.

 

Lorsque ses lèvres se posent sur ma joue où il dépose un baiser, je me retiens de grogner de frustration.

 

Pourquoi ? hurle ma conscience.

 

— Je vais y aller, murmure-t-il en se reculant.

 

Les bras le long du corps, je l’observe sans bouger. Je me sens bête. Je suis certaine qu’il a envie de m’embrasser. Je crois.

 

Propose lui de rester, lance ma conscience.

 

Alexander ferme les yeux, secoue la tête.

 

Et là, je me souviens qu’il n’y a plus personne pour nous voir et qu’il peut arrêter sa comédie romantique.

 

Mon cœur se serre doucement.

 

— Bonne fin de journée, ajoute-t-il en s’éloignant rapidement.

 

— A toi aussi, je réponds plus sèchement que je ne l’aurais voulu.

 

Il faut que j’arrête d’oublier que ce n’est qu’une façade !

Babygym by Mary-m
Author's Notes:

Coucou tout le monde,

 

Un petit message pour remercier les personnes qui prennent le temps de lire mon histoire. Vous êtes adorables.<3

Ce chapitre est un peu particulier.

Les auteurs aiment parfois s'inspirer de leur vie, de personnes rencontrées pour écrire. C'est le cas pour ce chapitre.

On se retrouve en note de fin pour les explications.

Bonne lecture !

 

Mary

 

 

 

— Maman écoute.

Je suis en train de lui mettre ses chaussures, et mon téléphone sonne encore. C’est bien la vingtième fois depuis mon réveil. Il est posé sur le meuble près de la porte d’entrée. Je suis tellement agacée que je ne vérifie pas l’identité de la personne qui essaie de me joindre. Après tout, si c’est important elle laissera un message.

Lorsqu’elle est prête, Eleanore frappe dans ses mains pendant que je vais chercher notre sac de sport que j’ai posé sur la table de la salle à manger. Revenue dans le couloir, j’attrape mes clés de voiture dans la coupelle, prends mon téléphone que j’hésite à éteindre et la range dans la poche de ma veste.

 

Pendant que nous descendons les marches du perron pour rejoindre la voiture qui est garée le long du trottoir, je laisse à nouveau la sonnerie s’élever discrètement autour de nous.

J’installe Eleanore sur son siège, et vais m’installer derrière le volant. J’espère qu’il n’y a pas de bouchons car je dois traverser une partie de la municipalité pour me rendre au centre sportif où a lieu le cours de baby gym.

Par chance, ma petite coccinelle traverse la ville rapidement. Je vois enfin le centre sportif lorsque le chanteur de a-ha entame le dernier couplet de Take On Me.

 

Sur place, je sors de la voiture, attrape notre sac sur le siège passager. Mon téléphone recommence à sonner.

— Maintenant ça suffit ! je marmonne entre mes dents.

Je l’attrape dans poche et l’éteins. Je n’ai pas envie de gâcher la séance.

En marmonnant, je le glisse dans la pochette extérieure du sac de sport et ouvre la portière d’Eleanore. J’essaie vraiment de faire bonne figure devant elle, même si ce n’est pas facile aujourd’hui. Lorsqu’elle touche le sol, elle recommence à sautiller. Elle est impatiente de retrouver ses amis.

Elle attrape ma main et nous hâtons le pas vers l’entrée. Je suis contente que ce ne soit pas la pleine influence. Je n’ai pas envie de voir les gens me dévisager avec curiosité.

Nous marchons rapidement. La professeure est dans le hall d’accueil et discute avec un couple. Je la salue d’un signe de tête, et nous entrons dans la grande salle.

Je dépose nos affaires sur les gradins, enlève la veste et les chaussures d’Eleanore et lui mets ses chaussons de gym.

Quand elle est prête, elle court rejoindre ses copains : Amy, Mia et Josh.

A mon tour, j’enlève mon manteau et mes chaussures de ville.

Je porte un pantalon de yoga noir, un long débardeur vert et des chaussures de sport noires. Mes cheveux sont retenus grâce à un chignon assez brouillon.

 

— Joshua descend de là tout de suite ! Ne me force pas à venir te chercher !

Peggy hurle à s’en casser les cordes vocales. Elle porte un pantalon de tailleur noie et une chemise bleue. Ses longs cheveux blonds sont coiffés impeccablement. Aucune mèche rebelle ce qui n’est jamais mon cas. Son téléphone, qu’elle ne quitte jamais, est dans ses mains. Elle doit donner des consignes à son assistante, mais elle arrive quand même à fusiller son fils du regard tout en écrivant. Pour sa défense, c’est vrai que son petit garçon est une vraie tornade. Il est déjà venu jouer plusieurs fois à la maison, j’ai mis deux jours à m’en remettre et mon intérieur aussi.

 

Pendant que je m’approche du groupe, Karen me fait un signe de la main. Elle est souriante comme toujours même si elle semble vraiment fatiguée. Les cernes sous ses yeux sont de plus en plus marqués. Sa petite Jenny qui a quelques semaines ne dort toujours pas. Elle ne s’apaise que si elle est dans les bras de Karen qui, depuis la porte presque toute la journée dans l’écharpe que je lui ai offerte en cadeau de naissance.

Ben, le mari de Karen est souvent en déplacement à l’étranger. Elle se retrouve donc très souvent seule avec ses deux filles.

Lorsque je m’approche de mes amies, je me note de lui rendre visite plus souvent pour essayer de l’aider le plus possible. Peut-être jouer à la baby-sitter pour qu’elle puisse se reposer un peu.

 

— Je n’en reviens pas que tu nous aies cachés ça, murmure Jill en me montrant la une d’un magazine people.

— Chut, je marmonne en le lui arrachant des mains pour le ranger dans son sac à main. Pas ici et surtout pas maintenant !

— Tu sors avec Alexander Wills et tu ne nous as rien dit ! je pensais que nous étions tes amies, continue-t-elle en souriant.

Karen secoue la tête amusée. Jill est comme ça. C’est la plus exubérante du groupe. Elle adore les ragots et la presse people. Elle ne travaille pas.

« Pas besoin avec un mari qui gagne très bien sa vie », nous a-t-elle un jour dit.

 

Ce sont les trois mamans que j’ai rencontrées pendant les cours de yoga prénatal. Depuis, nous sommes restées en contact et devenues amies. Bien sûr, elles ne remplaceront jamais Angie, mais, je m’amuse vraiment bien avec elles. Je peux parler de mon quotidien de maman et puis, Eleanore adore ses trois amis. Nous nous retrouvons assez souvent chez l’une ou l’autre pour discuter autour d’un goûter et parler d’éducation alternative.

— Plus tard, je siffle entre mes dents en regardant autour de moi.

— Jill ça suffit, intervient Karen lorsqu’elle voit qu’elle ne compte pas lâcher le morceau si facilement. Jill hausse les épaules et lève les yeux au ciel. Elle me connaît suffisamment pour savoir qu’elle n’obtiendra rien de moi pour l’instant.

 

Je me mords la lèvre du bas. Mes yeux me piquent un peu lorsque je sens les regards des autres parents sur moi. Saleté de Paparazzi !

Angie m’a envoyé un mail de la nuit – c’était encore la journée pour elle aux U.S.A – que j’ai vu ce matin en me réveillant. Un lien vers un site people américain. Alexander et moi en faisions la une !

Alexander a vu juste hier quand nous sommes sortis de chez mes parents. Ce sont ces photos précisément qui ont été vendues aux journaux.

Assise sur mon lit, j’ai fixé l’écran de mon ordinateur et les photos pendant plusieurs minutes. Nous sommes sur la plupart en train de rire tous les deux. Ce moment où Alexander m’a taquiné pour la capuche d’Eleanore.

Sortez les mouchoirs mesdames, Alexander Wills n’est plus célibataire !

Comment la romancière Léa Lewis a conquis son cœur ?

Tous les détails et interviews exclusives de leurs proches pages 5 à 10.

 

La seule chose qui m’a un peu consolé ce matin, c’est qu’aucune photo ne laisse entrevoir le visage d’Eleanore.

Je peux supporter le fait d’être dévisagé, mais il est hors de question que son visage apparaisse dans la presse.

Après le choc, j’ai tout de suite téléphoné à mon avocat. J’ai voulu connaître les alternatives possibles si jamais cela arrivait.

Il m’a rassuré et promis de préparer rapidement plusieurs demandes de suppressions immédiates qui seront l’étape douceur. Si cela ne fonctionne pas, nous passerons par la case justice.

 

Depuis ce matin, Alexander a essayé de me joindre à plusieurs reprises, mais je n’ai pas décroché. Je n’ai pas envie de lui parler. Je suppose qu’il veut savoir comment je vais. Pour l’instant, tout ce que je veux, c’est faire le vide dans ma tête et profiter de cette heure pour passer du temps avec Eleanore.

— Mesdames, messieurs, nous allons commencer, annonce joyeusement Betty d’une voix basse et mystérieuse. Les enfants, venez rejoindre vos parents au milieu de notre cercle.

Nous nous avançons et nous mettons au bord du cercle tracé à la craie par Betty. Les enfants sont au centre. Cela les amuse d’être entouré des adultes. Eleanore me regarde en souriant. Je sais qu’elle s’amuse beaucoup ici.

C’est pour ça que, quoi qu’il arrive, je n’accepte jamais de rendez-vous à cette heure-ci le jeudi matin. C’est notre heure à toutes les deux. Un moment entre une fille et sa maman.

 

— Nous allons chanter notre chanson pour réveiller notre corps, continue Betty en donnant la main à ses voisines.

Peggy me prend la main pendant que je tends l’autre à Jay, mon voisin de droite. Avec son conjoint, ils ont une petite fille à peine plus vieille qu’ Eleanore.

Je ferme les yeux et fais le vide dans ma tête.

— Chouuuuuuuuuuu

Nous reprenons tous en chœur. La première séance a été très difficile. Impossible de garder mon sérieux. C’est pour ça que depuis, je ferme les yeux. Je préfère éviter de croiser le regard d’un autre parent car, ce serait le fou rire assuré.

— ouuuuuuuuuuuuu

Comme à chaque fois, je sens Peggy rire. Elle n’y arrive jamais. La grande avocate, qui est un vrai requin quand elle défend une affaire n’arrive pas à rester sérieuse avec cette chanson.

— Carottes.

Nous lâchons les mains.

— Navets

Nous claquons nos mains sur nos cuisses.

— Pommes de terre.

Nous tapons dans nos mains.

 

Betty n’a plus vraiment besoin de nous guider. Nous nous asseyons ensuite en cercle. Elle prend les minutes suivantes pour saluer chacun des enfants présents qui, lui réponde « bonjour Betty ». C’est très important pour elle. Elle dit que c’est un moyen de rentrer en connexion tous ensemble.

Quand vient notre tour, Peggy cache son fou rire par une crise de toux.

— Bonjour Léa.

— Bonjour Betty, je réponds en lui souriant.

Pendant qu’elle continue le tour du cercle, je sens à nouveau les regards curieux. Lorsque je lève les yeux, je croise les regards moqueurs de Gillian et son amie Rachel qui se parlent à l’oreille en ricanant. De ma place, je comprends quelques bribes de leur conversation « pour son argent » et « profiter de sa célébrité ». Elles ne nous aiment pas beaucoup depuis le début de l’année.

— Tu as vu le mari de Gillian, il est moche comme un pou. Elle doit être jalouse que tu sortes avec un homme aussi canon ! me murmure Peggy qui a suivi mon regard.

J’acquiesce distraitement. Je vais devoir apprendre à faire face à la jalousie des autres.

 

— Nous allons continuer à réveiller notre corps, lance Betty en se levant pour se diriger vers son lecteur cassettes d’un autre temps. Prenez le temps de courir dans toute la pièce.

Dancing Quenn du groupe Abba s’élève dans la pièce pendant que les enfants commencent à courir.

Pour les adultes, cela s’apparente plus à de la marche rapide qu’à de la course.

— Bravo tout le monde, nous encourage Betty. Maintenant, vous êtes un oiseau.

Je pince fort les lèvres pour ne pas rire quand je croise le regard de Peggy qui continue de se marrer dans son coin. Je tends les bras sur le côté et fais des mouvements souples comme pour battre des ailes en parcourant la pièce.

— Un danseur classique.

Les enfants ont plus de difficulté avec cette consigne. Beaucoup ont compris le mot danseur. Ils se dandinent sur la musique qui n’est pas vraiment prévue pour cet exercice précis. Karen qui est une ancienne danseuse, fait une magnifique arabesque. Et même si elle est bien protégée dans l’écharpe, elle a déposé sa main au niveau de la tête de Jenny.

D’autres s’amusent à faire des sauts.

J’ai quelques notions de danse classique - Merci Barbara ! - je fais donc quelques pas chassés en espérant que Betty change rapidement de consigne.

— Dites-moi que je rêve, crie Gillian.

Sa voix est très aiguë et couvre la musique.

 

Surprise, je me stoppe dans mon mouvement et tourne la tête où elle pointe du doigt. Alexander est dans un coin de la pièce et ne me quitte pas des yeux. Je rougis.

« Génial », je pense avec mauvaise humeur.

Lorsqu’elle le voit Eleanore se stoppe, et court se jeter dans les bras de son papa qui la réceptionne en souriant.

Les joues rouges, je regarde Betty qui semble prise de court. Elle est en train de perdre sa connexion avec le groupe. Les sourcils froncés et les lèvres pincées, elle coupe la musique. Il n’y a plus que les chuchotements surexcités de plusieurs parents.

— Je suis désolée, dis-je en m’éloignant rapidement du groupe.

Je marche rapidement en cherchant quoi dire. A sa hauteur, je l’attrape par le bras et nous éloigne le plus possible du groupe pour que notre conversation reste entre nous deux.

 

— Qu’est-ce-que tu fais là Alexander ?

Eleanore est retournée près de ses copains. Je m’arrange pour que mon visage contrarié ne soit visible que par lui. Je ne sais pas jouer la comédie comme lui.

— Comme je n’arrivais pas à te joindre, j’ai téléphoné à Jack qui m’a dit que vous étiez ici toutes les deux. Je voulais juste voir si tu allais bien. Je suis tellement désolé de t’entraîner dans tout ça.

Nos visages sont assez proches, pour n’être entendu par personne. Ses yeux ne quittent pas les miens. Je le vois qu’il est inquiet.

Je me mords l’intérieur de la joue, c’est de ma faute s’il est là.

 

Je m’apprête à lui répondre lorsque la voix de Betty résonne à nos côtés : — je suis désolée de vous déranger, mais vous perturbez mon cours. Si vous voulez rester, je vous invite à vous joindre à nous. Nous n’avons pas tellement de papa dans le groupe. Et, je suis certaine que votre petite Eleanore sera contente de partager cette connexion avec vous.

— C’est gentil à vous Betty, mais Alexander a sans doute d’autres ch…

— Avec plaisir.

Pardon ?

Les yeux écarquillés, je me tourne vers l’acteur. A quoi joue-t-il exactement ?

 

Assez contente d’elle, Betty s’éloigne pendant qu’Alexander enlève ses chaussures et sa veste en cuir. Lorsque je me rends compte que je le fixe bêtement, je baisse les yeux et m’éloigne. Alexander me rejoint rapidement et marche à côté de moi.

— Moi aussi j’ai envie de faire l’oiseau, dit-il en me souriant pendant que nous rejoignons le groupe.

Je suis un peu agacée par sa présence. Peut-être aussi jalouse de devoir aussi partager ce moment avec lui.

— Je vous propose de continuer la séance. Le papa d’Eleanore va se joindre à nous.

Lorsque Betty dit ça, je vois plusieurs personnes faire la navette entre le visage d’Eleanore et Alexander. Moi qui n’ai jamais donné l’identité de son papa, je sens que je vais devoir expliquer plusieurs choses dans les prochains jours. Mon ventre se tord d’avance.

Quelques mamans se recoiffent et vérifient leur tenue. Peggy se glisse à mes côtés.

— Tu n’aurais pas dû le lâcher dans la cage aux fauves, rigole-t-elle en me donnant un coup d’épaule complice.

— Il est assez grand pour se débrouiller, je réplique amusée malgré tout par l’image.

Betty remet la musique et nous continuons l’exercice. Nous devenons des mimes, le vent, des grenouilles. Lorsque je croise le regard amusé d’Alexander, j’ai à nouveau des difficultés à garder mon sérieux. Il s’arrange toujours pour être sur mon chemin. Malgré la taille de la salle, il n’y a pas un mouvement où je ne le croise pas.

Eleanore est contente que son papa soit là. Elle lui sourit à chaque fois qu’elle le croise et lui murmure :

— Regarde papa.

Lui lève le pouce pour ne pas perturber le cours plus que ça.

 

Au bout de quinze minutes, nous commençons la séance. Betty sépare les enfants en quatre groupes. C’est plus facile pour les faire tourner aux ateliers qu’elle a prévus aujourd’hui. Ce sont les parents qui les surveillent pendant qu’elle s’assure que tout va bien d’un atelier à l’autre.

Dans notre groupe, Eleanore passe en première. C’est toujours la plus motivée pour essayer de nouvelle chose. Elle marche en équilibre sur l’arrière d’un banc avant de glisser sous une structure. Elle se débrouille très bien. Quand elle est assez avancée sur le parcours, je fais commencer Amy que j’aide à avancer sur le banc en lui tenant la main. Lorsque Eleanore termine, elle va s’asseoir à l’arrière de la file et attend à nouveau son tour. C’est devenu une routine pour eux.

Notre groupe est composé de ses trois copains et de Jenny, la fille de Jay que nous apprécions beaucoup avec les filles. Il a toujours le bon mot à chaque situation. Il lui arrive de nous rejoindre pour prendre le goûter.

 

Alexander se tient à l’écart. A plusieurs reprises, je croise son regard que je n’arrive pas à déchiffrer.

Nous tournons dans les différents ateliers. Le dernier que nous faisons aujourd’hui et le yoga parent – enfant. Betty nous montre des figures et nous devons les reproduire.

Lorsque je lui demande s’il veut le faire avec Eleanore, Alexander refuse en me souriant.

— Je préfère vous observer Eleanore et toi.

 

Allongée sur le sol, j’écoute les consignes de Betty. Je suis un peu mal à l’aise de savoir que l’acteur ne me quitte pas des yeux.

— Les jambes pliées, les plantes des pieds au sol. Expirez et contractez le périnée tout en remontant vos genoux vers votre poitrine. Installez votre enfant sur vos tibias. Parfait, nous encourage-t-elle. Maintenant, gardez le dos droit, rentrez le menton, posez la tête sur le sol. Expirez et levez la tête en décollant les épaules du sol et redescendez sur l’inspiration. C’est très bien les parents.

Elle passe entre les parents pour corriger un mouvement ou un autre.

— C’est parfait Léa, me félicite-t-elle.

— Merci, je murmure.

Comme Karen ne peut pas faire l’exercice avec Jenny dans l’écharpe, je le refais avec Amy à la place d’Eleanore. De loin, je vois Karen discuter avec Alexander. Il lui répond sans me quitter des yeux.

 

La dernière partie de la séance est consacrée au repos de notre corps. Betty a installé des tapis de gym sur le sol et nous invite à nous y installer. Sa voix ressemble à un murmure. Alexander se couche à mes côtés. Il est couché à cheval sur deux tapis pour que nous ayons suffisamment de place pour tous les parents et les enfants présents. Nos jambes et nos mains se touchent.

— Fermez les yeux, chuchote Betty très doucement. Imaginez qu’une petite goutte d’eau tombe du ciel. Inspirez, expirez comme nous l’avons appris. Cette petite goutte tombe sur vos orteils et remonte le long de votre pied.

Malgré la présence de l’acteur, j’essaie vraiment de me relaxer. J’inspire et expire doucement.

La voix de Betty me semble très loin à présent. Je laisse mon esprit se reposer. Je me sens somnolente comme à chaque fois.

 

— Elle remonte le long de votre ventre.

Dans mon état de semi-conscience, je frisonne lorsque je sens les doigts d’Alexander frôler ma main. C’est à peine perceptible.

J’ai très envie d’éloigner ma main. Surtout que, tout le monde mis à part Betty doit avoir les yeux fermés. Je suppose qu’il agit comme ça parce que nous sommes en public. J’en veux à mon corps de réagir aussi rapidement dès qu’il me touche.

— Elle caresse votre bouche.

Je suis bel et bien revenue dans la salle, et je n’arrive plus à penser à autre chose que sa main qui touche la mienne. Ses doigts qui se promènent discrètement sur mon poignet et ma main.

— Et maintenant, tout doucement, quand vous êtes prêts à le faire, vous pouvez ouvrir les yeux.

En général, je suis la dernière à ouvrir les yeux, mais pas aujourd’hui !

Je les ouvre et tourne la tête vers Alexander pour le fusiller du regard. Déjà assis, il me regarde intensément. Une douce chaleur éclate dans mon bas-ventre en voyant ses iris enflammés.

 

Les joues rouges, je tourne la tête et me redresse. Je me recoiffe avec les doigts pour occuper mon esprit. Plusieurs mèches se sont échappées de mon chignon. Pendant que les autres reprennent peu à peu conscience du monde qui les entoure, j’enlève mes pinces une à une et libère mes cheveux qui tombent en cascade sur mes épaules.

— Tu en as oublié une, chuchote Alexander en m’enlevant une pince cachée sur le côté de ma tête.

Je frisonne au contact de ses doigts sur mes cheveux. Pour m’aider, il s’est légèrement rapproché. Son corps est contre le mien. Je sens son souffle chaud contre ma peau. Sa main reste plus longtemps que prévu dans mes cheveux. Je n’ose pas bouger. J’ai envie de m’éloigner, mais je n’ose pas. Je n’ai pas envie de faire de scène devant tout le monde.

 

— Merci beaucoup à tous pour cette séance, lance joyeusement Betty. Et merci à ceux qui voudront bien m’aider à ranger le matériel.

Je me lève très rapidement et attrape le tapis qui m’a servi de couchette. D’un pas rapide, je le conduis dans la réserve. Alexander me suit avec un second pendant que les enfants rassemblent le matériel qu’ils ont utilisé.

Il y a déjà des parents qui sont partis. Ce sont toujours les mêmes. Ceux qui jugent que comme ils paient la séance, ils n’ont rien besoin de faire. Aujourd’hui, étonnement plusieurs restent pour nous aider. C’est une grande première. Je me demande en rangeant les mousses si la présence d’Alexander n’y est pas pour quelque chose ?

— Je me suis bien amusé, me dit Alexander lorsque nous sortons pour la troisième fois de la réserve. La première partie n’est pas très différente des exercices de théâtres.

— Je suis contente que cela t’ait plu, je réponds en regardant droit devant moi.

Je me dépêche de rejoindre nos affaires pour quitter rapidement la salle. Je n’ai pas envie de voir une foule se rassembler autour de l’acteur.

 

Plusieurs parents sont en groupe dans un coin de la salle. Ils n’arrêtent pas de regarder vers nous. Gillian est à sa tête. Elle aussi est restée aujourd’hui, et a même rangé avec nous.

Les copines m’attendent plus loin. Je suppose que je ne vais pas passer outre les présentations.

— Tu ne nous présente pas ? lance joyeusement Peggy, en vérifiant que Josh ne casse rien.

Je lève les yeux au ciel.

— Alexander, je te présente Peggy, Jill, Karen et sa petite Jenny, ce sont mes amies et les mamans des amis d’Eleanore. Les filles, je vous présente Alexander, le papa d’Eleanore.

Je me mords l’intérieur de la joue en disant ça. L’information ne sera bientôt plus secrète. Je suis certaine qu’avant ce soir tout Londres sera au courant que l’acteur est le père de ma fille. Je ne pourrais plus éluder la question.

— Et son fiancé, ajoute malicieusement Alexander en déposant sa main sur ma taille.

Quatre paires d’yeux glissent directement vers l’annulaire de ma main gauche que j’ai envie de cacher dans la poche de ma veste. Veste qui est trop loin pour le faire.

 

Alexander fronce les sourcils lorsqu’il ne voit pas ma bague de fiançailles à mon doigt.

— Léa, je vois que toi aussi tu ne mets jamais de bijoux quand tu viens ici, dit Karen qui a vu le regard de l’acteur.

— Oui, j’ai trop peur de les perdre.

Reconnaissante, je lui souris. J’adore cette femme.

Les filles discutent avec lui. Je suis contente qu’elles restent elles en sa présence.

Bientôt, d’autres parents s’incrustent en prétextant une invitation à un anniversaire. Debout à côté de moi, Peggy ne cache pas son amusement.

Certaines mamans qui discutent avec nous aujourd’hui, nous ont toujours snobés. Comme si nous étions de grandes amies.

— Léa, il faut que vous veniez manger à la maison, lance Gillian.

Je ne réponds même pas et m’éloigne un peu. J’entends Alexander lui répondre poliment que nous devons en discuter. J’ai besoin de respirer. Est-ce-que notre vie sera comme ça à présent ? Ne plus savoir qui s’intéresse à nous pour nous ou pour la célébrité d’Alexander ?

Je vais chercher Eleanore qui joue avec ses copains. Ils courent dans la salle. Karen s’éloigne à son tour et marche à côté de moi. Nous allons manger toutes les quatre ensemble, comme tous les jeudis. Aujourd’hui, c’est chez Jill.

— Tu vas bien ? me demande Karen au bout de quelques secondes de silence.

Des trois, je crois que c’est Karen dont je suis la plus proche. Nos caractères sont assez similaires. C’est quelqu’un de très empathique. Elle sent directement quand quelqu’un de ne pas bien.

— Je crois que je suis un peu dépassée par les événements, je lui murmure en faisant signe à Eleanore de nous rejoindre.

— C’est normal, mais tout ira bien.

Je lui souris pendant que Jenny s’agite. C’est l’heure de manger.

— Va lui donner à manger, je m’occupe d’Amy. J’ai toujours le second siège auto dans le coffre. On se retrouve chez Jill.

— Tu es un amour.

Elle me sourit et s’éloigne rapidement en murmurant des paroles apaisantes à Jenny qui hurle à plein poumon.

