Des jours et des vies by Lyssa7
Summary:

Libre de droits

 

Les mots coulent, découlent,

Et leurs vies s'effilent, défilent.


Recueil de textes des Nuits HPF et des jeux d'écriture sur le discord HPF


Categories: Contemporain, Société, Textes engagés Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Aucun
Chapters: 3 Completed: Non Word count: 1754 Read: 305 Published: 26/01/2021 Updated: 09/02/2021

1. Douce tristesse - La croix et la bannière by Lyssa7

2. Le secret d'un mariage réussi - Le trésor de l'oncle George by Lyssa7

3. Coquelicot - Pivoine - Asphodèle by Lyssa7

Douce tristesse - La croix et la bannière by Lyssa7
Author's Notes:

Bonsoir !

J'ai enfin décidé de commencer ce recueil avec quelques textes originaux écrits durant les Nuits HPF qui ont lieu tous les mois sur le forum et d'autres textes qui ont été écrits à l'occasion des ateliers et jeux d'écriture sur le discord HPF.

Les textes des Nuits HPF sont écrits en une heure sur un thème, une image, ou une contrainte (lors des Nuits insolites). Ceux des Jeux d'écriture sont, eux aussi, écrits en une heure et sont centrés autour d'une thématique ou d'un jeu lancé pour la soirée (je vous en préciserai les termes à chaque fois).

Pour les deux premiers, il s'agissait de l'atelier écriture animé par Fleur d'épine le 7 janvier 2021. Il fallait écrire son texte en fonction de deux citations données, et les placer au début, pour la première, et à la fin du texte, pour la seconde. Les voici :

Douce tristesse (20h) :

« Sur ce sentiment inconnu, dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse.» Françoise Sagan, Bonjour Tristesse

« A nous deux maintenant » Balzac (dernière phrase de Rastignac)

La croix et la bannière (21h) :

"Un jour, j'ai reçu une lettre, une longue lettre pas signée." (Le confident, Hélène Grémillon)

"Il vient de recevoir la croix d'honneur." (Madame Bovary, Gustave Flaubert)

Douce tristesse

Sur ce sentiment inconnu, dont l’ennui et la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. Je n’ai pas souvenir de l’avoir ressentie un jour, ou peut-être que ma mémoire, défaillante, se laisse emporter par le temps et l’émotion importune qui me prend toute entière. Il paraît que la tristesse a cela de vain qu’elle se renouvelle sans cesse, sans jamais que vous ayez l’impression de la connaître. N’est-ce pas étrange, qu’à l’inverse, son nom résonne comme celui d’une vieille amie qui ne vous a jamais quittée ?

Si je devais l’imaginer, je la verrais comme l’une de ces femmes entre deux âges, silencieuse et un brin revêche, dont la présence vous pèse un peu mais qui vous tient la main avec une telle compassion que vous préférez rester. Rester jusqu’à ce qu’elle vous laisse verser quelques larmes pour vous en libérer. Elle vous répète que cela ira mieux demain, que le temps guérit toutes les blessures et, évidemment, vous faites semblant de la croire, d’y voir un espoir. Peut-être qu’elle a raison au fond, peut-être que c’est mieux de l’effacer et de tirer un trait.

Vous essayez de vous en convaincre en tout cas. Vous relevez la tête, vous plongez vos yeux dans les siens pour la regarder en face, et vous retirez votre main prisonnière de la sienne. Ensuite, vous redressez les épaules, vous essuyez les traces de larmes sur vos joues, et vous lui murmurez d’un ton encore tremblant : « A nous deux maintenant ! »



La croix et la bannière

« Un jour, j’ai reçu une lettre, une longue lettre pas signée. Je ne saurais dire comment elle est arrivée jusqu’au village de Kaysersberg, en Alsace, où je vivais dans ma jeunesse avec mes parents et ma grand-mère. Nous étions en 1947, je venais d’avoir vingt ans et nous pansions encore les blessures de cette seconde guerre. Je n’ai jamais su si ce bout de papier m’était réellement destiné ou si, comme je m’en suis persuadé, il s’agissait d’une simple erreur de destinataire. Rien n’indiquait sa provenance ni son but, et les noms, allemands, m’étaient inconnus.

La lettre tentait de conter une histoire tragique de soldat envoyé au front à l’âge de dix-huit ans. L’écriture était marquée mais, bien que brouillonne, elle restait cependant lisible. L’expéditeur avait écrit dans un français relativement approximatif, et il semblait peu sûr de lui, comme un enfant qui hésiterait sur la tournure de ses phrases, l’orthographe de ses mots.

