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Lorsque la sonnette résonne dans la maison, j’inspire à plusieurs reprises pour tenter de calmer les battements douloureux de mon cœur. J’ai peur. J’avance quand même jusqu’à la porte d’entrée et l’ouvre.

Alexander patiente sur le perron. Il porte un jean, un t-shirt noir et des converses aux pieds. Une veste noire en cuir complète sa tenue. Un immense sourire éclaire son visage lorsqu’il me voit.

— Bonjour, je dis en me reculant pour l’inviter à entrer chez nous.

Lorsqu’il passe à côté de moi, son parfum boisé m’englobe et m’apaise malgré tout.

— Bonjour.

Il répond en regardant avec un intérêt poli autour de lui.

Son regard se pose sur les tableaux qui sont accrochés ça et là près de la porte. Ce sont des empruntes de mains et de pieds de notre fille.

Je me note mentalement l’idée de proposer à Eleanore une nouvelle séance amusante pour l’offrir à son pa...à Alexander. Dire papa est quelque chose de trop étrange pour moi alors, j’évite d’y penser.

 

— Merci d’avoir accepté de me voir, dit-il en sortant un bouquet de fleurs de derrière son dos.

Un bouquet d’automne, dans les tons orangés.

Je rougis en le prenant. Je ne m’attendais pas à recevoir un présent de sa part. Cet homme est un vrai gentleman. Je porte les fleurs à mon nez et hume leur agréable parfum.

— Il est magnifique ! merci Alexander, je souffle timidement en levant les yeux vers lui. C’est l’occasion de faire un peu connaissance avec Eleanore.

Le sourire d’Alexander s’agrandit. Nous ne nous quittons pas des yeux pendant plusieurs secondes. Je sens mes joues prendre feu sous l’intensité de son regard. Il avance d’un pas vers moi et pour une fois, je n’ai pas envie de reculer. A quelques centimètres de moi, il ouvre la bouche pour dire quelque chose. Mais, au final, ferme la bouche en fronçant les sourcils.

 

 

Le silence s’installe. Je ne sais pas quoi dire pour lancer la conversation. J’ai peur de déjà épuiser tous les sujets de conversation que j’ai préparés pour ce week-end improvisé.

— Vous êtes prêtes ?

Alexander dit ça en regardant le sac de voyage noir posé devant les escaliers.

— Un petit tour aux toilettes et on peut y aller.

Pour le faire patienter pendant que je termine de nous préparer, je le guide vers le salon où Eleanore joue en attendant notre départ.

Nous nous stoppons à l’entrée de la pièce. Alexander légèrement devant moi. Je suppose que je dois dire quelque chose ? peut-être lui demander s’il a pris une décision ou toujours pas ?

J’hésite. Alors, je lâche la seule chose qui me passe par la tête :

— Tu veux boire quelque chose ?

Il sourit en coin et détaille mon visage pendant deux minutes si pas plus. Encore une fois je n’arrive pas à définir son regard. Je tente de soutenir son regard, mais je me sens légèrement mal à l’aise. Ce qui s’est passé dans le couloir de l’auberge est encore trop frais dans ma tête.

 

— J’ai pris ma décision, il lâche soudain.

Mon cœur cogne fort dans ma poitrine. Je tangue légèrement et m’appuie discrètement contre le cadre de porte derrière moi. Ça y est. Nous y sommes. Notre avenir se joue là.

Je me retiens de lui dire et ? Quoi ? je l’observe juste sans rien dire. Je cherche dans son regard un indice. Même infime. Il doit remarquer mon angoisse car il sourit doucement et ajoute :

— Je ne compte pas te faire la guerre pour Eleanore. Mais, nous devons parler de beaucoup de choses.

Feu d’artifice dans ma tête. J’ai envie de danser dans le couloir.

— D’accord, je dis simplement en souriant.

 

Eleanore qui a dû nous entendre, arrive vers nous avec sa poupée dans les bras et nous observe en souriant. Nous avons eu une conversation toutes les deux. J’ai tenté de lui expliquer avec des mots d’enfant que son papa est Alexander. Mais, c’est quelque chose de trop complexe pour une enfant de son âge.

Alexander hésite, et finit par lui tendre les bras. Elle sourit et va s’y réfugier. Maintenant que je suis rassurée, je peux apprécier plus facilement la journée qui se profile à l’horizon.

— Tu veux partir quand ? je lui demande en préparant nos vestes que je décroche du portemanteau.

J’ai envie d’ajouter et tu nous emmènes où ? mais je ne dis rien.

— Quand vous êtes prêtes, il répond pendant que notre fille lui montre plusieurs photos où nous nous trouvons toutes les deux.

 

Eleanore et moi allons aux toilettes pendant qu’il met notre sac dans sa voiture. Une fois les mains lavées, j’attrape la pochette de mon ordinateur et son sac pour la changer et nous sortons.

