Amor Fati by Xuulu
Summary:

Quand le chaos se déclare, deux attitudes sont possibles face à la destinée : on peut protester, ou on peut l'embrasser.



Crédits: Koko-stock sur Deviant Art. Montage réalisé par mes soins.


Categories: Romance, Horreur, Historique Characters: Aucun
Avertissement: Violence physique, Violence psychologique
Langue: Aucun
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Koh-Lanta, l'île des HPFiens
Chapters: 1 Completed: Non Word count: 1122 Read: 178 Published: 13/04/2021 Updated: 13/04/2021
Story Notes:

Ce texte est écrit dans le cadre du concours d'Omicronn et Catie

KOH-LANT'HPF

 

1. Tiron et Poppæa by Xuulu

Tiron et Poppæa by Xuulu
Author's Notes:

Bonjour !

Ce texte a été écrit pour la première épreuve d'immunité du concours.

Thème : Votre personnage doit surmonter un obstacle physique ou psychique en faisant preuve de volonté.

Contraintes :

- interdiction d’utiliser la lettre V

- endurance : mon texte doit faire 1200 mots tout pile (à vérifier grâce à ce compteur)

- sprint : mon texte doit être posté avant mercredi

- métier : comme j'ai choisi de les utiliser en fanfiction, je ne me suis pas occupée de la liste de mots à placer/interdits.

 

 

Le cadran solaire indique dix heures du matin. Marcus Publilius Barbula et son secrétaire Tiron sont penchés sur des feuilles de compte, quand ils entendent tout à coup de sourds et profonds grondements, qui font trembler le marbre qui les entourent. Tiron, inquiet, redresse la tête. Les bruits semblent émaner du sol, et n’ont rien de coups de tonnerre. Il se dirige au jardin pour jeter un regard au ciel : ce dernier est particulièrement sombre. Marcus le rappelle. Ils continuent leur besogne encore un moment, mais l’inquiétude de Tiron est grandissante. Il demande à son maître s’il peut prendre congé. Marcus, conscient de l’agitation de son affranchi, accepte qu’ils s’en tiennent là pour ce matin. Le secrétaire le remercie, et quitte la maison. Il prend la rue des Sépulcres, qui mène à la cité, quand un gigantesque craquement se fait entendre. Tiron rentre la tête dans les épaules, un trouble affole son cœur : il croit que la colère des dieux est prête à faire s’écrouler des montagnes sur lui. Il doit se dépêcher. Une pluie, non, une sorte de grêle noire s’abat tout autour de lui, et sur lui. Un grêlon heurte son crâne, il titube sous la brutalité du choc. Il doit imaginer un moyen de se protéger s’il espère atteindre la cité. Des cris incohérents en émanent, renforçant la fermeté qui l’anime, même si son sentiment de panique enfle encore. Il arrache un morceau de porte pourrie à un ancien tombeau, et le tient au-dessus de sa tête pour se prémunir de la chute de pierres. Il se met à courir.

Tiron franchit la porte d’Herculanum, progresse jusqu’aux thermes du forum. Le rythme de sa respiration est déjà malmené, ses regards bondissent de gauche à droite. Tout à coup, il est forcé de s’arrêter. Son esprit peine à traduire le chaos qu’il a sous les yeux en pensée cohérente. Il semble que la saillie du toit du temple de Jupiter, splendeur du forum, que supportaient des colonnades magnifiques, se soit écroulée. Les colonnes gisent sous la forme de tronçons éclatés et prodigieux, et Tiron constate, horrifié, qu’une jambe ensanglantée dépasse de sous un bloc de pierre. Son regard s’obscurcit une minute, tandis que son ouïe, au contraire, perçoit très clairement des cris encore qui surgissent de toute part, des gens qui courent, un affolement qui se généralise. Le jeune homme sent les petites pierres s’abattre en cascade à la fois légère et dure sur son dos. Il doit escalader les débris pour franchir le forum. Il est difficile de s’assurer d’une seule main, l’autre tenant la planche en équilibre sur son bonnet, sa sandale glisse. Tiron, dans sa détermination, ne sent pas les larmes ruisseler sur ses joues. Il s’égratigne un tibia en redescendant de l’autre côté de l’obstacle, mais ignore la douleur qui fuse. Il atteint la rue de l’Abondance. L’habituelle agitation qui l’anime s’est muée, ce matin, en désordre. Une odeur de peur acide et de soufre sature l’air. Tiron aperçoit un marchand protéger précipitemment son comptoir. L’obscurité du ciel est frappante, et la pluie de grêlons noirs roule de toute part encore plus serrée. La progression est difficile, parce que les pierres forment une couche de plus en plus épaisse sur le sol. Il laisse le marché sur sa gauche, et après les thermes de Stabies, il tourne enfin à droite pour atteindre une petite rue, où se situe la maison de Poppeus, son but. Il marche à présent sur ces pierres craquantes et chaudes qui remplissent la chaussée, le cuir de ses sandales tombe en ruines. Tiron atteint la porte d’entrée, et adresse un juron au dieu Janus. L’inquiétude sourde et diffuse se transforme, dans ses boyaux, en angoisse. Un titanesque mur de pierres noires, écoulées du toit en pente qui surmonte la porte, en bloque totalement l’accès. Il n’y a pas de fenêtres au rez-de-chaussée de la maison.

