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Notes d'auteur :

Dream de Jain ici (paroles en italique)

Devant moi, un énième obstacle. Après les sournoises racines qui ont juré ma perte et les balises rouges jouant à cache-cache, un monticule de rochers se dresse telle une forteresse inébranlable. Je vais devoir l’escalader. Monter. Descendre. De toute façon, ce circuit des 25 bosses ne propose que ça. Malgré la fraîcheur du matin, mon dos dégouline. Et par-dessus le marché, j'ai un point de côté et Vincent s'est évaporé. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé de le suivre. Mais la bonne volonté ne suffit pas sans condition physique, ni réel entraînement. Heureusement qu’il m’avait promis de faire « cool ». Manifestement, nous divergeons sur la définition de ce mot.

Avant lui, le sport et moi étions en mauvais termes. Jamais je n'aurais sacrifié une grasse mat' amplement méritée pour une randonnée aux aurores dans le Massif des Trois Pignons, à l’ouest de la forêt de Fontainebleau. A peine réussissais-je à me traîner au cours hebdomadaire de CAF (cuisses-abdos-fessiers) pour soulager ma conscience. Mais dès que la prof’ avait le dos tourné, j'étais la meilleure pour me la couler douce. Chauffer ses muscles pour obtenir un corps de déesse, très peu pour moi. Ce concept obscur et masochiste m’était complètement étranger. Puis, j'ai rencontré Vincent. Policier canon. Sportif dans l'âme. Consacrant un temps fou à sa passion. Course. Nage. Vélo. Musculation. Boxe anglaise. Sans oublier les randonnées en vue du GR20. Ainsi, le faible dénivelé ne l’intéresse pas. Sa satisfaction est proportionnelle au challenge. Et quand le terrain est jugé trop facile, il fait du trail. Ce qu’il privilégie habituellement sur ce parcours lorsqu’il n’est pas ralenti par sa charmante copine aussi rapide qu’un escargot asthmatique. Bien qu’il m’ait assurée du contraire, ma présence doit légèrement le frustrer.

Fréquenter assidûment un athlète n'est pas sans conséquence. Telle une maladie contagieuse, on n'en ressort pas indemne. A force d'entendre Vincent vanter les mérites d'une pratique régulière, j'ai peu à peu cédé au chant des sirènes. Le sport honni est devenu le Saint Graal. J'ai eu envie de tester une version inédite de moi-même : la sportive. C'est comme ça que j'ai commencé à courir. Seule évidemment. Malgré son enthousiasme débordant à l’idée de me coacher, je ne souhaitais pas me discréditer totalement à ses yeux et poignarder mon capital séduction. Après quelques semaines d’entraînement, j’ose enfin l’accompagner à l’une de ses sorties. Et j’en bave. Alors qu’un cinquantenaire dégarni me dépasse, je m’oblige à prendre de larges inspirations, l’odeur humide des pins me chatouillant les narines. Finalement, je suis presque soulagée que Vincent ne m’attende pas. Je préfère qu'il ne contemple pas le tableau de trop près. Aussi rouge qu’une tomate. La respiration sifflante d'une mourante. Le cœur tambourinant à toute vitesse comme s’il voulait sortir de ma poitrine. Malgré tout, je ne regrette pas d'avoir accepté son invitation. Actuellement, il passe tellement de temps à s’entraîner que je ne le vois quasiment plus. A-t-il besoin de se dépasser ? De tester ses limites ? D’exorciser ? Je l’ignore. Il est si secret. Toutefois, lorsqu’il est taciturne et ombrageux, l’exercice physique semble l’apaiser. Et clairement, je préfère ça à l’alcool ou à la nicotine. Préoccupée, je caresse les boucles du tatouage sur mon poignet. Un geste devenu automatique qui me rassure. Vincent a le même symbole sur son omoplate. J'aime que nous nous soyons marqués. Comme une preuve que l'amour peut être aussi pour nous. Un engagement. Le signe discret mais visible de notre appartenance l’un à l’autre.

Avant l’alliance peut-être ? Soyons honnête, le mariage, il n’en parle jamais. Pourtant, je n’attends que ça. Surtout que le glas de mes vingt-cinq ans sonnera bientôt. Ainsi, je guette le moindre frémissement de sa part. La semaine dernière, pendant que nous étions en balade, il m'a montré cette maison en vente. De vieilles pierres. Le jardin romantique. Un tulipier en fleurs. Mine de rien, il a lancé qu'il se verrait bien habiter dans un endroit tel que celui-ci avec sa femme et ses enfants. Étonnée qu’il aborde le sujet de son propre chef, je l’ai taquiné en répondant que je n’attendais que la demande officielle. Il a rigolé. La conversation s’est arrêtée là. Dommage. Après trois ans de relation, j'aimerais savoir où nous allons. Pouvoir me projeter. Certes, nous habitons déjà ensemble. Toutefois, j’aspire à plus. Lier nos vies. Fonder une famille. Parce que dans mes rêves, je ne vois que lui. Et en même temps, il est tellement passionné. Libre. Sauvage et insaisissable. Il s'empare de toutes les opportunités que la vie lui offre. Une fois marié, son essence sera-t-elle aussi envoûtante ? Perdra-t-il cette liberté qui fait sa beauté ? Cette lumière dans ses yeux. Ce feu qui m'hypnotise. J'ai peur de le dénaturer s'il me passe la bague au doigt. De le diluer. Passion ou stabilité ? Engagement ou aventure ? Entre les deux, mon cœur balance. Entêtante indécision. Pourtant, si je ferme les paupières et que je m’autorise à rêvasser, il y a cette évidence. Enfouie. Cachée. Le chemin est limpide. Un voile blanc. De la dentelle. Quelques pétales de roses virevoltant sur le parvis de l’église. Les vivats de nos proches. Sera-t-il prêt un jour ? Devrais-je attendre patiemment telle une princesse dans son donjon ? Après tout, il a évoqué les enfants qu’il aurait. Je me raccroche à ces mots. Comme un espoir. Et revigorée, je reprends mon ascension.

Laisse-moi, laisse-moi rêver encore, laisse-moi rêver jusqu'à la fin de la journée.
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