Fishing by Wapa
Summary:
@RaidesArt


La nuit, à la pêche aux mots...



Categories: Contemporain, Société, Textes engagés Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Les Nuits d'HPF
Chapters: 2 Completed: Non Word count: 864 Read: 1722 Published: 05/07/2020 Updated: 05/07/2020
Story Notes:
Ce recueil regroupe les textes écrits durant les Nuits d'HPF. Si vous ne connaissez pas encore, filez vous inscrire à la prochaine sur le forum ! Les Nuits, c'est deux thèmes par heure (un thème écrit et/ou une image, un défi stylistique et/ou un défi scénaristique) et 60 minutes top chrono à chaque fois pour écrire !

Un grand merci à toute l'équipe des Nuits qui nous propose chaque mois ces soirées de folie pour repousser les limites de notre imagination ♥

1. Je pourrais mentir by Wapa

2. Interrogatoire by Wapa

Je pourrais mentir by Wapa
Author's Notes:
Nuit du 23 novembre 2019

Thème de 20h : paradoxe / image ici / Billie Eilish - when the party's over ici (et paroles traduites en italique dans le texte)
Le cinéma. Son ambiance tamisée. Le doux murmure avant la séance. Les notes mélancoliques. Ces amoureux qui se bécotent. Ces mains qui plongent dans les gigantesques pots de pop-corns. Le sel sur mes lèvres. Les lumières qui se coupent. La fièvre des bandes-annonces. J'adore le cinéma. Aux premières loges, tout au fond. Rien ne m'empêche d'aller voir les films convoités. Chaque semaine. Comme un rituel.

Comédie. Thriller. Aventure. Romance. Drame. Fantastique. Je me noie dans ce kaléidoscope d'images d'autres mondes, d'autres destins. Les vies défilent. Les liens se nouent et se dénouent dans une ronde infinie.

Espoir. Peur. Tristesse. Joie. Surprise. Dégoût. Les émotions me caressent telles des plumes légères. Passagères. Étrangères.

Trahison. Victoire. Mort. Naissance. Guerre. Secret. Des souvenirs qui ne m'appartiennent pas. Qui m'envahissent toute entière. Me hantent. Me susurrent leur complainte.

Le rideau va se lever. Dans le moelleux des fauteuils, je goûte à cette obscure tranquillité. Et pourtant. La solitude n'est jamais aussi intense que lorsque je suis entourée de cette foule d'étrangers. C'est mon paradoxe.

Je pourrais mentir, dire que j'aime ça, que j'aime ça, que j'aime ça. Que cette liberté m'enivre. Adieu les compromis. L'envie première servie. Ce désert n'entrave en rien mes projets. Avec intensité, je savoure les plaisirs. A pleines dents, je croque la chair de l'indépendance.

Je pourrais mentir, dire que j'aime ça, que j'aime ça, que j'aime ça. Que ta peau contre la mienne ne me manque pas. Que jamais je ne pense à toi. Que sans toi, la vie est plus belle. Que cette histoire ne mérite ni larmes, ni regrets.

Je pourrais mentir, dire que j'aime ça, que j'aime ça, que j'aime ça.
Laissons juste ça s'en aller. Fais que je te laisse partir.
End Notes:
Merci pour votre lecture :)
Interrogatoire by Wapa
Author's Notes:
Nuit du 04 juillet 2020

Thème de 20h : défi scénaristique - votre texte se passe au moins 60 ans dans le futur
— Sexe ?

— Féminin.

Sans hésitation.

— Couleur des yeux ?

— Bleu.

Peut-être parce que cela lui faisait penser à l’océan. Ces vagues léchant paresseusement le sable doré. Ce doux ressac au goût salé. Les mouettes s’amusant dans le vent. Bien sûr, elle n'avait jamais vu tout cela mais elle avait tant lu et relu les vieilles histoires qu’elle pouvait se représenter sans peine le paysage. Cet infini qui s’étendait à perte de vue la fascinait. Ça lui évoquait la liberté.

— Forme des yeux ?

— En amande.

— Taille adulte ?

— 1m68.

Ni trop grande, ni trop petite. De quoi se fondre dans la foule sans être piétinée.

— Couleur de la peau ?

— Blanche.

Malgré tout ce qu’on pouvait lui dire, elle savait qu’il y avait encore du chemin à faire pour que cette nuance n’ait plus aucune importance. Elle n’était pas de ceux qui luttent. Elle espérait simplement une vie tranquille loin des embrouilles. Alors blanc. Assurément.

— Couleur des cheveux ?

— Violets.

Là, il fallait avouer qu’elle n’avait rien d’une avant-gardiste. Ce choix remportait tous les suffrages ces derniers temps. C’était la nouvelle teinte à la mode qui faisait fureur. On en parlait dans tous les magazines. Mais ça lui plaisait alors…

— Morphologie ?

— Fine.

Il fallait être inconscient pour oser autre chose. En se rendant à son travail la semaine dernière, elle avait croisé une femme qui tirait par la main un bambin aux joues gonflées et au ventre proéminent. Sur ses courtes jambes balourdes, il n’arrivait pas à suivre le rythme maternel. Essoufflé et rougeaud. Tous les passants les dévisageaient. Malgré son ouverture d’esprit, elle n’avait pas pu retenir une grimace de dégoût à ce spectacle pathétique. Il y avait des limites à l’originalité tout de même. La différence n’était profitable que dans une certaine mesure. Les gens qui pensaient autrement étaient soit des fous, soit des idiots.

— Langues parlées ?

— Chinois, anglais et… français.

L’homme en uniforme eut un imperceptible froncement de sourcils en notant sur son clavier la dernière langue. Certes, c’était un peu désuet mais elle souhaitait honorer ses racines.

— Loisirs ?

— Astronomie, piano et golf.

De quoi lui ouvrir toutes les portes de la bonne société.

— Quotient intellectuel ?

— 145.

A nouveau, elle crut lire la désapprobation chez son vis-à-vis et elle se trémoussa, mal à l’aise. Certes, ce n’était pas raisonnable. Elle n’avait pas vraiment les moyens. C’était bien au-delà de ses ressources et il faudrait se serrer la ceinture quelque temps. Mais cela en valait la peine. Après tout, cela n’arrivait qu’une fois.

— La livraison est possible à partir du 1er octobre, quelle date vous conviendrait ?

— Le 15 octobre.

A cette date, elle serait en vacances pour quelques jours et serait disponible entièrement.

— Payement immédiat ou différé ?

— Immédiat.

Avec un mélange d’impatience et d’angoisse, elle tendit son bras pour payer. Un « bip » valida la transaction.

Voilà. Elle ne pouvait plus reculer.

Dans neuf mois, elle aurait un bébé dans les bras.
End Notes:
Alors surpris ?
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