31 jours pour expédier la douleur by Fleurdepine
Summary:


 

 

31 jours, 31 thèmes, et peut-être que Violette fera le deuil d’Olivia. Ou peut-être pas.

Entre médicaments, larmes, vieux souvenirs, poèmes déchus, cris et déclarations, c’est un drame qui se joue. Car Violette a toujours été un peu mélo et c’est elle la maestro si Olivia n’est plus là.

 

A toi.

A la folie dont tu es la raison.

A nos histoires et à nos illusions.

[Joe Dassin]


source image = agnès cécile

 

Réécriture entière du chapitre 7 
et quelques corrections à droite à gauche


Categories: Romance, Contemporain Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle, Poésie (prose)
Challenges:
Series: Aucun
Chapters: 31 Completed: Oui Word count: 9507 Read: 1412 Published: 20/06/2021 Updated: 31/07/2021
Story Notes:

Merci à Sifoell et sexyspectrum pour leur relecture et leurs précieux conseils ♥

Ce recueil est une réponse au défi Sur votre 31 dont le principe est de poster un texte par jour pendant tout le mois de juillet (1er juillet = chapitre 1, 2 juillet = chapitre 2, etc.), en respectant les thèmes attribués chaque jour par Almayen. Il s'agit de se concentrer, plus précisément, sur un duo (couple, amis, ennemis...).

Les chapitres font entre 100 et 1000 mots, ce sont presque des drabbles, que j'ai interprétés de façon très personnelle.

L'histoire d'Olivia et de Violette m'est venue avec évidence et c'était une nécessité, j'ai passé trois jours à tout coucher par écrit sans m'arrêter (du vendredi 11 au dimanche 13). Si je l'avais écrit une semaine plus tard, il aurait été tout à fait différent mais j'ai choisi de le laisser tel quel et de le publier tout de même, parce que j'ai aimé l'écrire et que, même si c'était douloureux, et même si ça l'est encore, il y a beaucoup de chapitres qui me plaisent d'un point de vue stylistique.

Je vous préviens que ce n'est pas spécialement joyeux. Il y a de l'amour et des moments légers mais, la plupart du temps, c'est plutôt triste.

Allez, let's go o/

1. 1er juillet : Sable by Fleurdepine

2. 2 juillet : Tempête by Fleurdepine

3. 3 juillet : Doute by Fleurdepine

4. 4 juillet : Étoile by Fleurdepine

5. 5 juillet : Vacances by Fleurdepine

6. 6 juillet : Je sais by Fleurdepine

7. 7 juillet : Mort by Fleurdepine

8. 8 juillet : Donner by Fleurdepine

9. 9 juillet : Responsabilités by Fleurdepine

10. 10 juillet : Parfum by Fleurdepine

11. 11 juillet : Bouquet by Fleurdepine

12. 12 juillet : Pangolin by Fleurdepine

13. 13 juillet : Dos by Fleurdepine

14. 14 juillet : Réunion by Fleurdepine

15. 15 juillet : Arbre by Fleurdepine

16. 16 juillet : Loisir by Fleurdepine

17. 17 juillet : Abandon by Fleurdepine

18. 18 juillet : Bague by Fleurdepine

19. 19 juillet : Se taire by Fleurdepine

20. 20 juillet : Chanter by Fleurdepine

21. 21 juillet : Torture by Fleurdepine

22. 22 juillet : Bataille by Fleurdepine

23. 23 juillet : Lit by Fleurdepine

24. 24 juillet : Epée by Fleurdepine

25. 25 juillet : Merci by Fleurdepine

26. 26 juillet : Femme by Fleurdepine

27. 27 juillet : Explosion by Fleurdepine

28. 28 juillet : Or by Fleurdepine

29. 29 juillet : Monde by Fleurdepine

30. 30 juillet : Chat by Fleurdepine

31. 31 juillet : Soleil by Fleurdepine

1er juillet : Sable by Fleurdepine
Author's Notes:

Jour 1 = sable

La mer, avec toi, c’était plus la mer, c’était l’eldorado.
Et c’était des expéditions pieds nus sur les rochers, écorchés, mais peu importe puisque tu m’aimais ? Et moi j’aimais surtout lorsque nous enlevions nos hauts de maillot et que nous laissions le sable envelopper nos seins nus. J’aimais me coller contre ta peau chaude et la dévorer de mille baisers brûlants, pour l’apaiser, la soigner, lui rappeler à quel point elle était belle et merveilleuse et désirée. J’aimais la mer avec toi, et la montagne, et la campagne, et Paris, et Calais, et Toulouse, et Montpellier. Enfin tu vois, tout ça. Mais la mer et le sable sur nos seins, et mon corps contre le tien, et nos respirations qui se confondent, et nos fronts qui se collent, et nos bouches qui se retrouvent, enfin, c’était ça, le Pays de Cocagne.
J’embrasse le sable mais l’emplacement est vide et il a un goût sec. Tu étais si fraîche. Où es-tu passée ?
Tant pis, puisque je ne sais plus parler. 

End Notes:

Voilà pour le premier texte. Rendez-vous demain pour un nouveau thème et un nouveau chapitre :)

2 juillet : Tempête by Fleurdepine
Author's Notes:

2e thème = tempête

J’empestais et tu me disais : « Tu sens bon »

(Je veux retrouver cette femme qui me diras : « tu sens bon ».)

(je ne sais plus si elle existe)

Je t’embêtais, tu m’ignorais.

Je m’empâtais, tu t’en foutais.

Je tempêtais, tu en riais. 

Et depuis tu sais quoi ? Rien.

Rien.

Rien.

Rien.

Rien.
Rien. 

Rien.

(je l’écris jusqu’à ce que ça veuille dire quelque chose, que ça puisse rentrer quelque part : ma tête, mon abdomen ou ma mémoire)

Rien.

Rien. 

Rien.

Rien.

Rien.

Rien.

(je m’arrête puisqu’il le faut bien, mais ça ne veut toujours rien dire)

 

La tempête dans ma tête, dans mon crâne, la tempête que tu as laissée tout autour, mon ouragan, mon tsunami, la tempête qui a dévalisé ma chambre, a rendu mon lit orphelin. C’est la tempête, ce n’est pas rien. Mais c’est désagréable.  

 

Toutes les larmes de mon corps n’apaiseront jamais la sécheresse de mon cœur.

Une tempête, et peut-être qu’il succombera.

Je crois que je pourrais mourir comme ça. 

Un dernier souffle de tempête. 

Rien que ça.

Je l’espère.

3 juillet : Doute by Fleurdepine
Author's Notes:

3e thème = doute

— Est-ce que tu as déjà douté ? De toi et moi ? De notre amour ?
— Jamais. Et toi ?

La réponse ne vient pas. Violette cherche Olivia du regard mais la réponse ne vient pas.

— Je sens que je ne vais pas aimer la réponse, n’est-ce pas ?
— Sûrement.

Violette se jette sur ses clopes qu’elle a laissées dans la poche extérieure de son vieux jean bleu, abandonné quelque part sur le sol — elles viennent de baiser — et elle se pose à la fenêtre pour fumer. Comme à chaque fois que la conversation devient sérieuse.

— Raconte, alors.

Olivia n’aime pas raconter. Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai : elle adore raconter des histoires, de toutes sortes. Sur le voisin, Martin, qui a plusieurs rencards dans la même journée, sur ses idoles préférées, sur les mondes qu’elle invente dans sa tête et dans lesquels elle aime se réfugier. Mais quand il s’agit de se raconter, elle, c’est une autre affaire.

— Y’a rien à raconter. J’ai déjà douté, c’est tout.
— De quoi exactement ? De moi ? De toi ? De notre amour ?
— De tout, d’accord ? Ça te va comme réponse ?
— Non.

C’était le début de la fin, peut-être.
Violette ferme les yeux et se force à inspirer. Ne pas la brusquer, la ménager. Mais putain, elle veut aller au charbon, c’est une excitée, Violette. Il lui faut sa dose de tranquillisants pour la calmer.

— Et toi, comment peux-tu n’avoir jamais douté ? Arrête. Ne me fais pas passer pour celle qui déjante. Il y a mille raisons, si ce n’est plus, de douter.
— J’ai toujours su que je t’aimais. Il n’y avait aucune hésitation, aucun soupçon possible.
— Et bien, je n’ai jamais compris comment tu pouvais m’aimer autant alors que moi-même, je me détestais.

Lorsqu’elle se confie, Olivia fixe le sol. C’est une habitude qu’elle a prise, qu’elle a peut-être toujours eue, dès l’enfance. Violette s’est retournée pour lui faire face. L’on entend plus que la fumée qu’elle recrache à chaque expiration.

— Putain, c’est ça ton problème. Tu ne te rends pas compte à quel point tu es magnifique. Tu ne t’en rends vraiment pas compte.
— Quand tu me dis ça, j’ai l’impression que c’est par politesse, que c’est parce que…
— Jamais.

Le « Jamais » coupe le souffle et l’élan d’Olivia tellement il est affirmatif. Elle ose enfin lever les yeux, mais c’est un effort surhumain pour elle, elle voudrait se cacher sous sa couette et pleurer et y rester jusqu’au lendemain ou la fin de l’hiver (peut-être la fin des temps).
Mais Violette reprend. Elle ne la laisse pas faire. Elle la connaît par cœur.