Je me stoppe sur le seuil de la maison. Je suis surprise de voir qu’il ne roule pas dans une voiture de célibataire mais dans une familiale grise métallisée. J’attrape mes clés de voiture pour sortir le siège auto.

— Je te sors le siège auto, je lui dis en descendant les marches.

— Pas la peine. J’en ai acheté un, il répond la tête à l’intérieur de sa voiture.

Je me stoppe, surprise. Totalement surprise. Quoi ?

Je le regarde avec la bouche légèrement ouverte. Alexander qui place Eleanore dans son siège auto sort la tête de la voiture, et me sourit conscient de ma surprise.

 

Je reprends rapidement mes esprits, retourne dans la maison pour y déposer mes clés de voiture. Je ferme la porte d’entrée, vérifie qu’elle est bien fermée et me rends à mon tour près de sa voiture.

Alexander est debout près de la porte côté passager qu’il tient ouverte en attendant que je vienne m’asseoir. Quand je disais que cet homme était un vrai gentleman.

— Merci, je dis en m’installant sur le siège.

Je glisse ma pochette d’ordinateur à mes pieds pendant qu’il dépose le sac de notre fille à l’arrière.

Quelques secondes plus tard, il se place derrière le volant, attache sa ceinture.

— Je ne t’imaginais pas conduire ce genre de voiture, je lance en regardant Eleanore qui sort ses jouets de son sac.

— Moi non plus, il répond en souriant. Enfin pas tout de suite, il ajoute sans doute de peur de me vexer. J’aime ma Porsche.

Je le comprends, ma coccinelle fait partie de ma vie depuis que j’ai le permis.

— Cette voiture est bien plus pratique pour se promener en famille. Cela te dérange ?

Alexander tient dans sa main un CD. De la musique nous évitera de devoir nous parler. Apparemment nous avons les mêmes goûts en matière de musique. Je suis certaine que cela ne dérangera pas plus que ça Eleanore qui, a l’habitude d’écouter presque tout le temps avec moi de la musique.

— Non du tout, je réponds en m’attachant à mon tour.

 

Lorsque « A Whiter Shade Of Pale » de Procol Harum résonne dans l’habitacle de la voiture, Alexander démarre. Il sort sans soucis de sa place et s’engage dans la circulation du dimanche.

Je ne sais toujours pas où nous allons. J’ai réellement envie de lui demander, mais je me retiens. Encore une fois.

— Fais-moi confiance.

Je tourne la tête vers lui. Il est concentré sur la route. Ce n’est pas la première fois qu’il me donne l’impression qu’il décode trop facilement mes pensées. C’était déjà le cas lors de notre première rencontre.

— Je me demande juste où nous allons, j’explique en essayant d’identifier un panneau de direction.

J’ai des difficultés à laisser quelqu’un d’autre choisir pour moi, j’ai envie d’ajouter.

— Léa, fais-moi juste confiance.

C’est facile pour lui, c’est lui qui conduit ! Je croise les bras contre ma poitrine et soupire. Je n’ai pas le choix, je suppose.

— Si cela te fait plaisir, je marmonne en regardant par la fenêtre de mon côté.

 

Eleanore s’est endormi il y a dix minutes. C’est toujours plus ou moins comme ça quand nous sommes en voiture. Elle s’endort très facilement. Disons que j’en ai un peu abusé quand elle était petite et qu’elle ne voulait pas s’endormir dans son lit. Un petit tour en ville et elle dormait à poings fermés jusqu’au lendemain.

Lou Reed entonne le premier couplet de « Walk On The Wild Side » quand je sors mon cahier de notes et y écrits de nouvelles idées pour mon roman. Voir le paysage défiler m’inspire des scènes de combat. Les soldats qui se cachent derrière les arbres pour se protéger de l’ennemi qui rode. Qui se reposent contre un tronc d’arbre pour souffler cinq minutes.

 

A côté de moi, Alexander chantonne. Cela fait deux heures que nous sommes partis et je ne sais toujours pas où nous allons. Il semble connaître la route. C’est peut-être un endroit familier pour lui. J’évite de penser à la destination finale.

Pour une fois que je ne conduis pas, j’en profite pour noircir des pages et des pages de mon cahier.

— Il parle de quoi ton roman ?

Je mets le point à la fin de ma phrase et me stoppe. J’enlève de la page la pointe du crayon que je tiens à la main. En général, je ne parle pas de ce que j’écris. Je suis un peu superstitieuse et j’ai peur que l’inspiration s’envole si j’en dis de trop. Mais là, je ne sais pas si c’est parce que, grâce à lui, j’expérimente une nouvelle façon d’écrire ou parce que je n’ai pas d’autre choix que de lui faire confiance mais je dis :

— C’est une histoire d’amour entre une française et un soldat anglais.