Tiron porte son regard sur la facade : il y en a une à trois mètres du sol. Sa ténacité le guide. Il pose sa planche contre le mur de pierres, comme un tremplin, recule pour prendre son élan, bondit et crochète le rebord de la fenêtre. Les muscles de ses bras assimilent l’onde de choc. Il se rétablit, et pénètre enfin dans la demeure. L’escalier tout proche donne sur l’atrium, qui résonne de bruits inquiétants, confusion de tuiles cassées et d’éclaboussures issues du bassin. Sa course est presque terminée, du moins Tiron l’espère. Dans le jardin, il croise le surintendant, Éros, hagard, toussant, les bras chargés de coffres et de bourses, qui se dirige en direction d’une portion écroulée du muret ceignant le jardin.

« Il faut partir, et sur-le-champ ! » lui crie Éros, enroué, dans le fracas qui les entoure.

Tiron lui retient un bras, son regard exigeant résolument une réponse à une question informulée. La terreur d’Éros est encore plus palpable que la sienne.

« Elle est dans sa chambre ! Je pense ! » dit-il en se dégageant férocement. « Laisse-moi ! »

Tiron laisse l’affranchi. L’odeur de soufre et de charbon se condense encore. Ses pas l’emmènent en direction des appartements de Poppæa, reculés au fond de l’immense demeure.

Enfin, enfin, il y fait irruption. Sa fiancée, surgissant de l’air épais et assombri, se rue sur lui.

« Oh, Tiron ! J’étais sûre que tu me chercherais ! Que se passe-t-il ? J’étais à la tannerie, accompagnée de Malicia, quand le premier craquement a retenti… Malicia s’est transformée en folle, elle s’est enfuie à toutes jambes par la porte de Stabies, mais il m’était impossible de l’imiter, tu n’aurais pas su où me rejoindre ! Les gens, dans les rues, étaient terrorisés… J’ai réussi à rentrer par le jardin. » Les yeux de Poppæa sont agrandis par l’horreur. Tiron embrasse fébrilement les doigts et les poignets de sa bien-aimée. Le bracelet en or, en forme de serpent, qu’elle porte, est chaud comme sa peau.

Leurs larmes se mêlent, leur panique extrême et le soulagement d’être réunis aussi. Ils tombent à genoux, et l’intensité de l’apocalypse semble se concentrer entre leurs poitrines jointes. Leurs souffles ne font alors plus qu’un, dans cet instant suspendu, et à jamais.

***

« Tu penses que c’est ce qu’il s’est passé ? » demanda Fabio à Arina.

Celle-ci, de la pointe de l’outil, précautionneusement, terminait de briser la gangue de cendres durcie qui entourait le moulage en plâtre de deux corps enlacés ensemble, figés pour l’éternité dans leur dernière position. L’archéologue ne répondit pas tout de suite, un instant aussi muette et pétrifiée que le couple qu’elle dégageait des ruines de ce qui fut un jour une chambre aux fresques éclatantes. Les fumées asphyxiantes s’étaient dissipées depuis des centaines d’années, mais il restait une émanation presque imperceptible de leur amour, qui, lui, était capable de parcourir les siècles, jusqu’à faire naître en elle un trouble.

 

End Notes:

Alors, qu'en avez-vous pensé ? A quel moment du texte avez-vous compris où l'on se trouvait exactement ?

Tiron traversait ici plusieurs obstacles : les ruines du temple qui barraient sa route, le mur de pierres qui bloquait la porte, et cette agitation atroce qui aurait pu le freiner. Mais sa vvvvolonté a triomphé !

Cette histoire est archivée sur http://www.le-heron.com/fr/viewstory.php?sid=2108