— Je n’ai jamais rien dit que je ne pensais pas. Et j’ai continué à le dire — non, le proclamer — jour après jour, je continuerai même à le faire, encore et encore, parce que c’est vrai. Pour que tu cesses de douter. Parce que je suis tienne et ce, jusqu’à la fin des temps.
(la fameuse)
Il n’était pas dit que la fin des temps arriverait si tôt.
Peu importait. Ce soir, Olivia et Violette s’aimaient. Les doutes avaient été mis de côté. Pour un instant. Mais c’était déjà suffisant.

End Notes:

Cette fois ce n'est plus la première personne et on a un "vrai" aperçu d'Olivia. Qu'en avez-vous pensé ?
Rendez-vous demain pour un nouveau thème et une nouvelle complainte de Violette.

4 juillet : Étoile by Fleurdepine
Author's Notes:

4e thème = étoile

J’ai l'impression de ne plus avoir d’âme, Olive, et c’est à toi que je le dois. Attention, que cela ne vienne pas gonfler ton orgueil, pas une nouvelle fois. Je suis juste… vide. Et le vide, c’est toi. Comme lorsque l’on fonce tout droit alors qu’on sait très bien qu’on devrait s’arrêter.
Comme lorsqu’il fait noir à l’intérieur.
Comme Duras et Baudelaire et comme tout plein de monde dont je n’ai pas le talent et c’est triste car je ne l'aurai jamais. 
Je crois très sérieusement que mon âme est partie te rejoindre. Ma consolation, c’est qu'elle t’accompagne toujours, je n’ai pas menti - je ne sais pas si tu le mérites, ceci dit, mais est-il jamais question de mérite en amour ?

J’aimerais me métamorphoser façon Ovide, Olive.
C’était ma blague préférée. Je crois qu’elle n’a jamais été très drôle mais elle te faisait rire, c’était déjà ça.
(Parce que te faire rire était mon plus grand bonheur, etc., etc.)

Non, promis, je ne pleure pas, c’est juste le reflet des étoiles dans mes yeux (les étoiles que tu me mettais dans les yeux) (ces étoiles, je ne peux pas les perdre) (ces étoiles, je leur dessine un autel)

J’ai perdu mon âme, c’est décidé. Une vague l’a noyée. Cette vague, c’était toi, Olivia, mon ouragan, mon tsunami, ma vie.

Et tu sais quoi, ça ne me dérange même pas. Si quelqu’un doit la posséder, j’aime encore que ce soit toi. Mon âme ou ma vie, ma femme ou ma mie. C’est infâme mais c’est ainsi.

J’ai toujours un peu du reflet des étoiles dans mes yeux et il n’est pas prêt de s’en aller. 

End Notes:

Merci d'avoir lu :hug:

5 juillet : Vacances by Fleurdepine
Author's Notes:

5e thème = vacances

J’avais prévu tout un plan de vacances pour toi et moi, Olive. Ça aurait été parfait, Olive, je te promets. Je nous imaginais dans une de ces maisons en Bretagne, pas loin de la mer, évidemment, et l’on aurait écrit, et l’on aurait attendu dans le silence de la pluie, et peut-être que Mesdames V et C seraient passées elles aussi. C’était un peu mon utopie.
Olive, c’était la tienne aussi.
Ne me dis pas le contraire, je t’en prie. C’était un havre de paix, Olive, et d’harmonie où l’on aurait lu des poèmes le soir, à la lampe torche, dans le jardin énorme de la vieille maisonnée. L’on se serait embrassées tendrement, sagement, discrètement, sur l’herbe, au milieu des vers de Prévert et d’Apollinaire. 

Jetant son encre vers les cieux,
Suçant le sang de ce qu’il aime
Et le trouvant délicieux,
Ce monstre inhumain, c’est moi-même.

Je t’en supplie, Olive, dis-moi que, toi aussi, c’était ton utopie.
Peut-être pas la Bretagne, mais la douceur et la lecture intimes, et nos cerveaux connectés, parfaitement, et notre complicité. Peu importe le lieu, même si la Bretagne c’est pratique et c’est joli. Juste toi et moi, Olive, dans une union parfaite de nos corps et de nos esprits.

Depuis, les vacances ont une drôle d’odeur. Je les réclame malgré tout, j’aime la mer plus que tout, peut-être même plus que toi. Lorsque la mer est en moi, je suis enfin complète. Mais jamais entièrement, puisque tu n’es pas là.

Les vacances sans toi, Olive, c’est un peu médiocre. 

 

 

End Notes:

J'espère que vous passez de belles vacances pour celles et ceux qui en ont et pour les autres, courage :hug:

Le poème est d'Apollinaire, il s'appelle "Le Poulpe"

6 juillet : Je sais by Fleurdepine
Author's Notes:

6e thème = je sais

Qu’il est beau le temps où l’on jongle sur des certitudes, où l’on peut se dire sans hésiter que l’être aimé nous manque ou qu’il nous enfièvre. Qu’il est beau le temps des « Je sais ».
Et j’ai su, Olive, à plusieurs reprises, j’ai su.
Tu étais ma plus grande, ma plus belle certitude.
Une certitude comme on n’en connaît pas pendant des siècles.
Une certitude aussi rare qu’un alignement des planètes, Jupiter et Saturne dans le cosmos, la « Grande Conjonction » inédite (ça ne te rappelle rien ?), 21 décembre 2020.
Une certitude de scientifiques, en somme. Parce que les scientifiques savent et peuvent tout prouver, par A ou par B.
J’ai su tout ça, je t’ai su, toi, j’ai su notre affection sincère.

Mais je ne sais plus rien du tout.

End Notes:

J'espère que je ne vous déprime pas (trop) avec mes textes. Belle journée à vous ! 

7 juillet : Mort by Fleurdepine
Author's Notes:

Hello !

Je vous avoue que ce texte ne fait pas partie de mes préférés. En fait, il faudra attendre trois jours (le 10 juillet) pour retrouver du renouveau et quelque chose qui me plaît mais en attendant, j'espère que ce sera tout de même un minimum agréable :)

7e thème = mort

--> Texte réécrit et reposté !

Je. Je je je je

Je Je n’ai je n’ai je n’ai je n’ai
Je n’ai. Genet. Je n’ai 

lu que Les bonnes

Je nais. Mais nais nais nais nais NAIS Gênée. 

Je nais gênée. Je nais gémissante. Il neigeait. Gênée. Il geignait. 

Je n’ai jamais. Jamaisjamaisjamaisjamais. Jamais

n’est jamais aimé. Aimez-moi. Je n’ai

Je nais sans nez. Genet : j’en ai assez de ce miroir effrayant qui me renvoie mon image comme une mauvaise odeur.

niais. Nier. Ni est ni n’est. Mimer. La grosse mine déconfite. 

Jeu né.  

Né né né né

n’est-ce pas inévitable

ça l’est

Né né né né Nefertiti

Né sous les fers des enfers. Je nais. 

Je ne. Non. Jeûne. Jeune. Un déjeuner. Je ne. Je jeûne. 

Je ne veux pas. Veux pas. Vœu pas.

Je veux. Je veux un veau. Je vaux un vœu.

je ne vaux rien. Vaux vaux vos vos vos vos vos

vos morbides desseins 

des seins des bides

des bides et des seins

des bidons, des dessins.

Synthétiques, vos seins vos Saints 

Saint-Patrick Saint-Luc Saint-Marcel

Vos Saints sympathiques

Vos seins pathétiques 

Vos vos vos vos vos vos

seins serrent sincère sincèrement vôtre

Amicalement

Vautré comme un veau

vos vos vos vos 

Dans le caniveau elle s’est vo latilisée

Vos mies, vos mis, vomis. Vos traits. Votre.

Votre haie hait et veut

Vœu. Veux-tu que je je je veux

Je ne veux

je ne veux pas.

Je ne veux pas. Papapapapas. 

Papa. Je ne veux pas papa. Je ne veux pas 

papa papa papa papa pas passer par ces états

je ne veux pas ne veux ne vais je ne vais pas

Je ne vais pas mal, mal, pas pas mal, atrocement mal

Je ne veux pas mal

pas mal dormir.

je ne veux pas mourir. 

 

Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir. 

 

Je veux vivre. 

 

(Ce mot, là, ce mot, mort, ce mot te terrorisait, terriblement, excessivement, et j’étais prête à toutes les folies pour te protéger de lui, en oubliant mes propres peurs et mes propres phobies. Mais aujourd’hui, tout est fini. La mort d’un amour n’est pas le commencement d’un autre. On m’a menti. La mort, oui, pour se délivrer des délires, des malaises, des cauchemars, des douleurs et des addictions. La mort comme solution. Ce n’est pas mieux que l’amour, mais ce n’est tout de même pas si infernal comme substitution. Car si je ne t’ai pas toi, je l’ai elle, au moins. Ma mort. Et pourtant… je veux vivre)

 

 

End Notes:

A demain pour la suite !

Cette forme s'inspire d'un auteur que j'aime beaucoup, Ghérasim Luca, et notamment de son poème Passionnément.

8 juillet : Donner by Fleurdepine
Author's Notes:

8e thème = donner

Bon bah ce texte, il est vraiment... pas incroyable mais je vous avais prévenu, ça redevient intéressant le 10 juillet haha. Bonne lecture !