 

Lorsque j’ai récupéré Amy et Eleanore, nous nous dépêchons de quitter le gymnase. Alexander marche silencieusement à côté de nous. Les deux filles me tiennent la main.

— M’a vu papa ?

— Oui ma chérie, tu étais magnifique.

J’ouvre rapidement la voiture. Il fait vraiment froid dehors. Je sors le siège auto du coffre et l’installe pendant qu’Alexander joue avec les deux filles. Quand c’est fait, j’installe Amy. Cette enfant est aussi adorable que sa maman. Eleanore est dans les bras de son papa et lui fait un câlin.

— On se voit samedi ma chérie.

Il la serre fort contre lui et dépose un baiser sur son front avant de l’installer dans son siège. J’en profite pour déposer notre sac de sport dans le coffre.

— Je suis déjà en retard, je dis précipitamment lorsque je le vois ouvrir la bouche pour me parler.

Je n’ai pas envie de discuter avec lui. Pas aujourd’hui. Pas sur ce parking.

J’ouvre la portière, m’installe, boucle ma ceinture et démarre la voiture.

Alexander s’est un peu reculé pour me permettre de sortir de ma place de parking. Il est confus. C’est la première fois que je me montre si distante et limite impolie avec lui.

End Notes:

C'est à nouveau moi :D

J'espère que ce chapitre vous a plu.

Je disais plus haut que ce chapitre est particulier. Particulier car il est inspiré de faits réels.

Pendant mes études, j'ai fait un double cursus institutrice maternelle/maître spécial en psychomotricité. Le chouuuuu, l'accueil avec le prénom, les ateliers, la relaxation est un mélange de mes trois années de cours et de la pratique sur le terrain.

La chanson d'accueil est aussi difficile à faire sans rire que dans le chapitre. Ma prof était un peu suscptible avec cette chanson. Je passais ce moment avec les yeux fermés pour ne pas voir les autres rire.

 

 

Confidences entre amies by Mary-m

 

— Alexander Wills est comment au lit ?

Je m’étouffe à moitié avec la gorgée de thé que je viens d’avaler. A travers mes larmes, je la fusille du regard. C’est quoi cette question ? C’est un peu comme si je lui demandais comment était son mari. Bon, d’accord, je n’ai pas besoin de poser ce genre de question car Jill adore parler de sa vie sexuelle. Des endroits insolites où ils couchent ensemble. Des positions qu’ils découvrent et aiment pratiquer. Malheureusement, nous savons tout.

 

En reprenant mon souffle, je me dis que je suis bête d’avoir cru être à l’abri. Je savais qu’elle reviendrait tôt ou tard à l’attaque. Je suis certaine que Jill a fait exprès d’aborder le sujet que maintenant, au bout de trois heures que nous sommes chez elle.

Depuis la fin du repas, les enfants jouent à l’étage dans l’immense salle de jeux. Ils sont sous la surveillance de Tilda, la nourrice finlandaise, que je plains très sincèrement.

Nous sommes toutes les quatre installées dans le jardin d’hiver de l’immense demeure de l’ère Victorienne, assises sur des canapés autour de la table basse qui regorge de victuailles. La cuisinière ne fait jamais les choses à moitié quand nous venons. Lucia, la vieille italienne adore cuisiner des plats et desserts de son pays natal.

Peggy qui est assise en face de moi à côté de Jill et Karen qui me tient compagnie sur le canapé, tentent de dissimuler leur fou rire derrière leur tasse de thé. Quant à Jill, son verre de vin rouge à la main, elle attend une réponse en ne me quittant pas des yeux.

— Alors ? insiste-t-elle avant de boire une nouvelle gorgée de vin.

— Tu sais très bien que je ne vais pas te répondre, réplique-je en me redressant pour donner plus d’impact à ma réponse.

J’essaie de prendre un air digne, ce qui est peine perdue avec mes cheveux en bataille, mes joues rouges, et mes yeux toujours larmoyants à cause de ma quinte de toux.

— J’en conclus donc qu’il est nul au lit. Cela ne m’étonne pas ! J’ai entendu dire, que plus ils sont célèbres, moins ils sont pas doués avec ce qu’ils ont dans le pantalon, affirme-t-elle en souriant.

— Je n’ai pas dit ça ! je réplique un peu trop rapidement.

C’est à ce moment précis que je me rends compte que je viens de me faire avoir comme une novice. Jill m’a conduite exactement là où elle voulait me conduire. Elle est forte. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’avec les filles, nous lui disons qu’elle aurait pu faire fortune en avocate. Elle sait comment mener un interrogatoire, et recueillir toutes les confidences possibles.

 

Je me mords l’intérieur de la joue. Je ne tiendrais jamais cinq minutes face à plusieurs journalistes. Pourtant, avec mon métier, j’ai déjà donné des interviews, mais j’ai de plus en plus l’impression que ceux que je fréquente dans le milieu littéraire où j’évolue sont totalement différents de ce que fréquente Alexander régulièrement. Les joues rouges, je cache mon embarras en prenant un cornet dans un des plats présents sur la table. Si je mange, je n’aurais pas à répondre. Nous sommes d’accord que ce n’est pas poli de répondre la bouche pleine.

— Donc ?

Mais merde ! Elle ne peut pas laisser tomber ! Je plisse les yeux en l’observant pendant que je mâche avec une application suspecte le morceau de biscuit que j’ai dans la bouche.

Je me force à cacher mon trouble lorsque des flashs de la seule nuit que nous avons passée ensemble remontent à la surface, fuyant l’endroit où j’essaie de les enterrer depuis cette nuit.

J’ai à nouveau l’impression de revenir quelques années en arrière, dans ce lit, de sentir à nouveau ses lèvres sur mon corps. Je ressens la moindre de ses caresses. Mon corps frisonne malgré moi.

 

Je n’ose plus regarder les filles en face, alors, je fixe la tasse que je tiens précautionneusement entre mes mains. Mes joues sont rouges.

— C’est bien ce que je pensais.

— Tu ne disais pas le contraire, il y a tout juste cinq minutes ? s’amuse Peggy.

— Je voulais pousser Léa à nous l’avouer, explique Jill.

— Je ne comprends pas pourquoi tu as arrêté tes études de droit. Tu serais un vrai requin dans une cour de justice.

Jill se contente de hausser les épaules.

— Je préfère passer mes journées à faire les boutiques.

Malgré ses paroles, je décèle quand même des regrets. Jill nous a déjà avouée qu’elle avait peur de vieillir, et de perdre l’intérêt de son mari. Malgré son apparence de femme matérialiste, Jill est quelqu’un qui a peu confiance en elle. Elle a peur de ne pas s’en sortir si son mari décidait de divorcer. Bien sûr, elle plaisante à chaque fois en disant qu’elle retrouverait rapidement un autre mari, mais je sais que ce n’est que pour cacher son angoisse. Je me promets d’en discuter avec elle très rapidement.

— Pour en revenir au sujet du jour, reprend Peggy en déposant son portable qu’elle n’arrive jamais à quitter très longtemps sur la table. Bien sûr que cela se voit qu’il est très doué au lit. Cet homme dégage quelque chose d’animal, de sexuel. Je ne vous dis pas le nombre de fois où juste en regardant un de ses films, je me retrouve tout excitée. Je le préfère en sang, torse nu et en sueur. La prochaine fois que je le vois, je vais lui dire merci. Non, je vais envoyer Bill le faire. C’est lui qui passe du bon temps grâce à Alexander.

 

Les filles éclatent de rire. Moi, je souris juste parce que je suis tiraillée entre deux sentiments. Le premier est bien sûr l’amusement. Le second, j’ai plus de difficulté à l’identifier. Peut-être de l’agacement parce que je sais que Peggy ne doit pas être la seule à fantasmer en regardant ses films.

— Je ne sais pas comment tu fais, continue Jill en vidant son verre de vin rouge, je ne pense pas que je pourrais laisser John faire ce travail. Je suis trop jalouse. Je me suis d’ailleurs arrangée pour renvoyer la nouvelle secrétaire de la boite parce que je l’ai surprise à lui faire du rentre dedans. Alors, un mari connu dans le monde entier. Hors de question !

— C’est une question de confiance, intervient Karen, en jetant un coup d’œil attendri à Jenny qui dort dans l’écharpe qu’elle porte toujours. Je fais confiance à Ben quand il voyage pour le travail, et lui me fait confiance. Je sais qu’il m’aime, cela me suffit amplement. Léa, ajoute-t-elle en déposant une main compatissante sur la mienne, cela se voit que vous tenez l’un à l’autre. Il ne t’a presque pas quitté des yeux pendant toute l’heure. J’ai même cru qu’il allait tuer Jay juste parce qu’il t’a faite rire.

Je rougis. Alexander est bel et bien doué surtout si mes amies qui sont si perspicaces n’y voient que du feu.

« Bien sûr qu’il est doué, c’est son métier de faire semblant ! », persifle ma conscience.

— De toute façon, s’il te fait du mal, il aura affaire à nous trois.

— C’est certain, ajoute Karen en me souriant.

— Totalement ! On ne touche pas à notre Léa, confirme Peggy.

Je souris à mes amies. Nous trinquons toutes les quatre.

 

Pendant qu’elles discutent du prochain voyage de Jill, mon regard se perd à l’extérieur. Je regarde le jardin si bien entretenu par une armée de jardinier. Il n’y a pas une branche plus longue que les autres, pas une feuille qui dépasse des arbustes.

— Pourquoi un mariage si discret ? Même ton père n’est pas invité.

Karen et Jill hochent la tête. Je pince les lèvres en soupirant.

— Ce n’est qu’une étape, je réponds doucement. Un bout de papier.

Karen sursaute en entendant cela. Elle se redresse et me regarde comme si j’étais une créature mythologique.

— Je n’en reviens pas ! Tes personnages sont toujours si romantiques, si amoureux, si vrais, et toi, leur autrice tu es si terre à terre. J’espère que tu ne tiens pas ce genre de discours devant tes autres lecteurs au risque de devoir écrire du thriller.

Je pouffe de rire. Karen a raison lorsqu’elle dit ça. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que je suis très fleur bleue. Mais, la situation ne s’y prête pas.

— Vous partez en lune de miel ? Tu fais un enterrement de vie de jeune fille ?

J’ai la tête qui tourne avec toutes leurs questions. Elles n’en reviennent pas que je me marie demain sans rien ne leur avoir dit avant.

Au moment où je réponds qu’il est hors de question que nous partions en lune de miel, je perds Jill qui me fixe avec effroi. Et lorsque j’ajoute qu’il est bien trop tard pour un enterrement de vie de jeune fille, elles lèvent toutes les trois les yeux au ciel.

 

— Tu as au moins choisi de la lingerie pour demain. Quelque chose pour lui en mettre plein la vue et qui change de l’ordinaire ?

Je m’étouffe à nouveau avec ma gorgée de thé. C’est décidé, jusqu’à mon départ, je ne mangerai plus ni ne boirais quoi que ce soit. C’est trop dangereux.

Je vais me contenter de les regarder échanger des commentaires et anecdotes concernant leurs propres mariages et lune de miel.

 

Une partie de moi meurt d’envie de leur dire que ce mariage n’est qu’une façade pour la presse. Que c’est pour ça que personne ne sera présent à la mairie à part les témoins. Leur expliquer qu’une fois la cérémonie terminée, et les papiers signés chacun rentrera chez soi pendant que Alexander et moi nous nous occuperons de ranger les cartons avec ses affaires dans la chambre d’amis. C’est là qu’il dormira en attendant que les travaux d’aménagement du grenier soient lancés.

Leur avouer qu’il n’y aura pas de lune de miel car il est hors de question que nous couchions ensemble. Leur confier qu’il est proche de moi que lorsque nous sommes en public. J’éloigne le souvenir des baisers que nous avons échangés dans mon salon. Il n’y avait personne à ce moment-là, juste nous deux, mais je suppose qu’il s’entraînait pour le repas avec sa famille. C’est pour ça que je ne vois pas l’intérêt d’investir dans de la lingerie.

Leur livrer que lorsque je vais rentrer de la mairie, je vais enlever la robe que Jack m’a créée, que je vais la ranger pour l’utiliser à une autre occasion, car, pour une fois Jack a suivi mes demandes à la lettre, même si cela lui a brisé le cœur. Elle est simple, très simple. Tellement simple que je peux sans soucis la faire passer pour une robe d’été. Qu’après, je passerai quelque chose de confortable et attendrai le samedi matin avec impatience pour revoir Eleanore.

Que j’ai peur. Peur pour la suite. Nous allons devoir apprendre à vivre tous ensemble avec les habitudes de chacun. Ce ne sera pas facile, et je suis morte de trouille.

Cependant, je ne dis rien, et souris à mes amies qui continuent de parler, et de me donner des conseils.

 

Lorsque la nourrice nous informe que les enfants commencent à fatiguer, et nous demande l’autorisation de les installer dans la chambre, j’en profite pour prendre congé en prétextant un surplus de travail.

J’embrasse chaleureusement mes amies en me disant que la prochaine fois que nous nous verrons, les choses auront changé. Elles me promettent de m’envoyer des messages pour nous féliciter Alexander et moi.

 

A l’extérieur de la maison, je porte Eleanore à moitié endormie jusqu’à la voiture en regardant de tous les côtés pour voir si des paparazzis sont à proximité. Voilà que je deviens parano !

Je grince des dents à cette pensée. Je la dépose doucement dans le siège auto et l’attache. Eleanore me sourit et ferme les yeux.

Déjà fatiguée par les jours à venir, je roule silencieusement jusqu’à la maison. A l’intérieur, j’allonge Eleanore dans sa chambre pour une courte sieste vu l’heure. Je vais la déposer dans une heure chez Jack et papa.

Je me change, prends une douche et descend préparer le repas du soir lorsque quelque sonne à la porte. Je me dépêche de me rendre dans le hall d’entrée.

C’est un livreur qui tient un bouquet de fleurs dans les mains.

— Miss Lewis ? demande-t-il, en essayant de vérifier avec ses deux mains prises mon identité sur l’appareil qu’il essaie de tenir dans le bon sens.

— Oui, je réponds sans quitter le bouquet de fleurs des yeux.

Il est immense. Même le livreur qui est charpenté a du mal à le tenir en équilibre le temps de me faire signer le bon de réception.

— Je peux le porter à l’intérieur, il est très lourd.

Je secoue la tête en souriant et tend les bras. Le livreur me tend le bouquet que je tiens précautionneusement dans mes mains. Lorsqu’il le lâche, en restant tout prêt pour le réceptionner si je le lâche, je sens le poids de l’ensemble. Cela me coupe le souffle.

Je salue le livreur qui s’éloigne et rentre à l’intérieur. Je ferme la porte avec le pied gauche.

 

Dans le couloir, je peine à me rendre dans le salon vu le poids du vase. Je suis contente lorsque je dépose sur la longue table de la salle à manger. Il y a du béton dedans ou quoi ?

Le bouquet est magnifique ! Les fleurs sont blanches et rouges. C’est une merveilleuse composition. En l’observant avec attention, j’aperçois sur la droite une carte bleue qui tourne sur elle-même. Les mains légèrement tremblantes, je décroche la carte et la lis à haute voix.

Pour me faire pardonner.

Alex.

 

Je lève les yeux au ciel en déposant la carte sur la table, et me penche en avant pour sentir le bouquet. Il sent tellement bon. Le vase est torsadé et brille comme du cristal ce qui m’étonnerait quand même.

Pour ne pas le déplacer, je tourne autour de la table pour observer la création sous toutes les coutures.

Je suis presque revenue au point de départ lorsque je remarque autre chose d’accrocher sur une branche artificielle rouge qui vient agrémenter la composition.

C’est un écrin long et fin. Je fonce les sourcils.

— Il n’a pas osé, je marmonne en le décrochant.

Je pince les lèvres avant d’ouvrir la boite. A l’intérieur, il y a un bracelet en argent décoré de rubis et un petit mot accroché dans la boite.

J’ai pensé à toi en le voyant.

 

Je grince des dents en observant le bracelet qui est bien trop beau pour moi. Je lui ai dit pourtant que je ne voulais pas qu’il m’offre des cadeaux aussi chers ! Je ne veux rien de lui, à part la possibilité de garder Eleanore à mes côtés, et donc de partager ma maison avec lui. Je soupire et me laisse tomber sur une chaise près de la table. J’attrape mon téléphone posé pas loin et compose son numéro.

J’inspire un grand coup pendant que cela sonne et me lève de la chaise.

Il décroche à la première sonnerie.

— Léa, murmure-t-il.

— Alexander.

— Tu vas bien ? Tu es partie si rapidement tout à l’heure.

— Oui, ça va. Merci pour le bouquet, mais tu sais que je ne peux pas accepter le bracelet.

Je l’entends soupirer.

— Pourquoi pas ?

— Parce que je ne veux pas que tu dépenses de l’argent pour moi. Ce n’est qu’une façade ! Je ne suis d’ailleurs pas certaine de réussir à faire semblant.

— Léa...je suis tellement désolé pour les articles de journaux. Ne...ne m’abandonne pas demain, s’il te plaît.

Il soupire. Je l’imagine sans mal se passer nerveusement la main dans les cheveux. Je me laisse tomber sur le canapé, replie mes jambes sous moi, fixe la cheminée avant de murmurer d’une voix lasse :

— C’est tellement épuisant. Je ne suis pas certaine de réussir à faire la différence entre les gens qui voudront être avec nous pour nous, et ceux qui voudrons profiter de ta célébrité.

 

Trois ans plus tôt, un vendredi soir bien ordinaire by Mary-m

Il est presque minuit. La maison est silencieuse depuis quatre heures. Eleanore est chez mes parents jusqu’à samedi midi. Ce sont eux qui la reconduiront ici. Je ne veux surtout pas qu’elle soit présente demain à la mairie. Cela ne sert à rien à part peut-être la dégoutter du mariage si un jour elle l’apprend pourquoi son papa et sa maman se sont « mariés ».
Je fronce les sourcils en relisant la même phrase pour la troisième fois. Je secoue la tête de gauche à droite en me mordant la lèvre du bas, et la supprime du traitement de texte. Je peux faire mieux.
Here With me de Dido résonne dans la pièce pendant que je continue à écrire mon nouveau chapitre.

« Là où la vie avait été joie et bonheur reste maintenant que la tristesse et le désespoir, reste maintenant que le malheur et l’horreur. Je n'avais que dix ans lorsque ma mère est partie pour ne plus jamais revenir, rêvant d'une gloire internationale, rêvant de fortune, rêvant de belles toilettes. Elle est partie pour toujours me laissant seule avec mon petit frère de quatre ans et mon père. Ce père qui passe son temps à boire, et à se plaindre, qui passe son temps à pleurer une femme qu'il a tant aimée.
Partout où je vais, je vois joie, bonheur, rire dans ces familles si différentes de la nôtre, si différentes et pourtant, à présent si semblable dans les cris, et dans la peur.
Car oui, le jour que nous redoutions tous est arrivé, nous sommes en guerre, nous ne sommes plus libres, nous sommes en train de souffrir de la faim essayant de survivre à nos bourreaux qui se moquent de nos malheurs.
Mes seize ans ne sont pas exactement ce que j'ai souhaité le plus au monde, j'aurais voulu être comme toutes ces adolescentes des romans que j'ai appris à lire grâce à madame Giles, mon institutrice. Trouver mon prince charmant, me marier. Vive dans l’opulence et le luxe sans me soucier du lendemain.  vivre heureuse.
La guerre est là, emportant avec elle nos vains espoirs de liberté, nos espoirs de revivre un jour heureux. Personne ne pourra nous délivrer de ce destin funeste ! L'histoire parlera sans doute de nous un jour mais serons-nous là pour la raconter ? Serons-nous là pour rappeler aux prochaines générations ce que cela fait de devoir se cacher dans une cave dès qu’une horrible alarme résonne dans la ville ? Serons-nous là pour nos souvenirs ?
Beaucoup de gens parlent, ou plutôt chuchotent car parler est trop dangereux à notre époque. Ils murmurent que les anglais sont en route, que les anglais vont venir nous délivrer. Mais où sont-ils ? Que font-ils ? ... »


Je sélectionne le texte et appuie sur la touche suppr. Je n’arrive à rien ce soir !Je quitte l’écran des yeux et m’avachis peu élégamment sur ma chaise de bureau en me frottant les yeux des deux mains.
Pendant que Dido chante l’amour, je ferme les yeux. Doux souvenirs, tendres souvenirs. Les miens ne sont ni doux, ni tendres. Ce sont simplement des souvenirs que j’ai enfouis dans une petite boite bien cachée dans mon cerveau.
Je grogne en fusillant l’écran des yeux. Peine perdue, je sais que je ne vais pas réussir à écrire aujourd’hui. Cette discussion avec Alexander a fait ressurgir ces souvenirs que j’ai tentés avec force de refouler, le plus loin possible.
Et pourtant, ils sont là et me narguent depuis deux heures. Je hais Alexander Wills. Pourquoi fait cela ? Pourquoi me fait-il douter de sa capacité d’acteur ?

Trois ans plus tôt, un vendredi soir bien ordinaire dans ma vie d’étudiante beaucoup trop studieuse et perfectionniste.

Muse groupe que j’aime écouter quand je travaille résonne dans le studio que j’occupe depuis le début de l’année scolaire. Je me prépare un thé en tentant de faire abstraction des bruits qui viennent de l’étage au-dessus du mien.
Dave et Gary organisent encore une fête. Cela doit bien être la septième depuis le début du mois, nous ne sommes que le quinze !
Je dois finir l’analyse d’une œuvre de Dickens que je dois rendre pour jeudi prochain. J’espère grâce à celle-ci intégrer à la rentrée universitaire l’équipe du journal du campus, ce qui est une chose rare. Je n’ai pas encore terminé ma première année. Seuls les étudiants en dernière année y travaillent. C’est mon professeur de littérature médiévale qui m’a convaincu de postuler cette année.

Pendant que l’eau chauffe, j’entends les rires, les cris qui viennent de la fête. Ce matin, Gary est venu m’inviter. Il étudie le droit. Angie est persuadée qu’il s’intéresse à moi depuis que je me suis installée dans la résidence près du campus. Son sourire n’a pas disparu quand j’ai refusé prétextant du travail en retard. J’ai vu aux expressions de son visage qu’il ne m’a pas crue. Je passe mes vendredis soirs et mes week-ends à travailler. Je préfère réussir mes études que de profiter de ma vie estudiantine.

Il n’y a que ma meilleure amie qui réussisse de temps en temps à me sortir de ma caverne. Deux fois par mois, parfois plus, elle me traîne à un concert de Rock, ou tout simplement écouter son groupe jouer dans quelques grandes salles londoniennes. Même si je me répète que je le fais pour qu’elle me laisse en paix le reste du temps, je suis quand même contente de m’aérer de temps en temps. Bien sûr, j’aime trop ma routine pépère. Étudier et travailler dans la librairie des Jones pour payer mon loyer, refusant ainsi l’aide financière de Jack et papa. Voilà mes priorités dans la vie.
Les professeurs me voient déjà comme le prochain grand critique littéraire, je suis vraiment fière, c’est pour ça que je me donne à fond dans mes études.

La tasse de thé à la main, je rejoins le canapé où « David Copperfield » de Charles Dickens m’attend sur la table basse. A peine assise sur le canapé que mon téléphone sonne. Je pose délicatement la tasse en évitant de renverser son contenu sur le précieux livre et attrape mon portable. La photo d’Angie apparaît à l’écran. Elle fait une horrible grimace. En souriant, je décroche.
— Devine quoi ?
Sa voix est surexcitée.
— Tu as rencontré un vieux riche, et tu vas te marier, je propose en enregistrant mon travail sur une clé USB.
Elle rigole.
— Presque. Le groupe vient de signer un putain de gros contrat. Je vais devenir riche ma poule !
Elle crie de plus en plus fort. J’éloigne l’appareil de mon oreille pour éviter de devenir momentanément sourde.
— Je suis trop contente pour toi et le groupe.
Je souris. Je suis tellement fière d’elle.
— Ouvre-moi la porte, dit-elle au moment où j’entends des coups frappés.
Elle raccroche. Je pose le téléphone sur le canapé et me lève pour lui ouvrir.

J’ai à peine le temps d’ouvrir complètement la porte qu’elle sautille pour entrer en poussant des cris hystériques. Sa bonne humeur me contamine et je ris avec elle.

Angie et moi, c’est une grande histoire d’amitié que même Disney ne pourra jamais réussir à mettre en scène. Nous nous connaissons depuis le jardin d’enfants, et cette grande dispute au sujet d’une poupée et une voiture.
Elle avait la poupée que je voulais, et j’avais la voiture avec laquelle elle voulait s’amuser. Bien sur, il était hors de question de lui prêter ce précieux jouet.
J’ai fini par céder lorsque ses cris sont devenus insupportables pour mes oreilles.
Je me suis approchée d’elle et lui ai donné la voiture. Elle a passé les deux minutes suivantes à me fixer avec colère avant de glisser la poupée vers moi. C’est pile à ce moment-là que notre amitié a commencé.
Pourtant, la vie aurait très bien pu faire que nous ne soyons pas amies toutes les deux. Elle est le genre de fille que je n’aime pas fréquenter, mais, je suis certaine que ce sont nos différences qui nous rendent aussi proches.
Extravertie alors que je suis introvertie. Populaire alors que je tente de me fondre dans la masse. Blonde alors que je suis brune.
Au lycée, beaucoup se sont demandé pourquoi nous étions amies. Sa jupe d’uniforme n’était jamais réglementaire. Elle fumait en cachette malgré l’interdiction de l’école. Elle portait du maquillage beaucoup trop voyant. J’ai toujours été l’inverse. L’étudiante modèle qui vérifiait à chaque pause que sa jupe n’était pas trop haute. Qui n’a jamais touché à une cigarette.