 

Je tourne la tête vers lui pour observer les expressions sur son visage. Souvent, malheureusement, les hommes sont dans les stéréotypes lorsqu’on parle d’histoire d’amour. Ils définissent ce genre de littérature comme des romans de bonne femme. C’est bien plus que ça et heureusement, tous les hommes ne pensent pas comme ça. La preuve en est, des adorables lettres que je reçois des quelques fidèles lecteurs que j’ai.

Alexander est concentré sur sa conduite. Qui est, d’ailleurs, très agréable. Il ne roule pas trop vite. De temps en temps, je surprends ses regards attendris vers le rétroviseur central. Et Eleanore qui dort.

— C’est un sujet intéressant. Je suis persuadé que tu as fait des tonnes de recherches, dit-il en souriant.

Il est très loin d’imaginer la vérité. J’ai passé plusieurs mois à lire des livres sur le sujet, à regarder des documentaires sur la seconde guerre mondiale pour me familiariser avec les termes historiques.

— C’est pour ça que tu es si populaire. Ma mère et ma sœur ne jurent que par tes romans. Tu es, je cite « une autrice à la plume parfaite. »

Je rougis vraiment beaucoup. Je n’aime pas les compliments. Ils me mettent mal à l’aise. J’ai du mal à les accepter.

Pour cacher mon embarras, je range mon cahier dans le sac de l’ordinateur qui est à mes pieds et me concentre sur la route.

 

Depuis plusieurs kilomètres, le paysage a changé. Et, je commence à avoir une idée plus précise de notre destination.

— Mes parents ont une maison ici, explique Alexander en s’engageant dans une rue de la ville de Camber.

Il y a beaucoup de badauds dans les rues, cela doit faire plaisir aux commerçants locaux. Comme une enfant, je regarde des deux côtés et espère apercevoir la mer et les dunes de sable. Je fais abstraction de ses regards sur moi.

— Je me suis dit que ce serait un endroit assez neutre pour apprendre à se connaître tous les trois.

Je ne peux que l’approuver. Cette idée est vraiment super.

— Tu as eu une très bonne idée Alexander, dis-je en souriant.

Il sourit à son tour en s’engageant dans une allée. Il stoppe la voiture devant une maison de bord de mer. Elle est blanche avec le toit noir et entourée d’une haute palissade blanche. La maison est plus grande que les maisons aux alentours et est légèrement éloignée des autres.

 

Pendant que je regarde la façade de la maison avec curiosité, Alexander attrape une casquette noire dans le rangement entre nous et la met. Il vérifie son reflet dans le miroir, place correctement ses lunettes de soleil sur son nez et sort de la voiture pour ouvrir le portail. Lorsque c’est fait, il revient dans la voiture, manœuvre en regardant qu’aucune voiture n’est déjà engagée sur la route et entre sur le sentier qui mène au garage qui est légèrement reculé par rapport à la maison.

— Bienvenue à la maison, il dit en souriant lorsque la voiture est arrêtée devant la porte du garage.

 

Il s’étire. La tête contre l’appuie-tête, il se tourne vers moi en souriant toujours. Je n’arrive pas à déchiffrer son regard. En fait, je me sens légèrement mal à l’aise de me retrouver dans un lieu de son enfance.

Je suppose qu’il voulait que je sois présente pour ne pas trop perturber Eleanore. Ils doivent apprendre à se connaître tous les deux.

— Je te propose de manger un bout avant d’emmener Eleanore sur la plage.

J’acquiesce. Je suis certaine que notre fille sera très heureuse de pouvoir jouer à faire des pâtés de sable. C’est dommage de ne pas avoir été prévenue avant, j’aurais pu amener son nécessaire de jeux de plage. Je suppose que les magasins sont encore ouvert et que malgré la saison, il est possible d’y trouver un seau.

 

— Où maman ?

Je me tourne en souriant vers la petite fille qui a les yeux ouverts et qui regarde l’extérieur avec curiosité et intérêt.

— En vacances, répond Alexander à ma place. En vacances à la mer, il ajoute en sortant de la voiture.

Maintenant que nous sommes à l’abri derrière la palissade, il ne met plus sa casquette qu’il a retournée dans le rangement.

Eleanore tape dans ses mains. Comme la plupart des enfants, elle adore la plage et le sable.

Cela risque d’être marrant de lui expliquer qu’il fait trop froid pour aller se baigner. Novembre ne s’y prête pas vraiment. Mais, je suppose qu’elle aura l’occasion de revenir ici avec son papa pour la pleine saison d’été.

 

J’imite Alexander et sors de la voiture. Une fois à l’extérieur, je m’étire en baillant. J’aime l’odeur de la mer.

J’entends Eleanore rigoler. Quelques secondes plus tard, elle court vers moi. Alexander marche derrière. Il nous invite à le suivre. Dans sa main droite, il tient des clés.

J’attrape mon sac d’ordinateur que je refuse de laisser dans la voiture même pour quelques minutes et suis le père et sa fille.

Je ferme la portière et me mets en marche loin derrière eux. Lorsque j’arrive devant la porte d’entrée, celle-ci est ouverte.

 

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