 

— Il faut qu’on parle.
— Vraiment ?
— Oui, je sais, je déteste ça, mais écoute-moi. 

Et Violette se taisait, parce qu’elle acceptait tout ce qu’Olivia voulait bien lui donner même si ce n’était pas toujours grand-chose, une confidence murmurée, la chaleur de ses baisers, un sourire presque dissimulé. Pour elle, ça valait bien le coup d’attendre des années.

— Donc j’ai pensé que ça pourrait être bien si nous allions ensemble à Disney.
— Vraiment ?

Cette fois c’est l’espoir qui a pris le dessus. L’espoir et l'excitation, d’être invitée - enfin - à partager une passion d’Olivia. Elle attendait l'événement, en secret (peut-être pas assez secrètement), mais elle n’avait pas imaginé qu’il arrive de si tôt.

— Oui, c’est vrai, mais me fais pas regretter de t’avoir proposé ! Bon sang, j’ai l’air ridicule.
— Non, non, pas du tout. Jamais. Et promis, je serai la plus sage des rois mages ! 
— Pourquoi ne peux-tu pas être sérieuse deux minutes ? demande-t-elle en soupirant gentiment. 
— Parce que tu m’aimes ainsi ? Alors attends, est-ce qu’il faudrait que je me cosplay ? En quoi ? Minnie, Mickey ? 
— Je te jure, t’es pas possible. Et puis, je n’ai pas encore dit que tu venais.
— Mais je pensais que…
— J’ai dit que j’y avais songé, nuance. Je peux très bien changer d’avis. 
— D’accord. Alors que dois-je faire pour ne pas que tu changes d’avis ? Ça peut être une faveur sexuelle, je ne serais pas choquée. 

Olivia la regarde, moitié scandalisée, moitié amusée, et répond avec un sourire carnassier :

— Je préfère nettement tes papouilles et tes massages.
— Parfait. Alors c’est acté !

Violette se met alors à la tâche avec plus d’ardeur que jamais, elle passe sur chaque parcelle de la peau désirée, la malaxe et la pomponne, comme si Olivia était une vraie diva.

Et elle est comme ça, Violette : elle aime offrir à ceux qu’elle aime, elle se donne entièrement, sans hésiter, et si ça peut faire des heureux, c’est déjà ça de gagné. Plus rarement, mais plus précieusement, Olivia donne d’elle également. Il lui est difficile de partager et de s’ouvrir mais, quand elle le fait, c’est une offrande de qualité. Personne ne peut rivaliser avec le bonheur de Violette quand Olivia lui porte son attention. Absolument personne. 

 

End Notes:

Merci d'avoir lu <3 

9 juillet : Responsabilités by Fleurdepine
Author's Notes:

9e thème = responsabilité

Parfois, l’on parlait mariage et appart’ - pas progéniture, car tu as tout de suite bien affiché ta position sur le sujet. Autrement que par la poésie, car épouser la nuit, c’était bien tentant, mais c’était embêtant (en tout cas, c’était pas le plus évident).
Et puis, merde, tu m’avais toujours dit que le mariage, tu n’y croyais pas à part si c’était moi. Alors j’y ai cru, moi. Je me suis permise de rêver d’un futur ensemble, quelque chose de doux et de nous. C'était sûrement bête mais ça me plaisait bien.
Le mariage, toi et moi, dans un vieil appart’ parisien, juste sous les toits, d’où l’on observerait le ciel en fumant, buvant et dansant sur du Barbara. Car c’est tout à fait possible, si l’on sait bien s’y prendre mais c’est plus facile sur du Lady GaGa, alors l’on changerait de disque. Ce serait aussi simple que ça.


Les responsabilités.
Mot lourd, chargé, inanimé.
Ce sont elles qui nous ont flinguées.
Les responsabilités. Je ne veux plus jamais en entendre parler. 

 

10 juillet : Parfum by Fleurdepine
Author's Notes:

10e thème = parfum

Il y avait son parfum ; un mélange de rose bulgare, de citron et de patchouli.
Violette l’avait senti au coin d’une rue et ça lui avait ramené Olivia à la gueule.
Au coin de la rue, avait surgi une daronne avec une robe à fleurs.
Pas d’Olivia. Pas de son sourire timide. Plus d’Olivia.
Mais la daronne avait tout de même une certaine classe.
Alors Violette l’avait interpellée.

— Vous aimez Barbara ?
— La chanteuse ? J’adore ça.
— J’ai un lecteur de vinyles chez moi. Est-ce que ça vous dirait de venir l'écouter ?

 

La daronne s’était esclaffée ; c’était si beau à voir que Violette ne s’en était pas offusquée.

— Mon chou, je n’ai plus l’âge d’aller chez des étudiantes pour écouter de la musique.
— Je ne suis plus étudiante.
— Et puis, il est évident que vous cherchez à fuir votre tristesse. Or, la tristesse, ça ne se fuit pas. Ça s’affronte d’un coup et ça se surmonte. Ni la fuir, ni s’en laisser nourrir. Vous comprenez ?

Violette avait hoché la tête puis avait haussé les épaules, comme gênée.

— C’est un chagrin d’amour, n’est-ce pas ?
— Vous avez une cigarette ?

La daronne avait alors sorti un paquet.

— Je ne devrais pas. Vous ne devriez pas. Mais bon, quand est-ce que la vie nous amène ici ?
— C’est à cause de votre parfum.
— Ah. La petite robe noire.
— Il est…
— Magnétique.
— Oui.

Et insupportable.

Elles allument leur cigarette.

— Alors, c’était une femme ?
— Oui, c’était une femme. Ça vous pose un problème ?
— Pas le moins du monde.
— Le plus tragique, dans tout cela, c’est que je crois qu’elle n’a jamais su que c’était la première femme que j’aimais.
— Pourquoi est-ce important ?
— Je ne sais pas. Ça ne l’est pas.
— Alors, cette femme mystérieuse, elle a un nom ?

Violette sourit, sans s’en empêcher.

— Le plus beau. Olivia.
— Très joli en effet. C’est une référence à Grease ? Sandy et Danny, You’re the one that I want ?
— Non, c’est une référence à Olivia de Shakespeare, dans La Nuit des rois. D’ailleurs, dans la pièce, Olivia tombe amoureuse de Viola, c’était peut-être un signe.
— Vous vous appelez Viola ?
— Violette.
— Violette… Vous saviez qu’il y avait l’odeur des violettes dans La Petite Robe Noire ? C’est très subtil. Enfin, Violette, écoutez-moi. L’amour, ça part et ça revient. Vous ne pouvez pas être malheureuse continuellement, une personne ne mérite pas que l’on se mette dans de tels états, une personne ou deux ou trois ou mille personnes, rien ne mérite cela. Si cette personne-là vous hante toujours, il faut vous exorciser. Pas au sens premier. Vous êtes jeune, vous êtes belle, vous êtes charmante et cultivée et puis vous avez bon goût. Ne vous laissez pas enfermer dans un tourbillon qui vous mène droit à la chute. Ce serait trop triste. Vous me le promettez ?

Et Violette le lui promet. Elle lui promet qu’à partir d’aujourd’hui, elle va décider de vivre, et de mettre la mort de côté. Qu’elle sera disponible à toutes sortes de rencontres et que ni l’odeur ni le nom d’Olivia ne seront des obstacles à quoi que ce soit. Et si parfois, cela lui broie le cœur, elle avancera tout de même.

Mais lorsque la daronne la quitte et qu’il ne reste que l’odeur de rose bulgare et de patchouli, les larmes ne peuvent s’empêcher de couler.

« J’y arriverai ».
Elle se le promet.

End Notes:

C'est un des chapitres écrits à la troisième personne que j'ai préféré !

La "daronne" m'a été inspirée par le personnage de Kristin Scott Thomas (d'amour) dans la série Fleabag, saison 2 (si vous n'avez pas vu, je vous recommande chaudement), ainsi que par une femme de quarante ans croisée il y a un an, en descendant la rue de Belleville dans les environs de 3h du matin ; elle remontait la rue en fumant, écoutant Barbara et chantant, dans sa bulle, et elle était belle. J'avais envie de l'interpeller pour lui dire à quel point je la trouvais charmante et que j'étais amoureuse de sa façon d'être mais j'ai préféré la laisser dans son monde. J'aimerais être cette femme à quarante ans.

Merci d'avoir lu <3 

11 juillet : Bouquet by Fleurdepine
Author's Notes:

11e thème = bouquet

Une fois, tu m’as offert des violettes. Pour la vanne ou je sais pas, mais j’étais gaga devant ce bouquet de pétales hésitantes, incarnation de ton silence, de ta timidité. J’ai un petit côté romantique que j’assume à moitié et je fonds facilement pour ce genre de gestes. Tu le sais, même si tu fais encore mine de croire à mon anti-romantisme notoire.
On avait marché le long de la Seine — c’était la nuit. Je tenais fermement le bouquet de ma main droite, tandis que la gauche s’accrochait à la tienne tout aussi fermement, bien que l’été rendait le contact un peu moite. Nous marchions comme un couple fraîchement marié, sans trop savoir où aller. Un couple qui s’est marié sur un coup de tête, sans anticiper la suite, et qui avance, avance, jusqu’au bout de la nuit.
Nous avons passé Saint-Michel où nous nous sommes arrêtées prendre un petit coup, au Saint-Sauveur, seul bar encore ouvert et un brin animé (mais faucheur à souhait). Nous sommes arrivées sur le pont du Carroussel, où nous nous sommes embrassées longuement, les rues étaient vides — il n’était pas loin de trois heures du matin. Et j’ai balancé les fleurs, une à une, dans la Seine. Pour chacune d’elle, une prière. Un mot d’amour. Un vœu. Tu me laissais faire, les yeux rieurs, et je ne crois pas que cela t’avait offusquée plus que cela. Au contraire. Tes baisers étaient plus malicieux, plus joueurs, et j’ai eu l’impression de ne jamais t’avoir autant aimée que ce soir-là.

