5 minutes avant by hazalhia
Summary:

C'est l'été, il fait chaud, très chaud. Assise à un arrête de bus, elle réfléchit. Aujourd'hui, c'est une belle journée pour la fin du monde.


Participation à la 1ère Boîte à flemme du Héron : Le moment d'avant


Categories: Projets/Activités HPF Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Aucun
Genre Narratif: Aucun
Challenges:
Series: Les Boîtes à flemme : le retour
Chapters: 1 Completed: Non Word count: 879 Read: 85 Published: 16/04/2021 Updated: 16/04/2021
Story Notes:

Première participation au projet des Boîtes à flemme, du Héron.
Pour cette première boîte, le but est d'écrire sur les 5 minutes avant une situation donnée.

Merci les Beiges d'avoir relancé tout ça ! <3

1. Chapitre 1 by hazalhia

Chapitre 1 by hazalhia
Author's Notes:

D'autres chapitres suivront peut-être, mais pour celui-ci j'ai choisi les 5 minutes avant la fin du monde avec la contrainte facultative "un fruit à une place importante".

Bonne lecture !

À l’instant où  la porte de l’immeuble s’ouvrit, une vague de chaleur s'engouffra dans le hall. L’air chaud caressa sa peau, s’insinua dans ses narines, tourbillonna sous les volants de sa robe. C’était comme faire un câlin à un four allumé.

Ça sentait l’herbe séchée, le goudron et les coups de soleil à venir parce que, comme d’habitude, elle avait oublié de mettre de la crème solaire avant de sortir.     

Tant pis, elle essayerait de rester à l’ombre.

 

Elle inspira à pleins poumons cet air brûlant, qui ne semblait pas porter assez d’oxygène à ses poumons. C’était la canicule, pensa-t-elle, même si c’était faux. Le début d’été maussade donnait un air de canicule à n’importe quelle journée à plus de vingt-huit degrés. Et même si c’était un peu masochiste, elle aimait ce soleil trop vif, cet air trop chaud qui l’accueillait dès qu’elle mettait un pied dehors, la bonne humeur que cela provoquait chez elle, l’envie de sortir manger une glace sur le port. Elle en prendrait une à la framboise, sa préférée. Framboise comme la couleur des fleurs sur sa robe, comme ses lèvres une fois qu’elle aurait fini de manger les deux boules supplément chantilly. Framboise comme le nom du vernis qu’elle s’était étalé  à la va-vite sur les ongles des doigts de pieds avant de partir. 


Les deux-cents mètres jusqu’à l’arrêt de bus suffirent à la mettre en nage, des aisselles jusqu’aux pieds qui glissaient dans ses sandales, et elle remercia son parfum assorti à sa robe, à son vernis et à ses futures boules de glace. Avisant son téléphone, elle découvrit qu’il lui restait cinq minutes à attendre : à l’arrêt de bus, en plein soleil.

Ellie sortit ses lunettes, regrettant de ne pas avoir pris en plus un chapeau. 

 

Assise sur le banc qui manqua de lui brûler les cuisses, humant l’odeur âcre de goudron chaud qui se faisait plus présente, elle se mit à réfléchir. La veille au soir, elle avait vu un film - accompagné d’un gros saladier de pop-corn -, l’un de ceux sur la fin du monde avec des catastrophes qui s’enchaînent, laissant la planète et l’humanité en proie aux éléments et au désespoir. Puis, suivant le fil de ses pensées, elle se mit à faire mentalement la liste de ce qu’elle emporterait si elle devait se préparer demain à l’apocalypse.

Le seul sac à dos à sa disposition n’avait rien des gros sacs de randonnée où l’on pouvait fourrer un tas de choses, il lui faudrait faire des choix. Il y aurait des sous-vêtements, assurément et elle pensa particulièrement à sa paire de chaussettes favorite, celle avec des rayures. Puisque ce serait l’été, les quelques vêtements ne prendraient pas trop de place. Ce genre de film ne se déroulait jamais en été. Il y avait toujours du froid, de la pluie et un ou deux tsunamis dans les parages. Mais assise à réfléchir à l’arrêt de bus, elle croyait en sa version. Une fin du monde qui arriverait d’un coup, sans prévenir, en plein milieu de l’été. Il ferait beau, et chaud, les oiseaux gazouilleraient et tout le monde serait à la plage, insouciant. Sans avoir réfléchi à ce qu’ils mettraient dans leur sac. 

Elle, elle aurait besoin de bonnes chaussures. Et aussi d’une trousse à pharmacie, et d’une boite de tampax. Plusieurs même. Dans les films, l’apocalypse n'était pas qu’une affaire de quelques semaines. 

 

Elle continua de compter sur ses doigts : une gourde, de quoi manger sur le chemin, parce que les personnages marchaient souvent longtemps avant de trouver un abri. Mais avait-elle quelque chose d’adéquate ? Il restait peut-être des compotes à emporter au fond d’un placard, est-ce que des compotes seraient suffisantes ? Elle avait bien des boîtes de conserve, mais c’était lourd et encombrant, et l’idée de manger des haricots verts froids ne l’emballait pas vraiment. Du thon peut-être ? Et de la crème solaire, elle oubliait tout le temps la crème solaire. Un savon aussi, quand on échappait à la fin du monde on se lavait parfois non ? Ou peut-être juste du déodorant alors. Et des mouchoirs aussi, parce qu’il fallait toujours en avoir sur soi, c’était un de ses principes de base. Cependant, elle allait devoir dire adieu à son ordinateur, rien que l’idée lui serrait le cœur. Au moins elle pourrait garder son téléphone avec elle, comme souvenir.


Au bout de la rue, le bus fit son apparition, la sortant de ses pensées. Elle rigola toute seule, réalisant la manière dont elle avait occupé les dernières minutes, s’en était presque ridicule. Elle fouilla dans son sac à la recherche de pièces, perdues entre un paquet de mouchoirs et un petit flacon de gel hydroalcoolique à la pomme - à défaut de framboise. 

Ses lunettes noires vissées sur le nez, avant de monter dans le bus, elle jeta un dernier coup d'œil autour d’elle. Aux arbres au feuillage éclatant, au ciel uniformément bleu troublé seulement par le vol des oiseaux, aux passagers du bus dont la moitié était morne et s’éventait avec ce qu’ils avaient sous la main, mais dont l’autre moitié semblait aussi enthousiaste qu’elle à l’idée de profiter du beau temps et de l’extérieur.

 

Oui, c’était une belle journée pour la fin du monde.

 

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