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Notes :

 

Les modalités générales :

  • Votre texte devra évoquer la notion de voyage initiatique, prise de conscience, de quête de soi. Cela peut se faire, comme je l'ai précisé, sous différentes formes : une rencontre (amoureuse, amicale, intergénérationnelle), la découverte d'un art ou d'un lieu (pays, ville, patrimoine culturel...), événement positif ou négatif, etc. Il est important qu'on puisse distinguer le changement de votre personnage du début à la fin de votre texte. Le dit changement peut être salvateur, ou destructeur (pour les auteurs sadiques :mrgreen: :arrow: ).
  • Votre texte devra faire entre 1500 mots et 15 000 mots.
  • La clôture des inscriptions se fera le 31 janvier 2020. Votre texte devra être entièrement posté le 25 février 2020, à 23h59 heure française. Les textes seront soumis aux votes du 26 février au 10 mars 2020.
  • Les OCs sont autorisés pour les textes sur HPFanfiction.
  • Rating : Déconseillé -16 ans maximum.
  • Vous devrez mentionner lors de votre inscription si vous écrivez de l'original ou de la fanfiction.


Les contraintes :

  • Votre personnage devra évoquer à un tiers ce que ce voyage initiatique lui a appris/transmis dans un dialogue. Il devra donc tirer une leçon de son expérience, qu'elle soit positive ou négative.
  • Vous devrez vous inspirer de l'une des trois citations suivantes pour votre texte :

"Pour que la vie soit un conte de fées, il suffit peut-être simplement d'y croire."
Walt Disney

"La vie est un mystère qu'il faut vivre, et non un problème à résoudre."
Ghandi

"La vie est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre."
Albert Einstein

  • Vous devez insérer au moins deux de ces cinq mots dans votre texte : citron, ruelle, araignée, feindre, liqueur.

 

Pour plus d'informations relatives au concours de Lyssa, ça se passe ici.

J'ai choisi de m'inspirer de la citation d'Albert Einstein. Je ne sais pas si cela sera très perceptible au travers de mon texte, par contre. 

Notes d'auteur :

J'espère que ce cafouillage vous plaira...

J'ai oublié de préciser mais vous pouvez lire cette histoire avec cette délicate musique en fond sonore : Ludovico Einaudi : Sevend days walking

Été 1940. C'est la roue libre. Les Allemands sont arrivés, prennent leurs quartiers à Saint Levally. Les Français sont pétrifiés. Ils attendent. Immobile derrière la fenêtre de sa chambre, Cécile scrute le ciel qui ne ternit pas. Elle pense que c'est dommage, tout ce bleu. Cette absence de nuages. Elle pense qu'il devrait pleuvoir, juste un peu, sur ces uniformes qui déferlent sur la place centrale du village comme une nuée de mouches. En hommage aux obus tombés ailleurs, dans un champ de blé noir. Pour rendre grâce au goût amer qui lui ronge la langue. Ou pour s'accorder avec les sillons humides qui dévalent ses joues. La défaite a un parfum de larmes.

- Cécile !

Le cri de Marthe à l'étage inférieur l'arrache à ses pensées. Cécile soupire, fend l'air du regard, s'attarde inconsciemment sur la photo d'André posée sur la commode de leur chambre, et se laisse choir sur son lit. Les draps se froissent comme les ailes d'un papillon. Cela fait si longtemps qu'elle ne s'est pas assise ici, vous comprenez ? Depuis le départ d'André pour la guerre. Depuis qu'il l'a laissée seule, avec la peur de ne jamais le voir revenir du front, de ne plus jamais sentir ses doigts courir sur son menton, son sourire frôler ses clavicules, son rire brûler sa poitrine nue... Toutes ses craintes virevoltent dans son esprit au rythme d'une danse macabre. C'est la guerre qui veut ça. L'absence d'André à ses côtés. Le lit froid. Les draps pâles comme un soleil hagard un jour d'hiver. C'est le sens du devoir. C'est le destin... Dieu que Cécile hait ce mot. Celui-ci ou un autre, ils signifient tous plus ou moins la même chose, à présent. Le destin. Ce mot sonnait si bien sur les lèvres d'André lorsqu'ils se sont mariés, embrassés, enlacés. Ce mot sonnait si juste mais la guerre l'a écorché. A présent, ce mot pique comme les fils barbelés que Cécile dresse dans son sommeil pour se protéger des mauvais rêves. Il est laid et il la fait trembler.

-    Cécile.

La voix de Marthe est dure. D'une dureté chaude, résignée. Marthe prend souvent cette voix depuis qu'on a entendu grésiller la radio et s'évanouir leurs espoirs de remporter les combats. De voir rentrer André. Depuis, Cécile n'allume plus la radio. Elle se tait. Marthe, elle, ne cesse de parler. Il faut bien combler le silence. Tromper la fissure qui entaille son armure.

-    Ils sont là.

-    Je sais.