A la fin, le bouquet avait disparu mais il restait nos mains liées et des dizaines de serments envolés.

12 juillet : Pangolin by Fleurdepine
Author's Notes:

12e thème = pangolin

(il m'a un peu donné du fil à retordre celui-là !)

 

D’une façon assez étrange, je crois que nous pouvons le remercier. Mais d’une façon étrange et tordue et vraiment perverse. Parce que ça implique de remercier une pandémie mondiale et toutes les atrocités, les morts et les suicides qu'elle a engendrés, mais grâce à ça je t’ai rencontrée. 

Puis, finalement, on ne sait pas bien si c’est de sa faute, à ce pauvre pangolin, mais si ça l’est, d’une façon étrange, tordue, perverse, et sincère, nous pouvons le remercier.

Car je crois que, sans lui, je n’aurais jamais croisé ton chemin. Je serais certainement partie sur la voie des strass et des paillettes, des drag queen, drag king, créatures de la nuit, du théâtre, de toutes ses folies, enchaînant les fêtes et les soirées dans ma solitude immense. Je n’aurais jamais compris à quel point les femmes pouvaient m’être fatales. Alors, de toutes ces façons tordues et perverses, je remercie le pangolin d’être à l’origine d’un désastre mondial qui a permis à deux êtres comme toi et moi de nous rapprocher, de nous connaître et de nous aimer. 

Cela aurait trop manqué à ma vie si tu n’étais pas arrivée.
(tu = un événement)

 

13 juillet : Dos by Fleurdepine
Author's Notes:

13e thème = dos

Il y a la bouche que j’aime, timide, sensuelle, mais qui sait sortir les crocs quand il le faut.
Il y a les yeux marrons, foncés, qui semblent tout scruter, tout analyser, tout parcourir, ces yeux qui me paraissent souvent tristes même lorsqu’ils sourient, toujours éclatants d’une souffrance lointaine. Je me battais pour les égayer et lorsqu’ils s’enfonçaient dans les miens, je savais que j’avais gagné, mais que j’avais perdu : j’étais entièrement à toi.
Il y a le nez, bien dressé, qui est parfait lorsqu’il frotte ma joue.
Tiens, il y a tes joues, deux éponges merveilleuses, que j’aime du plus profond de moi. Je les mords et les embrasse et tu me laisses dans mon adoration un peu absurde, parce que tu es comme ça.
Il y a ton corps, beau. Je n’ai pas d’autres mots.
Il y a ton ventre et tes jambes, tes cuisses, et tes cicatrices. J’aime toutes les parcelles de ton corps. De la blancheur de ta peau à ton discret duvet sur les lèvres. Il n’y a rien à enlever, rien à ajouter, rien à changer.
Puis il y a ton dos.
Ton dos plus poétique qu’une note de musique, ton dos contre lequel j’adore me lover, ton dos parfois courbé, parfois fatigué du monde et il y a mes mains sur ton dos, pour te soulager, te prouver mon amour. Il y a ton dos si lisse et si doux que je pourrais m’endormir dessus tous les soirs, et il y a ma bouche qui glisse contre tes omoplates et t’exprime sa dévotion. Il y a ton dos saillant et le faux cuir qu’on a claqué dessus pour le rougir un peu, il y a ton dos rondement alléchant, et mes yeux qui meurent de le regarder. Il y a ton dos et pour ce dos, je pourrais m’abandonner. 

14 juillet : Réunion by Fleurdepine
Author's Notes:

14e thème = réunion

Un jour, en septembre, on se retrouvera. Septembre est le mois de Barbara. C’est pourquoi l’on se reverra certainement à ce moment-là. 

Jamais la fin d’été n’avait paru si belle.

Peut-être que cela se passera comme ça.

En silence. Les mots seraient trop lourds, dans nos gorges, et pas à la hauteur.

Je pleurerai, de te retrouver.
Il n’y a aucun doute.
Je ne sais pas si tu partageras mon émotion. Je m’en moque, dans le fond, enfin pas du tout, mais j’essaie de me concentrer sur moi. J’essaie parce que j’ai trop peur de t’imaginer lointaine, hautaine, mécontente. J’ai trop peur que tu me détestes. Il ne faut surtout pas y penser, pas même l’évoquer, et c’est déjà trop tard, je l’ai déjà fait.

La chanson de Barbara est une chanson de rupture, alors j’ai tout de travers. Quel joli temps pour se dire au revoir. Ce sera peut-être la réunion des adieux. Ou peut-être que ce sera plus, peut-être que ce sera la réconciliation. 
Sur la fumée des cigarettes, l’amour nous reviendra peut-être. 
J’ose y croire. Mais je suis une croyante et les désillusions ne manquent pas.
Quel joli temps, le temps de se revoir.
Car tu me reverras. 
Mon amour, à demain. 

Je t’en prie, à demain.

End Notes:

La chanson de Barbara en italique est Septembre <3 

Merci d'avoir lu !

15 juillet : Arbre by Fleurdepine
Author's Notes:

15e thème = arbre

(on approche la moitié !)

J'ai adoré écrire ce texte, c'est l'un de mes préférés avec Parfum et Femme (qui viendra beaucoup plus tard). Je ne sais pas ce qu'il en ressortira un mois plus tard en revanche !

(Et n'est-ce pas un drôle de hasard que ce chapitre tombe le jour où j'avais imaginé notre rencontre ?)

La première rencontre, sous l’arbre pleureur. Tu te rappelles ou c’est moi qui rêve ? Qui ai toujours rêvé ?
Il faisait nuit noire, dans le Parc de Bercy, nous étions des hors-la-loi, nous avions un peu toujours voulu de ça, d’une rencontre atypique, de quelque chose de magique, d'un peu unique.
« Si tu voulais me voir, moi je préfère le noir ». Tu avais dit. « Je ne veux pas que tu puisses découvrir à quel point je me déteste ». J’avais obéi.
(Quelle torture de ne savoir si le songe était vrai, si je n’ai pas tout imaginé.)
Sous les étoiles mais à l’intérieur de l’arbre pleureur, l’on chantait et l’on dansait - c’était la danse qui importait. Sinon, nous aurions été perdues. C’est toujours la danse qui importe (je ne sais pas danser).
Je t’aimais déjà. Je t’aimais dès la première fois.
Nous ne dansions rien en particulier, c’était plutôt grotesque tout cela, mais je ne sais pas si je l’ai rêvé.
Tu m’avais soufflé : « Je ne veux pas sortir ce soir » d’une voix si fébrile et je t’intimais de danser, même si je ne savais pas le faire, et tu riais un peu mais tu reprenais avec sérieux : «  Je ne veux pas me découvrir des failles ».
L’arbre pleureur semblait pleurer en même temps que toi et je te prenais dans les bras en répétant : « Ne t’en fais pas. On reste là ». Puis je voulais te dire que tes failles, je les aimais déjà. Que tes failles ne me faisaient pas peur. Que tes failles n’étaient qu’une partie de toi. Et nous dansions en pleurant, et pendant que tu recouvrais tes yeux, je recouvrais mon corps. Et je te disais : «  Tu ne vas pas me croire, j’ai fait le même cauchemar ». Tu me croyais, évidemment, tu m’avais toujours crue. Il n’était pas question de se mentir, pas déjà en tout cas. Mais ai-je rêvé tout cela ? 

Et je ne sais pas danser, je ne sais pas m’oublier.

Pourtant l’on dansait. Mon esprit, malade, me répétait : « Je ne sais pas danser, je ne sais pas m’oublier, je ne sais pas danser, je ne sais pas m’oublier, je ne sais pas danser, je ne sais pas m’oublier. »

Cette fois, c’était toi qui m’avais rassurée. Sans trop parler, en me prenant par la main et en guidant mes pas. Je crois que, sous l’arbre pleureur, dans le parc de Bercy, cette nuit-là, j’ai dansé et je me suis oubliée dans tes bras.
Pour la première fois.

Et dans la folie et la beauté fragile, exceptionnelle, de cet instant, nous nous sommes embrassées, toujours pour la première fois, je me souviens que mon rouge à lèvres dior avait redécoré ton visage mais ça n’avait aucune importance dans la nuit noire, nos souffles déréglés par la passion, nos corps parfaitement enlacés.

Était-ce seulement vrai ?

 

End Notes:

Les mots en italique sont des extraits de la chanson je sais pas danser de Pomme <3 

C'est marrant, cette nuit j'ai réussi à dormir pour la première fois depuis longtemps, sans tourment, et j'ai rêvé d'Olivia tout du long. C'est comme si ça m'avait guéri de mes troubles nocturnes mais peut-être n'était-ce que l'effet du vaccin hahaha.

