Le reflet de l'eau by LaPlumesenvole
Summary:
Barque dans le brouillard par correiae sur DA, légèrement retouchée par mes soins      
 
 
Seul le vent produisait un petit son, un murmure cinglant chuchoté au creux de l’oreille, un susurrement à faire perdre la raison.   Ma participation au concours "En eaux troubles" de Yunus et Dedellia. =>Troisième place !! :D

Categories: Tragique, drame Characters: Aucun
Avertissement: Violence psychologique
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Concours En Eaux Troubles
Chapters: 1 Completed: Oui Word count: 2519 Read: 1535 Published: 26/11/2013 Updated: 28/11/2013
Story Notes:
Voici ma participation au concours "En eaux troubles" de Yunus et Dedellia avec la contrainte suivante : "Une bouée de sauvetage doit être jetée à la mer pour une utilisation autre qu'un sauvetage". En espérant avoir honoré le réglement ! :D Bonne lecture !
Merci encore à ma Bêta Lilimordefaim ! :D Edit : Je suis arrivée troisième ! Merci aux organisatrics et bravo à tous les participants ! :D

1. Le reflet de l'eau by LaPlumesenvole

Le reflet de l'eau by LaPlumesenvole

 Le reflet de l’eau
 
Le vent soufflait, l’air était glacial, le ciel s’assombrissait, le silence oppressait
Doucement, la barque avançait, se mouvant silencieusement sur l’étendue sombre.
L’atmosphère était pesante sur le lac. Autour, des arbres dénudés par la saison et du givre qui recouvrait tout sauf le lac : il n’avait pas encore eu le courage de s’attaquer à la nappe ; plus tard, peut-être.
Un vent glacial soufflait par rafale, caressant l’eau, l’effleurant avant de reprendre de l’altitude et de mourir dans l’obscurité du ciel.
A l’intérieur de la modeste embarcation, personne. Ou presque.
Pas vraiment une personne, plus une âme éteinte. Éteinte par la peur, éteinte par l’épouvante même.
Pourtant, rien, pas même un détail n’aurait pu laisser présager tout.
Ce tout qui se restreignait maintenant à une barque à la peinture délavée, à une jeune femme aux jambes repliées contre sa poitrine et à des pensées sombres qui tournaient en boucle. Des pensées sombres, ténébreuses, noires qui se répercutaient dans l’esprit de la jeune femme, qui tourbillonnaient sans but, qui se fracassaient contre ses tempes. Qui la brisaient un peu plus à chaque fois.
La pluie était déjà tombée un peu plus tôt, plusieurs fois. La journée n’avait d’ailleurs été dominée que par une importante masse nuageuse aux teintes plus noires que grises et qui, souvent, avait explosé, s’était déchirée pour lâcher des trombes d’eau.
La jeune femme était pourtant restée dans sa barque, prostrée. Les gouttes glaciales étaient venues frapper sa peau nue, avaient ruisselées le long de son visage, s’étaient mêlées à sa chevelure brune. Mais elle n’avait pas esquissé un geste, un mouvement pour s’en protéger.
Pourtant elle avait bien senti la douleur infligée par chaque gerbe d’eau, tels autant d’éclats glacé sur son corps découvert mais n’avait cependant pas initié un seul signe comme si, même de ça, elle n’en était plus capable. Comme si elle n’était plus capable de rien.
Mais ce n’est pas vrai, la jeune femme n’était pas qu’un corps dont l’âme se serait enfuie puisqu’elle avait peur.
L’eau du lac était plate, immobile même. Pas un clapotis ne venait troubler ce silence, pesant. Omniprésent.
Ses cheveux coupés en un carré court étaient emmêlés, sa fine robe de soirée collait à sa peau, son maquillage avait coulé en laissant de longues traînées noires le long de ses joues. Elle avait l’allure de ces gens dont la vie vient de basculer.
Sa vie venait de basculer.
Elle ne se rappelait plus de tout, en réalité de presque rien.
Elle se souvenait juste d’être dans sa salle de bain, aux alentours de trois heures du matin, et d’avoir croisée ses yeux.
Elle devait revenir d’une soirée, c’était dans ses habitudes ainsi que dans celles de beaucoup de jeunes de vingt ans, mais même de cela elle n’en était plus sûre. Mais c’était sûrement ça, elle portait une petite robe alors qu’on était en novembre et était maquillée sombrement, juste pour être vue dans la pénombre.
Oui, c’était ça.
Sans qu’elle s’en rende compte, elle s’était retrouvée dans sa salle de bain. Sûrement avait-elle voulu se démaquiller et se rincer le visage. Là encore, c’était évident mais, une fois de plus, l’incertitude régnait.