L’auteur parlait d’une promesse faite plus de trente ans plus tôt à un ami. Il ajoutait, dans des termes que j’eus du mal à saisir, qu’il lui devait la vie et qu’il voulait juste faire preuve d’un peu d’honneur. Il disait aussi qu’il était trop vieux, et qu’il avait le coeur gros d’avoir failli à sa parole. Il mentionnait un certain Franz et une jeune fille blonde qu’il avait rencontrée en permission. Il vantait son amour pour elle, et l’existence qu’il ne vivrait jamais à ses côtés. Il parlait du fait qu’il était trop vieux pour manquer à sa parole, et qu’il devait ravaler sa fierté. Je n’eus pas plus de détails sur cette promesse, sur l’identité de cette fille mais, en parcourant ces lignes, je le devinais. Ma grand-mère avait toujours vécu ici, dans ce petit village, dans cette maison qui se transmettait de génération en génération. Je le devinai, certes, mais je jugeai préférable de me tromper. Ma grand-mère, frêle vieille dame ravagée par le temps et ses tourments, n’aurait de toute manière jamais pu me répondre sur ce qu’elle avait vécu. Elle passait dorénavant le plus clair de son temps dans son fauteuil élimé, à contempler les flammes qui crépitaient dans la cheminée. A quoi bon lui faire revivre ces instants qu’elle effacerait sans regrets le moment suivant ?

Toutefois, cette lettre, je ne l’oublierai certainement jamais. Tout comme la dernière phrase de son auteur. Il déclarait, avec une relative fierté teintée d’envie, que le dénommé Franz s’était vu décoré post-mortem. Et cette phrase, sans que je ne le veuille, est restée gravée dans mon esprit jusqu’au décès de ma grand-mère. Il a reçu la croix d’honneur. »

Le secret d'un mariage réussi - Le trésor de l'oncle George by Lyssa7
Author's Notes:

Bonjour !

Cette fois, je vous présente deux textes issus de la Nuit Insolite du 6 novembre 2020.

Le secret d'un mariage réussi (22h) :

Défi stylistique : Utiliser un mot/une expression en patois que vous aimez bien (mon texte en est totalement impégné xD)

Le trésor de l'oncle George (23h) :

Défi scénaristique : Votre personnage découvre un carnet/journal de l'un de ses ancêtres.

Le secret d’un mariage réussi

— Oh dé, y’r’pleut ! s’exclame Jean en scrutant dehors de la fenêtre du salon.
— Heu là, il faut que je rentre mon linge ! panique Louise en se précipitant à l’extérieur.

Jean l’observe se débattre avec l’averse pour parvenir jusqu’à l’étendoir à linge dans le jardin. Louise détache rapidement les quelques vêtements qui sont encore sur le fil et repart en courant. Elle ne prend pas la peine de s’essuyer les grolles en rentrant et forcément, Jean, ça le fait râler. Jean, il râle souvent, pour tout et pour rien. Surtout pour rien. Louise, elle dit à ses amies qu’il a de la goule, que c’est de famille, mais que c’est pas méchant. Et puis, Louise râle tout autant que lui.

— Diou, tu vas foutre de la boue partout !
— Bah dis, je voudrais bien t’y voir, té ! rétorque sa femme en rabattant une mèche humide derrière son oreille.
— C’est pour té que je dis ça, t’as passé la toile ce matin !
— Qu’est-ce que tu viens me secouer les miches, c’est pas té qui l’a fait !

Jean et Sophie peuvent continuer des heures sans s’en lasser. Trente ans que ça dure, c’est presque une éternité. Une éternité à détendre du linge mouillé, à passer la toile, et à râler. C’est peut-être ça leur secret.

 

Le trésor de l’oncle George

— Lizzie, je n’aime pas monter au grenier, chouine Josie en tirant sur la manche de sa sœur.
— Arrête de faire le bébé, Jo, c’est qu’un grenier, rétorque sa sœur en levant les yeux au ciel avant de se dégager.
— Et s’il y avait des fantômes ? chuchote la jeune fille de tout juste onze ans, pétrifiée à cette seule idée.

Josie a toujours été plus impressionnable que sa sœur Lizzie. Pourtant, elles sont jumelles. Si l’une est restée en haut des escaliers sans oser avancer plus, s’imaginant des bruits de craquements effrayants dans le grenier de ses grands-parents, Lizzie est déjà entrée et n’hésite pas à explorer les lieux d’un œil curieux. Elle s’attarde sur un meuble recouvert d’un drap blanc, sur les clubs de golf de papy qui font des ombres chinoises sur les murs, mais ne frissonne même pas ; Josie, elle, est morte de trouille.

Enfin, la plus courageuse des deux filles, semble trouver ce qu’elle cherche. Il s’agit d’une énorme malle qui contient, Lizzie en est sûre, un trésor. C’est mamy qui lui a donné la clé de la serrure, et elle a hâte de découvrir ce qu’il renferme. Sans attendre une seconde de plus, Lizzie enfonce la clé et la tourne dans la serrure. Le cliquetis caractéristique de l’ouverture de la malle lui fait esquisser un sourire de victoire. Toutefois, alors qu’elle jette un œil à l’intérieur, elle est déçue de n’y trouver que de vieilles photos, un tourne-disque, et un vieux carnet qui a l’air de dater du siècle dernier. Lizzie reste là quelques secondes de plus, soulève les photos pour voir s’il n’y a rien de plus, et décide que ça n’en vaut pas la peine.

— Bon, je retourne en bas. Tu viens, Josie ?