16 juillet : Loisir by Fleurdepine
Author's Notes:

16e thème = loisir

Sûrement l'un de ceux que j'ai le moins réussi.

Bonne lecture o/

— Et vous vous êtes connues comment ?

Ceci est LA question. Elles l’ont entendue tant de fois et la réponse a toujours été la même : « Sur internet ».

Là, les réactions dévient.

Parfois, on leur demande comment précisément et alors, elles peuvent parler de fanfictions.

— Des quoi ?

Souvent, Olivia soupire et lève les yeux en l’air. Elle anticipe le jugement et l’ignorance, ça la fatigue d’avance. Violette se met alors à expliquer, gentiment, mais elle n’est pas d’une extrême patience non plus.

«  Oh, cool » est sans nul doute la réponse la plus populaire.
« Où est-ce qu’on peut vous lire ? »
« Et alors, vous écriviez sur les mêmes trucs, c’est ça ? »
« Originale, comme façon de se rencontrer ».

Cela, elles ne peuvent pas le nier : c’est pas banal. Violette s’imagine raconter à ses enfants - ceux qu’elle n’aura jamais - : « Maman et moi, on s’est connues en écrivant des histoires sur des fandoms obscurs » et de les introduire aux dits fandoms, qui sont loin d’être obscurs aujourd’hui mais le seront certainement dans vingt ans (et dans cent-cinquante ans ?).

— Et donc, pour vous, c’est quoi exactement les "fanfictions" ? 
— Un loisir, coupe Olivia.
— Un plaisir, ajoute Violette.

Elles arrêtent la conversation avant que celle-ci ne devienne désagréable. 

Et lorsqu’elles en ont assez de se faire interroger et qu’elles rentrent chez elles, épuisées par leur journée et des années de souffrance, de moqueries ou de mélancolie, on les retrouve souvent allongées sur le lit, avec l’ordinateur sur le ventre. Elles écrivent des histoires et ricanent en silence. C’est une habitude qu’elles ont prise ; parfois, elles ne se parlent même pas. Elles écrivent simplement et retrouvent ce loisir qui les unit à la source. 

17 juillet : Abandon by Fleurdepine
Author's Notes:

17e thème = abandon

Mon amour hélas, le temps passe. 

1.

Ce n’est rien, juste mon cœur.

2.
Prenez-le, il est à vous.

3.

Des désagréments, je ne garde aucun souvenir.

4.

Pourquoi pourquoi pourquoi pourquoi pourquoi

5.

Olivia déteste l’abandon.

6.

Olivia abandonne Violette.

7.

Ou Violette abandonne Olivia.

8.

Sans le vouloir, vraiment. Et en chialant, ça oui, en chialant et en chialant.

9.

Tu me manques.
10.
Désolée. 

11.
J’ai été seule pendant un long moment, tu sais ?

12.

Il n’y a plus rien à sauver.

13.

Pourquoi m’as-tu abandonnée ?

14.

Pourquoi s’est-on abandonnées ?

15.

Je te laisse ton espace. Le mien est déjà trop grand pour une personne et

16.

Où es-tu ?

17.

Dans les effluves de ce rhum tiède ?

18.

Ou dans les larmes salées de la Llorona ?

19.

Abandon.

20.

Abandon.

21.

Abandon.

22.

Je ne vois que ce mot.

23.

Parce que parce que parce que

24.

Je ne savais pas faire autrement

25.

Tu mens.
26.
Abandon.

27. 

Abandon

28.
Abandon

 

End Notes:

la première phrase est tirée de la chanson de Biolay, Dans la merco Benz
La Llorona = la pleureuse, légende espagnole

Merci d'avoir lu :hug:

18 juillet : Bague by Fleurdepine
Author's Notes:

18e thème = bague

Je suis peu satisfaite de celui-ci également...

Après toutes les heures passées à en discuter, ces longues nuits dans notre appart’ de Paris, sous les toits et le ciel bienveillant, je savais déjà à quoi elle ressemblerait.

Elle serait noire, parce que c’était ta couleur préférée. Noire comme certaines de tes idées, noire comme le symbole de l’asexualité, noir(e) de jais.

Il m’a fallu du temps pour la dénicher. Je la voulais parfaite, comme toi, Olivia. Et ne doute jamais que c’est vrai, que tu l’es.

J’ai parcouru tout le faubourg Saint-Denis, et finalement c’est à Bastille que je l’ai trouvée. Comme quoi, il faut toujours se méfier
des détours.

— Veux-tu m’épouser ?

Tes yeux reflétaient exactement tes pensées mais je voulais t’entendre. Parler. J’aime, j’aimais ta voix.

— Je suis sérieuse je veux t’épouser, et t'épouser de nouveau tous les jours jusqu'à l'éternité.

Tu m’avais souri, et avais répliqué : « Oui, bien sûr que oui ».

J’aimerais que ma mémoire s’arrête ici.
Être certaine que rien n’est cassé, que tout est encore possible.

(As-tu toujours la bague ? La mienne est accrochée à mon collier)

19 juillet : Se taire by Fleurdepine
Author's Notes:

19e thème = se taire

 

 

Devant l’immensité de tout.
Devant le gâchis d’un amour.
Devant la fin d’une histoire.
Devant l’inhumanité de ce qui est inachevé.
Devant la douleur, devant la rancœur, devant la douleur de la rancœur.
Devant l’impossibilité à continuer
à respirer
malgré l’amour. L’amour n’est jamais suffisant.
Devant l’incapacité pathologique à communiquer.
Devant la violence de la séparation.
Devant l’absence.
Devant le manque.
Devant le vide.
Devant l’abandon.
Devant la contradiction entre vouloir et ne pas pouvoir. Pouvoir mais ne plus vouloir.
Devant les morceaux brisés de deux âmes esseulées.
Olivia et Violette ne pouvaient plus que se taire. 

 

 

End Notes:

Merci d'avoir lu !

Et vivement la fin du mois.

20 juillet : Chanter by Fleurdepine
Author's Notes:

20e thème = chanter

 

« Je déteste ça.
— Cette fois, tu vas adorer.
— Ça ne s’est jamais vu.
— Parce que tu n'étais jamais avec moi.
— Ah.
— Je t’assure, tu vas adorer. C’est tellement kitsch que c’en est génial.
— Je ne peux pas vraiment dire non ?
— Pas vraiment.
— Alors d’accord, mais je ne ferai que t’écouter.
— On verra », concluait Violette d’un air malicieux.

C’était un karaoke japonais qui se trouvait à trois blocs de la rue Sainte-Anne. Un espace privatisé pour elles deux, comme un petit cocon.
Et des sushis faits maison.
(Une des nombreuses définitions du paradis selon Violette).

Cela faisait cinq ans qu’elle connaissait l’endroit mais elle n’y était pas retournée depuis un certain temps ; trois ans, elle n’y avait même pas songé — que le temps passait.

Y revenir avec Olivia, bien qu’elle fut récalcitrante au départ, c’était l’apothéose,  comme un feu d’artifice d’émotions grandiose, enfin c’était quelque chose.

Devant l’enseigne : un vieux monsieur. C’était comme si le lieu voulait dissimuler qu’il pouvait être festif ; rien, de l’extérieur, n’indiquait la folie que l’on trouverait à l’intérieur. D’ailleurs, Olivia haussa un sourcil lorsqu’elles arrivèrent à destination : « T’es sûre que c’est là ? ».

Violette l’avait prise par la main. « Oui, c’est ici. Maintenant tais-toi et admire ». Olivia roulait des yeux mais obéissait. Dans le fond, elle avait envie d’être impressionnée.

Il fallait se rendre au sous-sol pour accéder aux salles privatisées et minuscules, humides, presque inquiétantes, presque sinistres, du restaurant.
Une fois que l’on fermait la porte et que l’on lançait la musique, on oubliait tout cela.

— C’est pas très…
— Non !
— D’accord, aucun commentaire. Mais je n’en pense pas moins.

Elles se souriaient, c’était tout ce qui comptait.

La liste des musiques n’était pas vraiment d'actualité mais il y avait de quoi trouver son bonheur malgré tout.

Violette avait initié la première chanson (Sweet Dreams d’Eurythmics). Elle savait pertinemment comment démarrer en fanfare et Olivia ne pouvait résolument pas résister à l’énergie et la folie de Violette, c’était presque écrit d’avance qu’Olivia flancherait.

Elles avaient chanté leurs classiques et, petit à petit, Olivia s’était déridée. Le temps avait filé vite, au milieu des rires francs et des fausses notes, des baisers et des pas approximatifs.


— Alors ?
— D’accord, j’admets…
— Vous admettez, Madame !
— Non, juste…
— … tu t’es amusée.
— Je ne sais pas si on peut dire…
— Attention, pas de faux semblants !
— Bon. Je me suis peut-être un peu amusée.
— Tu avais un sourire aux lèvres du début à la fin.
— Parce que tu étais ridicule. C’est toi qui me faisais rire.
— Je sens que je devrais m’en offusquer mais ça me fait plaisir.


Et lorsque, des jours plus tard, Olivia se mit à chanter fort sous la douche, Violette ne put que se réjouir.

 

 

End Notes:

Ce karoke existe, il est assez incroyable. Et je confirme que Sweet Dreams est une chanson parfaite pour démarrer !