Est-ce les battements de son cœur qu'elle entend résonner ? Ou les pas des soldats qui fourmillent dans les rues ? Cécile a le tournis. Un courant d'air moite fait pirouetter les rideaux et grincer les portes du rez-de-chaussée. Un vent épais, rond et sucré cogne à sa fenêtre. C'est l'été qui veut entrer. Mais Cécile ne le laissera pas passer.

-    Venez, Cécile. Ne restons pas ici.

La photographie d'André regagne sa solitude, les draps sont laissés froids, il ne s'est rien produit. Cécile tangue dans le couloir jusqu'à la chambre qu'elle occupe, se fige devant le reflet que le miroir de sa coiffeuse lui renvoie. Elle ne veut pas se voir. Ça la tuerait. Marthe la fait asseoir. Les minutes défilent et se plantent dans sa chair comme des éclats de verre.

Cheveux brossés, tirés en arrière, épingles enfoncées dans la paille de juillet, robe fleurie, bottines lacées, méli-mélo d'odeurs, de fleurs séchées, oubliées dans des livres, de recueils de poèmes abandonnés sur les rebords des fenêtres, d'encriers secs, de plumes aiguisées, de souvenirs empestant la poussière... on toque à la porte. Trois coups. Secs et légers à la fois, comme dispensés par le bec d'un oiseau. Une pie voleuse, ou un corbeau, oui, voilà qui convient à l'atmosphère fiévreuse qui suinte dans la maison.

Marthe se penche, écoute. Cécile simule la surdité. Elle ne veut pas, elle, partager sa demeure avec un étranger. Elle a bien assez de Marthe et du fantôme qu'elle traîne chaque jour dans son sillage pour héberger en plus un « Autre », un « Allemand », un « Ennemi ».

-    Je vais ouvrir.

Petits pas empressés, grandes questions. L'homme sera-t-il courtois, ou sera-t-il aussi rustre qu'un produit de la guerre ? Pour toute réponse, un courant d'air, le son d'une voix - grave, mélodieuse - et des mots qui roulent dans une gorge et crèvent le silence. Ils éclatent contre les murs, comme des éclaboussures de peinture.

-    ...seule, ici ?

-    Non. Madame Cécile vous attend au salon.

« Madame Cécile vous attend au salon. » Autrefois, ces mots étaient réservés à André. Cécile se souvient de la joie qui pulsait dans ses veines lorsque Marthe les prononçait. En fermant les yeux, elle peut presque entendre le bruit de ses chaussures claquer contre le dallage de l'entrée, sentir un souffle mentholé s'abattre dans sa nuque, des mains joueuses courir sur ses joues. André est partout. Dans les virgules qui étirent ses yeux. Dans ses parenthèses de silence. Sur ces murs hauts, ces meubles bas, sur sa peau, sous sa peau... il est partout et nulle part à la fois. Un tourbillon l'a emporté.

-    Je suis désolé de vous déranger, Madame...

Fin de la disgression, à l'échafaud les souvenirs. Il faut ouvrir les yeux, fixer droit devant soi, incliner la tête, saluer, courber l'échine, défroisser sa robe, effacer sa tristesse, prétendre que tout va bien, très bien, même, que c'est un jour comme un autre, l'un de ceux qu'on oublie, que l'autre ne se tient pas sur le pas de la porte, là, droit comme un « i » et pourtant tordu comme un « s », qu'il ne la regarde pas d'un air inquiet comme si... comme si elle allait s'envoler, se briser, exploser.

-    Bonjour.

-    Bonjour.

Simples mots. Confusion. L'atmosphère se charge de notes discordantes. Quelqu'un a lacéré la partition. Reprenons.

-    Vous réquisitionnez la maison ?

Le ton est froid, ce n'est pas beaucoup mieux. Cécile guette l'instant où l'expression aimable du nouveau venu se fendillera pour laisser entrevoir un sourire affreux, un sourire de bourreau. A la place de quoi, des paupières s'abaissent et des lèvres se crispent. Sollicitude indésirable que Cécile souhaiterait gommer de son visage.

-    Non, Madame. Mon lieutenant m'envoie ici. Comme vous le savez...

Discours monotone. Paroles lisses, que seules viennent troubler les maladresses d'une langue apprise en courant d'air. Comme elle le sait, les Allemands vivront chez les habitants de Saint Levally pour « quelques temps ». Ce petit officier de rien, lui, se contentera de son toit. Bien sûr, ça ne lui fait pas plus plaisir qu'à elle, elle peut le voir dans sa posture, la façon dont il cambre le dos, dont il récite les mots, avec une voix hachée, empreinte d'un accent venu d'ailleurs. Il n'empêche, c'est la règle, il faut obéir, ne pas tressaillir. Après tout, la France a capitulé, il ne sert plus à rien de se braquer, et...

Elle l'interrompt.

-    Très bien. Marthe vous montrera votre chambre.

L'entrevue se termine sur un tourbillon de flanelle, le vol d'une hirondelle. Cécile monte quatre à quatre les marches de l'escalier. L'étranger ne tirera plus un mot d'elle.

 

Note de fin de chapitre:

Merci de votre lecture. ♥

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