Cependant, vu l’heure à laquelle elle avait regagné son appartement, cette mémoire défaillante n’était pas tant surprenante : il était tard, certainement avait-elle bu – peut-être plus que de raison – et agi par automatisme, à peine consciente du monde qui l’entourait.
Seule cette version était envisageable.
Mais tout de même.
Dans son esprit, tout était confus. Les souvenirs se mêlaient, se démêlaient, s’entremêlaient.
Cette scène, cette expérience à la limite du supportable, elle avait l’impression de déjà l’avoir vécue.
Avant, un peu différemment, elle s’était trouvée dans une semblable situation. A une autre époque.
Qu’elle âge avait-elle alors ? Quatorze, peut-être quinze ans ?
Elle avait vécu – ou subi – une scène semblable cinq ans auparavant mais en avait presque tout oublié. Un moment de sa vie dont seuls quelques passages subsistaient.
Mais ceux-là même n’étaient pas nets, n’apparaissaient que par éclats furtifs et imprécis.
Elle se voyait courir le long de la berge, les larmes dévalant son visage, s’écrasant au sol.
Elle se souvenait monter dans la barque, s’y précipiter même.
Puis un blanc, une case vide dans l’histoire.
Oui, elle se rappelait bien de ça, si ce n’était du trou.
Et après ce moment de passage à vide, elle sentait encore le soleil brillait dans le ciel, nimbant le lac de sa lumière. Elle s’entendait même le maudire. Le maudire de resplendir.
Et sur ses bras, elle éprouvait de nouveau les brûlures, les tiraillements qui la mutilaient alors.
Elle pouvait presque le toucher, le caresser, ce sang qui coulait leurs longs. Le sang visqueux, pourpre. Ecœurant. Son sang.
Et là, le fil se brisait encore, les souvenirs lui échappaient. Ne subsistait alors plus qu’une sensation, un sentiment qui lui avait alors tordu les entrailles, qui l’avait détraquée.
Une angoisse viscérale.
Telle qu’elle n’en avait jamais connue, jamais ressentie.
Si elle avait pris le temps d’y réfléchir, sûrement la jeune femme se serait-elle rendu compte qu’elle avait eu peur pendant une bonne partie de sa vie. Mais elle était trop lâche pour ça, pour s’interroger sur l’origine de ces épouvantes ; elle préférait ne pas y penser, continuer à être cette autre personne, naïve et candide, comme une enfant.
Comme si, à un moment donné, elle avait cessé de grandir, d’évoluer, d’avancer.
Oui, elle avait arrêté de vivre réellement, s’enfermant durant toutes ces années dans une bulle, presque imperceptible mais bien là. Un mur transparent entre elle et les autres.
Elle avait été dans le déni, avait refusé de prendre conscience de tout ce qui l’entourait. Elle n’avait plus que suivi la masse, stupidement. Elle avait préféré cette mascarade plutôt qu’affronter ses démons.
Jusqu’à aujourd’hui.
Jusqu’à ce qu’elle pénètre dans son appartement sombre et silencieux. Jusqu’à ce qu’elle allume la lumière blafarde de sa salle de bain miteuse. Jusqu’à ce qu’elle croise ce regard.
Ça l’avait effrayée et maintenant, seule sur le vieux canot, elle le revoyait. Sans cesse. En boucle.
Ils étaient horribles, ces yeux. Ils étaient sombres, presque noirs, et trop grands ; trop grands par rapport au visage qui les portait. Il y avait aussi cette peau pâle, blafarde, comme celle d’un cadavre. Et surtout, il y avait cette lueur dans les prunelles, cette lueur malsaine, macabre.
Cette lueur qui même au travers d’un miroir l’avait pétrifiée.
Pendant un instant elle n’avait pas prononcé un mot avant de reprendre contenance.
Et la jeune femme avait hurlé, hurlé à s’en briser les cordes vocales.
Elle s’était retournée, n’avait rien vu. Alors elle avait couru, s’était cognée mais n’avait pas ralenti sa course, avait ouvert la porte avec fracas, dévalé les escaliers et avait pris sa voiture.
Pour partir.
Loin.
Au lac.
Elle était venue au lac.
Le lac, c’était là qu’elle venait pendant les vacances, à cette époque où elle n’était encore qu’une gamine.
Le lac, c’était là qu’elle était venue la première fois.
Le lac, c’était là qu’elle reviendrait toujours, indépendamment de sa volonté.
Elle était venue au lac et avait récupéré la barque, cachée à quelques mètres de la rive. Elle s’était trouvée une force qu’elle ne soupçonnait plus et avait poussé le canot jusqu’à ce qu’il atteigne l’eau et flotte. Et la jeune femme avait renoué avec les vieux réflexes, ceux enfouis, presque oubliés, occultés.