21 juillet : Torture by Fleurdepine
Author's Notes:

21e thème = torture

 

 

J’ai failli ne rien écrire ici. Parce que tout ce recueil est une torture. Tout ce que je m’ouvre le cœur pour expulser la peine est une torture. Tout ce qui me ramène à toi est une torture. La vie est une torture. Ma vie sans toi est une torture. Ton indifférence est une torture. Mon acharnement à feindre est une torture. L’idée de me rapprocher de toi par ce biais tordu et futile est une torture. Le manque de toi est une torture. La perspective de ne plus jamais te parler est une torture. Mais la vie à tes côtés est aussi une torture.

Tout est torture depuis que je t’ai rencontrée. Alors mes amis Alcool, Lorazepam, Prozac, Laroxyl & co m’accompagnent, et comme si ce n’était pas suffisant, les larmes et les crises de panique aussi. Je ne sais pas pourquoi, comment tu es entrée dans mon cœur avec autant de force et de vigueur, mais j’ai l’impression que la torture ne cessera jamais. Tout comme ce recueil qui se répète et se répète. Comme les mêmes mots qui reviennent. Comme la tristesse qui ne se renouvelle pas. Comme les chansons de Barbara. 

 

 

22 juillet : Bataille by Fleurdepine
Author's Notes:

22e thème = bataille.

Certainement le plus difficile. 

 

— Pourquoi ne me dis-tu pas ce que tu ressens ?
— J’ai pas envie.
— J'ai besoin que tu communiques.

— J'ai besoin que tu arrêtes de me dicter mon comportement. 


Alors ça partait dans tous les sens. Ce n’est pas très joli à regarder, encore moins à raconter.

« Narcissique dominatrice », venait la sentence du psy. Je ne crois pas en ses conneries parce que je te connais (un minimum, ou du moins, je le croyais) mais c’est... perturbant. Tu sais, ce psy m'avait demandé de me déshabiller pour observer ce ventre que je déteste, ce ventre que je ne dévoile jamais, ce ventre que je couperais si je le pouvais mais ce psy, tu l’avais défendu avec cruauté.
(Et l’autre m’a dit « c’était une illusion ». Je m’en fous, sois mon illusion.)
Mon ventre t’avait accepté, toi. Mon ventre n’accepte personne. A part un bébé, à l’intérieur, mais c’est une autre affaire. Car ce bébé serait mort né. Evidemment. Je blesse tout, rien ne me survit. J’aime les gens, trop, et ça les étouffe, et ils s’écroulent sur le pavé. Ils meurent d’être trop aimés. Je suis une tueuse. Prenez garde à moi. Sur le champ de bataille, j’ai déjà une vingtaine de victimes. Je tue par mégarde et je finis toujours dans une solitude triste et désolée.

— Arrête de faire ta victime.
— Je ne fais pas ma victime.
— Arrête de faire ta victime.
— Je ne fais pas ma victime.
— Si tu le dis.
— Je sais que je suis maladroite, je sais que je peux faire du mal sans le vouloir.
— Tu veux m’apitoyer ? Ça ne sert à rien de pleurer.
— Je ne peux pas m’en empêcher.
— Arrête de faire ta victime.
— Je ne fais pas ma victime.
— Tu m’oppresses. Tu m’oppresses comme jamais personne ne m’a oppressée dans ma vie.
— Sors de ma tête !
— C’est toi qui as accaparé la mienne. Fous-moi la paix. Fous-moi la paix. 
— Comment ?
— Tu le sais très bien même si tu fais mine de ne pas comprendre, avec brio, comme à chaque fois. Bravo.
— Me suicider ?
— Non.
— Alors quoi ?
— Cesse de faire ta victime.
— Et tu t’en iras ?
— Oui.
— Pour toujours ?
— Pour toujours.
— Je veux mais je ne peux pas.
— Je savais que tu n’allais même pas me laisser aller de l’avant. T’en as jamais rien eu à foutre de ce que je voulais.
— C’est faux ! C’est faux ! Je t’aimais. Je t’aime.
— Tu es pathétique.
— Olivia…

 

23 juillet : Lit by Fleurdepine
Author's Notes:

23e thème = lit 

 

Certains jours, certaines nuits, c’était comme si elle étouffait. Elle pensait que la douleur était partie mais la douleur persistait, la tourmentait tant qu’elle la réveillait - quand elle lui autorisait un peu de repos.
Son ventre était crispé. Elle voyait Olivia partout, la froideur d’Olivia, l’indifférence d’Olivia, le rejet d’Olivia et sans même avoir eu le temps de réfléchir, les larmes coulaient déjà.
Elle se retournait dans tous les sens, son lit était un véritable champ de bataille. Les oreillers avaient filé et les couvertures étaient à l’envers. Elle s’en foutait. Elle ne sentait plus que sa douleur et le manque d’air, inquiétant, évident, qui allait la tuer là.
Ça ne la dérangeait plus. Elle avait envie de mourir dans ces moments.
Le mépris d’Olivia la tuait à petit feu.
Elle ne comprenait pas d’où il venait, elle désirait seulement à ce qu’il disparaisse à jamais. A ce qu’elles se parlent comme autrefois, et partagent ensemble ce lit beaucoup trop grand.
Alors elle prenait des calmants. C’était la seule chose qui pouvait la soulager. Ces putains de calmants, et quelques gouttes de laroxyl. Parfois se saouler au vin blanc. Mais, même avec ça, elle pouvait se réveiller en sueur et l’air manquait toujours, toujours.
Lorsqu’elle pleurait, elle se demandait si Olivia l’entendait, dans son grand Nord. Si Olivia avait un peu de peine pour elle, si son indifférence était réelle. Puis elle revoyait les scènes, les mots, les images, et l’angoisse l’envahissait de nouveau. Elle ne pourrait jamais être heureuse, c’était ce qu’elle se disait.

 

24 juillet : Epée by Fleurdepine
Author's Notes:

24e thème = épée

Je viens de tout réécrire ce texte, qui n'a rien à voir avec l'original. Merci à Kiki pour l'idée <3 

Que veux-tu faire ?

Rien, et toi ?

Un peu tout, mais rien sans toi.

 

 

Elles avaient une amie, Léona, qui tirait les cartes. Alors, pour s’amuser, elles les tirèrent. 


Olivia commença ; elle en récupéra une à l’envers, avec huit branches et un oiseau. « Ça m’a pas l’air bon signe. »

 

— En général, les branches sont positives, avait rétorqué Leona. Comme les bâtons, elles représentent la créativité, l’ambition aussi parfois. Mais celle-ci en particulier, il faut que je vérifie dans mon fascicule…

 

Les sourcils de Leona se froncèrent, elle était très sérieuse lorsqu’il s’agissait du tarot et Violette respectait cela. 

 

— Il y a un délai, des obstacles et… de l’attente. 

— Ce n’est pas particulièrement engageant…

— Non, pas particulièrement, répondit la voyante en souriant. Mais des obstacles, ça peut se surmonter, et l’attente est le signe de quelque chose à venir. A ton tour, ajouta-t-elle en direction de Violette.

 

Violette coupa et tira, comme Olivia l’avait fait avant elle, impatiente de connaître ce que les cartes lui réservaient.

 

— Ah. Les épées, ce n’est pas très positif, et là il y en a dix. A l’endroit, en plus. 

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

— Ça veut dire que tu vas toucher le fond. C’est la fin de quelque chose, une défaite, un poignard dans le dos. 

— Et bien… Ça vend du rêve. 

 

Quelque chose dans le ventre de Violette se retourna. Elle était consciente que ce n’étaient que des cartes — elle n’était d'ordinaire pas superstitieuse, mais la vision des dix épées transperçant le cœur de l’oiseau blanc l’oppressait. Léona tenta de la rassurer : « La fin, ça peut concerner tes études, une période, un lien émotionnel, quelque chose que tu adules et que tu mets, d’un coup, de côté. C’est possible qu’il s’agisse aussi d’une petite crise de panique qui ne durera qu’un jour, un moment plus difficile qui te donnera l’impression de toucher le fond. Il ne faut pas s’en faire plus que ça ! », mais la boule ne quittait pas son ventre et elle voulait vomir.

 

«  Oui, tu as raison. Merci !

— De toute manière, on n’y croit pas à ces conneries ? »

 

Maintenant Violette revoyait en pensée les épées et l’oiseau blanc transpercé. Elle avait touché le fond, c’était vrai, et connu la fin d’une relation, elle avait été confrontée à la défaite, avait été trahie aussi, mais ça allait passer. 

(Elle espérait simplement ne jamais recroiser la trace de ces fichues épées). 

 

Hier, elle avait demandé à nouveau à Leona de tirer ses cartes, pour la première fois depuis Olivia. Elle était tombée sur le Page of Wands (Page de bâtons) : « Les bâtons, c’est très bon », lui avait assuré Leona, et effectivement, c'était pas trop mal ; c’était l’énergie créative de l’idée ou du projet, bouillonnante, la confiance en l’avenir et en ce que l’autre entreprend, c'était l'inspiration, c'était la passion, c'était le cycle éternel et la transformation.

Violette avait tout recommencé, à zéro, sur une plage blanche, craché les mots qui la démangeaient et elle ne s’était plus arrêtée. 

25 juillet : Merci by Fleurdepine
Author's Notes:

25e thème = merci

 

Parce que j’étais perdue, sans voie, sans espoir, sans rien. Parce que tu as croisé mon chemin. Parce que tu m’as apporté des sourires et des beaux souvenirs. Merci.