Josie est finalement montée dans le grenier elle aussi. Elle a pris plus de temps, elle a tremblé comme une feuille, mais elle est parvenue devant la malle et elle semble éblouie par les trésors anciens qui s’y trouvent. Cette fois, c’est Lizzie qui tire sur sa manche pour la ramener à la réalité.

— Attends, je vais prendre ce carnet, décrète-t-elle en serrant doucement dans ses mains le fragile petit cahier brun.
— Toi et tes livres ! se moque Lizzie alors qu’elles s’apprêtent à redescendre du grenier.
— Ce n’est pas un livre, c’est un carnet, rétorque Josie, un peu vexée.
— C’est pareil, c’est nul !

Entre les deux filles, Lizzie est l’aventurière. Elle n’a peur de rien, c’est une fonceuse née. Des deux filles, Josie est la rêveuse, la timide, la peureuse. Des deux, pourtant, c’est elle qui retournera au grenier, bravant ses peurs, pour apprendre à connaître l’oncle George, le frère de sa grand-mère, le résistant, mort à vingt printemps.

Coquelicot - Pivoine - Asphodèle by Lyssa7
Author's Notes:

Bonjour !

Me revoici pour vous proposer trois courts textes sur la symbolique des fleurs tirés d'un atelier d'écriture animé par Fleur d'Epine le 25 janvier 2021.

J'ai choisi d'en faire des portraits, un peu comme si ces fleurs étaient des jeunes femmes définies par ces symboliques.

LE COQUELICOT

Le coquelicot est une fleur dont les significations sont subtiles. En effet, cette fleur sauvage d’un rouge vif marque l’apaisement quand nous avons besoin de consolation. Elle exprime également une ardeur timide voire inconstante.

LA PIVOINE

À l’époque des civilisations anciennes, les grecs s’étaient déjà aperçus des vertus de la pivoine pour traiter l’épilepsie, pour favoriser l’expulsion du placenta après l’accouchement ou pour régulariser les règles. Il y a aussi une légende qui parle de la nymphe Péone, celle qui avait enfreint les règles de la pudeur s’est transformée en cette fleur pour cacher sa honte.

L’ASPHODÈLE

Pour les Grecs et les Romains, les asphodèles, liliacées aux fleurs régulières et hermaphrodites, sont toujours liées à la mort. Fleurs des prairies infernales, ils sont consacrés à Hadès et Perséphone. Les Anciens eux-mêmes ne savaient guère pourquoi il en était ainsi et cherchaient à couper ou même à corriger ce nom pour lui faire signifier champ de cendres ou les décapités, c'est-à-dire, mystiquement, ceux dont la tête ne commande plus aux membres, ne dicte plus de volontés. On en tire aussi de l'alcool. L'asphodèle symboliserait la perte du sens et des sens, caractéristique de la mort. Bien que les Anciens lu aient prêté une odeur pestilentielle - sous l'influence peut-être d'une association avec l'idée de mort - le parfum de l'asphodèle s'apparente à celui du jasmin.

Le coquelicot

De toutes ses sœurs, de toutes les fleurs, elle était sans doute la plus charmante, la plus envoûtante, ce qui expliquait le succès fou qu’elle avait auprès des hommes. Des femmes également. Coquelicot régnait sans partage sur les cœurs qu’elle emprisonnait de ses ardeurs timides, et de ses mots réconfortants. Elle venait batifoler après les chagrins d’amour, enlacer les corps sans un bruit. Son parfum, volatile, se déposait subtilement, se dissipait rapidement, mais jamais ne restait très longtemps. On la disait élégante, mais distante. De par sa délicatesse évidente, on oubliait certainement qu’elle était une fleur des champs.

 

La pivoine

Dans un bouquet, Pivoine était l’aînée. Femme de pouvoir, elle en imposait au reste de ses sœurs. Cordiale, généreuse, elle était de toutes les fêtes, de toutes les soirées, de tous les galas de charité. Dans l’ombre, on la jugeait avide de succès et de prospérité. Ainsi, de l’envie qui la taraudait partout où elle se rendait était née la jalousie. Incidemment, la honte l’avait suivie de son aura malavisée. Pour la tromper, elle soignait les maux des femmes, assistait aux accouchements, chassait les mauvais esprits des croyances anciennes, mais sa culpabilité, toujours, demeurait. Alors, Pivoine se paraît de bijoux, de bracelets, d’atours qui vantaient sa beauté et l’honneur qu’on lui associait.

 

L’asphodèle

Asphodèle, dans la prairie où elle se prélassait, était sans doute la moins jolie, la plus délaissée. Sur son passage, on murmurait, mais jamais on osait lui dire tout ce qu’on pensait car, de toutes les fleurs, de toutes ses sœurs, elle était un présage de mort. Discrète, elle étayait les tombes et, derrière elle, il flottait un parfum similaire à celui du jasmin. Modeste, peu coutumière des grandes effusions, elle s’attardait les soirs d’hiver dans les allées des cimetières, transportant dans un panier en osier, les plus douloureux, les plus beaux des regrets. Asphodèle n’était certes pas la plus belle, mais elle avait le don d’éveiller les sens.

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