Un choix sans raison by Josephine
Summary: Tout est normal, un jour comme tous les autres. Et pourtant, quelque chose est différent.
Categories: Tragique, drame, Société, Textes engagés Characters: Aucun
Avertissement: Aucun
Langue: Français
Genre Narratif: Nouvelle
Challenges:
Series: Aucun
Chapters: 2 Completed: Oui Word count: 1006 Read: 4014 Published: 27/11/2014 Updated: 29/01/2017

1. Chapitre 1 by Josephine

3. Chapitre 2 by Josephine

Chapitre 1 by Josephine
Ce matin, je me suis levée avec une impression étrange de non-sens, d’inexistence. Aucune raison particulière à cette sensation nouvelle. Tout était exactement à sa place, les mêmes gestes répétés cent fois, au même moment, au même endroit, les mêmes personnes autour de moi. Et pourtant, tout me semblait différent, étranger.

Je n’ai pas saisi immédiatement le sens de ce malaise, je n’en ai pas compris les signes. Tout ce dont je me souviens, juste à cette seconde précise où le temps s’est arrêté, c’est d’avoir eu l’envie irrépressible de mourir.

Bien sûr je me suis ressaisie. Un peu déboussolée certes. Non, ce n’est pas complètement exact. En réalité, j’étais terrorisée. Car cela ne me ressemblait en rien. Ce n’était pas moi.

J’ai aussitôt repris le fil de ma journée, ce rythme contraignant mais, Oh ! combien rassurant que l’on nomme le quotidien. Je n’ai plus repensé à cet épisode et lorsque par moments, il me revenait en mémoire, je me suis même surprise à en sourire.

Et bien entendu, je me suis bien gardée d’en parler ! Et à qui ? A mon mari entre deux anecdotes de boulot : « ah oui, au fait chéri, ce matin j’ai songé à mettre fin à mes jours ! Tu peux me passer le sel s’il te plait ? ». A mon psy, pour me rencogner encore une cinquantaine de séances supplémentaires à 100 euros de l’heure ? A des amis, qui m’auraient regardée avec des yeux effarés ou pire, s’empresseraient de parler d’autre chose ? Et puis, quelle importance, puisque je viens de vous dire que je n’y pensais déjà plus !

Le soir venu, Je suis rentrée chez moi, mon appartement était vide. J’ai allumé la télé, me suis préparée une tasse de thé et me suis assise sur le canapé en attendant qu’il infuse.

Puis je me suis levée.
J’ai ouvert la fenêtre.
J’ai enjambé la rambarde du balcon.
Et j’ai sauté.

Pourquoi ? Dans votre douleur, vous mes proches, vous attendrez une réponse à ce pourquoi ; mais que puis-je vous dire, puisque moi-même je ne sais y répondre ? Tout ce que je puis vous affirmer, c’est qu’il ne pouvait en être autrement.

J’ai fait un choix, terrible certes, égoïste, je l’avoue, inutile, oui, sans aucun doute. Mais je n’attends pas de vous que vous le compreniez. Juste que vous l’acceptiez, parce qu’il n’appartient qu’à moi.

De là où je suis - ne me demandez pas où, je ne saurais vous le décrire - j’ouvre les yeux vers ce monde auquel j’ai appartenu, ou plus exactement, auquel j’ai cru appartenir si longtemps. Je suis convaincue à présent que mon acte, aussi illogique, aussi irrationnel fut-il à vos yeux, fut néanmoins la seule chose sensée de toute mon existence.
End Notes:
Cette histoire est une fiction. Aucun rapprochement d'aucune sorte avec un événement passé ou une personne existante.
Chapitre 2 by Josephine
Author's Notes:
Voici les règles du jeu : vous avez le droit de vous faire renverser par une voiture, de succomber à un cancer, ou même sous les coups d'un époux. Mais si d'aventures, vous vous octroyez le droit de mourir, alors soyez maudits !
Je suis morte, vous souvenez-vous ? Mais si, voyons, on a parlé de moi dans tout le village, cette femme égoïste, lâche, qui a mis fin à ses jours sans même laisser un mot d’explication à ses proches.

Cette épouse, cette mère indigne, qui avait tout pour elle, un mari, des enfants, une maison, un travail. Je suis « celle qui ne voyait pas le bonheur qui se trouvait juste sous son nez, celle qui a abandonné sa famille ».

C’est ce qu’on dit toujours dans ces cas-là, non ?

Lorsqu’on ne comprend pas, quand on ne peut expliquer l’inexplicable, lorsqu’on ne sait pas mettre des mots sur un acte aussi impensable que le mien, alors on accuse, on juge, on condamne. On bannit le passé, les souvenirs, on chasse de ses pensées le plus petit sentiment d’amour qui subsistait.

Le mépris est bien plus rassurant que tenter de trouver un sens à ce qui fait le plus peur à l’homme. N’est-ce pas ?

La mort. Oui j’ose prononcer son nom. Cette fin inévitable à tout être vivant que l’on fuit comme une biche fuit devant la lionne. Son cœur bat, elle s’essouffle, sa course s’affaiblit, elle s’épuise. Le prédateur se rapproche, menace, s’amuse. Si elle tombe, c’est la fin. Elle le sait et court, court encore.

Elle est perdue, elle le sait, le sent. Et à quoi bon, après tout ? Si ce n’est pas aujourd’hui, si, par miracle, elle trouve un abri pour se cacher, demain, elle devra courir encore, jusqu’à ce que ses forces l’abandonnent pour de bon.

Qui se souviendra d’elle ? Qui racontera son histoire ? Laissera-t-elle un vide dans l’immensité du désert ? Manquera-t-elle à quelqu’un ?

Je m’égare, pardonnez-moi. Vous n’attendez pas que l’on s’apitoie plus avant sur le sort de cette pauvre biche victime des lois cruelles de Dame Nature, mais que je justifie pourquoi, moi, j’ai voulu mourir, de mon propre chef, sans contrainte, sans altération aucune de mes capacités mentales.

Vous espérez des réponses, que je vous donne une raison à ce choix. Je ne le nie pas, je vous comprends. Sans doute ressentirais-je aussi cette même colère, cette indignation, de la culpabilité peut-être, certainement un sentiment d'impuissance et d'injustice.

Alors oui, je vous comprends. Et je regrette, vraiment, sincèrement, de ne pouvoir vous donner satisfaction. Car hélas, je ne connais toujours pas la fin de cette histoire. Mais avant de m’envoyer en enfer – peut-être y suis-je déjà ? - s’il vous plait, posez-vous la question : la vie est-elle un droit, ou un devoir ?
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