Parce que tu avais la meilleure façon de répondre à mes caprices, à mes envies, parce que nos projets fous se complétaient, parce que tu m’as tant inspirée, muse de mes pensées. Merci.

Parce que j’ai perdu bien quatre kilos depuis que je souffre de toi, que je peux peut-être entrer dans une taille 38 maintenant, parce que mon corps est marqué par toi. Merci.

Parce que tu as été la première à me faire cet effet-là, à m’offrir jouissance et plaisir, bonheur éphémère, intense, fusionnel, parce que tu as été tout pour moi, et j’espère l’avoir été un peu pour toi. Merci.

Merci pour tout ça, Olivia.
Je ne mens pas. 

 

End Notes:

Merci.

26 juillet : Femme by Fleurdepine
Author's Notes:

26e thème = femme

<3 

 

Quelques années plus tard, nos routes se croisent à nouveau. Peut-être. Nous avons tant changé. Mais l’affection, la force, quelque chose en moi, toujours aussi fort pour toi.
Nous sommes à la salle des ventes. Des bourgeoises, toutes les deux, image improbable. Presque insupportable. Je voudrais hurler. Mais tu es là, deux colonnes à côté, et j’ai envie de courir jusqu’à toi.
Je te regarde.
Tu es belle.
Tu as gagné, avec l’âge.
Tu n’as jamais été si resplendissante.
Et la vente commence, mais je n’y prends pas garde.
Et au fur et à mesure des articles
Je te regarde et
ressurgit du fond de ma mémoire
mon seul amour de femme
toi
Barbara
Drouot
TOI.
Je quitte la salle en pleurant. En courant. Follement.
Tu me rattrapes. Ou je l’espère. J’espère toujours que tu me rattrapes.
Et tu me dis « Violette » comme si tu me parlais hier encore d’un quotidien anecdotique. Je veux te gifler, si fort, si tu savais, mais je te prends dans les bras, et au lieu de mordre et de crier, je te dis : « Tu m’as manquée » et tu es belle, je le pense bas.
Tu ne dis pas que je t’ai manquée aussi, sûrement parce que ce n’est pas le cas, sûrement parce que je me suis trop accrochée à toi.
Pas grave.
Je suis habituée à ça.
Et puis, tu n'es pas méchante ce soir. Tu es apaisée, tu souris, tu as l’air épanouie. Comme je l’ai tant espéré, pendant des années. Un autre ou une autre a pu t’aider ou alors toi-même, tu as su trouver ta vérité. Je ne sais pas mais je suis fière de toi. Si fière, Olivia.
« Qu’est-ce que tu fais  ? ». C’est tellement artificiel. On le sait, c’est douloureux quand même.
« Ici ou dans la vie ? »
« Je ne sais pas »
Toi aussi tu te perds dans tes mots et ça me rassure. Je ne suis pas la seule affectée. Tu ne sais pas à quel point ça me fait du bien, de savoir que toi aussi tu es perturbée.
« Partons », je te demande et je veux dire : « Pardon ».
Tu me réponds : « Où ça », et je rétorque : « Où tu veux » parce que c’est vrai, je suis prête à ça.
« Désolée, je ne peux pas », tu sembles reprendre contenance et je me décompose. Tu seras et resteras mon seul amour de femme. 

 

End Notes:

De grosses références à Drouot, chanson de Barbara <3 

27 juillet : Explosion by Fleurdepine
Author's Notes:

27e thème = explosion

 

— Je t’aime.
— C’est trop.
— Mais je t’aime.
— Tu m’étouffes.
— Je t’aime Olivia.
— Je préfère en rester là.

 

Si tu ne comprends pas que j’ai besoin

de ne plus t’entendre

Ton amour me bouffe et je me sens mourir à l’intérieur

Laisse-moi respirer

ou dégage à jamais.

 

 

Voilà ce qu’Olivia voulait dire, ce que Violette n’a pas su saisir.

Elle continuait de chanter ses « Je t’aime », pensant attendrir le cœur d'Olivia, mais  l’effet était inverse. Olivia était effrayée par ces « Je t’aime » à la chaîne, par ce trop plein d’amour qui la glorifiait, qui faisait d’elle une personne superbe dont elle ne se sentait pas à la hauteur, au contraire, cela l’oppressait, cela lui donnait envie de tout arrêter. Et Violette continuait, sans savoir qu’elle les enfonçait dans un gouffre sans issue, et peut-être qu'elle ne le lui (se) pardonnerait jamais. Olivia était un petit oiseau blessé, et aussi une espèce de barbelé, Olivia ne pouvait pas apprécier des « Je t’aime » à la pelle.

 

L’explosion eut lieu. On ne la racontera pas. Elle est trop douloureuse.

 

Violette pleura. Des torrents de larmes. Des torrents de larmes à rendre jalouse une cascade. 

Olivia pleura aussi.

 

Et alors que tout semblait s’être calmé. Que Violette se disait : « Je ne veux plus pleurer pour elle. ». Que ses ami-e-s la raisonnaient. Qu’elle passait sensiblement à autre chose. La douleur revenait. La pensée de l’autre s’incrustait en elle, encore. Elle ne pouvait s’empêcher de revenir à Olivia et de souffrir, toujours. Alors, il fallait s’y attendre, elle explosa. Intérieurement. D’abord parce que Barbara le disait si doucement :

 

« Si tu ne comprends pas qu’il te faut revenir je ferais de nous deux nos plus beaux souvenirs. »

 

Mais pour elle, tout ça, c’était faux.

C’était de la merde en boîte.

Parce qu’Olivia avait son cœur entre ses mains

Elle le lui avait dit (« Prends-en bien soin »)

Et qu’Olivia le brisait doucement.

Sans hésitation.

Alors Violette explosa.

 

Elle écrivit dans son journal de juin, après avoir bu quelques verres de blanc, tout ce qui passait dans son esprit malade. 

 

COMMENT PEUX TU ÊTRE SI FROIDE 

APRÈS TOUT ÇA

UNE CASSEUSE D’AMBIANCE

UNE TUEUSE TOI AUSSI

JE NE COMPRENDS PAS PUTAIN JE SUIS

PAS DU TOUT 

JE 

REVIENS

NON

MA FIERTÉ

HAHAHAH MA FIERTÉ

ELLE A DISPARU MA FIERTÉ

AVALÉE

COMPLÈTEMENT

MAIS JE VEUX QUE TU ME DISES CE QUI SE PASSE

DIS MOI CE QUI SE PASSE

TU M’EFFACES ?

COMME ÇA ?

SI AISÉMENT ?

TU ME TUES ?

MAIS COMMENT ?

POURQUOI ?

PARCE QUE JE T’ÉTOUFFE DE MON AMOUR ?

ALORS JE ME TAIS. JE ME TAIS, JE TE PROMETS.

MAIS JE NE VEUX PAS D’UNE RELATION SADO MASO

JE NE VEUX PAS ÊTRE TA SOUMISE

ALORS COMMENT ME SOUMETTRE SANS L’ÊTRE

JE NE SAIS PAS

JE T AIME

REPRENDS MOI

JE ME TAIS JE TE PROMETS.

RESTE POUR MOI.

 

Et plus tard. Se dire qu’on n’est pas coupable. Que parfois, c'est la temporalité qui n’était pas bonne. Même s’il n’y a rien de plus frustrant et délirant que cet argument. 

 

Je t’ai laissé de l’espace

Ce n’était pas assez

Je t’ai offert mon destin

Ce n’était pas assez

J’ai pleuré toutes mes larmes

Ce n’était pas assez

Je t’ai donné mon âme

Ce n’était pas assez

J’ai voulu te retenir

Ce n’était pas assez

Alors je suis partie

Et tu m’as laissé faire. 

 

 

End Notes:

La phrase de Barbara en italique vient de la chanson Dis, quand reviendras-tu ?

Merci d'avoir lu ! 

28 juillet : Or by Fleurdepine
Author's Notes:

28e thème = or

Un peu d'amour pour une fois !

 

 

Elles assistaient à une espèce de soirée gala dans la capitale pour célébrer la Pride. Violette avait traîné Olivia là-bas, qui portait une magnifique robe en velours bleu nuit, à faire trembler tous les Marquis de Sade.

 

La soirée s’était éternisée. Faut dire qu’il y avait du beau monde, des drag queen internationales du type que Violette adorait, des discours politiques interminables de Madame Hidalgo, si fière de montrer à quel point elle était tolérante et ouverte d’esprit, puis un mini dance-floor avait été installé dans la salle des fêtes de l’Hôtel de Ville et il rencontrait un certain succès.

 

Violette discutait avec des connaissances tandis qu’Olivia se promenait dans la salle, discrètement, observant les couleurs et la diversité du décor, de ses occupants, secrètement émerveillée. Les paillettes, les froufrous, ça n’était pas du tout son monde, pas sa tasse de thé. Même dans sa robe, elle se sentait déguisée. Étrangère. Elle s’était à peine reconnue lorsqu’elle avait vu son reflet dans le miroir des toilettes. Elle osait difficilement affirmer qu’elle était belle, mais elle s’était trouvée séduisante, ça changeait. Dans ce déguisement, elle avait justement trouvé un certain plaisir. À être une autre qu’elle n’osait pas, qu’elle ne serait certainement jamais que lors de cette soirée, à apprécier le kitsch et le bling-bling, à être un peu coquette, un peu pompette.