Pendant que nous dansons dans l’entrée de mon appartement, je souris. Mes mouvements ne sont pas si gracieux que les siens. Elle se dandine en se moquant bien de paraître ou non ridicule. Moi, je me contente de bouger doucement.
Je suis heureuse qu’elle réalise son rêve. Elle qui a tenu tête à ses parents qui voulaient qu’elle devienne vétérinaire comme eux. Angie a toujours su qu’elle deviendrait célèbre, elle a toujours rêvé de dépasser les monstres comme les Stones et les Beatles. C’est grâce à cette obstination qu’elle vient de signer pour une tournée internationale.

Une bouteille de champagne en main, elle me saute dans les bras.
— Jamie (son manager et petit ami) organise une fête ce soir. Je veux que ma meilleure amie soit présente à mes côtés, annonce-t-elle en allumant une cigarette pendant que je vais chercher deux verres dans la cuisine ouverte sur le salon.
La tête dans l’armoire, je soupire.
— Tu sais bien que j’ai beaucoup de boulot avec les partiels dans quelques semaines.
A sa moue, je sais qu’elle est déçue. Pas pour longtemps, je la connais trop bien pour savoir qu’elle est en train de chercher une nouvelle ligne d’attaque. Sa cigarette entre deux doigts, elle m’observe en se rongeant l’ongle du pouce.
— Léa...je veux vraiment...j’ai vraiment besoin que ma meilleure amie, ma sœur soit avec moi pour fêter le plus beau jour de ma vie. S’il te plaît, me supplie-t-elle en se mettant à genoux.
Qu’est-ce-que je disais !
— Je suis en pyjama !
Je dépose les deux coupes sur la table et les remplis. Angie pince les lèvres avant de prendre son verre et de porter un toast : — levons nos verres à ma réussite, et à ta future carrière d’autrice et critique littéraire.
Elle vide le verre d’une traite et me le tend pour que je le remplisse à nouveau.
— A toi.
Je lève mon verre que je n’ai pas encore touché en lui souriant.

Elle semble vraiment heureuse ce soir. Je me sens coupable de lui gâcher cette soirée. Lorsque je me lève sans entrain, Angie qui a compris qu’elle a gagné me félicite :
— Tu es la meilleure ma poule.
Je claque la porte de la salle de bain à la fin de sa phrase. Elle arrive toujours à me faire changer d’avis. Je secoue la tête amusée malgré tout. Elle me connaît trop bien et sait comment se servir de mes points faibles. J’enlève mon pyjama et me prépare à prendre ma douche lorsqu’elle passe sa tête dans la salle de bain :
—  Pendant que tu es sous la douche, je vais te préparer ta tenue.
Je ne suis pas pudique devant elle.
— Ok, je réponds en entrant dans la cabine.

Malgré le bruit de l’eau qui ruisselle sur mon corps et les parois, je l’entends monter le volume de la chaîne. Muse rivalise avec les chansons qu’écoutent les fêtards à l’étage. Je me lave les cheveux avec application. Je suis contente de m’être épilée ce matin, cela m’évite de perdre du temps car Angie n’est pas très patiente. Une fois lavée, je m’enroule dans une grosse serviette de bain bleue et trouve Angie accoudée à la porte. Elle tient un cintre à la main tout en me regardant d’un œil critique.
— Non, décide-t-elle en secouant la tête. Il te faut quelque chose de plus sexy.
Je lève les yeux au ciel. Elle aime les jupes courtes et les bas résilles. J’aime les jeans et les blouses amples.
Pendant qu’elle marmonne en fouillant dans mon dressing, je me brosse les dents. Je regrette déjà d’avoir accepté de l’accompagner. Je me secoue, je ne peux pas ne pas y aller.

— Hors de question !
Elle tient une robe noire moulante que j’ai portée à Halloween. Trop moulante, trop courte pour moi.
Je me sers de ma brosse à dents comme arme en la pointant vers elle.
— Ouais...tu as raison, murmure-t-elle en me détaillant. Ta robe noire avec son col en V sera parfaite pour ce soir.
Elle me lance des sous-vêtements noirs que je m’empresse d’enfiler.
Angie adore la mode et tout le tralala qui va avec. Elle est toujours heureuse d’accompagner Jack à des défilés de mode. C’est son monde à elle. Pas vraiment le mien.

Elle insiste pour que je laisse pendre mes cheveux bruns. Elle me tend des escarpins noirs qui vont parfaitement avec la robe que je porte. Comme c’est sa soirée, j’obéis sauf pour le maquillage qu’elle trouve trop léger. Je lui tiens tête, j’aime me fondre dans la foule, et ne pas attirer l’attention.
Pendant que je me prépare, elle est assise sur une chaise qu’elle a traînée ici, et boit le champagne directement à la bouteille qu’elle tient d’une main, dans l’autre une cigarette. Elle m’explique les détails de la tournée et les grandes villes où ils vont se produire.

Un peu plus tard, nous sommes dans le taxi qui nous conduit à sa soirée. Après une demi-heure de route, le chauffeur se stoppe à l’entrée du bar. Angie sort la première pendant que je tends des billets au conducteur. La voiture repart dès que je me suis éloignée. Angie me prend le bras en me souriant. Elle est heureuse.  Je connais bien cet endroit ainsi que le patron, Jimmy, c’est un ami. Il y a énormément de monde ce soir. Ma respiration se bloque quand nous entrons dans le bar enfumé. Les gens sont collés les uns aux autres pendant que des chansons du groupe passent en fond sonore. Jamie ne fait jamais rien en petit quand il s’agit de sa copine. Il voit tout en grand.

Ma meilleure amie est acclamée dès que nous entrons dans le bar. Elle serre mon bras contre le sien pour m’empêcher de fuir. Je rougis d’être malgré moi le centre de l’attention général. Au bout de quelques secondes à lutter contre la foule pour me garder près d’elle, elle s’éloigne en me jetant un regard désolé. Elle passe de bras en bras en riant. Je regarde autour de moi. Les tables sont toutes occupées. Il y a un tabouret vide au bar, je m’avance vers celui-ci en faisant un signe de la main à Jimmy. Ses cinq employés courent partout pour servir rapidement les gens. En remplissant un verre à bière, il me fait un clin d’œil complice avant de servir une fille qui lui tend un billet. Quelques minutes plus tard, il me dépose une bière avant de repartir servir un couple qui lui fait des signes de l’autre côté du bar.  Je reste assise sur ce tabouret en faisant semblant de m’amuser, et encore plus quand Angie vient me voir avant de disparaître dans la foule.

Je vérifie l’heure sur ma montre, cela fait une heure que nous sommes ici. Si je reste encore une heure Angie sera contente. Je peux le faire ! Je bois une longue gorgée de bière avant de regarder la salle avec intérêt. Lorsque je vois une table vide dans un coin discret du bar, je me lève en espérant que personne ne viendra s’y asseoir avant moi. J’en ai un peu marre de me faire draguer par des fêtards. Je me faufile entre les corps qui ondulent sur la musique. Je ne quitte pas mon objectif des yeux. Deux gars m’attrapent les mains pour me faire danser avec eux. En souriant, je secoue la tête et m’éloigne aussi rapidement que je le peux.
Victoire ! Personne n’est assis à ma table. Je souffle, lorsque que j’atteins ce petit coin tranquille, je vais pouvoir m’isoler et me faire discrète.

Assise dans l’ombre, je regrette presque de ne pas avoir pris mon cahier pour retranscrire l’ambiance de ce soir. La soirée ne va pas s’arrêter de sitôt. Les gens chantent, dansent, crient, rient. Les corps se frôlent, se touchent.
— Salut !
Prête à repousser en douceur cette voix masculine, je tourne la tête. Pourtant, lorsque ses yeux croisent les miens, je ne dis rien, et l’observe.
Sans doute la vingtaine, des yeux verts, les cheveux châtains en bataille. Il porte un t-shirt noir et un jean de la même couleur. Il tient deux bières dans les mains. Il en tend une vers moi, j’accepte d’une main tremblante.
— Je peux m’asseoir ?
Il passe sa main libre dans ses cheveux en bataille en me souriant timidement. J’acquiesce avant de le suivre des yeux lorsqu’il s’installe en face de moi autour de la table. Une fois assis, ses yeux rencontrent les miens, mais je tourne la tête. Maintenant qu’il est en face de moi, je n’arrive plus à le regarder. Je fixe un point invisible sur le mur à ma droite en me demandant pourquoi mon corps a réagi comme cela en le voyant. Cela m’effraie un peu. Pourquoi mon cœur s’est mis à battre plus rapidement lorsque ses yeux ont croisés les miens ?

— Tu sembles connaître la chanteuse du groupe.
Je cesse de fixer le mur pour me tourner vers lui. Il me sourit.
—  C’est ma meilleure amie. Tu connais le groupe ?
Il me fixe intensément comme si nous nous connaissions tous les deux, et qu’il attendait que je m’en souvienne d’une minute à l’autre.  Je suis pourtant certaine de ne l’avoir jamais vu de ma vie. Un visage comme le sien est impossible à oublier. Je secoue la tête pour chasser cette pensée. Qu’est-ce qui me prend ?
—  Non. C’est un pote qui nous a fait entrer, mais j’aime beaucoup les chansons qui passent depuis le début de la soirée.
Il boit une gorgée de bière en me souriant. Je ne touche pas à la mienne. Je ne le connais pas. Il a peut-être mis quelque chose dedans. Comme s’il avait lu dans mes pensées, il hèle un serveur et lui montre sa bouteille de bière. Le serveur acquiesce et s’éloigne.
— Oui, ils jouent super bien.
Je souris fièrement en disant ça. Le groupe d’Angie est talentueux, c’est pour ça qu’ils sont connus dans le pays et bientôt dans le monde entier.
— Vous vous connaissez depuis longtemps ?

Étonnement répondre à ses questions ne me gêne pas. Sans doute parce que je ne parle pas que de moi, mais de ma meilleure amie.
— Depuis le jardin d’enfants, je réponds en le remerciant lorsqu’il glisse vers moi la bouteille que le serveur vient de déposer sur la table, l’échangeant avec celle qu’il m’a apportée au début de notre conversation.
Je bois une longue gorgée de bière sans le quitter des yeux.
— Une longue amitié, dit-il en me souriant.
J’acquiesce en regardant la foule qui continue de se trémousser sur les chansons du groupe. Angie est sur la scène, elle danse avec Jamie. Les autres membres du groupe font les clowns un peu plus loin.
— Je m’appelle Alexander et toi ?
Un prénom qui lui va bien. Je quitte la scène des yeux et me tourne vers lui. Il me sourit timidement, la main gauche tendue vers moi. Je glisse la mienne dans la sienne et réponds : — Léa.

Le grand jour by Mary-m

Je suis réveillée depuis dix minutes, mais je refuse d’ouvrir les yeux. Je ne veux pas laisser s’échapper la dernière parcelle de ce rêve que j’ai fait. Je grogne de frustration car je n’y arrive pas, il s’évapore au fil des minutes. Eleanore y était, ainsi qu’un homme qui marchait à nos côtés sur une plage, mais son visage était flou, avec aucune possibilité de l’identifier. Je suis pourtant certaine de le connaître. Je soupire en ouvrant les yeux pour fixer le plafond de ma chambre.

Soudain, la réalité me revient avec force. C’est aujourd’hui que je deviens la femme la plus détestée de l’univers ! J’exagère à peine !

J’inspire et expire doucement pour essayer de calmer les battements rapides de mon cœur, je n’arrive pas à me calmer. Sentant pointer une crise de panique, je sors du lit et ouvre la fenêtre pour respirer l’air extérieur. Il fait très froid dehors. Il neigera bientôt, je le sens.

 

Après avoir repoussé le moment le plus longtemps possible, je me rends dans la salle de bain. J’espère que la douche va m’aider à me relaxer. J’inspire et expire à plusieurs reprises en me frottant les cheveux.

Lorsque je sors de la douche, j’enfile mon peignoir, me brosse les dents avec applications avant de me démêler les cheveux. Je branche le sèche-cheveux que je vais utiliser exceptionnellement aujourd’hui lorsque mon portable se met à sonner. Il est posé sur la tablette au bord de l’évier.

Mon estomac se serre lorsque je reconnais la photo de Jack. Pourquoi me téléphone-t-il à cinq heures du matin ?

— Jack ! Dis-moi qu’Eleanore va bien.

— Hello ma toute belle. Eleanore dort, répondit-il.

J’entends à sa voix qu’il est amusé par ma réaction de mère inquiète.

— Tu m’as fait peur !

Il rigole.

— Comment tu vas ?

— J’ai peur Jack, je murmure en me regardant dans le miroir.

Mes yeux sont écarquillés, mes joues sont rouges et ma poitrine se soulève rapidement sous mon peignoir.

— C’est normal d’avoir peur, mais tout va bien se passer, m’encourage-t-il. Alexander est quelqu’un d’adorable, et je suis certaine que malgré cette façade de faux mariage, il fera tout pour te rendre heureuse.

Me rendre heureuse ? J’en doute, et si nous ne sommes pas fait pour vivre sous le même toit ? Et si nous nous disputons tous les jours ? Et si ? Et si ?

— Ton père veut te parler. Je t’aime ma chérie. Je suis fier de toi.

Je suis soulagée que papa soit à côté de Jack, cela m’évitera de devoir répéter la même chose. Papa m’a confié hier qu’il était triste de ne pas pouvoir me conduire vers Alexander à l’église. Je comprends ce qu’il ressent, mais je ne veux pas d’église, pas de parents.

— Tu es une femme formidable qui arrive à gérer les situations de crises. Je suis certain que tout va bien se passer ma chérie.

Sa voix est étrange.

— Papa ça va ?

— Je suis juste ému. Ma petite fille se marie aujourd’hui.

Mon cœur se serre.

— Le jour où je me marierai par amour, tu seras à mes côtés pour partager ce moment avec moi. Mais là, ce n’est vraiment pas la peine de venir.

— Je sais mon ange, je sais. C’est bientôt l’heure, je vais te laisser te préparer. Alexander connaît beaucoup de monde pour réussir à faire ouvrir la mairie une heure plus tôt pour que vous soyez tranquilles.

— Je suppose, réponds-je en me tournant vers la fenêtre pour ne plus voir mon reflet. Je t’aime papa. Je vous aimes tous les trois.

— Nous t’aimons aussi.

Je dépose le téléphone à sa place en soupirant. Dans une autre vie, j’aurais sans doute été émue par mon mariage. Un vrai mariage d’amour et non un arrangement entre deux parents.

 

Une demi heure plus tard, Jane sonne à la porte. C’est elle qui me conduit à la mairie où Tom et Alexander nous attendent. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de parler avec Tom et sa cousine. Ils sont venus manger à la maison. Jane, qui a fait rapidement le lien entre Alexander et Eleanore à cause de nos réactions à tous les deux l’a mieux pris que Tom. Elle est d’ailleurs très heureuse puisque c’était son objectif de nous faire sortir ensemble Alexander et moi. Elle est persuadée que nous finirons par nous marier vraiment.

Avec Tom, c’est plus compliqué. Il a été surpris, vexé que je ne me sois pas directement confié à lui. Il est distant depuis. Cela me rend triste, mais je veux lui laisser le temps de digérer tout cela.

— Tu es vraiment très belle, souffle-t-elle en m’aidant à fermer ma robe.

J’ai un pincement au cœur en pensant à tout le travail qu’a fait Jack sur ma tenue. Elle est blanche, simple et discrète. Le tissu est fluide. Jack s’est juste autorisé une petite touche mariage avec le décolleté en dentelle. Elle est magnifique.

 

Dans la voiture, Jane fait joyeusement la conversation. J’ai trop peur de vomir si j’ouvre la bouche alors, je ne dis rien et regarde le paysage défiler devant mes yeux. De temps en temps, je réponds par des monosyllabes ou un hochement de tête, mais le cœur n’y est pas.

Bien trop vite à mon goût, nous arrivons à la mairie qui semble encore fermée. Elle n’ouvre que dans une heure à huit heures trente. Jane me dépose devant et va garer sa voiture sur le parking désert. Je l’attends sur les marches du bâtiment, je ne suis pas pressée d’entrer.

Mes cheveux volent autour de mon visage, je resserre ma veste blanche autour de mon cou en l’attendant. Lorsqu’elle arrive, elle m’attrape le bras et nous nous hâtons d’entrer pour nous mettre à l’abri du froid. Le bâtiment est à peine éclairé. Aucun employé n’est présent à cette heure-ci.

Pendant que Jane regarde avec attention le bâtiment, je me demande comment nous allons faire pour nous retrouver dans ce dédale de couloirs. En soupirant, elle se tourne vers la porte et s’écrie joyeusement : — c’est l’écriture d’Alex !

Elle me montre un mot accroché sur la porte d’entrée que nous ne pouvons pas rater.

“ Nous sommes au premier étage. Alex “

 

Je garde la feuille en main pendant que Jane m’entraîne avec enthousiasme dans les escaliers. En grimpant les marches derrière elle, je jette un dernier regard à la porte d’entrée de la mairie. Je dis mentalement adieu à ma vie d’avant. Léa Lewis sera dans quelques minutes temporairement morte pour faire place à Léa Lewis Wills. Jane marche rapidement, et moi, j’avance même si ma tête me crie de faire demi-tour, de m’enfuir d’ici en courant.

 

Nous nous stoppons devant la salle. La porte est ouverte ce qui nous permet de voir Alexander, Tom et le maire en pleine de discussion. Alexander regarde par la fenêtre. Tom et le maire sont au milieu de la salle.

— Donne-moi ton manteau.

Jane m’aide à l’enlever après avoir enlevé sa grosse veste rouge. Elle porte une longue robe jaune. Elle dépose nos vestes à l’entrée de la pièce.

Je la laisse entrer. J’ai besoin de cinq minutes, juste cinq minutes pour respirer calmement avant d’entrer. C’est un gros changement. Un très gros changement, et les questions continuent de se bousculer dans mon esprit.

De l’intérieur de la pièce, Jane se tourne vers moi et m’interroge du regard. Je lui souris et m’avance dans la pièce.

 

Directement, le maire s’avance vers nous deux, serre la main de Jane avant de venir vers moi en souriant.

— Alexander ! Vous m’aviez caché que votre fiancée est aussi belle.

Je rougis pendant que le maire me serre la main en me souriant. Lorsque le maire me lâche enfin pour se rendre à sa place d’officiant, Alexander s’approche de moi.

— Tu es magnifique ma chérie !

Il ne me quitte pas des yeux. Je n’arrive pas à traduire ce que j’y lis. De la fierté peut-être ?

Alexander se stoppe à quelques centimètres de moi. Je retiens mon souffle lorsqu’il me sourit et dépose ses mains sur mes joues gelées. Il s’approche encore un peu plus pour coller son corps contre le mien pendant que ses lèvres se posent sur les miennes.

 

La cérémonie by Mary-m
Author's Notes:

Merci aux adorables personnes qui lisent mon histoire <3

Je suis assise au premier rang, juste devant le maire qui parle presque sans s’arrêter depuis le début de la cérémonie. Alexander est à ma droite. Jane à ma gauche. Tom, lui est assis juste à côté de son meilleur ami. Ils échangent de temps en temps des regards complices quand le maire fait mention de la carrière internationale de l’acteur qui fait briller l’Angleterre dans le monde entier.

Le reste de la salle est vide, totalement. Le maire ne s’en est pas étonné. Je suppose qu’il doit lui arriver de temps en temps de célébrer des mariages civils en très petit comité comme le nôtre.

 

Comme le veut la tradition, la porte de la salle des mariages est ouverte, afin de permettre à toute personne qui voudrait s’opposer à cette union d’entrer. Et, même si je sais que c’est impossible dans notre cas – rare sont les personnes au courant – je me dis que peut-être, quelqu’un stoppera tout cela. Une petite amie follement amoureuse qu’il a laissée aux USA ou dans n’importe quel autre pays après un tournage ? Sa dentiste ?

Lorsque je sens le fou rire nerveux pointer son nez, je me mords l’intérieur de la joue. Déjà que monsieur le maire a l’impression que je vais tourner de l’œil à cause des émotions ou plutôt, de mon manque d’émotions.

— Un honneur de vous marier…

Je n’écoute pas vraiment ce qu’il raconte. Mes pensées sont très loin d’ici. Je me demande ce que fait Eleanore à cette heure-ci ? Elle doit être réveillée ou presque. Et Jack et papa ?

Jack doit sans doute préparer la table du petit-déjeuner pendant que papa travaille déjà dans son atelier. Il expose ses nouvelles œuvres dans quelques semaines, entre Noël et le nouvel an à Chelsea.

 

Lorsque les trois acteurs se lèvent, je suis le mouvement. Assise, je ne m’étais pas rendu compte que depuis le début, je tremble comme une feuille. J’ai l’impression d’être assise sur une machine à laver en mouvement.

A ma gauche, je sens le regard inquiet de Jane. Mes tremblements ne sont donc pas aussi discrets que je l’espérais. Alexander trace des cercles sur le dos de ma main droite qu’il tient depuis le début de la cérémonie.

Pour décrire assez souvent ce moment précis dans mes romans, je connais d’avance les paroles que le maire va prononcer. Cela ne me rassure pas, que du contraire, car j’ai encore plus envie de fuir !

— Monsieur Alexander Wills, consentez-vous à prendre Mademoiselle Léa Lewis comme épouse ?

Je tourne la tête vers lui. C’est la première fois depuis le début. Je me suis dit que si je ne le regardais pas, c’était un peu comme si je me retrouvais seule face à mon traitement de texte pour écrire le plus beau jour de la vie d’un de mes personnages.

Alexander me sourit. Ses yeux pétillent. J’ai l’impression qu’il est heureux. Quel bon acteur !

— Oui !

Il ne m’a pas quitté des yeux en prononçant doucement ces trois petites lettres. Mon cœur se serre. Je ne sais pas ce que j’espérais ? Peut-être qu’il renonce de lui-même avant de dire oui.

 

 

— Mademoiselle Léa Lewis, consentez-vous à prendre Monsieur Alexander Wills comme époux ?

« Non » « Non »

Mon cœur tape très fort dans ma poitrine comme si je venais de courir un cent mètres. J’ai chaud et froid à la fois. Mes mains sont moites. J’ai envie de les essuyer sur ma robe, mais ce ne serait pas élégant. J’ai envie de pleurer aussi. Pleurer cette vie que j’abandonne pour quelque temps.

Maintenant que le maire m’a posé la question, je ne peux plus reculer.

Alexander ne me quitte pas des yeux, je le sens car je ne le regarde plus. Je fixe un point invisible sur sa droite au niveau de la fenêtre de la salle.

Mes jambes ne vont pas réussir à me porter très longtemps.

 

Lorsque je sens une légère pression sur ma main droite, je tourne la tête vers l’acteur. Il semble serein. Je détaille ce visage que je vais voir tous les jours à présent. Est-ce-que je vais réussir à me faire à la situation ?

Alors que ma bouche rêve de dire « non », je souffle malgré tout un timide « oui ».

Tom donne une tape fraternelle sur l’épaule de son meilleur ami, pendant que ce dernier souffle discrètement comme s’il avait retenu sa respiration après que le maire m’ait posé la question. A côté de moi, j’entends les reniflements discrets de Jane.

 

L’échange des alliances est compliqué avec les secousses de mon corps.

Patient, Alexander me sourit et entoure mes deux mains des siennes comme pour me protéger.

Il se rapproche, dépose sa bouche près de mon oreille et me souffle doucement, juste pour moi :

— Je te promets que tout ira bien.

Je le crois. Je sais qu’il fera de son mieux pour que nous cohabitions sans soucis.

Étonnement, mes mains tressautent moins. Suffisamment pour qu’il puisse glisser à mon annulaire, devant ma bague de fiançailles, mon alliance.

C’est lui qui l’a choisie. Comme j’aime la discrétion, il y a peut-être un peu trop de diamants, mais elle est magnifique. Or blanc, assez fine.

 

Je me tourne vers Jane et prends l’alliance qu’elle me tend en souriant. J’inspire un grand coup et la glisse avec plus de facilité au doigt d’Alexander. Un anneau en or blanc. C’est lui qui l’a choisie. Comme c’est lui qui a précipité la cérémonie avec son départ pour Vancouver, il tenait à s’occuper de tout cela. Avant d’avoir pu m’éloigner, il m’attire contre lui et dépose un baiser sur mes cheveux.

— Madame Wills, m’invite le maire qui me donne l’excuse pour m’éloigner de l’acteur.

Je le rejoins et me penche pour signer le registre des mariages. Il demande ensuite à Alexander de faire de même. Puis à Jane et Tom qui signent comme témoins de notre union.

— Le baiser ! Le baiser ! scande Jane en tapant dans ses mains.

Alexander lève les yeux au ciel en riant. Tom lui jette un regard complice, le traître ! Il semble avoir digéré la nouvelle du mariage mieux que moi.

 

Lorsqu’il s’avance vers moi, l’air dans la pièce devient électrique. Alexander ne me quitte pas des yeux, et moi, je le fixe en rougissant.

Je décompte les pas avant qu’il n’arrive devant moi. Deux, s’il continue à faire de si grands pas. Lorsqu’il ne lui en reste plus qu’un avant de m’embrasser, je baisse les yeux et regarde la pointe de mes chaussures. C’est beaucoup mieux que de le fixer avec des yeux de merlan frit.

Je n’ai pas besoin de lever la tête pour savoir qu’il se tient devant moi.

— Mon amour, murmure-t-il en prenant mes deux mains.

Je pince les lèvres. Alexander joue la comédie pour le maire. Il dépose ses paumes contre les miennes et lie nos doigts ensemble.

Je regarde sa chemise blanche, légèrement entrouverte qui dévoile un bout de son torse musclé. Lorsqu’il se penche vers moi pour me murmurer à l’oreille : « regarde-moi », je frisonne.

 

Je suis étonnée par mon geste lorsque je lève la tête et rencontre son regard. Alexander me fixe intensément. Ses yeux me supplient. De quoi ?

— Je...je ne vais pas te faire de mal.

Je suis la seule à l’entendre. Je hoche la tête. Mes joues sont toujours aussi rouges. Je dois ressembler à une écrevisse arrachée à son milieu naturel. Lorsqu’il se penche un peu plus encore, je ferme les yeux et le laisse faire.