Elle avait pris les deux rames, juste en dessous d’une vielle bouée qui n’avait sûrement jamais pu flotter, les avait plongées dans l’eau sombre et avait commencé à pagayer, progressant sous la première averse que lui offrit le petit jour.
Elle avait ramé jusqu’au centre du plan d’eau, et, épuisée, elle avait fini par se mettre en position fœtale, prostrée.
Cette certitude du danger imminent, seule la mort pouvait la lui apporter, elle en était persuadée. Tout comme elle était persuadée que ces orbes sombres ne pouvaient appartenir qu’à l’être qui souhaitait la détruire insidieusement.
Le regard tournait, encore, toujours. Il tourbillonnait incessamment dans ses pensées, envoyait tout balader.
Et elle, elle restait dans sa barque, immobile.
Puis, soudainement, comme si c’était impromptu, incorrect, la jeune femme hurla. Un cri qui s’échappa du plus profond de sa gorge, un cri dont la place n’était pas ici, pas dans ce lieu emplie d’une profonde quiétude.
Mais cela lui avait pris comme ça, sans qu’elle ne sache vraiment pourquoi. Pour faire s’échapper la tension, pour l’évacuer, peut-être.
Elle n’articula rien de cohérent, rien qui est du sens. Elle hurla juste sa frustration, sa peur d’avoir à affronter un ennemi invisible, un ennemi sans motif, un ennemi mortel.
Elle hurla et son cri résonna sur le lac, s’échappa vers les arbres sans feuilles, vers la rive, vers les profondeurs aquatiques. Il se glissa partout, s’insinua dans les forêts alentours et parvint dans des recoins que la lumière n’atteint pas, où même les poissons n’osent aller.
De toutes parts on entendit ce long et strident son qui sonnait comme une complainte, comme une mélodie tout en dissonance et enharmonie.
Le cri cessa.
Et rien ne bougea. Tout demeura tel qu’il était. L’endroit resta abandonné, désert.
L’eau n’émit pas un clapotis, la barque ne tangua nullement, elle ne vit aucun poisson sauter à la surface.
Seul le vent produisait un petit son, un murmure cinglant chuchoté au creux de l’oreille, un susurrement à faire perdre la raison.
La jeune femme sembla reprendre conscience de ce qui l’entourait.
Elle détacha doucement ses bras et déplia ses jambes. Elle fixa sa montre qui, incroyablement, ne semblait souffrir d’aucun dommage. Dix heures.
Elle était donc là depuis plus de sept heures. Elle n’avait pas vu le temps passer ; le temps passe trop vite lorsque la mort est à notre porte.
L’atmosphère était lourde, pesante. Mais elle n’avait pas peur, ou du moins plus autant qu’avant.
Elle était coincée au milieu d’un lac à attendre qu’on vienne l’assassiner et ne savait que faire. C’était risible, ça aurait presque pu l’amuser. Mais non, la situation ne s’y prêtait pas, c’en aurait été plus qu’indécent.
 Alors elle se mit à penser.
Plus encore, elle se mit à se souvenir.
Quand était-elle venue pour la première fois au lac ? Elle ne s’en souvenait même plus. Elle les avait toujours connues, cette étendue sombre et plate et cette barque délavée.
Quand elle pensait au lac, elle se revoyait à quel âge ? Huit ans ? Dix peut-être ? Quinze.
Toute son enfance avait-été rythmée par ces allers retours à vélo pour se rendre dans son sanctuaire.
Combien d’heures avait-elle passée à jouer seule dans une eau opaque dont on ne distingue pas le fond ? Elle n’en savait rien.
Doucement, elle passa sa jambe par-dessus la barque et la plongea dans l’eau. Elle avait dû laisser ses escarpins dans l’entrée de son studio.
Son pied nu entra en contact avec l’eau glacée.
Jusque-là, la pluie et le froid avaient engourdi sa peau et tous ses sens mais la caresse mordante contre sa cheville, le long de ses orteils raviva tout ce dont elle avait perdu notion, du monde qui l’entourait.
Ce fut comme si des décharges partaient dans tout son corps, en tous sens. Elle frémit alors qu’elle prenait conscience de la température ambiante ainsi que de celle de l’eau. Rapidement, elle rabattit son pied à l’intérieur de l’embarcation avec un frisson.
Elle ferma les yeux, faisant fi du froid qui l’attaquait de toutes parts, et inspira profondément.
Ce lac, il avait quelque chose.
Quelque chose de plus fort que sa beauté, il avait une âme. Non, il n’avait pas d’âme à proprement parlé mais c’était plus comme s’il possédait un peu de l’âme de la jeune femme.
A chaque fois qu’elle avait doutée, elle était venue ici et toujours elle avait obtenu une réponse. Parfois une réponse qui lui plaisait, parfois une réponse qu’elle ne pouvait supporter mais une réponse tout de même, pour mettre fin à ces interrogations, à ses tourments.