 

Au coin d’une salle, Violette la retrouva, se posa contre son dos, l’entoura de ses bras.

 

— Ne te cache pas de moi, lui souffla-t-elle. 

— C’est un ordre ?

— Une demande. Une supplication. Une déclaration. Je t’accepterai toujours telle que tu es.

— Pourquoi ?

— Comme ça. Parce que je t’aime.

 

Un délicat baiser posé sur le nez.

 

— Parfois j’ai l’impression de vivre dans un livre, avec toi.

— Je veux que notre histoire soit le plus beau des romans.

— Tout dépend des personnages.

— J’ai confiance en ces personnages-là. Elles sont plutôt coriaces, si tu veux mon avis.

— Si tu le dis.

— Au fait, tu es magnifique dans cette robe en velours bleu nuit. Si je ne te connaissais pas, j’aurais passé la soirée à te draguer.

— Evidemment.

— Et tu n’aurais pas résisté.

— Evidemment.

 

Violette pose sa main sur la hanche d’Olivia qui tremble un peu.

Elle lui chuchote à l’oreille, d’une façon qui se veut sensuelle : « Tu es mon plus grand trésor, sexy lady. »

 

Et Olivia ne peut pas s’empêcher de rire, de rire comme elle sait si bien le faire, en compagnie de Violette.

 

— Pour tout l’or du monde, je n’échangerais pas ton rire.

— Pour tout l’or du monde, je t’achète un bâillon afin que tu cesses de dire des bêtises.

— Alors, le coup du bâillon, je suis plutôt motivée, mais pour une toute autre idée.

— Perverse.

— C’est toi la perverse, tu m’as corrompue, mon amour.

— Impertinente.

— Je t’aime.

— Moi aussi, quelque chose comme ça.

 

29 juillet : Monde by Fleurdepine
Author's Notes:

29e thème = monde

 

Je vais jusqu’au bout du monde avec toi ou je n’y vais pas.
Le bout du monde, ça aurait pu être l’Alaska ou la Nouvelle-Zélande (même dans le Périgord, si tu voulais).
Les 24 heures d’avion, je les aurais faites avec toi et tu m’aurais tenu la main.
Avec toi, j’aurais réussi. J’aurais supporté ce calvaire. Tu sais que l’avion me terrorise, que j’ai la peur des transports en commun, la peur d’être enfermée, la peur d’être étouffée, la peur d’être oubliée, la peur d’être tuée, la peur de tout. Mais pas avec toi, pendant que l’on s’envole pour l’autre bout du monde. Et je pose ma tête contre ton épaule, les larmes coulent silencieusement, et tu ne dis rien mais tu sais, et tu me rassures à ta manière, en silence, mais c’est assez. Ta présence est suffisante. Ta présence vaut plus que tout l’or du monde. Tu me dis, doucement, « Violette » et je souris. L’appel de mon prénom suffit à me détendre. A me rendre heureuse. Parce que c’est toi, Olivia, toi et personne d’autre.
L’autre bout du monde, c’est avec toi ou personne d’autre.
Donc je suis condamnée à rester ici. Mourir ici. Je m’en moque, puisque tu n’es plus là. 

 

30 juillet : Chat by Fleurdepine
Author's Notes:

30e thème = chat

pas très convaincue par celui-là...

 

Lorsque tu prenais ton chat dans tes bras et que tu le câlinais, je te voyais heureuse comme pour la première fois, et j’avais envie de vous laisser, de ne pas abîmer cette espèce de quiétude, si rare chez toi.

Ton chat était ton confident, ton meilleur ami, et je respectais cela. 
(Parfois, j’en étais jalouse, mais laissons ces fois de côté)
Toi aussi tu étais un chat, indépendante tu ronronnais et t’endormais dans mes bras pendant que je caressais tes cheveux, doucement. Ta respiration se calmait petit à petit et peut-être devenais-tu paisible un instant.

— Je t’entends.
— Tant mieux. Parce que ce n’est pas un secret.
— Chut. Tu m’empêches de dormir.

Je ricanais et m’extasiais devant ton visage épuisé qui rejoignait enfin l’inconscience. Je t’en reparlerais au matin, de cette innocence, et je te taquinerais peut-être dessus.

Le soir d’après, tu avais déclaré que tu protestais, que tu n’étais pas un chat, et c’était absolument adorable, ta façon de t’agacer, je te l’avais déjà fait remarquer à plusieurs reprises par le passé. Je ne pouvais que m’attendrir devant ces sourcils froncés qui se voulaient menaçants et cette petite voix faussement autoritaire.

— Bien sûr que si, chaton.
— Bien sûr que non.

Ce genre de « disputes » stupides, on en a eu des milliers. Bien souvent, c'était moi qui les gagnais, j’avais les meilleurs arguments.

— Tu as tout d’un chat : le caractère, franchement, tu ne peux pas me dire le contraire. Tu es mignonne et douce, tu ronronnes, tu aimes dormir et être nourrie. Et voilà ! Ce qu'il fallait démontrer.
— De toute manière, quoique je dise, tu me verras comme un chat.

J’aimais beaucoup lorsque tu te couchais devant mes arguments, même si c’était de mauvaise foi. J’aimais te récupérer le soir toute fatiguée et passer des heures à t’embrasser, te cajoler, comme le joli félin que tu étais. J’aimais cette vie à trois, j’aimais ce petit jeu, j’aimais que tu me fasses assez confiance pour assister à cela : tes moments avec le chat ou tes yeux qui se ferment quand tu es dans mes bras.


(En vérité, je n’ai jamais été très friande des chats et de leur pseudo liberté)

End Notes:

Et on se retrouve demain pour le tout dernier texte !
Merci d'avoir passé juillet avec moi <3 

31 juillet : Soleil by Fleurdepine
Author's Notes:

31e et dernier thème = soleil

 

Un
deux
trois
SOLEIL

— Je t’ai vue bouger.
— Tu m’expliques pourquoi on joue à ça déjà ?
— Parce que tu es mon plus grand et plus beau soleil.

Olivia qui rougit est une image dont Violette ne se lassera jamais.

— D’accord mais je vois pas le rapport.
— Tu ne vois vraiment pas le rapport entre le fait que tu sois mon soleil et jouer à « un, deux, trois, soleil » ?
— Non, ça j’ai bien compris que tu avais le cerveau d’une enfant de cinq ans mais, mais, on ne joue pas à deux à ce jeu, ça n’a aucun sens !
— Alors imagine que Loki et Tony sont derrière. Sauf que Loki triche avec sa magie donc il disparaît totalement et je ne peux jamais le surprendre. Et Tony, ben, j’ai pas envie qu’il me foudroie du regard. Du coup, on joue à quatre, mais y’a que toi qui peux perdre. Ou gagner.
Mon amour, c’est si stupide, pourquoi ça me fait rire ?
— Parce que tu es mon soleil, Olive.

Même dans les pays tropicaux, le soleil finit toujours par se coucher. Et le cycle ressemble un peu à Olivia : mi figue mi raisin, d’un côté je viens et de l’autre je repars, je t’aime et ne t’aime pas, je ne sais pas.

Le cycle du soleil, ou le cycle de la lune, c’était ce qu’Olivia pouvait offrir de mieux. Violette aurait tout pris, que ce soit un soleil à moitié, ou une lune qui passe d’un quart à un rond, mais elle avait réalisé qu’elle avait envie de quelque chose de plus entier.

Elles s’étaient lamentablement échouées.





TRISTESSE.

 

 

End Notes:

Et voilà, c'est terminé, 31 pour expédier la douleur et je crois que ça a fonctionné.

Merci à toutes les personnes qui m'ont lue et qui ont été présentes tout du long :hug:
Un remerciement particulier à :
Almayen d'avoir proposé le challenge Sur Votre 31 qui m'a permis de me lancer dans cette histoire et qui m'a fait beaucoup de bien <3
Sifoell et Sexy pour vos retours en avant-première et votre soutien <3
ElizabethKiki et Jessie qui m'avez accompagnée du début à la fin et avec qui j'ai adoré passer ce mois de juillet <3 Merci, merci d'avoir été là.
Merci à lilouche également pour tous tes conseils et ta gentillesse
Lit'AlenaElla d'avoir pris le temps de commenter des chapitres ici et là et pour vos encouragements <3
nighty pour tes mots en privé à propos du recueil <3
Violety ma madame C, Kiki à nouveau et toutes les autres personnes qui m'ont inspirée <3
(je me sens un peu niaise avec tous ces cœurs et ces remerciements mais je suis vraiment triste de m'arrêter là et très touchée des mots que j'ai reçus et du soutien et de l'amour et de tout !)

Il y a un prélude (déjà publié) et un épilogue à cette histoire entre Violette et Olivia (à venir). Et après, je ne sais pas trop, nous verrons !

Maintenant que nous nous quittons, peut-être pouvez me dire s'il y a un chapitre qui vous a plus marqué pendant ce recueil ?Avez-vous des retours particuliers à me faire ? N'importe quoi, ce que vous voulez :)

Je vous remercie encore du fond du cœur d'avoir été si présentes <3

Cette histoire est archivée sur http://www.le-heron.com/fr/viewstory.php?sid=2172