Lien Facebook



En savoir plus sur cette bannière

- Taille du texte +

Notes d'auteur :
Et oui, vous ne rêvez pas (!) après sept mois de pause, voici la suite de mon Calendrier de l'Avent et j'espère bien aller au bout cette fois ! #onycroit Comme avant, chaque chapitre est inspiré d'une chanson et il s'agit cette fois de :

She moves de Alle Farben feat. Graham Candy ici (paroles en italique)

Un capharnaüm sans nom a envahi sa boite aux lettres. Des prospectus, en veux-tu en voilà, qu’il regarde avec une moue dépitée. De justesse, il rattrape la pile monstrueuse avant qu’elle ne l’engloutisse tout entier. Pour la centième fois au moins, il se dit qu’il devrait adopter un autocollant pour éviter la publicité. Évidemment, Thibaut sait bien qu’il s’agit d’un voeu pieux mais ça ne l’empêche pas d’y penser. Et puis, il la voit. Cachée dans cet amas de papiers parasites, une carte postale où quelques vagues paresseuses lèchent le sable doré. La célèbre Malibu au coucher du soleil.

Loin, loin dans un endroit au ciel couleur marmelade.

Après Montréal, Québec, Ottawa, Toronto, les chutes du Niagara, New York, la voici donc à Los Angeles.

Toute seule, elle se déplace, dans un paradis brisé, entourée par les lumières colorées.

Délaissant la plage et sa cabane emblématique, il parcourt avidement l’écriture arrondie. Avant, il ne recevait qu’un ou deux mots griffonnés à la hâte, maintenant il a le droit à plusieurs lignes. Ça le rassure. C’est la preuve qu’elle va mieux. Ou qu’elle essaye en tout cas. Comme quoi, elle avait raison. De partir.

Encore et encore, elle va dans un paradis sans jour et sans nuit.

Au départ, il était contre cette idée. Lui le nounours, le coeur tendre un peu trop protecteur avait essayé de la dissuader. Il se souvient encore de cette nuit-là. Celle où tout avait dérapé. Ils étaient sortis danser et Madison s’était éclipsée pour revenir ensuite au bord de la crise de nerfs. Hors d’elle. Les cheveux en bataille et les joues baignées de larmes. Elle bégayait en essayant de s’expliquer. Jamais il ne l'avait vue dans un tel état et il l’avait ramenée chez lui en catastrophe. Elle avait alors explosé en hurlant des propos incohérents. Ses gestes brusques avaient même cassé le vase - affreux - de sa grande-tante Thérèse dans un fracas terrifiant. Un moindre mal qui avait eu le mérite de saisir son amie. Comme vidée de toute hargne, elle s'était effondrée sur le canapé en sanglotant. Un brusque revirement qui l’avait désemparé avant qu’il ne se décide à la rejoindre. Un peu maladroitement, il l’avait bercée, se sentant impuissant face à sa peine. La gorge nouée et le ventre serré. Pourtant, elle n’était pas de celles qui perdent pied facilement. Avec son job d’infirmière, elle en avait vu d’autres. Mais là, elle pleurait dans ses bras en étant incapable de se calmer. Des fontaines salées qui trempaient lentement son tee-shirt sans qu’il ne songe à bouger pour autant. Ils étaient restés là. L’un contre l’autre. Durant une éternité. Finalement, elle lui avait avoué l’impensable. Son ex cherchait à la récupérer. Il voulait qu’elle devienne sa maîtresse.

Ce salopard.

Malgré son tempérament placide, il avait eu des envies de meurtre à cet instant. Faire la peau à ce minable qui la considérait comme sa chose. Écraser brutalement les poings sur sa belle gueule de jeune premier. Défendre l’héroïne qui attirait tous les regards. Toutes les convoitises. Tous les plans foireux comme dans un soap romantique de mauvais goût. Et Madison lui avait raconté. D’une voix éraillée, elle avait dévoilé cette relation toxique qui l’empoisonnait. Sans cesse, elle replongeait. Encore et encore. Se détestant d’être aussi faible. S’accrochant à cette raclure avec l’énergie du désespoir. Et elle en avait assez. Ça la rongeait. La dévorait. Il fallait y mettre un terme. Définitif.

Elle allait tout plaquer. Partir. Loin, très loin. Interposer entre eux un océan.

Loin, loin sur les terres où le soleil ne se lèvera jamais.

Le salut dans la fuite. La distance pour guérir son addiction. Cela avait laissé Thibaut dubitatif. Après tout, voyager ne résolvait rien. Le problème serait le même à son retour. Sauf qu’elle avait tenu bon, malgré tous ses arguments. Elle sentait que c'était le chemin à suivre. L’inquiétude avait alors pris le pas sur ses doutes. Madison était jolie. Trop jolie à vrai dire. Avec sa blondeur et ses yeux bleus, elle allait se faire repérer en voyageant solo. C'était dangereux. Inconscient. En dernier ressort, il lui avait proposé de l’accompagner. Malheureusement, elle avait refusé son offre arguant qu’elle devait l’accomplir seule. Recommencer à zéro sans aucune attache, même son meilleur ami. Surtout son meilleur ami. Alors à contrecoeur, il avait cédé.

Il n’avait rien dit lorsqu’elle avait supprimé froidement toute trace des réseaux sociaux. Il s’était tu quand elle avait acheté ce portable basique permettant uniquement d’appeler ou d’envoyer des messages. Même les vieillards l’auraient trouvé archaïque cependant nulle critique n’avait franchi ses lèvres. Il s’était efforcé de la soutenir tant bien que mal et en échange, elle s’était engagée à lui donner régulièrement des nouvelles. A l’ancienne. Une carte postale pour chaque destination. Elle enverrait aussi un message hebdomadaire à sa famille pour la rassurer. Par contre, elle ne consulterait plus ses e-mails. Comme ça, le faux jeton n’aurait aucun moyen de la contacter. De la retrouver. Selon elle, c’était l’unique option. Disparaître pour s’arracher à son emprise. Thibaut n’avait rien dit et elle était partie.

Et maintenant, tel un ermite avide de compagnie, il guette le moindre signe d’elle. Il s’est attaché à ces bouts de carton plus que de raison. En plus, il ne peut même pas y répondre étant donné qu’elle ne laisse jamais d’adresse. Malgré tout, il y tient. C’est leur seul lien. Et puis, même si c’est dur, il aurait endossé bien pire pour elle. Quand elle lui manque trop, il rend visite à ses parents qu’il connaît depuis l’enfance. Ça lui donne une excuse pour parler d’elle. Et ils recoupent leurs informations, eux grâce à leurs SMS, lui grâce à son courrier. Dans sa maison natale, il se rappelle la petite fille qu’elle a été. Cette blondinette insouciante au sourire lumineux. Celle qui lui piquait ses Malabar avec un regard espiègle. Celle avec ses couettes de travers et ses colliers multicolores. Il le sait, il y croit, Madison ira mieux et elle lui reviendra.

Continue, continue jusqu'à ce que tu atteignes le couloir d’or.
Note de fin de chapitre:
J'espère que vous vous souveniez encore de Madison ! Merci d'avoir lu et n'hésitez pas à me donner votre avis :) A bientôt
Vous devez vous connecter (vous enregistrer) pour laisser un commentaire.