Je sens d’abord ses lèvres sur mon front avant de sentir son souffle suivre son mouvement lorsqu’il dépose un baiser sur le bout de mon nez, je souris malgré tout. Juste après, ses lèvres se posent avec douceur sur les miennes. Au même moment, des applaudissements résonnent dans la pièce avec des « vive les mariés » que scandent joyeusement Jane et Tom.

En riant, Alexander se recule légèrement et me tient par la taille pendant que Tom et Jane viennent nous féliciter.

 

— Félicitations ma chérie, me murmure Jane en me serrant dans ses bras. Je suis certaine que nous nous retrouverons bientôt tous à l’église. Je sens ce genre de chose, ajoute-t-elle en tapotant le coin de son nez.

— Ton nez est bouché alors, je réplique avec amusement.

Jane lève les yeux au ciel et murmure « on verra bien » avant d’aller féliciter Alexander qui discute avec le maire de l’autre côté de la salle.

— J’ai mal réagi. Tu me pardonnes ?

Mon cœur fait un bon dans ma poitrine lorsque j’entends cette voix derrière moi. J’ai eu peur qu’il ne veuille plus jamais me parler. Nous n’avons pas eu l’occasion de discuter depuis que le repas chez moi a eu lieu. Ce soir-là, il est parti fâché.

Il me sourit timidement.

— Je dois y réfléchir Tom, je réponds en me retenant de rire.

— Tu connais mon numéro...si jamais.

Lorsqu’il s’éloigne, je me sens coupable de me moquer de lui. Il n’a pas dû voir mon sourire. Un peu triste, j’attrape sa main et l’attire contre moi. Au début, il hésite et puis, il me rend mon étreinte.

— Tu es idiot Tom ! Il n’y a rien à pardonner. Tu seras toujours mon ami.

Un poids disparaît de ma poitrine. Mine de rien, cela me rendait triste de ne plus avoir de nouvelle de l’acteur. Jane et lui sont très importants pour Eleanore et moi. Cela me rassure aussi de ne pas devoir jouer la comédie devant eux. Je vais pouvoir continuer à être moi.

— Alex est un ange, me murmure Tom à l’oreille. Tout ira bien.

— Je suppose, je réponds en croisant le regard de l’homme avec qui je vais devoir vivre à présent.

Alexander sourit en s’approchant de nous. Je dépose un baiser sur la joue de Tom et m’éloigne.

 

Jane a déposé nos vestes à l’entrée de la salle. Je fouille dans mon sac à main pour chercher mon téléphone qui a encore disparu lorsque le parfum d’Alexander me fait lever la tête. Que me veut-il encore ?

Il a l’air mal à l’aise. Il se passe de très nombreuses fois la main dans ses cheveux qui sont complètement désordonnés.

— Le maire aimerait prendre une photo de nous deux.

Pour quoi faire ?

Comme s’il avait lu dans mes pensées, Alexander ajoute :

— Pour son livre d’or . J’ai accepté pour nous deux, mais je peux toujours lui dire non. Il m’a fait une faveur en ouvrant la mairie une heure plus tôt ce matin. Je suis désolé Léa.

Il est vraiment craquant comme ça. Il frotte le côté de sa chaussure en cuir sur le sol.

— Je suppose que nous n’avons pas le choix alors, je soupire en le suivant vers le maire.

— Je suis désolé.

 

En marchant à côté de lui, je me rends compte qu’il est vraiment désolé. Il s’excuse souvent. Je ne sais pas si c’est à cause des revers de sa célébrité. Je n’y ai pas vraiment réfléchi. Je me mords la lèvre du bas en l’observant à la dérobé. Même si je n’approuve pas ce mariage, je veux qu’il cesse de se sentir coupable pour tout. Après tout, ce n’est pas de sa faute si le maire tient un livre d’or. Bien sur, il va me falloir un peu – beaucoup – de temps pour m’adapter à notre nouvelle vie. Autant l’aider du mieux que je le peux et lui prouver qu’il peut compter sur mon amitié. J’attrape sa main et le force à s’arrêter.

— Alexander, il faut que tu arrêtes de t’excuser pour tout. Ce ne sont que des photos après tout.

J’essaie de paraître convaincante en lui souriant. Je déteste les photos. Je ne suis pas du tout photogénique.

Alexander me sourit avant de me caresser le visage du bout des doigts exactement comme dans l’après-midi où il est parti précipitamment après avoir fait ça. Cette fois-ci, il ne s’enfuie pas et me dit :

— J’ai de la chance de t’avoir.

Mes joues chauffent lorsque je rougis à nouveau.

— Autant que je te serve à quelque chose, je plaisante.

 

Nous rejoignons le maire qui a déjà sorti son antique appareil photo. Je laisse Alexander prendre en main les opérations et me contente de faire ce qu’il me demande. Lorsque le maire est satisfait de la dernière photo qu’il a prise – c’est-à-dire une où je ne ferme pas les yeux – n’éternue pas – il nous remercie pour nos deux chèques qui sont destinés à deux associations de la ville.

Je vérifie que j’ai bien le livret de famille et nous quittons la salle des mariages après avoir remercié le maire d’être venu plus tôt.

Pour descendre les marches de la mairie, Alexander me tient la main. Au rez-de-chaussée, les employés sont déjà en place. Les premiers citoyens ont déjà envahi le bâtiment pour diverses démarches. Le soleil vient de se lever, il brille timidement par les fenêtres.

 

Jane et Tom marchent devant. Ils discutent de leurs plannings de la journée. Pendant que nous traversons le grand hall, je sens plusieurs regards curieux sur nous. Je regarde droit devant moi et ne m’arrête pas.

A l’extérieur, il fait vraiment très froid. Je serre le haut de mon col contre ma gorge. Je frisonne. Alexander qui semble ne pas me quitter des yeux le remarque et m’attire contre lui pour me réchauffer pendant que nous descendons les marches du bâtiment.

— Alexander ! Alexander ! Une photo s’il vous plaît.

J’écarquille les yeux et tourne la tête. A notre droite, une jeune femme, la vingtaine nous fait de grands signes de la main. Elle est accompagnée par plusieurs personnes. Je n’avais pas fait attention à cette famille d’une trentaine de personnes. Ils ont reconnu Tom, Jane et Alexander.

Les trois acteurs jouent le jeu en prenant des selfies avec eux, en signant des agendas, des bouts de papier.

Je me suis éloignée pour ne pas me faire piétiner par leurs fans et les regarde répondre aux demandes de leurs fans avec le sourire. J’en profite pour observer l’attitude des femmes face à Alexander. Elles sont complètement captivées par lui. Même la mariée qui a son futur mari à quelques pas d’elle, boit les paroles de l’acteur.

— Messieurs, Mesdames, j’ai un planning chargé !

 

La famille se dépêche de rentrer dans la mairie après avoir remercié plusieurs fois les trois acteurs. Lorsqu’ils se retrouvent tous les trois, Alexander me cherche des yeux et me sourit en me voyant trois marches plus bas qu’eux. Il se dépêche de me rejoindre et de m’enlacer à nouveau pour me réchauffer.

— Je suis dés…, commence-t-il pendant que je secoue la tête.

— C’est ton métier. Tu ne dois pas t’excuser.

Lorsque je sens des gouttes gelées me tomber sur le visage, je lève les yeux vers le ciel et écarquille les yeux en voyant les flocons de neiger tomber du ciel. C’est la première neige de l’année. J’étais impatiente qu’elle arrive pour que Eleanore puisse découvrir les joies de la neige.

— C’est le cadeau que je voulais t’offrir pour notre mariage. Il est pile à l’heure.

Il me serre un peu plus fort contre lui. Étonnement, je me sens bien dans ses bras. Je souris en continuant de fixer le ciel.

— C’est un merveilleux cadeau Alexander !

 

 

 

Les premiers moments d'un couple by Mary-m

« Radio Rock, la seule radio qui passe du vrai, du bon rock est au regret de vous annoncer que les routes risquent d'être glissantes sur Londres aujourd’hui. Nous conseillons à nos auditeurs d'être prudents s’ils sont sur la route. Si vous êtes au chaud sous la couette, restez-y !

Si vous y êtes à deux, radio rock dit que c'est encore mieux ! Maintenant un peu, beaucoup de musique pour réchauffer tout le monde avec une chanson qui va vous donner envie de danser « All Day And All Of The Night » des Kinks... »

 

Jack et papa adorent cette chanson. Moi aussi d’ailleurs. Chez eux, ils nous arrivent encore de pousser les meubles pour danser dans le salon en inventant des pas qui font rire Eleanore.

Je souris en repensant à tous ces bons moments pendant que Alexander traverse prudemment Londres. La route est verglacée par endroits depuis que la neige tombe plus abondamment depuis plusieurs minutes. Les ambulances résonnent dans la ville. A croire que nous ne sommes jamais préparés pour les premières neiges.

En regardant par la fenêtre de la voiture, mon index gauche bat le rythme sur ma cuisse.

— Tu as l’air d’aimé cette chanson.

Je ne m’étais pas rendu compte que je chantonnais.

— J’ai énormément de bons souvenirs sur cette chanson, je réponds en me tournant vers lui.

Il sourit, et freine avec douceur lorsque la voiture devant nous pile pour éviter un piéton.

— Laisse-moi deviner…tu aimes danser sur cette chanson en inventant de drôles de pas.

J’écarquille les yeux. Son rire résonne dans l’habitacle lorsqu’il entend mon exclamation de surprise.

— Comment tu sais ça ?

Je rougis sans le quitter des yeux. Il pince les lèvres pour ne pas rire davantage.

Tom et moi faisions la même chose à une certaine époque.

J’éclate de rire. Rapidement, son rire se mélange au mien pendant qu’il continue tant bien que mal de rejoindre la maison.

Cela fait du bien de rire. Je ne sais pas si c’est le stress de la journée qui commence à redescendre ou, si c’est simplement – et même si, je préfère penser le contraire – que nous nous entendons bien.

Vous deviez être très drôles tous les deux !

J’ai tellement de facilité à imaginer Tom et lui faire les fous, que j’ai du mal à arrêter de rire.

— Je suis connu pour être drôle.

Alexander me fait un clin d’œil complice.

 

Bien vite, la musique se termine, et avec elle, notre conversation.

Le silence s’installe.

Alexander ouvre la bouche à plusieurs reprises avant de secouer la tête en soupirant. Je soupire à mon tour, et regarde à nouveau par la fenêtre. Les paysages se couvrent d’une belle et fine couche de neige. C’est magnifique !

— Demain, nous pourrions emmener Eleanore au parc, propose-t-il en se tournant vers moi pour me parler avant de regarder la route.

Comme une enfant, je tape dans mes mains. L’idée me plaît beaucoup et, je suis certaine que ce sera pareil pour Eleanore.

Je connais un parc assez calme où nous pourrons jouer au calme tous les trois.

Il semble être aussi impatient que moi. Je connais la plupart des parcs de Londres, je m’apprête à lui demander de quel parc il parle lorsque je remarque que son regard s’assombrit, sa mâchoire se crispe. Il serre le volant si fort que ses jointures blanchissent. Je sais où dérivent ses pensées.

Nous protégerons Eleanore.

J’attrape sa main que je serre dans la mienne pour le soutenir.

Ce n’est pas possible ! marmonne-t-il entre ses dents. Je vais demander à Eliott d’engager deux gardes du corps.

Je souffle. Je lâche sa main, le fusille du regard, prête à batailler. Il ne peut pas me forcer à me faire suivre toute la journée ! Eleanore ne pourra jamais s’épanouir dans un environnement serein, si elle est suivie toute la journée. Et surtout, c’est le meilleur moyen d’attirer l’attention sur nous, ce que je refuse de faire !

Hors de question !

Je croise les bras contre ma poitrine.

— Léa !

Il serre le volant plus fort.

— Je ne sais pas comment vont réagir quelques fans. Je dois vous protéger, continue-t-il.

— Nous n’avons pas besoin de ça.

Je le fusille du regard. J’ai quand même mon mot à dire sur la question !

— Attendons de voir avant de prendre des mesures aussi drastiques.

Lorsqu’il marmonne dans sa barbe, j’ajoute doucement :

— S’il te plaît Alexander.

Tête de mule !

Lorsqu’il recommence à sourire, je sais que je viens de remporter cette première bataille.

 

Devant la maison, il stoppe la voiture, se passe la main droite dans les cheveux, et tourne la tête vers moi en souriant. Son sourire me déstabilise souvent – trop souvent- comme maintenant où je ne sais pas pourquoi il me regarde comme ça.

Lorsque le silence commence à me mettre très mal à l’aise, je murmure en regardant le siège arrière rempli de caisses :

Tu veux qu’on sorte tes affaires maintenant ?

Alexander secoue la tête et sort de la voiture. Pendant que je me détache, il fait rapidement le tour pour m’ouvrir la portière. Je suis encore assise lorsqu’il me tend la main et m’entraîne à sa suite dans l’allée qui mène à chez moi – bon d’accord, je vais le dire – chez nous.

Nous progressons avec lenteur de peur de glisser. Je me tiens à la rampe des escaliers du perron pour ne pas tomber sur les fesses et me ridiculiser. J’ai surtout peur que cela devienne une habitude en sa présence.

 

Sur le perron, je sors les clés de la maison de ma pochette pendant que Alexander sautille sur place en se frottant les mains. Il fait vraiment froid !

J’ai à peine le temps de les sortir du sac, qu’il me les prend et ouvre la porte avant de se tourner en souriant. D’instinct, je me recule le plus possible de lui. Ce qui est, assez difficile avec la taille du perron. Je suis même prête à enjamber la balustrade s’il avance encore de deux pas. Pourquoi me regarde-t-il comme ça ? Qu’est-ce-qu’il me veut ?

Je n’ai pas le temps de lui poser la question, que je me retrouve dans ses bras.

— Qu’est-ce-que tu fais ? Je demande pendant qu’il me porte à l’intérieur et ferme la porte du pied.

— Je ne fais que suivre la tradition. Je porte ma femme pour passer le seuil de notre maison.

Ça lui semble logique. A moi, beaucoup moins !

— Ah !

Il continue d’avancer dans le hall d’entrée avec moi toujours dans ses bras. Il n’a aucune difficulté à me porter. Lorsqu’il s’est bien éloigné de la porte d’entrée, je commence à gesticuler.

— La porte d’entrée est là-bas, je dis en montrant du doigt le lieu d’où nous nous éloignons rapidement. Tu peux me poser maintenant.

Son rire résonne dans la maison silencieuse pendant qu’il s’avance vers les escaliers.

— Je ne fais que suivre la tradition, répondit-il en souriant.

Lorsqu’il tend le pied vers les premières marches, je bouge mes jambes pour descendre de ses bras. Il n’a quand même pas l’impression que je vais partager son lit !

« Comme si tu n’en avais pas envie ! », me nargue ma conscience.

Là n’est pas la question !

 

Soudain, il éclate de rire et se dirige vers le salon où il me dépose au sol. Alexander est hilare.

Face à lui, je croise les bras contre ma poitrine en le fixant méchamment. Il l’a fait exprès pour m’embêter.

— Tu sembles réellement déçue. Tu veux peut-être que je te porte jusque dans ta chambre ?

Déçue moi ? Je préfère ne plus jamais coucher avec un homme que de partager son lit !

— Merde Alexander !

Je sors du salon le plus dignement possible - sans me prendre les pieds dans le tapis – et me rends dans ma chambre.

Reviens Léa !

Je l’entends quitter le salon et me suivre. Je ne m’arrête pas jusqu’au moment où je ferme la porte de ma chambre à clé, et me laisse glisser le long de la porte. Je sors mon téléphone de ma pochette et téléphone à Jack pour voir si tout va bien.

Après mon coup de fil, je vais dans la salle de bain pour me changer. J’enlève ma robe blanche et la range avec soin dans le dressing. J’enfile un pantalon de yoga noir, mon t-shirt préféré des Stones et m’étends sur le lit pour ruminer à ma guise.

— C’est génial s’il commence à se moquer de moi comme ça, je marmonne en donnant un coup dans mon coussin.

 

Toc. Toc. Toc.

Je grogne, marmonne quelque chose d’inintelligible, et me tourne avant de me redresser d’un coup. Je tourne la tête à gauche, à droite pour identifier l’endroit où je me trouve avant de reconnaître ma chambre et sa décoration.

En expirant, je tombe en arrière et repousse mes cheveux en arrière. Il fait sombre, très sombre. D’une main, je tâtonne jusqu’à trouver la lampe de chevet que j’allume. Il est dix-sept heures. Je viens de dormir sept heures ! Je ne dors jamais autant, et surtout la journée.

Léa ? Tout va bien ?

L’inquiétude se lit dans sa voix.

— Oui, je réponds en sortant mes pieds du lit.

Je m’étire en baillant, très peu élégamment.

— Le repas est prêt.

Il s’éloigne. C’est gentil de sa part d’avoir préparé le repas. C’est ce que je pense avant de sentir une légère odeur de brûlé. Je déverrouille la porte, en priant les Dieux de la cuisine qu’il n’a pas mis le feu à cette pièce que j’adore.

Je descends les marches en quatrième vitesse, avant de ralentir en arrivant près de la cuisine. Je n’ai pas envie de lui donner l’impression que j’ai hâte de le rejoindre.

Je fronce le nez lorsqu’un mélange d’épices et de viande arrive jusqu’à moi. Je note une odeur omniprésente de viandes carbonisées.

 

Pourtant, la cuisine a l’air intact, à part l’odeur et la fumée. Dans l’évier, il y a les vestiges d’un repas qui n’a pas abouti. Les deux fenêtres de la pièce sont ouvertes sans doute pour évacuer la fumée.

Je fronce les sourcils lorsque je vois que la table est pourtant dressée pour deux. Il y a plusieurs plats qui me donnent envie de m’asseoir à table et de tout engloutir.

Alexander est appuyé contre le frigo, l’air gêné, il se passe la main dans les cheveux sans me quitter des yeux.

— Je n’arrive à faire que les œufs au plat...et encore, murmure-t-il.

Alors, comment a-t-il fait ? Les différents plats sur la table sentent très bon. Mon ventre grogne un peu.

— J’ai commandé chez le traiteur.

Oh !

— Pourquoi ne m’as-tu pas réveillé pour que je m’en occupe ?

Alexander secoue la tête.

— Ce n’est pas ton rôle de cuisiner.

— Oui, mais se faire livrer tous les jours, n’est pas une bonne idée !

Nous nous sourions. Alexander porte toujours son smoking noir. Il est vraiment très beau habillé comme ça. Sa cravate pend de chaque côté de sa chemise blanche, cela lui donne un petit côté rebelle.

En le regardant – peut-être un peu de trop – je regrette de ne pas avoir choisi des vêtements plus adaptés que ceux que je porte. Mon pantalon de yoga a connu de meilleur jour. Mon t-shirt des Stones dévoile un peu trop mon ventre à mon goût. Je n’ai pas pensé me changer avant de sortir précipitamment de la chambre.

 

Alexander s’avance vers la table en souriant. Il recule la chaise où j’étais assise lorsque nous avons pris le petit déjeuner ensemble la dernière fois et m’invite d’un signe à le rejoindre.

— Merci !

Il fait le tour de la table pour rejoindre sa place.

Ma très chère épouse que puis-je vous servir à manger ?

Sa bonne humeur ne semble pas l’avoir quitté depuis ce matin. Comme les sept heures de sommeil m’ont fait un bien fou – suffisamment pour que je rentre dans son jeu - , je lui réponds en souriant :

— Monsieur mon mari tout ceci me semble très bon et je pense que je vais prendre un peu de tout.

Je regarde les plats avec envie. Mon ventre grogne d’impatience pendant qu’il me sert en souriant.

— Vous semblez avoir très faim mon amour, murmure-t-il en déposant l’assiette devant moi.

Mon ventre choisit ce moment-là pour grogner plus fort. Je rougis et souris timidement.

— Je meurs de faim, pas vous mon cher ?

Alexander qui hésite entre deux plats, lève la tête vers moi et m’observe si intensément que je rougis plus fort.

Un sourire en coin, il ne me quitte pas des yeux. Même si j’en ai envie, je ne tourne pas la tête, il est hors de question qu’il pense avoir réussi à me troubler.

— J’ai faim de beaucoup de choses ma chérie !

 

Repas de noce by Mary-m

Pourquoi ? Pourquoi fait-il cela ? Qu’a-t-il à gagner ? Pourquoi agit-il comme s’il voulait que nous soyons plus qu’un homme et une femme vivant sous le même toit, et ayant comme unique lien Eleanore ?

 

 

 

Comme je refuse de tourner la tête la première, je continue de le fixer en tentant de faire abstraction de ses pupilles enflammées. L’air est devenu électrique autour de nous. A travers la fenêtre ouverte, j’entends au loin la circulation de notre quartier, plus encombrée à cette heure-ci de la journée. Je trouve les battements rapides de mon cœur tout aussi bruyants. Ils couvrent la chaîne qui déverse dans la cuisine du rock anglais.

 

« Ne tourne pas la tête ! ». C’est ce que je me répète en boucle, il est hors de question que je le quitte des yeux, et lui prouve qu’il me trouble.

 

 

 

Au bout de ce qui me semble être une éternité à nous affronter du regard, Alexander glisse sa main droite sur la mienne, qui tient le bord de la table avec force.

 

— Léa, murmure-t-il doucement.

 

Il a l’air si timide, si maladroit. Il n’arrête pas de se passer la main gauche dans les cheveux. Ses joues rosissent légèrement lorsqu’il inspire un grand coup et ouvre la bouche pour continuer de parler. Au même moment, son téléphone posé sur le plan de travail se met à sonner. La mélodie s’élève dans la pièce et éclipse les autres bruits environnants.

 

 

 

Avec un regard désolé, il s’éloigne rapidement, l’attrape avec impatience et décroche.

 

— Que se passe-t-il ?

 

Le téléphone à l’oreille, Alexander revient vers la table où je suis toujours assise, et je tente de me concentrer sur mon assiette pour ne pas lui donner l’impression que j’écoute la conversation.

 

A mesure que la personne au bout du fil lui parle, son visage s’assombrit. Ce qu’il lui dit a l’air de le contrarier énormément.

 

— Nous étions d’accord pour la semaine prochaine, réplique-t-il sèchement. Je n’ai pas envie de quitter Londres avant la date prévue, ajoute-t-il en replaçant sa main sur la mienne qui n’a pas bougé d’un pouce et qui est, toujours accroché au bord de table comme pour, être certaine que personne ne pourrait la voler.

 

En l’entendant dire ça, je relève la tête et l’observe. Ses yeux sont fermés, sa mâchoire serrée. Alexander n’est pas content !

 

Si je comprends bien, il doit avancer son départ pour Vancouver de plusieurs jours. En voilà une bonne nouvelle !

 

Je suis mal à l’aise en sa présence, et devoir jouer son épouse ne fait qu’accentuer ce sentiment.

 

Je suis certaine que beaucoup de femmes donneraient tout pour être à ma place, mais moi je n’y arrive pas !

 

— Je suis certain que tu vas réussir à leur faire changer d’avis, répond-il plus doucement.

 

Il caresse le dos de ma main du bout des doigts. Je frisonne. Mon cœur fait un saut périlleux.

 

Ça suffit les hormones !

 

Pendant qu’il continue de parler, j’enlève ma main de sous la sienne, et attrape mon verre d’eau que je porte à mes lèvres pour donner une excuse inutile à mon geste. Bien sur, je ne repose pas le verre.

 

— Je sais que tu fais de ton mieux. Cette séparation va être longue, je n’ai pas envie d’ajouter d’autres dates. Je vais devoir attendre le vingt-quatre décembre pour revoir Eleanore et Léa. C’est beaucoup !

 

Alexander semble plus détendu qu’au début de sa conversation. Il me sourit avant que je ne détourne les yeux en rougissant. Rougissement qui s’accentue lorsque mon ventre émet une horrible plainte qui me donne envie de disparaître sous terre. C’est vraiment devenu une habitude en sa présence. Alexander tousse pour camoufler son rire. J’ai envie de lui tirer la langue, mais je me retiens et pousse les haricots verts en attendant – avec difficulté – car je suis affamée, qu’il termine.

 

Lorsque son pied me frôle, je lève la tête et le regarde. Alexander m’encourage à manger d’un signe de tête vers mon assiette.

 

Comme je veux l’attendre, je fais non de la tête. Il lève les yeux au ciel et me fait un clin d’œil.

 

— Tête de mule, articule-t-il silencieusement.

 

 

 

Au bout de quinze minutes à remuer encore et encore les aliments de mon assiette, je me lève de table et commence à réchauffer les plats qui se sont refroidis. Debout près du plan de travail en granite, je descends le son de la chaîne Hi-fi et fais les allers- retours entre la table et le micro-ondes.

 

— Oui, dès que tu en sais plus ! Bye.

 

Pendant que je sors précautionneusement le plat de haricots verts du micro-ondes, j’entends Alexander soupirer et déposer son téléphone sur la table. Je n’ai pas besoin de le voir pour savoir qu’il me regarde et qu’il va s’excuser à nouveau.

 

— Je suis dé...

 

Qu’est-ce-que je disais !

 

— Si tu dis que tu es désolé, je vais...je vais...

 

Je vais quoi ? Bonne question. Je me mords l’intérieur de la joue et réfléchis. Le priver de dessert ? L’envoyer dans sa chambre ?

 

J’ai envie de rire tellement je me sens ridicule. Son rire résonne dans la pièce. Il rit fort. Les bras croisés contre ma poitrine, je me tourne vers lui et le fusille du regard. C’est qu’en plus, il se moque de moi ! Je vais lui botter les fesses, voilà ce qu’il mérite !

 

En continuant de rire, il se lève de sa chaise et s’approche doucement de moi.

 

— Tu vas...m’encourage-t-il doucement.

 

La cuisine n’est pas très grande, mais la distance qui nous sépare est tout de même assez importante pour me permettre de fuir si j’en ai envie.

 

— Je vais…

 

Je perds le fil de mes pensées en le regardant s’avancer vers moi. Il ressemble à un félin qui avance lentement vers sa proie avant de lui bondir dessus. Est-ce-que je suis la proie ?