Non, c’était faux. Le lac ne lui avait pas toujours montré la voix. Pas quand elle avait dû l’affronter la première fois, ce fantôme, cet être qui lui glissait entre les mains.
Elle était pourtant venue au lac ce jour-là, la peur au cœur. Et le lac ne lui avait rien dit, rien murmuré. Alors elle était partie, dépitée, pour ne pas revenir avant longtemps.
Avant aujourd’hui.
Elle était revenue. Pourquoi ? Elle-même ne le comprenait pas vraiment.
Oui, pourquoi ? Un vieux réflexe, le sentiment que peut-être cette fois-ci le lac lui délivrerait la réponse.
Elle rabattit ses cheveux hors de son visage, comme pour se raisonner. Puis elle se leva, s’approcha du bord de la barque qui tangua, prête à chavirer. La jeune femme passa une jambe au-dessus de l’eau et n’y posa que la pointe de son pied, comme si elle portait des escarpins, appréciant la caresse d’une eau presque gelée, d’un froid inqualifiable.
Elle était folle.
Oui, folle de croire que quelques litres d’eau puissent détenir l’entière Vérité.
Oui, elle était complètement folle.
Elle explosa de rire.
Pourquoi ? Inutilement.
Dans ses yeux, une lueur de folie valsait.
Le son de sa joie résonna sur le lac abandonné. Il résonna et elle put entendre l’écho de sa solitude.
Elle tangua sur son pied, les bras ouverts, comme ceux d’un funambule. Elle venait de manquer de tomber et cela déclencha de nouveau sa joie.
L’air était chargé d’électricité, d’une tension insoutenable, presque palpable.
Et ce rire effrayant qui sonnait…
Qu’importait ses meurtriers, qu’ils viennent la chercher.
Elle rabattit brusquement sa jambe dans la barque et, malgré l’instabilité, hurla :
« Mais oui ! Allez ! Venez ! Cessez donc de vous cacher ! »
Elle se sentait défaillir, comme si elle se laissait aller. Mais elle en avait besoin.
« Allez-y ! Venez donc ! Je vous attends ! »
Elle prit une des rames et la lança dans l’eau.
« Regardez ! Je ne peux même plus m’enfuir, continua-t-elle de psalmodier alors qu’elle balançait la seconde pagaie. Pas même de quoi me sauver ! » ajouta-t-elle en se débarrassant cette fois-ci de la bouée qui flotta difficilement, unique touche de couleur à la surface.
Puis, comme épuisée par sa crise d’hystérie, elle se laissa tomber avec lourdeur sur le plancher du canot.
Les jambes étalées, son buste complètement relâché en avant, elle commença à pleurer.
Sa respiration était entrecoupée de sanglots alors que les larmes dévalaient ses joues.
« Alors quoi ? gémit-elle, ne s’adressant ni à elle ni à personne. Qu’est-ce que vous me voulez, hein ? »
Ses pleurs redoublèrent.
Elle déraillait, perdait le fil. Tout lui échappait.
Elle ne contrôlait plus rien.
A quelques mètres, la bouée avait maintenant dérivée, disparaissant presque dans la brume.
Elle jeta un regard furtif vers l’eau et y croisa les yeux.
Et elle ne paniqua pas.
Non, toujours aussi folle, comme de nouveau prise d’hystérie, elle rit bruyamment.
Plus rien n’avait d’importance, pas même sa vie qui lui échappait.
Vraiment plus rien.
Qu’importe ces yeux dans l’eau, le meurtrier juste à côté, juste derrière. 
Parce que le lac avait toujours raison.
Oui, le lac avait toujours raison…
Et elle plongea sa main dans l’eau.
Non loin de là, la bouée s’enfonça vers les profondeurs, trop ancienne pour flotter plus longtemps.
Sa main qui transperça son reflet.
End Notes:
Hey ! Bon, perso je trouve ce texte très étrange. Extrèmement étrange. La jeune femme dont il est sujet est folle, elle délire totalement, mélange passé et présent et à la fin on ne comprend pas vraiment ce qui lui est arrivé si ce n'est que le seul ennemi qu'elle ait soit elle-même. C'est le côté tragique de la chose, elle s'auto-détruit et s'enferme dans une folie qu'elle ne parvient pas combattre. Du côté de la contrainte, je reconnais avoir - fortement - détourné le problème... Sûrement trop mais enfin, on verra bien ! Sinon l'avertissement me semble justifié mais si vous le trouvez innaproprié ou si le rating n'est pas assez fort, n'hésitez pas à me le dire ! Il n'empêche que j'ai adoré participer à ce concours donc merci aux deux organisatrices pour cette super idée ! :D N'hsitez pas à commenter ! :D
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