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L'homme n'était pas très grand, mais bel et bien musclé. Il avait les cheveux noirs, comme le Magnus Kéol, la couleur des Conquérants. Durant les deux sillons de guerres fratricides, il avait pris l'habitude de laisser pousser la barbe qui l'entourait jusqu'à sa bouche. Cela compensait la calvitie qui avait gagné son crâne, surement à trop porter un heaume cornu. Nerveux, il était devenu aigri par la guerre qui l'opposait à son demi-frère, Khalaman Jugdar, alias le Magnus Kéol.

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En effet, à la mort du père de Khalaman, ce dernier fut recueilli et élevé par Arn Kairn qui n'avait pas encore de fils. Arn Kairn était un stratège hors pair. Et Khalaman suivit avec assiduité tout son enseignement dans les tentes où l'on prépare les batailles mais jamais sur le front.
Quand Arn Kairn eut son premier enfant, Surn Kairn, Khalaman l'accueillit avec un peu de jalousie. Mais, Arn préférait la compagnie éveillée du jeune Khalaman à celle, criarde, de son bébé.
Khalaman affectionnant la compagnie des adultes, ne partagea pas vraiment de jeux d'enfant avec son jeune demi-frère Surn Kairn. Lui, le regardera toujours comme un grand frère avec qui il aurait voulu partager plus, le grand frère qui avait l'intérêt de son père, plus que lui, le fils légitime.
Pour briller aux yeux de son père, Surn apprit à se battre mieux que personne et développa une aura de meneur d'hommes. À la tête des armées des Conquérants, Surn Kairn, sous les ordres de son père, remporta nombre de batailles. Mais, le regard de son père ne changea pas autant qu'il en avait espoir. L'étincelle qu'il avait en regardant son fils adoptif, Khalaman, était toujours plus vive.
Ce n'est qu'au moment où Arn, devenu trop vieux, se détacha de la guerre pour se retirer dans la forteresse des Kairn, non loin d'Ildebée, que les deux demi-frères Khalaman et Surn, se rapprochèrent vraiment.
Il faut savoir que les Conquérants étaient l’alliance de cinq familles : les Kairn, les Arken, les Erestha, les Fryos et les Jugdar, dont Khalaman était le dernier du nom. Ces cinq familles s’entendaient toujours quand il était question de marcher et piller les terres des barbares orkaims pour se les approprier. Mais quand Khalaman et Surn élevèrent leurs voix pour cantonner les armées à consolider leurs acquis, cela éveilla quelques mécontentements.
Finalement la tâche de maintenir les cités acquises incomba à Khalaman, par trois votes contre deux. La jeune Trakémis Erestha, portant la voix de la famille, vota en sa faveur aux côtés de Surn Kairn, après moult négociations.
Pendant que les puissantes troupes des Conquérants s’enfonçaient plus loin dans les terres orkaims, en quête d’encore plus d’or, Khalaman administra les seize cités conquises. Durant plus de huit sillons, Khalaman eut tout le temps de placer des hommes et des femmes de confiance à la tête des cités qu’il convoitait.
Puis en 861, Khalaman offrit à Surn Kairn de s’allier à lui seul pour ensemble régner sur les seize cités du nouvel empire qu’il souhaitait ravir aux trois autres familles.
Ce jour, Surn Kairn s’en souviendra toute sa vie. Ce fut le jour où il perdit celui qu’il considérait comme son véritable frère. Pour lui, il avait usé de son influence auprès des trois autres familles afin de le nommer à cette place d’administrateur, convaincu de son intégrité. Khalaman avait pourfendu sa confiance en une simple proposition. Surn ne voulant pas jeter le discrédit sur le nom des Kairn, déclina l’offre de son demi-frère.
Trois jours plus tard, le premier jour de la conjonction des Trilunes, en le 861ème sillon, Khalaman s’autoproclama Empereur des Cités Rouges, la couleur de la maison Jugdar.
De là, débutèrent les guerres fratricides. Les guerres où Khalaman et Surn durent se déchirer et combattre la possession des cités appartenant jadis aux cinq familles de Conquérants. Les guerres où apparurent, pour la première fois, la terrible Horde Hurlante.

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Surn Kairn, le heaume cornu sous le bras, était encore pied à terre, aux côtés de sa monture.
- Compagnons, mes frères d'arme, cette nuit sera une grande nuit. Peut-être la plus importante de toutes celles que nous avons passé à combattre nos voisins. Nos espions nous ont rapporté une information qui pourrait déterminer l'issue de la guerre. La Horde Hurlante, cette nuit, devrait combattre sans renforts.
Surn Kairn appuyait chacun de ses mots pour qu'ils pénètrent bien et s'ancrent dans le cerveau de ses soldats.
- Oui, vous avez bien entendu. Les Hurleurs, nous les affrontons depuis deux sillons sans parvenir à les vaincre. À chaque fois, là où ils sont lâchés, ils laissent une plaie béante dans nos rangs. Ce soir, nous allons les combattre et les vaincre. Un par un, nous les tuerons tous.
Une voix qui n'avait pas perdu un mot de ce qu'il venait d'annoncer s'éleva. C'était la voix d'un soldat au tabar bleu, un homme à la barbe noire brodée de tresses, un guerrier de la maison Kairn depuis plus de quatorze sillons.
- Ne serait-ce pas encore une ruse ?
- Non Argento. Là dessus, les informations des espions sont certaines.
Surn Kairn avait cette faculté de connaître chacun des noms de ses deux cent vingt-trois officiers encore vivants sous ses ordres.
- C'est pour cette raison qu'il ne va pas falloir faillir. Nous sommes un peu moins de dix mille, et je sais que les cent onze Hurleurs, sous ces chars, vous terrorisent. Moi aussi, ils me terrorisent. Alors, j'irai en tête sur le front. Et, je vous montrerai que l'on peut les vaincre, que l'on peut les tuer. Sous leur broigne d'acier, ce ne sont que des êtres faits de chair et de sang. Avec nos fauchards, nous leur trancherons les bras. Nous soulèverons leurs plaques et enfoncerons nos anelaces. Nous frapperons fort avec nos maillets de guerre.
- Hey, nous les Conquérants ! hurlèrent tous les soldats autour de Surn Kairn.
Puis, ils reprirent leur place dans les rangs. Chacun des capitaines d'unité avait ses ordres spécifiques. Ceux qui portaient des visières les abaissèrent. Les archers encochèrent des flèches. Les arbalétriers remontèrent leur manivelle afin de bander l'arc assez fort pour percer les plaques d'acier des Hurleurs. On sentait dans l'effort des soldats la volonté de vaincre.
Surn Kairn enfourcha son sorlh de guerre, sorte de tricératops docile, de la taille d'un rhinocéros, dompté à l'origine par les tribus guerrières orkaims. Il dégaina et leva son cimeterre, une arme de fer bleuté, au fil lisse d'un côté et dentelé de l'autre.
- Hey, nous les Conquérants ! hurla-t-il à ses dix mille hommes qui s'étendaient devant les hauts murs de briques rouges de la cité d'Ildebée.
- Hey, nous les Conquérants ! reprirent tous en coeur les soldats aux tabars bleus, blancs, violets et verts, les couleurs des quatre maisons des Conquérants.
Ils crièrent plusieurs fois, un nombre indéfini, dont seuls ceux qui se seront ce soir élevés contre la Horde Hurlante se souviendront. 
Note de fin de chapitre:
Ce texte est librement partageable sur internet, c’est même encouragé ! Veillez juste à ne pas le modifier ni le commercialiser et à citer mon nom. Sébastien Dubois.
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