 

Lorsqu’il se stoppe devant moi, mon cœur s’emballe dangereusement. Qui a monté le chauffage dans la pièce ?

 

 

 

Je retiens mon souffle lorsqu’il glisse ses mains sur mes hanches et m’attire contre lui . Je m’en veux d’être aussi troublée par lui, mais, je n’y peux rien. C’est comme ça depuis notre première rencontre.

 

— Chut, murmure-t-il à mon oreille en me faisant frisonner.

 

— Je n’ai rien dit, je souffle en tentant de reprendre mon souffle.

 

Son parfum me tourne légèrement la tête.

 

— Peut-être, mais tu réfléchis trop, Léa !

 

Il dépose son front contre le mien. Je le laisse faire même si, ma raison me dicte de fuir pendant que j’arrive encore – un peu – à réfléchir. Mais au final, ai-je vraiment envie de fuir encore une fois ? Pour une fois, je veux juste arrêter de trop penser, et d’avoir peur de moi ! De lui !

 

— Léa, souffle-t-il tout contre mon visage.

 

Sa main gauche glisse le long de mon cou qu’il caresse du bout des doigts, touche mon épaule, frôle mes côtés et retire du plan de travail que je sers avec force. Tellement fort que j’ai mal aux doigts.

 

 

 

J’ai l’impression que mon cœur tente de s’échapper de ma poitrine. Je dépose ma main sur son torse, son cœur bat aussi rapidement que le mien. Il retient son souffle lorsque je dépose ma seconde main sur sa joue. Ses lèvres se rapprochent doucement des miennes sans les toucher. Nos souffles sont courts. Je vais devenir un tas de cendres si nous continuons comme ça.

 

— Léa.

 

Je sais qu’il ne fera rien sans mon accord. Cet homme est un vrai gentleman. Je repousse les pensées négatives qui essaient de se faufiler.

 

— Alexander, je chuchote en effleurant à peine ses lèvres avec les miennes.

 

D’ordinaire patient, Alexander grogne avant de plaquer sa bouche contre la mienne avec force pendant que ses mains font barrage entre mon dos et le plan de travail derrière moi, m’évitant ainsi de me cogner par la force de son geste. Pendant que nous nous embrassons à en perdre haleine, ses mains partent à la découverte de mon corps. Sa bouche ne quitte pas la mienne lorsqu’il dépose ses mains sous mes fesses pour me soulever du sol. Je m’accroche à son cou. Ce serait bête de me blesser juste maintenant.

 

L’air est devenu tellement électrique que je m’étonne que la maison n’explose pas avec nos corps en feu.

 

Doucement, il m’assied sur le plan de travail. Sa bouche part à la découverte de mon cou. Je gémis en rejetant ma tête en arrière pour lui laisser libre accès à ma peau.

 

 

 

Pendant qu’il continue à m’embrasser, j’ouvre lentement les boutons de sa chemise blanche. J’ai besoin de sentir sa peau contre la mienne. Du bout des doigts, je caresse son torse musclé. Lorsque mes doigts descendent sensuellement vers la boucle de sa ceinture, je le vois retenir son souffle. Sans le quitter des yeux – ce que je me suis toujours crue incapable de faire – j’ouvre sa ceinture. Ses yeux sont fiévreux. Les miens doivent être pareils.

 

Je suis en train de m’attaquer au bouton de son pantalon de costume lorsque son téléphone se remet à sonner. Mes mains retombent le long de mon corps.

 

 

 

Alexander semble se moquer de la sonnerie qui s’élève encore et encore dans la pièce, car il approche à nouveau son visage du mien pour recommencer à m’embrasser passionnément. Je n’ai pas sa capacité à faire abstraction de ce qui se passe autour de moi. Ce bruit est irritant !

 

— Alexander ! Ton téléphone.

 

Je ne reconnais pas ma voix. Elle est emplie de désir.

 

— Laisse-le sonner, réplique-t-il en enlevant mon t-shirt qu’il balance dans un coin de la cuisine avant de déposer des baisers sur mes épaules nues.

 

Lorsque le silence revient dans la pièce, il ajoute en descendant sa bouche vers ma poitrine encore protégée par ma brassière :

 

— Tu vois.

 

Je m’apprête à reconnaître qu’il a raison lorsque son téléphone émet à nouveau des bruits stridents.

 

— Tu vois, je dis en le repoussant doucement.

 

Je n’ai pas pu m’en empêcher. C’était trop tentant. Il lève les yeux au ciel, m’abandonne et va chercher l’objet du délit qui continue de crier.

 

— Oui !

 

Son ton est sec. Alexander n’est pas content d’avoir été dérangé.

 

 

 

Je profite de ces quelques minutes de répit pour essayer de reprendre mes esprits. J’inspire et expire à plusieurs reprises pour calmer les battements de mon cœur. Mon corps est toujours en feu.

 

Le téléphone à l’oreille, il revient près de moi et me caresse le cou du bout des doigts en me souriant tendrement. Mon cœur fait un saut périlleux dans ma poitrine. Je rougis et baisse les yeux en rougissant.

 

— Après-demain ! Je suppose que je n’ai pas le choix. Envoie-moi toutes les informations par mail.

 

Il n’ajoute rien, raccroche et dépose son téléphone à côté de moi.

 

Lorsque je lève les yeux vers lui, il me sourit. Sa main glisse dans mon cou pour attirer mon visage vers le sien. Il dépose ses lèvres contre les miennes. Je n’aurais pas gardé longtemps une pensée cohérente !

 

— Nous serions mieux dans notre chambre, propose-t-il contre ma bouche.

 

De toutes mes forces, je repousse mes inquiétudes et appréhensions. J’acquiesce en rougissant. Mémo à moi-même : penser à acheter de l’après-solaire, parce qu’à force de rougir, je risque de me prendre un coup de soleil.

 

 

 

Alexander ne me laisse pas le temps de descendre de là où je suis assise car il me prend dans ses bras en souriant.

 

— Tu comptes encore me déposer dans le salon, je le taquine pendant qu’il sort dans le couloir pour rejoindre les escaliers qui mènent à l’étage où se trouvent les chambres.

 

— Non mon amour, cette fois-ci, je te dépose sur notre lit.

 

Je dépose ma joue contre son torse. Les battements de son cœur sont moins rapides que les miens. Le rythme est apaisant. Il porte sa chemise ouverte que je n’ai pas eu le temps de lui enlever un peu plus tôt. Sa peau est chaude contre la mienne.

 

Lorsqu’il dépose son pied sur la première marche, la sonnette de la porte d’entrée résonne dans le couloir.

 

— C’est une conspiration, marmonne-t-il pendant que je ris.

 

Il lève les yeux au ciel et continue son chemin comme s’il n’avait rien entendu. Mais déjà, je me libère de ses bras. Son regard suppliant rencontre le mien, et me donne envie de le serrer dans mes bras.

 

— Léa, me supplie-t-il avec une moue boudeuse.

 

J’hésite à l’écouter, surtout que le silence est revenu dans la maison, mais quelque chose me pousse à enfiler un t-shirt qui traîne près des escaliers et me rendre à la porte d’entrée.

 

— C’est peut-être important.

 

C’est comme ça que je justifie mon geste. Je presse le pas. Lorsque je me trouve devant la porte, je me tourne et vois Alexander qui boude sur une marche de l’escalier. Eleanore lui ressemble tellement et encore plus maintenant. Les mêmes mimiques tellement craquantes.

Angie by Mary-m

— Arrête de faire ça !


Alexander est toujours assis sur les marches qui mènent à l'étage, les coudes posées sur ses cuisses et la tête entre ses mains. Exactement comme Eleanore quand elle boude. Je fronce les sourcils en le fixant. Que me veut-il ?


— De te mordre la lèvre ! C'est une torture !


Sa voix, déjà rauque à la base, l'est encore plus. Une boule de chaleur s'invite dans mon bas ventre. Soyons honnête, Alexander qui boude est quand même quelque chose de vachement sexy !


 


Je secoue la tête car ce n'est clairement pas le moment de fantasmer sur lui, quelqu'un derrière cette porte a besoin de moi. Je me tourne vers l'entrée de la maison, tourne la poignée, ouvre la bouche de surprise quand je reconnais la personne qui se tient sur le perron.


— Angie ?


Que fait ma meilleure amie ici, alors que sa tournée aux U.S.A n'est pas encore terminée ? Elle est immobile. La tête baissée vers ses ballerines trempées par la neige qui blanchit aussi ses cheveux, Angie ne porte qu'une petite veste en jean sur un top qui dévoile une grande partie de son ventre. Elle tremble, je ne sais pas si c'est de froid ou à cause de ses pleurs silencieux que je devine. Elle n'a sans doute pas pris le temps de se changer avant de quitter le soleil californien.


L'urgence de la situation me saute aux yeux, je me secoue et l'attrape par la main pour l'attirer à l'intérieur de la maison. Si je ne veux pas que ma meilleure amie termine au rayon surgelé, je dois la réchauffer – et comprendre ce qu'elle fait ici – en priorité. Ses lèvres sont bleuies par le froid, ses mains rougies. Lorsqu'elle tangue légèrement, je passe un bras protecteur autour de son taille pour la soutenir, comme elle l'a toujours fait avec moi, à chaque fois que j'ai eu besoin d'elle. Un peu ralentie par ce corps à bout de force, j'avance prudemment dans le hall d'entrée. Mon objectif est de la conduire dans le salon, là où la cheminée se trouve. Lorsque nous atteignons enfin la pièce, je remercie mentalement Alexander, qui a pensé à allumer un feu pendant ma longue sieste de l'après-midi.


 


Je la dépose en douceur sur le canapé, attrape plusieurs plaids dans un panier caché près de la fenêtre. Angie continue de trembler de froid. Je m'accroupis devant elle, lui enlève ses ballerines trempées, frictionne doucement ses deux pieds dans une couverture pour les réchauffer. De nouveau à sa hauteur, je l'attrape par les épaules, elle se laisse faire comme une poupée de chiffon, et lui enlève sa veste avant qu'elle n'attrape un mauvais rhume. Je prends plusieurs couvertures et l'enroule dedans. Elle ressemble à E.T extraterrestre presque à la fin du film, couvert par la serviette, dans le panier du vélo. C'est à peu près le cas là, à part que nous ne sommes pas en vélo et que ma meilleure amie n'a aucune ressemblance avec ce petit être venu d'ailleurs. Lorsque je juge qu'elle est suffisamment couverte, je m'assieds à ses côtés pour la serrer contre moi. Un moyen de la réchauffer et de lui montrer que je suis là pour elle.


Presque totalement couverte, ses pleurs ne se tarissent pas. Je me mords la lèvre du bas, j'hésite à poser la question qui me brûle les lèvres depuis que je l'ai trouvée devant chez moi.


— Angie ? Chérie, qu'est-ce-qui s'est passé ?


Elle laisse échapper une longue plainte et pleure plus fort. Mon cœur se serre à nouveau. Je me sens inutile, elle a tellement fait pour moi.


 


Je sursaute lorsque je t'entends la porte d'entrée claquer. Je retiens mon souffle deux secondes avant de soupirer de soulagement quand je me souviens que je ne suis plus seule à la maison à présent. C'est justement Alexander qui porte la valise que je reconnais comme étant celle de ma meilleure amie à l'intérieur. Lorsqu'il passe devant la porte du salon pour rejoindre l'étage, nos yeux se croisent. Alexander me sourit tendrement, me fait un clin d'œil et s'éloigne, sans doute pour ne pas imposer sa présence.


Je suis totalement perdue. Mon corps réclame à grand cri sa présence à mes côtés, contre moi. Mon cœur, lui est perdu entre l'envie de fuir et celui de le croire sincère. Ma tête, qui perd de plus en plus de terrain, veut s'éloigner. J'ai envie de grogner de frustration. Mais, je me secoue, je ne peux pas penser à Alexander alors que ma meilleure amie souffre. Je resserre ma prise autour de ses épaules et dépose mon menton sur le haut de son crâne pendant que son corps continue de trembler à cause des larmes qui coulent en abondance. Je lui murmure des mots apaisants, ceux que j'emploie avec Eleanore quand elle a un gros chagrin. Lui promet d'être toujours là pour elle, même si elle a tuée quelqu'un. J'arrive même à lui tirer un sourire quand je lui propose d'aller chercher la pelle dans l'abri de jardin pour enterrer le corps.


Même si je suis inquiète, je la connais suffisamment pour savoir que si je tente de la faire parler de force, elle va se braquer et ne rien dire. C'est sa façon de se protéger, et encore plus quand elle souffre.


 


Je ne sais pas combien de temps nous restons en silence, assise sur ce canapé face à ce feu de cheminée qui me donne trop chaud, mais je ne bouge pas et continue de lui caresser les cheveux. Ses larmes se tarissent avant de couler à nouveau abondamment. Dans la pièce quasi silencieuse, une même question tourne en boucle dans mon esprit : Où est Jamie ?


Il est tellement rare de les voir l'un sans l'autre que je me demande s'il ne lui est pas arrivé quelque chose de grave. Mais alors, pourquoi Angie est-elle ici, au lieu d'être à ses côtés ?


— Où est Jamie ?


Les mots sont sortis tout seul de ma bouche, je n'ai pas réussi à les retenir plus longtemps. A peine chuchoté, je ne sais pas si elle m'a entendu jusqu'au moment où ses pleures s'intensifient. Elle se cache le visage dans ses mains tremblantes. Je sens le désespoir dans ses gestes.


— Tu peux me le dire que tu m'avais prévenue ! lance-t-elle avec aigreur entre deux sanglots.


Ses paroles ne me blessent pas, je connais suffisamment Angie pour savoir que c'est sa tristesse et sa colère qui parle.


Elle écarquille les yeux lorsqu'elle se rend compte de ce qu'elle vient de dire et me murmure :


— Pardon.


Elle me sourit tristement en se redressant sur le canapé. Elle se blottit encore plus dans les couvertures, soupire plusieurs fois.


— Il m'avait demandé de le rejoindre dans ma loge à la fin du concert pour me parler de quelque chose qui lui tenait très à cœur. A la fin du second rappel, je suis descendue le plus rapidement possible, courant à moitié dans les couloirs. Mon cœur battait si rapidement d'impatience, je pensais qu'il allait enfin me demander de l'épouser.


Pendant qu'elle reprend son souffle, je n'ose pas bouger malgré ma position inconfortable, mais j'ai peur de la stopper dans ses confidences et qu'elle se referme à nouveau. Ses yeux se reperdent dans le vide quand elle reprend la parole.


— Je pensais à tout, sauf à ça...


Je sais d'avance qu'il n'y aura pas de fin heureuse à son histoire. Si cela avait été le cas, elle ne serait pas là, à pleurer sur mon canapé.


— Plus j'approchais, plus mon cœur cognait fort dans ma cage thoracique. J'avais peur, et en même temps, j'étais surexcitée de le retrouver. Pourtant, lorsque je me suis stoppée devant la porte de ma loge pour reprendre mon souffle et me recoiffer, j'ai ressenti quelque chose de désagréable, comme une sorte de pressentiment, que j'ai rapidement mis de côté en pensant que c'était à cause de la fatigue d'après concert. Les mains tremblantes, j'ai ouvert la porte, et...et...


D'instinct je m'approche d'elle lorsque ses larmes recommencent à couler sur ses joues, elle ressemble à un panda avec son mascara qui colore son visage.


— La fille qui fait...enfin faisait notre première partie avait sa putain de bouche collée à celle de Jamie. En guêpière, elle avait ses bras autour de son cou, hurle-t-elle en se cognant volontairement l'arrière de la tête contre le dossier du canapé. Je ne veux plus voir, ni l'un, ni l'autre.


— Mais quel connard !


C'est la seule chose sensée qui m'est venu à l'esprit. Et pourtant, je ne suis pas quelqu'un qui dit des gros mots, être maman aide énormément.


 


Je suis en colère contre Jamie. Comment a-t-il osé faire ça à Angie ?


Car, même si je n'arrive pas à apprécier le personnage, je sais qu'entre eux deux, c'est un amour vrai et unique. Le genre d'amour qui vous prend aux tripes. Un amour intense, bouillant, fusionnel. Et pourtant, quelque chose a réussi à gâcher cet amour sans nuages.


— Ma proposition pour la pelle fonctionne toujours.


Les yeux rouges à force de pleurer, Angie sourit tristement avant de sangloter à nouveau. Doucement, je l'attire contre moi pour la réconforter. Si je dois passer la nuit, les jambes pliées sous moi, je resterais sans bouger pour qu'elle sache que je suis là.


On ne peut pas effacer quatre ans de bonheur en un coup de baguette magique. Il lui faudra beaucoup de temps pour sortir la tête de l'eau, je serais là à chaque nouvelle étape pour la soutenir.


De ma main libre, je caresse ses cheveux comme je le fais avec Eleanore quand elle fait un cauchemar. Je lui raconte tout et n'importe quoi pour lui éviter de trop réfléchir. Sa respiration devient plus lente et posée, signe qu'elle se calme doucement.


Je continue de lui caresser les cheveux lorsque la sonnerie de son portable résonne dans la pièce. Elle sursaute et me jette un regard paniqué. Pas besoin d'être Nostradamus pour savoir qui tente de la joindre. La colère reprend le dessus lorsque je l'attrape et décroche.


— Bébé ! Parle-moi, je t'en supplie.


— C'est Léa, je réplique sèchement.


Je l'entends expirer bruyamment.


— Même si je savais qu'elle viendrait chez toi, je suis rassuré de la savoir en sécurité. Laisse-moi lui expliquer que c'est une horrible erreur.


Qu'il est pathétique ! n'est-il pas trop tard pour les regrets ? Il aurait dû y penser avant de poser ses lèvres sur celles de l'autre !


— Non ! Elle ne souhaite pas te parler.


Angie ne me quitte pas des yeux. Elle s'est recroquevillée dans un coin du canapé et sanglote en silence.


 


— Je t'en supplie, murmure-t-il, c'est Mandy qui s'est jetée sur moi quand Angie a ouvert la porte.


J'en lâche presque le téléphone. Comment ose-t-il accuser cette pauvre fille !


— Impressionnant ! Cette fille, c'est Flash en fait. Réussir à enlever ses vêtements et se jeter sur toi tout ça au moment où elle a entendu Angie ouvrir la porte, j'ironise.


J'ai de plus en plus de difficulté à me retenir de l'insulter.


— S'il te plaît ! Je sais que tu ne m'apprécie pas, mais je t'en supplie, tu le sais que j'aime Angie plus que tout. Laisse-moi lui parler et tout lui expliquer.


Je perçois le désespoir dans sa voix. Je m'en veux lorsque je ressens une soudaine et inattendue vague de compassion pour Jamie. Le soucis, c'est qu'il a réussi à semer le doute dans mon esprit. Et si, il disait la vérité ? Et si, c'est bel et bien Mandy qui a manigancée tout ça ? C'est sans doute mon esprit d'écrivain qui reprend le dessus en émettant ce genre d'hypothèse, mais, il y a quelque chose de louche dans cette histoire.


— S'il te plaît, Léa !


— Tu aurais dû y penser avant. Il est tard, arrête de l'ennuyer. Elle a besoin de repos.


Je raccroche sans lui laisser le temps d'ajouter quoi que ce soit. Angie a vraiment besoin de repos. Malgré les larmes qui continuent de couler, ses yeux se ferment tout seul. Pour lui laisser de la place, je me glisse hors du canapé et vais m'asseoir sur le sol devant le canapé. Elle me sourit tristement en tenant ma main droite.


— Tu dois essayer de dormir, je lui chuchote en lui caressant les cheveux.


 


Angie perd rapidement le combat contre le sommeil. Je reste encore quelques minutes assise à ses côtés, ma main ne quitte pas la sienne.


Lorsque je suis certaine que ma meilleure amie est bien installée, je quitte sur la pointe des pieds le salon. Merci Eleanore qui m'a appris à être très discrète pour sortir d'une pièce !


Pendant que je traverse la maison silencieuse, je songe à Alexander qui doit dormir d'un sommeil juste et réparateur à cette heure-ci. Je refoule les sentiments contradictoires que je ressens en pensant à lui, ce n'est clairement pas le moment.

End Notes:

Un immense merci à toutes les nouvelles personnes qui lisent mon histoire, vous êtes adorables ! <

Croire ou ne pas croire ? by Mary-m

Cette journée m’a épuisée du début à la fin, malgré les quelques heures de sieste que je me suis autorisé plus tôt dans la journée. Dans la cuisine, je me laisse tomber lourdement et sans élégance sur la première chaise que je croise, et dépose mon front douloureux sur la table. La fraîcheur de sa surface est accueillie avec bonheur par ma tête douloureuse. Trop de questions, trop d’émotions. Le parfait cocktail pour une bonne migraine.

— Peut-être, dit-il la vérité !

Sa voix m’est devenue si familière, que je ne sursaute pas.

— S’il mentait, je réplique en me redressant aussi dignement que possible.

Peine perdue avec le soupir de bien-être que j’ai poussé quelques minutes plus tôt quand ma tête s’est posée sur la table. Alexander est debout contre le frigo américain. Je ne sais pas s’il était déjà dans la pièce avant moi ou si, il vient juste d’arriver. Les bras croisés contre son torse, les sourcils froncés, il me fixe intensément.

 

Le soucis que j’ai, c’est que je ne sais pas si Jamie ment ou dit la vérité, et Alexander le sait. Comment ? Je ne sais pas ! Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’il me donne l’impression de lire trop facilement en moi. Surtout que moi, je n’arrive jamais à décrypter les expressions de son visage. Foutu acteur !

Perdue dans mes pensées, je sursaute lorsque je sens une caresse sur mon épaule. Je ne l’ai pas vu s’avancer jusqu’à moi.

— Jamie est vraiment amoureux d’elle ! Et même, ajoute-t-il lorsque j’ouvre la bouche pour débattre, s’il a fait ça, il devrait avoir une chance de s’expliquer avec elle.

Il s’accroupit juste devant moi et dépose ses deux mains sur mes cuisses. Nous nous affrontons du regard pendant plusieurs minutes.

— Laisse-lui une chance, souffle-t-il en remontant les mains vers mes avants-bras qu’il caresse du bout des doigts.

— Je... je ne sais pas, je balbutie d’une voix plus rauque qu’à l’ordinaire.

Je sais qu’il le fait exprès pour me déconcentrer et m’empêcher de réfléchir trop longtemps.

— Tu as déjà pris ta décision, depuis que tu lui a parlé, cela se voit dans ton regard, chuchote-t-il à mon oreille droite en se redressant.

« Retiens-le », hurle ma conscience lorsqu’il dépose un baiser sur ma tempe.

En me mordant l’intérieur de la joue, je le regarde parcourir rapidement la cuisine, ouvrir l’armoire où les verres sont rangés, en sortir un qu’il remplit d’eau avant de venir le déposer devant moi.

— Merci, je murmure avant de boire plusieurs longues gorgées d’eau qui apaisent ma gorge douloureuse.

Je m’acharne sur l’intérieur de ma joue lorsqu’il pousse mon téléphone. Pas du tout certaine de ce que je fais, je l’attrape et cherche dans mon répertoire le numéro de Jamie, et appuie sur la touche appel sans quitter l’acteur des yeux qui me sourit.

 

— Léa ?

J’entends à la voix de Jamie qu’il est étonné de m’entendre. Je peux le comprendre, je n’ai jamais utilisé ce numéro depuis que je l’ai.

— Tu es toujours aux États-Unis ?

— Non, je suis en Angleterre, répondit-il.

Alexander m’encourage d’un signe de tête, il sent que j’hésite. J’inspire et expire avant de murmurer :

— Passe demain à huit heures.

Fier de moi, l’acteur lève son pouce en me souriant.

— Merci Léa, s’écrie Jamie à l’autre bout du fil, si fort que j’éloigne le téléphone de mon oreille.

Il passe les deux minutes suivantes à me remercier, je n’arrive pas à en placer une pour couper court à la conversation. Assis à côté de moi, Alexander se marre. Je profite que Jamie reprenne son souffle pour lui dire d’une voix ferme :

— Si jamais tu as menti, je t’étripe !

Je ne lui laisse pas le temps d’ajouter quoi que ce soit car je raccroche.

 

Le téléphone toujours dans la main, je fixe le sol en me demandant si Angie ne va pas m’en vouloir d’avoir pris cette décision sans lui en parler. Elle ne m’aurait jamais fait ça. Mais, je sais au fond de moi que c’est une bonne décision, que quoi qu’il arrive, ce sera plus facile pour elle de tourner la page si elle se confronte à Jamie maintenant.

 

— Tu as pris la bonne décision, murmure Alexander en glissant sa main dans la mienne. Tu dors debout, ajoute-t-il avec tendresse au moment où je tente de bailler discrètement. Viens mon amour, allons dormir.

Je frissonne. Mon ventre, lui se tord lorsque je me rends compte que l’acteur espère sans doute que nous reprenions là où nous nous sommes arrêtés avec l’arrivée surprise de ma meilleure amie. Je suis tellement fatiguée que je ne sais pas si j’en ai ou non envie.

— Je suis fatiguée.

Je baille à m’en décrocher la mâchoire pour lui montrer que je le suis vraiment.

— Moi aussi, dit-il avec amusement.

Ses yeux pétillent de malice pendant qu’il observe mon visage avec intérêt. Avec un cerveau qui fonctionne aussi lentement qu’un escargot, j’ai des difficultés à soutenir son regard. Ce soir, le silence entre nous ne me dérange pas, que du contraire, c’est apaisant de ne pas devoir parler. Alexander ouvre la bouche en me souriant, avant de secouer la tête et de se lever de la chaise.

Debout devant moi, il me tend ses deux mains que je prends dans les miennes. D’un geste, il m’aide à me lever. Lorsque mon corps bute contre le sien, il passe ses mains autour de ma taille.

— Salut, murmure-t-il la bouche contre mon oreille.

Malgré moi, je souris et glousse comme une idiote.

 

La main d’Alexander ne quitte pas la mienne pendant que nous nous rendons dans le salon. Je veux vérifier que ma meilleure amie ne manque de rien pendant la nuit. Je dépose une bouteille d’eau de source sur la table basse. Je sais qu’elle aime boire la nuit. Je rapproche la boite de mouchoirs. Je vérifie qu’elle est suffisamment couverte et dépose une nouvelle couverture pliée sur le sol devant le canapé.

Pendant que je bouge silencieusement autour d’Angie, je sens qu’il ne me quitte pas des yeux. Alexander m’attend près de la porte du salon.

Comme pour Eleaore, je vérifier que tout est bon avant de la quitter pour la nuit. J’aime veiller sur ma famille. Angie est la sœur que j’ai toujours rêvé d’avoir.

Lorsque j’ai bougé pour la troisième fois de quelques centimètres la bouteille d’eau, je sais que je ne peux pas repousser plus longtemps le moment délicat

 

Sur la pointe des pieds, je retourne timidement près de l’acteur qui me sourit tendrement en me tendant la main droite. Je me stoppe devant lui et lève les yeux. Mon cœur menace de s’échapper de ma poitrine, et pourtant, je me sens apaisée à ses côtés. Je glisse ma main dans la sienne et le laisse entrelacer nos doigts pendant que nous montons les marches pour rejoindre nos chambres. Dois-je lui proposer de dormir avec moi ? Ai-je envie de reprendre là où nous nous étions arrêtés ? Foutu hormones ! Foutu questions !

« Tu en crève d’envie », clame ma conscience.

Elle n’a pas tord, mais la journée de demain risque d’être aussi épuisante que celle-ci, je dois être en forme pour Angie.

« Tu te cherche des excuses ! »

Elle m’énerve à avoir raison.

Lorsque nous nous stoppons devant la porte de ma chambre, je n’ai la réponse à aucune de ces questions.

— Bonne nuit, murmure-t-il avant de déposer un bref baiser sur mes lèvres.

Je retiens ma moue boudeuse lorsqu’il se recule.

— A toi aussi.

Je me mets sur la pointe des pieds pour atteindre sa joue, et dépose un baiser sur sa joue droite. Il soupire d’aise en m’attirant contre lui. Ses bras entourent mon buste, sa bouche est contre mes cheveux.

— Je n’ai pas envie de te quitter même pour la nuit, souffle-t-il timidement à mon oreille.

Une douce chaleur traverse mon corps. Mes joues rosissent. Je glisse mes mains dans sa nuque pour garder son visage tout contre le mien. Je me sens tellement bien comme ça, avec lui contre moi.

Je ne sais pas combien de temps nous restons comme ça, l’un contre l’autre en silence, mais lorsqu’il recule légèrement pour me regarder, j’ai à nouveau envie de me blottir contre lui.

« Tu es foutue », me nargue ma conscience.

 

— Je suppose que je ne peux pas dormir avec toi ?

Alexander n’ose pas me regarder, ses joues sont légèrement rouges. Comme à chaque fois qu’il est mal à l’aise, il frotte le côté de sa chaussure sur le sol. Je pince les lèvres pour ne pas sourire, tellement je le trouve adorable. Je le trouve encore plus beau.

— Je suis fatiguée.

— Dormir, promet-il en relevant mon visage vers le sien.

Je me mords la lèvre du bas, j’hésite. Alexander ne quitte ma bouche des yeux, il sait que je vais craquer.

— Dormir, je souffle doucement en le regardant droit dans les yeux.

Je suis à la fois amusée et stupéfaite par son culot. Et surprise aussi, d’avoir cédé aussi facilement.

— Promis, promet-il en mettant la main sur son cœur et en y faisant une croix dessus.

Je souris en ouvrant la porte de la chambre.

 

Mon cœur bat trop rapidement. Mes mains sont moites. Alexander reste à côté de la porte ouverte et regarde le lit avec hésitation. Il se passe encore et encore les mains dans les cheveux.

— Le lit ne mord pas, je lance dans une veine tentative de détendre l’atmosphère, alors que je suis tout autant stressée que lui.

— Dommage, parce que c’est mon plus grand rêve, me taquine-t-il en me souriant.

Debout, près de la commode, je lui rends son sourire en me répétant de ne pas lui sauter dessus. Pour cacher mon trouble, j’attrape un pyjama short vert dans le premier tiroir du meuble et me rends dans la salle de bain pour me préparer pour la nuit.

Pendant que je me brosse les dents avec application, je tente de me relaxer. Après tout, il m’a promis que c’était juste pour dormir. Je dois arrêter de paniquer pour rien. J’enlève mes vêtements et passe mon pyjama. Après un dernier regard dans le miroir, je sors le rejoindre. Alexander s’est déjà glissé dans le lit. Son jean, chaussures sont posées près du fauteuil à côté de la fenêtre. Lorsqu’il m’entend arriver, il tourne la tête vers moi et me sourit. Il a l’air plus à l’aise que moi. Je tortille le bas de mon t-shirt en me dirigeant vers le lit. Il a pris le côté gauche. Parfait, je préfère dormir à droite, plus près de la porte de la chambre. Plus facile pour intervenir la nuit quand Eleanore fait un cauchemar. Je m’assieds sur le bord du lit en me répétant que je suis capable de le faire. Cela ne doit pas être si compliqué de juste dormir à côté de lui. Je me glisse dans les couvertures et m’allonge en lui tournant directement le dos. Je suis certaine que les battements douloureux de mon cœur sont audibles dans toute la chambre.

— Bonne nuit !

— Bonne nuit, je murmure faiblement.

Malgré sa présence à mes côtés, qui soyons logiques me connaissant devrait m’empêcher de dormir, la fatigue gagne rapidement la bataille. Je glisse doucement vers le monde des songes lorsque je sens ses bras se refermer autour de mon corps.

 

Ma meilleure amie by Mary-m

J’ai chaud ! Je tente de bouger mon bras mais celui-ci est bloqué par quelque chose de lourd. Les yeux toujours fermés, il me faut quelques secondes pour me souvenir que je ne suis pas seule dans mon lit, et que, c’est sans doute Alexander qui m’empêche de bouger. Ses bras me tiennent fermement contre lui.

Contre ma joue – je ne sais d’ailleurs pas comment elle s’est retrouvée sur son torse – je sens les mouvements lents de sa respiration. Alexander dort. Je n’ose pas bouger de peur de le réveiller.

Et de toute façon, je ne suis pas encore mentalement prête à l’affronter, même si, le mot est quand même un peu fort. Existe-t-il un mode opératoire pour ce genre de chose ? Dois-je lui demander s’il a bien dormi ?

La première fois que nous avons dormi ensemble, notre réveil a été un peu particulier, et je ne parle pas de ma fuite dès qu’il a eu le dos tourné. Alors, je ne sais pas.

 

En réfléchissant aux divers sujets de conversations possibles au réveil, je reste allongée contre lui, dans la même position qu’à mon réveil. Les jambes entremêlées aux siennes, ses bras toujours autour de mon corps. Je ne suis pas certaine d’avoir envie de me l’avouer, mais je me sens bien dans ses bras. Je m’y sens à ma place. Je fronce les sourcils en réfléchissant à ça. Comment puis-je me sentir à ma place alors que ce n’est que la seconde nuit que nous passons ensemble ?

— Bonjour belle endormie.

Sa main droite caresse mes cheveux pendant que son autre main monte et descend lentement le long de mon dos, je frissonne. Perdue dans mes pensées, je ne l’ai pas senti se réveiller.

— Bonjour, je murmure en tournant légèrement la tête vers lui.

Le reste de mon corps ne bouge pas d’un pouce.

Alexander me sourit. Ses yeux verts détaillent mon visage avec tendresse. Je me force à ne pas tourner la tête, même si, son regard me fait rougir.

— Merci de m’avoir laissé dormir dans ta chambre. Je n’ai pas dormi aussi bien depuis très longtemps, me confie-t-il en continuant de me caresser distraitement le dos.

— Je t’en prie, je réponds.

Les caresses innocentes de ses mains sur mon corps réveillent en moi des sensations enfouies depuis longtemps et qui font de plus en plus surface depuis qu’il est revenu dans ma vie.

 

Lorsque nos yeux se croisent, l’air devient électrique. Ses yeux si clairs sont devenus orageux. Je dépose mes mains tremblantes sur son torse sans détourner le regard. Le sien fixe ma bouche avec envie, et encore plus lorsque je me mordille la lèvre du bas sans m’en rendre compte.

Je ne sais pas ce qui me prend depuis notre mariage. Je ne sais pas si c’est notre soudaine proximité qui fait ça, mais mon corps réclame à grand cri Alexander.

J’en veux plus, j’ai besoin de plus. Je crois d’ailleurs qu’il l’a senti car je me retrouve en deux rapides mouvements bloquée sous son corps musclé. Il est allongé de telle façon à ne pas m’écraser. Alexander m’observe comme si j’étais la chose la plus précieuse au monde. Cela m’effraie totalement. Je n’ai jamais connu ça, jamais personne ne m’a regardé de cette manière. Cela me fait peur, cependant, je repousse le plus loin possible les pensées négatives qui tentent de se frayer un chemin. Je dois apprendre à faire confiance à l’acteur, et je dois surtout apprendre à écouter mon cœur et pas toujours ma tête. Ce qui est en soi, un exercice très difficile pour moi. En général, c’est ma tête qui dirige. La seule fois où je ne l’ai pas écoutée – sans doute trop anesthésiée par l’alcool – c’est la nuit où Alexander et moi avons conçu Eleanore. Bien sur, je ne regrette rien. Eleanore est la plus belle chose qui me soit arrivée dans ma vie.

 

Lorsque je glisse ma main droite dans sa nuque, j’ai l’impression que les battements douloureux de mon cœur sont audibles dans toute la rue. C’est cent fois pire lorsque je dépose ma bouche sur la sienne. Ses lèvres sont tout autant impatientes que les miennes. Nos baisers sont fiévreux, impatients. Ils sont remplis de promesses. Ses mains partent à la conquête de mon corps.

— Si tu veux que je me stoppe, dis-le moi maintenant.

Sa voix est rendue rauque par le désir. En appui sur sa main, son visage à quelques centimètre du mien, il scrute mon visage avec attention. Son côté gentleman est tellement craquant.

— Ne t’arrête surtout pas, je murmure en déposant à nouveau ma bouche sur la sienne.

Pour toute réponse, il grogne contre ma bouche. Je suppose que c’était la réponse qu’il attendait de moi.

 

Pendant qu’il m’embrasse, ses mains se faufilent sous mon t-shirt vert qu’il remonte lentement. Lorsqu’il atteint ma poitrine, je le stoppe, soudain effrayée.

Inquiet d’avoir fait quelque chose que je ne voulais pas, Alexander m’observe les sourcils froncés.

— Mon corps a changé, je souffle timidement sans oser le regarder.

Cela ne m’a pas dérangé à Amber. La pièce était éclairée par de faibles lumières et le feu de cheminée. C’est à peu près la même chose ce matin, les rideaux sont tirés, seuls quelques rayons du soleil d’hiver passent à travers ceux-ci, mais, je ne veux pas qu’il s’imagine que mon corps est resté le même que cette nuit-là. Je ne veux pas qu’il soit déçu. Mon corps s’est transformé maintenant que j’ai donné la vie. Mes hanches sont plus rondes, mon ventre un peu moins plat et ferme, mais ça, c’est un peu la faute aux cookies que j’aime manger quand j’écris. Mes seins sont plus lourds qu’avant.

Je n’ai pas honte de ma taille quarante quatre, j’en suis même fière. Mais ce n’est pas facile de rivaliser avec le corps des femmes des actrices et mannequins qu’il a l’habitude de voir.

Il m’arrive de courir et d’aller à la salle de sport, surtout quand ma tête est sur le point d’exploser avec toutes les idées que mes romans et personnages font affluer dans mon esprit.

 

Je sursaute lorsque sa main se glisse sous mon menton pour me forcer à le regarder dans les yeux. Ce que j’y vois, de l’amour – ou alors, il est vraiment doué pour jouer la comédie -. Non, je ne dois pas penser comme ça alors que j’ai fait des pas de géants depuis hier pour écouter mon cœur.

— Tu n’imagines pas à quel point je te désire et à quel point les rêves que j’ai faits de toi chaque nuit ne te rendaient pas justice, tu es encore plus belle que dans mes souvenirs.

Rassurée par ses paroles, j’enlève moi-même mon t-shirt. Maintenant que la barrière de tissus ne lui barre plus la route, Alexander recommence à m’embrasser avec plus de fougue. Ses mains sont partout sur moi. Il n’y a pas un recoin qu’elles oublient. D’ailleurs, quand il faufile sa main gauche dans mon bas de pyjama et qu’il se fraye un passage dans ma culotte, je crispe mes mains dans son dos. Mes vêtements qui lui font obstacle ne l’arrêtent pas. Ses doigts trouvent très rapidement ce qu’ils sont venus chercher et, lorsqu’il commence à me caresser, mon corps se souvient tout à coup qu’il a le droit de se réveiller après un si long sommeil. Je gémis bruyamment contre sa bouche, je m’agrippe à lui sans me soucier de lui blesser le dos et les épaules. Je ne suis pas du tout certaine de supporter longtemps cette lente et puissante torture. Je sens arriver petit à petit les vagues du plaisir.

Nos yeux fiévreux ne se quittent que quand nous nous embrassons avec passion.

Alexander sent que je suis sur le point de rendre les armes, il accélère ses caresses. Je suis sur le point de m’envoler lorsque la sonnette résonne dans la maison, et même si l’acteur ne s’arrête pas, je me crispe, éloignant la vague de plaisir qui allait m’emporter. Qui peut bien venir nous ennuyer à cette heure si matinale ? Il est trop tôt pour que ce soit Jamie. En réfléchissant, je me mords la lèvre du bas. Alexander, qui a senti que je n’étais plus réceptive à ses caresses s’est stoppé, sans quitter la chaleur de ma culotte.

— Tu ne bouges pas, m’ordonne-t-il lorsque la personne à l’extérieur insiste encore et encore.

Alexander est mécontent d’avoir été – encore – interrompu.

— Je dois y aller, je négocie en essayant de me dégager de ses bras.

Pourtant, je me fige lorsque j’entends des cris. J’écarquille les yeux pendant que l’acteur me lâche et se redresse en grognant. La voix d’Angie, ma meilleure amie, nous parvient du rez-de-chaussée.

— Foutez-leur la paix ! Et maintenant, dégagez avant que je téléphone à la police pour qu’ils vous fassent dégager manu militari.

Sans un mot, Alexander sort du lit et s’habille rapidement. Il attrape son portable et sort de la chambre en parlant à quelqu’un.

— Je te paie suffisamment cher pour que tu rappliques dans l’heure ! Je veux que tu les fasses dégager de devant chez nous et je me fous de comment. Eleanore doit revenir avec ses grands-pères dans quelques heures, je ne veux pas risquer qu’elle se fasse prendre en photo.

 

Le corps tremblant d’envie et de peur, je repousse mes cheveux en arrière et me laisse tomber lourdement sur le lit. Je savais, que les journaux apprendraient rapidement notre mariage mais, je pensais bêtement que nous aurions quelques jours de répit avant. Surtout qu'Alexander doit s’envoler à dix-sept heures pour Vancouver. Hier, j’étais impatiente qu’il parte. Aujourd’hui, cela me rassure qu’il soit présent pour gérer cela avec moi. C’est un peu de sa faute après tout. Si cela ne tenait qu’à moi, Eleanore et moi serions déjà dans un avion pour un endroit secret, le temps de nous faire oublier. Je suppose, que ce sera notre lot quotidien à présent.

Les idées plus noires qu’à mon réveil, je me rends dans la salle de bain pour me rafraîchir avant de rejoindre le rez-de-chaussée retrouver Angie.

 

A quelques pas de la cuisine, je me stoppe en entendant Angie interpeller Alexander.

— Si j’en crois les magazines people, tu es Alexander.

— Pour une fois qu’ils ne racontent pas de conneries. C’est bien moi, répond l’acteur avec amusement.

J’entends des bruits de vaisselle qu’on dépose sur la table. Angie qui connaît ma maison comme la sienne, doit sans doute préparer le petit-déjeuner. Je suis sur le point d’entrer dans la pièce lorsqu’elle ajoute, après quelques secondes de silence :

— Ma filleule est ton portrait craché.

C’est vrai qu’il ne sait pas que ma meilleure amie est la marraine de notre fille.

Je ne sais pas si c’est mon arrivée dans la pièce qui l’empêche de répondre, mais il n’ajoute rien. Il me sourit pendant que je vais serrer Angie dans mes bras.

La tête sur mon épaule, elle lance pas du tout discrètement :

— Ton mari est juste canon !

J’entends Alexander rire pendant que je lève les yeux au ciel. Angie n’a pas sa langue dans sa poche, et presque pas de filtre. Il n’y a que quand Eleanore est là, qu’elle arrive à presque se retenir de dire tout ce qui lui passe par la tête.

— On me le dit souvent, je murmure en regardant Alexander droit dans les yeux.

 

Angie et Jamie by Mary-m
Author's Notes:

Coucou tout le monde !

Je me rends compte que je n'ai plus posté depuis janvier de cette année alors que j'ai encore que j'ai "encore" 15 chapitres d'avance. Oui, oui, je considère que c'est une petite victoire pour moi qui écris souvent des histoires où je n'ai pas de chapitres d'avance. Bref, je suis désolée, la fin d'année 2021 a été difficile et ce début aussi mais, j'espère avoir plus de temps pour publier à nouveau plus régulièrement comme avant.

A dans une semaine,

<3

Mary

— Ne t’inquiète pas pour eux.

 

Debout près de la porte de la cuisine, je me retiens difficilement d’aller vérifier que Jamie et Angie ne sont pas en train de s’étriper en silence pour ne pas nous alerter. Je sais qu’Angie en serait capable. Les cris ont fait place au silence, et cela m’inquiète un peu – beaucoup -.

 

Alexander a profité de mon inattention pour se glisser derrière moi. Ses bras encerclent ma taille, son menton repose sur mon épaule droite.

 

— Elle sait que tu l’aimes beaucoup et que tu as fait ça pour elle, continue-t-il en entrelaçant nos doigts sur mon ventre.

 

Il a sans doute raison. Nous sommes trop proches pour qu’elle m’en tienne rigueur trop longtemps – jusqu’à Noël sans doute – je ne devrais pas trop attendre.

 

Je ferme les yeux et profite de son étreinte.

 

— Que j’aime faire la conversation pour deux, ajoute-t-il avec amusement en faisant référence à ce qu’il m’a dit en Écosse lorsque nous nous sommes croisés pendant la nuit dans le salon de l’auberge.

 

Je ris. Je ne sais pas si c’est le fait de savoir que tout va sans doute s’arranger pour ma meilleure amie ou la présence de l’acteur à mes côtés, mais je me sens soudainement de très bonne humeur.

 

— C’est que tu te moques, gronde-t-il doucement en déposant sa bouche dans mon cou.

 

Ses lèvres et son souffle chaud sur ma peau me font frisonner.

 

— Même pas, je réponds en me blottissant un peu plus contre lui.

 

Ses bras se resserrent autour de mon corps, l’arrière de ma tête repose contre son épaule droite. Mes yeux rencontrent les siens pendant qu’il rigole. Il est tellement beau. Moi, quand je rigole, j’ai l’impression d’être un mauvais croisement entre une grenouille pour les bonds de mon corps et un mauvais imitateur pour le rire le plus idiot du monde. Alors que lui n’est que grâce et élégance.

 

Lorsqu’il redevient sérieux, ses yeux sont à nouveau fiévreux, et je sens qu’il a très envie de moi. J’en suis certaine parce que son téléphone est posé sur la table de la cuisine. Ses mains quittent mon ventre pour frôler mes seins à travers mes vêtements. Je retiens mon souffle pendant que mon corps frissonne en réponse à ses caresses. Les mouvements de son corps suivent les miens. Ce collé-serré est sensuel et très érotique, je ne me serrais jamais cru capable avant lui.

 

 

 

Cependant, nous nous stoppons bien vite lorsque des rires résonnent dans la maison. Ils viennent du salon où Angie et Jamie sont depuis l’arrivée de ce dernier.

 

— Tu vois, murmure Alexander avant de me faire pivoter vers lui.

 

Un peu déstabilisée par le mouvement, je retiens un cri de surprise en m’accrochant à ses avant-bras. J’atterris tout contre lui, le nez contre son torse. Pendant qu’il dépose sa main droite dans le bas de mon dos pour me rapprocher un peu plus, je dépose mes deux mains à plat sur son torse. Alexander me sourit, je lui souris à mon tour. Mon cœur ne s’est pas calmé depuis notre petite danse improvisée, son parfum nous englobe tous les deux et me tourne légèrement la tête. J’ai l’impression d’avoir bu. Mes sens sont en éveil.

 

Les regards gourmands qu’il jette à mes lèvres ne me font pas hésiter sur ses intentions. J’en ai la confirmation, quand il baisse légèrement la tête pour atteindre mes lèvres impatientes. Me voilà devenue accro à ses baisers.

 

Est-ce mal de l’être ? Je ferme les yeux et repousse le plus loin possible les questions qui me viennent à l’esprit. Ce n’est clairement pas le moment !

 

Je suis impatiente de recevoir ma dose. Pile au moment où ses lèvres se posent sur les miennes, la sonnette de la porte d’entrée nous stoppe.

 

— Dès que je reviens de Vancouver, je la déconnecte, grommelle-t-il, en collant son front contre le mien.

 

La respiration saccadée, je ris doucement. C’est tout de même la troisième fois qu’il est interrompu. Je quitte l’abri de ses bras et m’avance dans la maison.

 

 

 

Je n’ai pas besoin d’ouvrir la porte pour savoir que c’est Eleanore et mes parents. J’entends ses babillages surexcités à travers le bois du seuil d’entrée.

 

— Maman, s’écrie-t-elle en se jetant dans mes bras lorsque j’apparais en souriant.

 

Je me baisse pour la serrer très fort contre moi.

 

Même si l’équipe d’Alexander a réglé en quelques minutes le souci des journalistes amassés devant chez nous, nous rentrons rapidement à l’intérieur. Je n’ai pas envie que nos retrouvailles à Eleanore et moi se retrouvent dans la presse people.

 

Bien sûr, la contrepartie pour avoir un peu de tranquillité a été de promettre une interview dans une grande émission nationale. Alexander -plus désolé que jamais – m’a fait comprendre que cela pourrait aider à calmer la presse. Pendant son séjour à Vancouver, son équipe me préparera le plus possible. Mon ventre est déjà tordu d’angoisse.

 

Eleanore dans mes bras, je respire – comme une maman en manque – son odeur. Elle m’a tant manquée, comme si nous venions de nous retrouver après des mois de séparation. Alors que ça ne fait que deux jours que je ne l’ai pas vue. C’est déjà trop pour moi ! elle fait partie de moi, et je ne conçois pas un jour sans sa présence. Impossible de me passer de son rire, de son visage qui s’illumine lorsqu’elle découvre quelque chose...impossible de me passer d’elle tout simplement. Elle, mon rayon de soleil, ma vie.

 

 

 

Papa m’embrasse avant de s’éloigner dans le couloir pour observer les nouvelles créations de sa petite-fille. J’aime les accrocher sur les murs du couloir d’entrée, ainsi c’est la première chose que je vois en rentrant à la maison et la dernière quand je la quitte.

 

— Et voilà notre jeune mariée, s’écrie Jack en me faisant un baisemain pendant que je lève les yeux au ciel.

 

— Jack !

 

— Je ne fais qu’énoncer un fait, ajoute-t-il en ajustant la pochette de son costume.

 

C’est sa manière de couper net à toutes menaces de ma part. C’est qu’il est malin, mon adorable beau-père. Et surtout, il me connaît trop bien. Lorsque c’est fait, il est le premier à rejoindre Angie, Alexander et Jamie.

 

Angie et Jamie sont physiquement très proches. Ma meilleure amie est assise sur ses cuisses – alors qu’il y a énormément de place sur le canapé -. Jamie ne quitte sa peau que pour saluer mes parents, qui sont bien trop polis pour commenter tout ça. « Qu’ils se prennent une chambre », je pense en faisant les gros yeux à Angie qui comprend le message puisqu’elle chuchote quelque chose à Jamie qui la libère à contrecœur.

 

 

 

Une fois que je suis certaine de ne pas devoir remplir un seau d’eau froide pour les séparer, je dépose Eleanore sur le sol pour qu’elle aille faire un gros câlin à son papa. Alexander rayonne de bonheur en la voyant. Cela se voit qu’il est dingue de sa fille.

 

— Bonjour papa, murmure-t-elle en se blottissant dans ses bras.

 

— Bonjour mon ange, répond doucement l’acteur en la serrant contre lui.

 

Attendrie, je souris sans les quitter des yeux. Lorsque Eleanore quitte les bras de son papa pour rejoindre sa marraine, je vais le rejoindre en m’asseyant sur l’accoudoir juste à côté de lui. Directement, il passe son bras droit autour de moi.

 

Jack donne un discret – pas si discret – coup de coude à mon père pour qu’il nous regarde. Ce dernier sourit, pendant que le premier tape silencieusement dans ses mains en souriant un peu trop. Il doit nous observer depuis que nous sommes entrés dans la pièce, et a dû remarquer que je suis plus détendue en la présence de l’acteur.

 

 

 

Une heure plus tard, il ne reste que nous trois. Pendant que le père et la fille jouent aux briques de construction en bois, je me suis blottie sous un plaid pour lire un livre.

 

— Vu la neige, papa ?

 

Eleanore montre la fenêtre. La neige continue de tomber et transforme les rues. Très concentré sur sa tâche, Alexander regarde l’extérieur avant de sourire à notre fille. Je suis une fois de plus frappée par la ressemblance entre le père et la fille.

 

— Oui, il y a beaucoup de neige, répond-il, en plaçant un cube de plus sur la tour qui menace de s’écrouler d’un moment à l’autre.

 

Cela se voit qu’Alexander veut profiter le plus possible de la présence de notre petite puce avant de partir à Vancouver. Il sait que chaque minute est importante.

 

 

 

Nous nous sommes d’ailleurs arrangés pour que j’aille le conduire à l’aéroport. Eleanore restera chez ses parents. Il avait trop peur que nous soyons, elle et moi coincées par une foule de paparazzis. Il sait d’expérience que ces derniers se moquent de l’arrangement que nous avons passé avec la presse. Tom – qui a sans doute des choses plus intéressantes à faire que de me servir de garde du corps – nous accompagnera. Cet homme est trop gentil. Il doit nous rejoindre chez les parents d’Alexander.

 

Même si je suis totalement d’accord de protéger Eleanore – et je ferai tout ce qui est possible de faire pour -, je trouve qu’Alexander est souvent trop paranoïaque. J’aurais très bien pu me débrouiller sans Tom, mais, Alexander ne veut rien savoir !

 

 

 

— Et si nous allions au parc dont tu me parlais, je propose en m’étirant.

 

Alexander lèvre les yeux vers moi et m’observe. Pour une fois, les expressions de son visage m’aident à comprendre ce qui lui passe par la tête. Il est en train de peser le pour et le contre de mon idée.

 

Pour ne pas lui laisser le temps de trouver trop d’arguments contre, je me lève du canapé et viens m’accroupir devant lui pour qu’il me regarde dans les yeux lorsque j’ajoute doucement :

 

— Alexander, allons faire de la luge au parc.

 

Je lui fais mon sourire le plus adorable en battant plusieurs fois des cils. Ça fonctionne souvent dans les romans. Alexander ne me quitte pas des yeux sans rien dire.

 

— Nous n’avons pas de luge !

 

C’est ce qu’il croit. Je lui fais un clin d’œil, et me rend le plus vite possible dans l’abri de jardin où la luge est rangée. C’est une vieille luge en bois que j’ai eu l’année de mes six ans. Elle a vécu, mais elle est encore super et puis, Eleanore l’adore.

 

 

 

Lorsque je reviens dans la pièce avec mon butin, ils sont en train de ranger les cubes dans le bac correspondant, et je vois, au moment où Alexander lève les yeux vers moi, qu’il est déçu. L’absence de luge était l’excuse idéale pour annuler la sortie au parc. Cependant, il est hors de question que sa célébrité nous empêche de vivre !

 

Pendant qu’il charge ses sacs de voyage dans la voiture, je prépare Eleanore. Je lui mets sa combinaison de ski mauve au-dessus de ses vêtements. Pendant qu’elle sautille dans sa chambre en prévenant tous ses doudous qu’elle va jouer dans la neige, je prépare des vêtements pour la changer après le parc. Je me rends dans ma chambre et fais pareil pour moi. J’enfile ma veste de ski noir, attrape un jean et un pull vert que je mets dans le sac avec les affaires d’Eleanore.

 

Je sors de ma chambre avec un bonnet et des gants dans les mains. Je suis prête et aussi impatiente que notre fille d’aller jouer dans la neige.

 

 

 

Pendant que je vérifie que j’ai bien fermé la porte arrière, Alexander installe Eleanore dans ma voiture. Celle d’Alexander restera devant chez nous pendant son absence, et comme je n’ai pas l’habitude de conduire sa voiture, je préfère que nous prenions la mienne. Avant de fermer la porte d’entrée, j’attrape un petit sac en papier. C’est mon cadeau de mariage pour Alexander, et aussi une façon de m’excuser à nouveau de l’avoir privé de notre fille jusqu’à présent.

 

Je cache l’emballage dans mon sac à main et descends les marches pour les rejoindre.

 

Alexander roule prudemment en m’expliquant différentes choses concernant son équipe. Je l’écoute avec attention en regardant la neige tomber.

 

 

 

Nous arrivons rapidement au parc qui n’est pas loin de chez ses parents, ce qui va nous permettre de jouer un peu plus longtemps que si nous avions été ailleurs. Il gare la voiture sur le parking avant.

 

— Je venais souvent ici quand j’étais enfant, explique-t-il en coupant le moteur.

 

Je me tourne vers lui en souriant.

 

— Contente que tu partages ce lieu avec nous.

 

Alexander me sourit et, se penche vers moi pour déposer un bref baiser sur mes lèvres. Baiser qui affole mon cœur, qui cogne fort dans ma poitrine.

 

« Cet homme va me tuer ! », c’est la seule pensée cohérente qui me vient à l’esprit lorsqu’il se recule. Il est content de voir l’effet que ses baisers ont sur ma personne. Cela se voit au sourire charmeur qu’il me lance.

 

— Tu es si belle quand tu rougis, ajoute-t-il en sortant de la voiture.

 

Avant de fermer la porte, il me fait un clin d’œil amusé. Je ris en me détachant.

 

 

 

Rapidement, surtout parce que Eleanore s’impatiente, je sors de la voiture, fais le tour et ouvre sa portière pour vérifier qu’elle est bien couverte. Quand mon inspection est terminée, je la dépose sur le sol, juste à côté de moi. Elle est contente de marcher dans la neige qui craque sous ses pieds. Elle saute, tape dans les mains en marchant. Nous entrons dans le parc par la grande entrée et marchons quelques minutes pour trouver un coin tranquille juste pour nous trois.

 

Quand Alexander juge que l’endroit est suffisamment isolé, il dépose la luge sur le sol et se tourne vers notre fille. Eleanore s’amuse à attraper de la neige avec ses moufles en riant à gorge déployée. Mon cœur de maman se réchauffe.

 

— Eleanore, tu veux venir sur la luge ?

 

Il s’est accroupi devant elle pour être à sa hauteur. Eleanore acquiesce en frappant dans ses mains. Elle est tellement contente d’être là. Il prend Eleanore dans ses bras et la place sur le jouet en bois. Quand il est sur qu’elle ne risque pas de tomber, il tire doucement sur la corde. La luge glisse lentement sur la neige.

 

— Pu vite, pu vite, crie-t-elle.

 

Alexander me questionne du regard, j’acquiesce. Je lui fais suffisamment confiance.

 

— Accroches-toi ma chérie.

 

Elle sert les deux poignées pendant que son papa se met à courir.

 

 

Sortie en famille by Mary-m

Pendant que Eleanore et Alexander jouent avec la luge, je regarde autour de nous. Je veux m’assurer qu’aucun paparazzi ne soit dans le coin pour nous gâcher ce moment.

Voilà que je deviens parano à mon tour.

Et cela ne me rassure pas de penser ça. Bien sûr, en tant que maman, je suis toujours attentive à ce qui entoure Eleanore, ne sait-on jamais, surtout actuellement. Mais devoir regarder tout le temps autour de nous et observer le comportement et l’attitude des gens qui sont dans les parages n’a jamais été dans mes habitudes. Je suppose qu’il y a un début à tout.

Je suis vite rassurée par mon inspection des alentours - vous pouvez m’appeler Colombo -, il n’y a que quelques badauds qui se promènent. Principalement des couples avec ou sans enfants qui se baladent main dans la main. Rien de très alarmant pour Alexander qui s’amuse comme un fou.

 

Pour immortaliser ces moments de complicité, je sors mon appareil photo de mon sac et les mitraille. L’avantage avec un appareil numérique, c’est que je peux faire le tri plus tard sur mon ordinateur, et ne garder que les meilleurs clichés. J’en ai un autre, un beaucoup plus gros qui fait de plus belles photos, mais est moins pratique pour le transporter discrètement. Eleanore prend de la neige avec ses moufles, qu’elle tente de lancer sur son papa, sans vraiment y arriver alors, Alexander se rapproche au fur et à mesure pour l’aider à le toucher. Il semble détendu, même si, je vois de temps en temps son regarder sonder avec attention les alentours, avant de reporter son attention sur Eleanore.

— Maman, crie cette dernière, en me montrant la neige qu’elle tient dans sa moufle.

Ses joues et le bout de son nez sont rosis par le froid. Elle est trop mignonne.

— J’arrive.

Pendant plus d’une heure, nous jouons à la bataille de boules de neige, à faire de la luge, et à se poursuivre. Une famille ordinaire qui s’amuse au parc.

 

— Je commence à avoir froid, je murmure à Alexander.

Il vient de me plaquer au sol. Son corps musclé est à moitié allongé sur moi. Eleanore, debout à nos côtés frappe dans ses mains pour saluer la performance de son papa qui a eu des difficultés à m’attraper. Elle et Alexander font équipe ce qui ne me rend pas du tout jalouse – peut-être un peu – bon d’accord, beaucoup -.

Avec mes vêtements chauds, je suis protégée du froid, mais, et même si dans ma position je vois Eleanore, je préfère être debout au cas où. Alexander, qui ne me quitte des yeux que pour surveiller notre fille, dépose un baiser sur le bout de mon nez avant de se relever d’un mouvement élégant. Debout au-dessus de moi, il tapote ses gants noirs contre ses cuisses, et me tend les mains que je prends dans les miennes. D’un geste, il me relève et me réceptionne contre lui.

Ses bras entourent mon buste qu’il tient serré contre lui. Je glisse mes mains dans sa veste en cuir ouverte, et les dépose dans son dos. Son parfum boisé m’apaise. Je me sens bien, si bien qu’une petite voix me dit qu’il serait possible que nous arrivions à former réellement une vraie famille tous les trois.

 

 

Je suis assise sur la luge avec Eleanore entre mes jambes lorsqu’un cri me glace le sang.

— C’EST ALEXANDER WILLS !

Ébahie, choquée, je jette un regard paniqué à Alexander. Il n’y a plus aucune trace de l’homme joyeux qu’il était il y a encore quelques minutes. Son visage est fermé, ses traits sont durs. Il est en colère. En colère contre lui-même, d’avoir cédé à ma demande de venir ici. Il lâche la corde de la luge et s’éloigne le plus possible de nous. D’un geste discret de la main, il me fait signe de nous éloigner. Il ne veut sans doute pas que nous soyons bloquées par cette horde.

Rapidement, une troupe de curieux se forment autour de lui en hurlant. Quelques personnes – les plus horribles à mes yeux terrorisés – le touchent comme s’il était un animal ou un objet sur un étal d’un marché. Ces mains sont partout, elles touchent son visage, son torse, ses mains. Je vois le dégoût qu’il ressent pour tout ça. Cependant, il cède aux caprices hystériques pour attirer l’attention sur lui afin de nous permettre de partir rapidement. Il pose pour des photos, signe des autographes.

Ma respiration se bloque dans ma gorge quand s’ajoutent les paparazzis – qui ne devaient finalement pas être si loin – à cette masse humaine.

Alexander.

 

Eleanore et moi sommes suffisamment loin pour que nous passions pour des gens quelconque. Une mère et sa fille qui profitent de la neige pour venir jouer au parc.

— C’est de la folie, dit une dame à son mari.

— Le pauvre homme ! répond ce dernier en l’invitant à continuer leur promenade.

Je sais que je dois reculer encore, mais je n’arrive pas à quitter Alexander des yeux. Mon cœur est douloureux de le savoir là-bas. Je voudrais pouvoir l’aider et le sortir de là ! Malheureusement, je ne sais pas quoi faire et, je suppose que crier « au feu » ne sera pas suffisant pour calmer ces gens.

Un trou dans le rassemblement lui permet de rencontrer mon regard. Cela ne dure que deux minutes, mais je comprends le message. Nous devons Eleanore et moi faire une retraite discrète vers la voiture. Il a sans doute trouvé le moyen d’échapper à ces fous, mais attendra que nous soyons à l’abri pour le faire.

 

— ELLES SONT LA !

Les paparazzis aussi ont compris le message. Ils arrivent en courant vers Eleanore et moi et nous entourent en gueulant.

L’avantage, c’est que je sors de ma transe et me remets à marcher vers la voiture. Pour aller plus vite, j’abandonne la luge, tant pis pour les souvenirs. Eleanore est bien trop importante pour me laisser ralentir par un objet encombrant.

— Qu’est-ce-que cela fait d’être mariée à Alexander Wills ?

— Vous vous êtes mariée avec lui parce qu’il est célèbre ?

— Regarde par ici poulette.

— La presse parle depuis plusieurs mois de sa relation avec sa collègue Katie Oliver, cela ne vous fait rien ?

Je grimace lorsqu’un nouveau flash m’aveugle. Malgré ma tête baissée, je les reçois en pleine figure. Je comprends maintenant pourquoi les stars se promènent souvent avec des lunettes de soleil sur le nez.

 

 

En évitant de glisser sur le sol enneigé, je replace mon écharpe qui cache le visage d’Eleanore. J’ai eu le réflexe de lui mettre dès le début. Dans mes bras, elle se cache dans mon cou et me serre très fort. Tout ça est tellement nouveau pour elle et si effrayant ! Ces cris ! Ces questions !

Je ne m’arrête pas car je sais que si je me stoppe, nous n’arriverons plus à nous échapper de cette folie humaine. Alors, je fonce tête baissée droit devant moi en espérant qu’ils nous laissent passer sans résistance.

 

Je retiens difficilement un cri de victoire lorsque je touche la voiture du bout des doigts. Nous avons atteint notre délivrance. Je la déverrouille, me hâte d’ouvrir la portière pour placer Eleanore dans son siège auto. Ce qui, avec ces lumières de malheurs, n’est pas facile à faire.

Mes mains tremblent, une boule douloureuse s’invite dans ma gorge pendant que je cherche à tâtons l’attache de la ceinture. J’ai envie de pleurer et de hurler. Leur hurler de nous laisser vivre nos vies. Leur hurler que nous sommes des êtres humains, et pas des morceaux de viande. Toutefois, même si j’en ai envie, je ne dis rien car j’ai trop peur de pleurer devant eux si j’ouvre la bouche pour leur adresser la parole. Pour diminuer cette envie, je mords l’intérieur de ma joue si fort que du sang se mélange à ma salive. Je sais que je dois m’endurcir, surtout si je veux tenir sur la durée.

— Ma puce, nous allons faire un jeu, je murmure à Eleanore en attrapant mon pull de rechange dans le sac. Tu vas te cacher en dessous pour faire peur à papa.

Les yeux rougis et trempés, elle acquiesce doucement, et se cache sous l’habit. Je suis certaine que cela la rassure de faire ça.

 

Alexander arrive au moment où je ferme ma portière. Il ressemble à un guerrier qui fend la foule d’ennemis sur un champ de bataille. Il est effrayant avec ses yeux qui lancent des éclairs. Les paparazzis doivent penser la même chose, car ils s’éloignent de lui.

Mon cœur se réchauffe un peu lorsque je vois qu’il tient ma luge dans sa main droite. Il a pris le risque d’être à nouveau ralenti par ce troupeau pour la récupérer alors que j’étais prête à l’abandonner ici.

Un type bedonnant au pantalon treillis et à la grosse veste verte lui lance quelque chose que je n’entends pas. Directement, il braque son appareil photo sur Alexander qui lève le majeur de sa main libre vers lui.

La luge dans le coffre, il entre dans la voiture et allume le moteur sans desserrer les dents.

 

Pendant qu’il roule, le silence devient pesant et pourtant, je n’ose rien dire parce que je ne sais pas quoi dire pour l’apaiser. Il marmonne des paroles inintelligibles en serrant le volant très fort. De temps en temps, il me lance des regards furieux qui me donnent envie de me ratatiner sur mon siège.

— Nous n’aurions pas dû venir ici !

Il a raison, je le sais. Pour autant, devons-nous rester cloîtrer chez nous ? Devons-nous arrêter de vivre ? Ne plus nous amuser ? Hors de question !

— Peut-être, mais ma fille ne cessera pas de vivre à cause de ta carrière, je réplique avec colère.

Je n’ai plus du tout envie de me ratatiner sur mon siège, bien au contraire ! Je croise les bras contre ma poitrine. Je ne regrette pas ce que je viens de dire car c’est en partie vrai. Ses phalanges blanchissent à mesure où il serre de plus en plus fort le volant. Il n’ajoute rien et le silence retombe dans l’habitacle.

 

Du coin de l’œil – parce qu’il est hors de question que je le regarde – je le vois fixer quelques secondes le rétroviseur central avant de sourire.

— Tu joues à cache-cache ma chérie ? lui demande-t-il d’une voix douce.

— Bouh papa.

Eleanore sort de sous le pull et lui sourit. Le rire de l’acteur emplit la voiture, mais je sens que le cœur n’y est pas. Il rigole pour ne pas lui faire encore plus peur.

Pendant le reste du trajet, je n’ouvre la bouche que pour parler à Eleanore, jamais à Alexander. C’est sans doute immature, mais je suis trop fâchée pour faire autrement. Son attitude m’exaspère. Et de toute façon, Eleanore a besoin d’exprimer ce que nous venons de vivre avec ses mots d’enfant. C’est important qu’elle le fasse là, pendant que c’est encore frais dans son esprit afin que nous puissions lui expliquer et tenter de l’apaiser le plus possible.

 

Lorsqu’il stoppe la voiture devant la maison de ses parents, j’attrape le sac de vêtements à l’arrière et me de dépêche de monter les marches du perron. Je jette un regard morose autour de moi. J’espère sincèrement que les paparazzis ne nous ont pas suivis jusqu’ici.

Alexander me suit rapidement en tenant Eleanore dans ses bras. Nous n’avons pas encore atteint la moitié de l’escalier que Bridget apparaît. Elle devait sans doute guetter notre arrivée. Elle est aussi élégante que le jour de notre première rencontre : robe en laine bleue, collant et – même si ça casse un peu le style – chausson à pompons roses.

Comme dans un film d’espionnage, elle nous demande si nous avons été suivis. Même si je n’ai pas le cœur à rire, je souris malgré tout. Ma vie est vraiment devenue n’importe quoi. Quand Alexander lui affirme que c’est bon, elle jette un regard circulaire à la rue en pinçant les lèvres avant de nous faire entrer à l’intérieur de la maison.

Une fois à l’abri, elle nous embrasse les uns après les autres.

— Vous venez de passer à la télévision, explique-t-elle. Quelle bande d’ignobles personnages !

Je suis totalement d’accord avec elle. Pendant que j’enlève mes bottes et ma veste, Alexander s’occupe de faire la même chose à Eleanore. Bridget dépose nos bottes sur un paillasson et se dépêche de pendre nos vestes.

 

Droite comme un I, je regarde droit devant moi. Je sais qu’Alexander m’observe, je sens la chaleur de son regard sur ma peau, mais je ne tourne pas la tête.

— Léa, commence-t-il doucement.

— Pas maintenant !

Lorsqu’elle revient à nos côtés, je souris à Bridget qui nous invite à la suivre au salon où Richard regarde la télévision. Assis sur le canapé, il peste contre les paparazzis. Lorsqu’il nous remarque, il se lève, nous embrasse, et récupère Eleanore dans les bras de son fils. Pendant qu’il l’éloigne pour lui montrer les nouveaux jouets qu’ils ont achetés pour Eleanore et ses cousins, Bridget nous montre d’un signe de la main l’écran plat où notre mésaventure passe en boucle sur la chaîne nationale.

Mes jambes tremblent au moment où je me vois, Eleanore dans mes bras, j’y suis paniquée, effrayée.

« Ce n’est pas moi, ce n’est pas possible ! », je pense sans quitter les images des yeux.

Je sursaute lorsque je sens la main chaude d’Alexander frôler la mienne. Je lève les yeux vers lui. Il me regarde avec inquiétude, et me sourit timidement en rapprochant ses doigts des miens. Je stoppe son geste en me reculant et en demandant :

— Bridget, je peux utiliser une chambre pour nous changer Eleanore et moi ?

— Bien sûr ma chérie, viens.

Eleanore dans ses bras, elle me guide à l’étage pendant que le père et le fils discutent dans le salon.

 

Les murs remplis de cadres photos où, je suppose la fratrie Wills doit apparaître ne me tentent pas. Comme une automate, je suis Bridget qui discute joyeusement avec Eleanore.

A l’étage, il y a un long couloir de nuit où il y a trois portes à droite et trois à gauche. Bridget avance jusqu’à la dernière porte à droite, et l’ouvre.

— C’est la chambre de ton papa, explique-t-elle en déposant Eleanore sur le sol.

Cette dernière regarde autour d’elle avec intérêt et curiosité. C’est ce que j’aurais fait aussi, mais pas aujourd’hui. J’ai juste envie que cette journée se termine le plus vite possible.

Je m’approche, m’accroupis devant elle, et commence à la déshabiller. Je lui enlève son pantalon, ses collants, son pull, son sous-pull et sa petite chemisette blanche. Eleanore se laisse faire sans rien dire. Quand nos regards se croisent, elle me sourit un peu tristement. En petite culotte à cœur, elle vient se blottir dans mes bras. Je la serre très fort contre moi. Je crois que nous en avons besoin toutes les deux.

— Tu as dû avoir peur.

Ce n’est pas une question. Assise sur le lit, Bridget ne me quitte pas des yeux.

Elle a vu les images à la télévision, elle a vu mon visage terrorisé. Pendant que je hoche la tête, elle caresse doucement mon bras avant de me serrer contre elle. Je profite de son étreinte maternelle. Barbara, ma mère ne m’a jamais fait de câlin même quand j’étais triste. C’est nouveau, et cela me fait un bien fou.

Pendant que j’habille Eleanore, elle me parle des jumeaux et de leurs bêtises. Je sais qu’elle fait ça pour me changer les idées, et ça fonctionne. Je me sens déjà un peu mieux.

 

Lorsqu'Eleanore est habillée, je m’apprête à lui demander si elle veut bien descendre avec Bridget pour me laisser le temps de me changer, quand je me rends compte que son fils nous a rejoint. Il est debout près de la porte de sa chambre et ne me quitte pas des yeux.

— Man’ tu veux bien descendre avec Eleanore ? Je dois parler à Léa.

— Bien sûr mon chéri, répond-elle, en donnant la main à Eleanore qui s’y accroche et la suit.

Mon corps passe en mode défense. Je croise les bras contre ma poitrine pendant qu’elles sortent de la pièce. Une fois la porte fermée derrière elle, je sors les vêtements du sac en espérant qu’il parte rapidement de la chambre.

— Je dois me changer, dis-je en sortant mes vêtements du sac.

— On doit parler, réplique-t-il, en s’approchant lentement de moi.

— J’ai froid ! Et je ne veux pas parler avec toi.

Ma voix tremble légèrement. Je lui fais face et le fusille du regard. Il fait pareil. Je suis d’ailleurs certaine qu’il va protester, mais il n’en fait rien. Il m’observe quelques instants en se passant les deux mains dans les cheveux. Il est nerveux. Il secoue la tête, tourne les talons et sort de la chambre. Avec un peu de chance, il sera descendu quand je sortirai d’ici.

 

Mise au point by Mary-m

— Il exagère ! je peste en pliant avec des gestes vifs les vêtements trempés.

 

J’ai hâte de rentrer à la maison pour les faire sécher correctement. La partie maniaque de mon cerveau ne supporte pas de les savoir dans ce sac. Mais, et même si je sais que Bridget serait plus qu’heureuse de s’en occuper pour moi le temps que je dépose son fils à l’aéroport, je ne me sens pas encore prête à lui demander ce genre de service. Et puis, savoir que j’aurais des choses à faire en rentrant ce soir apaise un peu mes nerfs à vif. Ma maniaquerie ressort principalement quand je suis stressée ou en colère, et c’est clairement le cas pour l’instant.

 

Je ne comprends pas pourquoi Alexander prétend que cette sortie au parc était une mauvaise idée, alors qu’il s’est autant amusé qu’Eleanore et moi, et ça, ça m’énerve ! Je veux bien lui accorder que sa célébrité doit être un fardeau ! Pour autant, Eleanore doit-elle être privée de son enfance ?

 

Assise sur le bord du lit, j’enlève les chaussettes humides que j’ai toujours aux pieds et les dépose délicatement sur le sol. Je me retiens de soupirer d’aise en passant les sèche. C’est tellement plus agréable. J’adore jouer dans la neige, me traîner par terre ne me dérange pas, cependant, j’aime encore plus pouvoir porter des vêtements secs. A croire que mon humeur est aussi en accord avec mon corps, car je me sens un peu plus calme depuis que j’ai changé de vêtements.

 

Lorsque tout est rangé – correctement – dans le sac, je jette un rapide coup d’œil à la chambre de l’acteur. Il y a de nombreuses étagères où se mêlent de nombreuses figurines de différents univers de comics. Bien sur, les univers Marvel et DC cohabitent, mais ce ne sont pas les seules. Alexander, fan de Comics, je l’ignorais. Mais après tout, je ne le connais pas vraiment. De nombreux Mangas et bandes dessinées remplissent les étagères côtoyant des classiques de la littérature et plusieurs partitions de guitare.

 

Je me mords l’intérieur de la joue pour me retenir de regarder de plus près le titre de chacun des livres présents sur les étagères. De ceux qui sont le plus visible, je reconnais des auteurs comme Hemingway ou King. Auteurs qui se trouvent aussi dans mes – trop – nombreuses bibliothèques de mon bureau. Même si je sais qu’il ne faut pas se fier aux apparences, je ne vois pas Alexander comme un littéraire. Musicien, oui. Je me souviens de cette guitare dans sa chambre. Mais, je ne le vois pas vraiment dévorer des livres comme je peux le faire quand je n’écris pas. Une autre hypothèse est que ce sont des achats scolaires datant de pendant ses études.

 

Au final, je m’en moque.

 

Qui veux-tu persuader de ça ?

 

Comme je sais que je ne peux pas me cacher éternellement dans cette chambre, même si j’en ai très envie, je soupire et me dirige vers la porte pour rejoindre les autres membres de la famille au rez-de-chaussée.

 

Tu peux le faire !

 

Si je continue de le répéter, je vais peut-être finir par le croire, non ? Cela ne m’empêche pas de le répéter encore et encore en tournant la poignée. Je sais qu’Alexander n’osera pas lancer les hostilités devant sa famille et donc, avec un peu de chance, nous n’aurons cette conversation qu’à son retour de voyage. Ce qui, me laissera clairement le temps de me calmer et de poser par écrit mes arguments. Ce qui est dingue, c’est que je suis forte pour improviser des scènes pour mes romans. Les dialogues sont ma spécialité, mais trouver la bonne réplique dans la vraie vie est une tout autre histoire. C’est la catastrophe le plus souvent dans une parfaite réplique du poisson hors de l’eau. Et bien sûr, comme si ce n’était pas suffisamment rageant, je trouve toujours quoi dire, plusieurs jours plus tard.

 

La vieille porte en bois grince. Je grimace. Les gonds de cette dernière auraient bien besoin d’un coup de pouce pour éviter ce bruit plus que dérangeant et qui, ne m’arrange pas du tout.

 

C’est bien ma chance !

 

Alexander qui – apparemment – attendait mon retour, tourne la tête vers moi. Son visage est soucieux. Rapidement, il quitte le mur où il est appuyé et se dirige vers moi de sa démarche féline. Lui aussi s’est changé. Il porte un pantalon noir et un t-shirt blanc qui met en valeur son torse musclé. Hypnotisée par ses mouvements, je ne le quitte pas des yeux pendant qu’il s’approche de moi. De toute façon, toute tentative de fuite est vouée à l’échec, et je me vois mal me barricader dans sa chambre jusqu’à l’heure du départ pour l’aéroport.

 

—Maintenant que tu n’as plus froid, nous allons parler !

 

Il dépose ses deux mains sur mes épaules et me fait reculer. Il n’a pas élevé la voix, non, ce n’est pas son genre. Pourtant, il y a une certaine autorité dans celle-ci que je ne lui connaissais pas. Mais après tout, est-ce-que je le connais vraiment ? Aujourd’hui en est encore une fois la preuve. Ses mouvements pour me faire reculer sont lents, dans la retenue, sans doute pour éviter que je m’étale sur les fesses au milieu de la chambre. De toute façon, même si je suis très fâchée contre lui, je sais que si je tombais, il serait là pour me retenir.

 

Ses yeux ne quittent pas les miens. Ils me scrutent, analysent la moindre de mes expressions. Alors, - même si c’est très difficile-, je tente de garder un visage impassible. C’est perdu d’avance car ce que je ressens se lit toujours sur mon visage. Je n’arrive pas – comme lui – à contrôler ça. C’est souvent handicapant et encore plus, dans ce genre de situation. Sans rompre le contact avec mon corps, il ferme la porte d’un geste du pied gauche. Ce contact me dérange surtout depuis que j’ai compris que son corps a un drôle d’effet sur le mien. J’ai peur de cette proximité qui m’empêche de réfléchir. Je suis en colère, et il est hors de question que l’attirance que nos deux corps ont l’un pour l’autre m’empêche de m’expliquer avec lui. Surtout maintenant, que je n’ai plus la possibilité de fuir cette conversation.

 

— Tu veux parler, mais pour dire quoi ? je lâche en me dégageant d’un mouvement d’épaule.

 

Je recule le plus loin possible de lui. Hors de question de me laisser distraire par sa présence surtout si nous devons aborder ce sujet qui fâche.

 

Alexander ne me retient pas. Ses mains restent quelques secondes en l’air, toujours dans la même position, comme quand elles étaient sur mes épaules. A présent, il n’y a plus mes épaules, c’est le vide qu’elles rencontrent. Il ne dit rien, mais son regard me fait clairement comprendre que je viens de le blesser. Sans me quitter des yeux, il ramène ses mains le long de son corps, avant de se passer de nombreuses la main droite dans ses cheveux en bataille.

 

 

 

— Allez Alexander, je t’écoute, je l’encourage, en croisant les bras contre ma poitrine.

 

J’ai trouvé refuge contre son bureau en bois. Ce dernier se trouve à droite de la seconde fenêtre de sa chambre. Fenêtre qui donne directement sur la rue. Un immense poster des Stones en concert à Londres est accroché juste au-dessus du meuble. En appui contre ce dernier, je fais glisser mes pieds sur le parquet pour évacuer ma nervosité. Comme ce n’est pas facile de parler avec l’ongle du pouce en bouche, je préfère bouger mes pieds.

 

Le dos contre le mur, à gauche de la porte, Alexander ne me quitte pas des yeux. Sa mâchoire est crispée, ses yeux légèrement plissés qui me rappelle un félin prêt à bondir sur sa proie, sa ride du souci a fait son grand retour. Je ne suis donc pas la seule à être mal à l’aise en ce moment. Sans me quitter des yeux, il se passe les deux mains dans les cheveux en soupirant.

 

— Tu vas me rendre fou. Je suis désolé, vraiment désolé que nous ayons été interrompus et obligés de fuir.

 

 

 

Alexander quitte le mur pour faire les cent pas dans la pièce avant de se stopper face à moi. Je ne peux pas reculer davantage, et c’est bien dommage. Alors, comme deux duellistes, nous nous faisons face dans une attitude totalement hostile. Une ligne invisible divise la chambre en deux. Sa partie et la mienne. Son avis et le mien. Sa tête de mule et la mienne.

 

Une partie de moi – celle qui déteste les conflits – est ravie qu’il s’excuse aussi rapidement. C’est un moyen comme un autre de désamorcer la situation avant que cela n’aille trop loin.

 

— Alexander ! Tu ne comprends rien de rien ! Tu penses vraiment que c’est pour cela que je t’en veux ? Tu penses vraiment que c’est ce qui provoque ma colère ?

 

C’est un peu raté pour la discussion calme et sereine.

 

Apparemment oui, car il m’observe la bouche légèrement ouverte et les sourcils froncés.

 

— Tout ne tourne pas autour de ta personne.

 

Ma voix monte dans les aigus. Je suis toujours calme, même dans les situations tendues. Et pourtant, je perds le contrôle de mes émotions. Tout est chamboulé depuis le retour d’Alexander dans ma vie.

 

En le fusillant du regard, je tente de cacher comme je peux mes mains qui tremblent. Je ne veux pas lui montrer qu’il gagne du terrain, car je ne suis pas forte pour ce genre de chose.

 

Mon grand-père paternel me disait souvent quand j’étais enfant, qu’il aimait ma grand-mère, et encore plus quand elle était en colère. Ses yeux étaient plus brillants, sa voix plus envoûtante. Elle dégageait quelque chose de sauvage qui plaisait à mon grand-père. Elle qui était toujours si calme et posée.

 

Je n’ai jamais compris comment la colère pouvait rendre quelqu’un encore plus beau. Je suis d’ailleurs certaine que je dois ressembler à une folle sortie de l’asile. Dans les aigus, ma voix ressemble au croassement d’un crapaud. Mes yeux sont sans doute rougis. Cela me donne l’air d’avoir trop abusé de l’alcool. Non, clairement, je ne comprends pas.

 

— Tu n’es pas en colère à cause de la sortie gâchée ?

 

Alexander parle doucement. Il me fait penser à un dresseur qui ne veut pas effrayer l’animal sauvage qu’il a en face de lui.

 

— Non Alexander, je ne t’en veux pas pour ça, réponds-je sèchement. Nous ferons Eleanore et moi avec ta célébrité, car elle va de pair avec ta passion.

 

Ma voix, en écho à la sienne est redevenue plus douce. En m’entendant dire cela, Alexander souffle, et esquisse même un sourire.

 

— Cependant, ma fille ne sera pas privée de son enfance par ta faute.

 

Aïe !

 

A la grimace qu’il fait, il vient de comprendre le fond du problème. Il sait comme moi, que nous allons entrer dans le vif du sujet. Celui où nous n’arrivons pas à être d’accord.

 

— Tu viens de dire que cela n’avait pas d’importance.

 

A son tour d’être sur la défensive. Son corps se tend. Il serre les poings contre ses cuisses et recommence à faire les cent pas.

 

— Avec elle, oui. Pas avec ta mentalité.

 

Je croise les bras contre ma poitrine en le fusillant du regard lorsqu’il se stoppe dans son mouvement pour me fixer avec étonnement.

 

— Léa, c’est trop dangereux.

 

Il est en colère. Je le vois. Je sais qu’il ne comprend pas pourquoi je ne veux pas me ranger à son avis. Pourtant, j’entends ce qu’il me dit. Je sais les dangers que nous risquons, mais je reste persuadée que c’est possible de trouver un juste milieu.

 

— Pourquoi donc ?

 

Alexander se passe une main lasse dans les cheveux avant de répondre.

 

— Les paparazzis, les journalistes, les fans...je dois continuer la liste ou tu as enfin compris ?

 

Un rire nerveux s’échappe de ma bouche. Ce sont toujours les mêmes arguments auxquels il s’accroche avec force.

 

— Tu me fais rire Alexander. Es-tu à ce point certain de vouloir protéger Eleanore en agissant ainsi ?

 

Faites que je ne me sois pas trompé sur lui.

 

— JE NE VEUX QUE SON BIEN !

 

Son corps est à deux pas du mien. Si je tends la main, je touche son torse. Il est impressionnant et imposant quand il est en colère. Ses yeux lancent des éclairs. Je m’étonne de ne pas encore voir des dents tomber sur le parquet vu la force avec laquelle il serre la mâchoire.

 

— NON ALEXANDER, C’EST TOI QUE TU VEUX PROTÉGER !

 

Je m’emporte à mon tour. Niveau sonore, mes cris n’ont rien à envier aux siens. Alors que je le fixe méchamment, le souffle court, des larmes traîtresses s’invitent dans mes yeux. Je déteste la colère et les cris. Je préfère le calme et la douceur. Je hais ressentir ce violent tsunami d’émotions.

 

Mon corps entier n’est plus que tremblement et larmes. Je savais que mon corps n’allait pas supporter longtemps cette tension avant de craquer. C’est tellement nouveau pour lui et moi.

 

A travers mes larmes que je tente – en vain – de lui cacher, je vois diverses expressions passer sur le visage de l’acteur. La colère fait peu à peu place à de l’inquiétude. Il hésite à s’approche de moi pour me consoler. Il fait deux pas avant de se stopper. Il secoue la tête et recule. A force de se passer les mains dans les cheveux, j’ai peur qu’il ne devienne chauve. Dans ses yeux c’est la guerre. Je vois qu’il lutte, qu’il ne sait pas quoi faire.

 

— Laissons tomber cette conversation pour l’instant, murmure-t-il en avançant prudemment vers moi.

 

Maintenant qu’il est devant moi, je n’ose plus le regarder alors, je fixe mes chaussettes. Je sursaute lorsqu’il dépose doucement sa main sous mon menton et relève mon visage rougi par les larmes vers lui. Je suis certaine que de la morve menace de s’échapper à grands flots de mes narines.

 

— On n’est pas un couple comme les autres. Nous, ce n’est pas pour la cuvette des toilettes qu’on se dispute.

 

Malgré moi, je souris un peu. Mon corps continue de trembler comme une feuille.

 

— Je n’aime pas me disputer avec toi, continue-t-il, en glissant sa main dans mon dos pour doucement me rapprocher de lui.

 

Ses mouvements sont lents. Il ne me quitte pas des yeux, peut-être pour jauger mes sentiments. Son autre main caresse tour à tour mes deux joues, et essuie mes larmes.

 

— Je ne supporte pas de te voir pleurer. Et encore moins de savoir que c’est à cause de moi.

 

Doucement, il me sert contre lui. La tête contre son épaule droite, je respire son parfum pendant qu’il me caresse les cheveux. Malgré ma colère, et les émotions contradictoire que je ressens à son contact, Alexander m’apaise.

 

— Et puis, je dois faire preuve de beaucoup de sang-froid quand tu es en colère. Tu es encore plus belle quand tu laisses tomber tes barrières.

 

De surprise, je lève les yeux vers lui. Alexander me sourit en me dévorant des yeux. J’écarquille les yeux quand je me rends compte qu’il est sérieux. Il n’a donc pas été effrayé par mes croassements et ma tête de harpie.

 

Mon pouls s’accélère quand ses yeux descendent vers mes lèvres. J’avale difficilement ma salive pendant qu’il approche son visage du mien. Avec sa main dans mon dos, il me rapproche encore un peu plus de lui.

 

— Tom, je suis contente de te voir.

 

Perdu dans notre bulle, le visage à quelques millimètres l’un de l’autre, nous sursautons en même temps. Il est sans doute l’heure de partir à l’aéroport si Tom vient d’arriver. Alexander dépose son front contre le mien en souriant et me serre contre lui. Nous restons ainsi pendant plusieurs minutes, juste en profitant de la chaleur de l’autre.

 

— Nous devons y aller, je murmure en me dégageant doucement de ses bras.

 

En soupirant Alexander acquiesce et me suit hors de la chambre.

Le départ by Mary-m
Author's Notes:

Un immense merci aux personnes qui lisent mon histoire <3 et merci à mon adorable Minny pour ses commentaires ! <3

— Quoi de neuf ?
Pour laisser de l’intimité à Alexander et ses parents, Tom et moi nous sommes éclipsés dans le hall d’entrée de la demeure familiale.
Malgré cette précaution, nous entendons des brides de conversations déformées par les murs qui nous séparent d’eux.
Galant, Tom m’aide à passer ma veste qui, - grâce à Bridget qui l'a mise devant la cheminée à notre arrivée – est sèche.
— Rien de nouveau depuis hier, je réponds, en passant la main dans la manche droite de mon manteau d’hiver, et toi ? L’appartement ne te semble pas trop vide depuis le départ de ton colocataire ?
Tom rigole. Maintenant que je suis habillée, il enfile sa parka bleue nuit au-dessus de son pull col roulé noir.
— Tu n’imagines même pas. Alexander fait toujours du bruit, et maintenant, ajoute-t-il, en essuyant une larme imaginaire, tout est silencieux. Mais bon, il était temps qu’il vole de ses propres ailes, et je suis fier de lui. Bien sûr, je ne suis pas contre l’idée de partager la garde de mon meilleur ami surtout s'il te casse les pieds.
Mon rire s’élève dans la pièce pendant que je lace mes chaussures.
Tom est comme ça : drôle et adorable. Prête à partir, je me redresse et lui tends la main droite qu’il serre dans la sienne.
— Je vote pour.

Assis sur les marches de l’escalier qui mène à l’étage de la maison, nous discutons de tout et de rien. Des fêtes de fin d’année qui approchent à grands pas, en passant par mon dernier roman qui est au point mort et de son nouveau projet cinématographique.
— Le tournage dure combien de temps ?
— Trois mois.
Je m’apprête à ajouter quelque chose lorsque je vois Alexander s’avancer dans le couloir, Bridget sur ses talons. Comme la plupart des mamans du monde, elle lui fait une longue liste de recommandations.
Alexander répond par monosyllabe, ce qui encourage Bridget à continuer. Lorsque son regard croise le mien, il lève les yeux au ciel en soupirant.  
— On doit y aller man !
Bridget, qui ne s’est pas rendu compte que son fils ne l’écoute plus, se stoppe.
— Oui, bien sûr mon chéri. Fais attention à toi surtout.
Alexander acquiesce, dépose un dernier baiser sur sa joue et attrape ma main pour franchir la porte. Je souris à Bridget et me retiens de lui donner à mon tour – beaucoup trop – de conseils pour s’occuper d’Eleanore. Ce n’est que la seconde fois qu’elle passe du temps chez eux. Mais, je me force à lui faire confiance. Après tout, ses trois enfants ont l’air en pleine forme.

Tom qui s’est enfoncé le premier dans le froid, nous attend en bas des marches du perron. Contrairement à son meilleur ami, il n’a pas besoin de couvrir son visage pour marcher tranquillement dans la rue. Comme il a une totale maîtrise de son véhicule – ce qui est d’autant plus nécessaire avec la route enneigée -, nous prenons la voiture de Tom au lieu de la mienne. Il roule dans une Ford Mustang 289 vert bouteille de 68. C’est une vraie pièce de collection qu’il chouchoute.
Je me glisse sur le siège arrière pendant que les deux hommes s’installent à l’avant. Comme moi, le meilleur ami d’Alexander adore suivre scrupuleusement le code de la route alors, il attend que nos ceintures soient bouclées pour sortir de sa place en deux mouvements de volant.
Pendant qu’il s’engage dans le trafic, je m’enfonce dans mon siège et me laisser bercer par « You really got me » des Kinks.

J’adore cette chanson que je connais par cœur. Mes doigts marquent le rythme sur mes cuisses. Mon pied droit bat la mesure. Petit à petit, je m’enferme dans une bulle musicale où il n’y a que cette chanson et moi. Alors, je chantonne sans doute un peu moins discrètement qu’au début. D’ailleurs, après avoir vérifié que les deux amis sont distraits par leur discussion sur le séjour d’Alexander à Vancouver, je fais semblant de jouer de la batterie pour accompagner le groupe. Sur la dernière note, je frappe mes baguettes imaginaires sur des cymbales tout aussi inexistantes. Avec un grand sourire, j’observe la route devant nous, lorsque je croise dans le rétroviseur latéral le regard amusé d’Alexander. Je ne sais pas depuis combien de temps il m’observe, mais, je suis certaine à son sourire taquin qu’il n’a pas perdu une miette du spectacle que je viens de lui offrir. Je rougis, et me force à soutenir son regard.
Pour une fois, c’est lui qui, après m’avoir fait un clin d’œil complice, tourne le premier les yeux. Il reporte son attention sur Tom qui lui parle d’un de leurs amis communs qui va devenir papa. Pendant qu’ils échangent des blagues légèrement immatures sur le sujet, je passe le reste du trajet à chanter dans ma tête.
Il y a moins de risques comme ça que je me laisse entraîner par la chanson et que je chante trop fort. Nos goûts musicaux sont identiques. Je connais les paroles de chaque chanson qui passe sur le radiocassette vintage que Tom a fait installer dans sa voiture.

Pour une fois, le trafique n’est pas dense, et nous accédons rapidement au parking de l’aéroport de Londres-Heathrow. Tom trouve une place facilement.
Alexander met directement sa casquette et ses lunettes de soleil. Il inspire profondément et sort de la voiture. Je suis la dernière à quitter ce cocon de chaleur.
En suivant les deux meilleurs amis, je me blottis dans le col de ma veste de ski. Tom et Alexander marchent d’un pas énergique. Je dois courir pour ne pas me faire distancer par les deux acteurs. Ce qui est, avec la neige, un peu suicidaire. Et encore plus quand on est un peu maladroite comme moi. Et pourtant, lorsque mes pieds touchent le sol de l’aéroport, aucune chute n’est à déplorer. Je suis restée sur mes deux pieds.
Situation ridicule : 0   -   Léa : 1.

Aucun de nous n’a besoin de regarder les nombreux plans pour s’orienter dans l’aéroport. Nous avons tous les trois l’habitude de venir ici, que ce soit pour des déplacements professionnels ou des départs en vacances. De vrais habitués.
Pourtant, aujourd’hui, je me contente d’être spectatrice, et laisse le soin aux deux hommes de nous mener au terminal 3.
Pendant que nous marchons, mes yeux vont et viennent autour de moi. Je cherche dans cette foule d’hommes d’affaires, de touristes, le signe nous avons été suivis par des paparazzi. J’avoue que j’ai peut-être été un peu trop secouée par notre mésaventure. C’est sans doute ça qui me rend légèrement parano aujourd’hui.

Alexander qui marche à côté de moi, ne se soucie pas de ce qui se passe autour de lui. Il doit avoir l’habitude d’avoir peu d’endroits où il peut se promener librement, sans se faire harceler directement. Ce n’est pas mon cas. Malheureusement, je crois que je vais aussi finir par m’y habituer avec le temps.
Alexander me fait sursauter en glissant sa main dans la mienne, et en entrelaçant nos doigts. En marchant, je lève les yeux vers lui. Il me sourit comme pour me dire « ne t’en fais pas, tout ira bien », et me caresse la main de son pouce. Je vais vraiment finir par me demander comment il fait pour ressentir si facilement quand j’ai besoin de soutien.

Lorsque nous arrivons au bon endroit, nous patientons avant le début de l’embarquement. Les écrans montrent les avions qui sont prêts à décoller, et ceux qui vont atterrir. L’appareil BA0085 va le conduire à Vancouver. Le Boeing 747 jet atterrira 9h40 plus tard.  
— Je ne me souviens plus du nombre de fois où j’ai pris un avion dans cet aéroport, dit Tom, assis à ma gauche.
— Pareil pour moi, je réponds.
Assis à ma droite, Alexander hoche juste la tête. La mâchoire serrée, il ne quitte pas l’écran des yeux. Je fronce les sourcils en me rendant compte que quelque chose cloche dans son attitude.
— Il n’aime pas prendre l’avion, me souffle discrètement Tom à l’oreille.
Surprise, j’ouvre de grands yeux en dévisageant le meilleur ami d’Alexander. Je ne m’attendais pas à ça. Ce n’est pas la première fois que je suis déstabilisée en apprenant de nouvelles choses sur l’acteur. Le pauvre, c’est le moyen de transport le plus pratique quand on voyage autant que lui.
Le poing d’Alexander est serré sur sa cuisse. Je ne peux pas le laisser comme ça. Doucement, je glisse mes doigts sur son poing et lui caresse lentement la main fermée. J’espère réussir à calmer un minimum son anxiété avant son départ. Petit à petit, je sens son corps se détendre à côté de moi. Bien vite, ma main se retrouve prisonnière de la sienne pendant qu’il dépose un baiser sur ma tempe.
— Je suis l’homme le plus chanceux de cette terre, chuchote-t-il à mon oreille.
Une douce chaleur s’invite dans mon corps pendant que je lui souris. Décidément, je ne sais pas ce qui se passe là-dedans pour l’instant, et, ce n’est pas pour me déplaire.
Lorsque les premiers passagers sont invités à s’avancer, nous nous levons tous les trois. Les deux acteurs se font une étreinte fraternelle.
— Je serai là-bas, m’annonce Tom en me montrant une grande fenêtre où les avions font le spectacle.
J’acquiesce. Tom est vraiment un ami en or.

Il ne reste qu’Alexander et moi. Debout l’un devant l’autre. Il tient toujours ma main serrée dans la sienne.
— Pour Eleanore, fais attention à toi, je murmure en rougissant.
— Promis, répond-il en se rapprochant un peu plus de moi, je vais essayer de vous téléphoner tous les jours malgré le décalage horaire.
Alexander observe avec une telle application mon visage que je me demande s’il ne va pas sortir du papier et des crayons pour le dessiner. Moi aussi, je n’arrive pas à le quitter des yeux.
Pour une fois, je me moque des gens autour de moi. Je ne fais pas attention aux bruits qui s’élèvent autour de nous. Il n’y a que lui et moi, moi et lui, debout face à face dans cet aéroport bondé.
Je ferme les yeux lorsqu’il dépose sa main gauche sur ma joue et qu’il la caresse du bout des doigts. Je sens sa main droite glisser dans mon dos pour me rapprocher encore plus de lui. Lorsque nos deux corps sont collés l’un à l’autre, Alexander lève mon visage vers le sien. J’ouvre mes yeux et rencontre les siens. Ils sont fiévreux.
Son parfum nous englobe tous les deux. Je glisse mes mains à l’intérieur de sa veste ouverte et les dépose dans son dos. Mon corps tremble légèrement, et j’ai peur de tomber. A l’intérieur de mon corps, c’est la révolution. Chaque cellule bouillonne d’impatience. Mon cœur bat rapidement.
Malgré cela, je ne bouge pas. Sans le quitter des yeux, je le laisse prendre l’initiative de m’embrasser.

Lorsque ses lèvres se posent doucement sur les miennes, je ressers ma prise dans son dos et le rapproche encore plus de moi. D’abord doux, son baiser devient plus fougueux à mesure que j’y réponds. Il dépose ses deux mains sur mes joues et garde mon visage contre le sien pendant que sa bouche continue l’exploration de la mienne. Sa langue vient rejoindre sa jumelle. Elles se cherchent, se taquinent. Il n’y a pas de vainqueur ni de vaincu. Mes mains montent et descendent le long de son dos. Il n’y a plus que nous. Alexander et Léa. Nous ne voyons plus les personnes présentes autour. Même respirer devient secondaire, car on attend la dernière seconde pour reprendre notre souffle.
Front contre front, la respiration aussi saccadée l’un que l’autre, on se sourit.
Ce baiser était différent. Et pourtant, je n’ai pas eu peur. Mon cerveau n’a pas fait sa loi pour une fois. C’est mon corps qui a pris le commandement. Je n’ai pas réfléchi, j’ai ressenti.

Malgré les trois pas à faire, je l’accompagne. Nos deux mains sont toujours soudées. Je ne peux pas aller plus loin. Pendant qu’il donne son billet à l’hôtesse qui écarquille les yeux et le dévisage lorsqu’elle reconnaît son nom, il se tourne vers moi sans lui accorder un regard, me sourit et m’attire contre son torse contre lequel je me blottis.
— A bientôt, Madame Wills, me murmure-t-il.
— A bientôt, Monsieur Wills, je souffle doucement.
Un immense sourire éclaire son visage. Il dépose un dernier baiser sur mes lèvres et s’avance vers la porte d’embarquement.

Au moment où il s’apprête à la franchir, je me souviens que j’ai un cadeau pour lui dans mon sac.
— Alexander, attends, dis-je assez fort pour attirer son attention.
Surpris, il se stoppe et se tourne vers moi. Bloquée par l’hôtesse qui pense sans doute que je vais essayer de frauder pour suivre l’acteur jusqu’à Vancouver, je lui tends un sachet cadeau qu’il prend dans sa main en me questionnant du regard.
— C’est un cadeau pour toi, je murmure timidement.
Son sourire s’agrandit. Je vois à son visage qu’il meurt d’envie de l’ouvrir, mais je le stoppe en disant :
— Tu le regarderas dans l’avion. Bon voyage !
— Merci mon amour !
Comme c’est plus facile pour lui de revenir sur ses pas, que moi d’avancer avec l’hôtesse qui me barre la route en mode gorille de boîte de nuit, il revient à mes côtés et m’embrasse une dernière fois.
— Je dois fermer la porte !
Alexander acquiesce. Une fois la porte franchie, avant de tourner à droite et de disparaître dans le long couloir d’embarquement, il se tourne vers moi et me fait un signe de la main auquel je réponds en souriant. Tom, qui est revenu à mes côtés, lui fait signe aussi.
Hier, je trouvais que ce voyage était une bonne idée. Aujourd’hui, lorsque mon cœur se serre au moment où je ne le vois plus, je n’en suis plus si sûre.

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