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Notes d'auteur :

Merci infiniment pour vos reviews ♥

La date butoir de ce concours approche et je n'ai pas fini mon texte -.-' (on admire la capacité à ne pas respecter les deadlines).

Je vous souhaite une bonne lecture !

Il lui semble que l'été la serre dans ses bras. Elle a beau se débattre entre ses draps, rien n'y fait, la sueur lui colle à la peau, dégouline dans son dos. La chaleur dépose des baisers enflammés sur ses omoplates, lui caresse les seins, ceint ses reins. L'été est un amant dont on se lasse. Sous ses tendresses, Cécile s'efface.

Le parquet craque, une porte claque. C'est un monde de silence qui se fissure. Cécile a l'impression de voir trembler les murs. Il fait les cent pas à l'autre bout du couloir. Lui. L'Allemand. Chez elle. La peur fait frissonner ses lèvres. Elle repense à la façon dont elle l'a quitté, tout à l'heure, après cette gifle qui a brûlé ses doigts, en courant à travers les fourrés calcinés et les murs austères des maisons délaissées avec la sensation d'être légère et lourde à la fois, le sang palpitant contre ses tempes au rythme d'un tambour de guerre. Il ne l'a pas suivie sous le soleil sanglant. Il l'a laissée s'enfuir, avec sa haine et sa douleur, il a laissé sa colère éclater dans l'éther pour en crever l'abcès. Depuis, il suinte de la touffeur. Il pleut des larmes aigües qui font trembler les fenêtres de la maison. Le verre se fendille et se transforme en sable. Des grains ardents se glissent sous les portes de cette vaste demeure, si seule, si triste. Même les pétales des fleurs se fanent et flétrissent. Les étreintes de l'été avilissent les beautés. Celle de Cécile est sur le point de s'envoler.

Cécile ferme les yeux, écoute. Depuis que l'Allemand est ici, la maison crépite comme un feu de cheminée. Depuis combien de temps n'avait-elle pas entendu les bruissements assourdis des draps qui se déploient comme les voiles d'un navire, le chuchotis de la gouttière, les tintements des casseroles entassées dans le vaisselier, le frémissement d'une poêle au contact du feu ? Même le silence semble fracassant depuis l'Allemand.

Cécile se souvient... le jour du départ d'André, le silence, l'absence qui résonnait dans chaque pièce, les yeux lourds de sommeil, l'esprit ailleurs, l'inertie... quelque chose a remué en elle après la gifle. Elle sent comme un renflement au niveau de son cœur. C'est douloureux, un peu, mais aussi étrangement réconfortant...

Le plancher palpite sous la plante de ses pieds. Cécile réalise trop tard qu'elle s'est levée. A présent, elle ne peut plus reculer. Elle pousse la poignée de sa porte. Elle s'ouvre, béante, et le couloir du premier étage avale son squelette tremblotant.

Ses cheveux tanguent dans son dos, sa chemise de nuit lui érafle la peau. Tous ses muscles se tendent à l'approche de la première marche de l'escalier. Celle-ci grince. Elle a beau poser un orteil attentif sur le bois mort, il ne peut s'empêcher d'hurler son bonheur de la voir se mouvoir ainsi, comme un fantôme lactescent dans l'obscurité d'une nuit rougeâtre. Alors elle les descend une à une, ces marches qui réclament sa présence, et gagne la cuisine où les fenêtres grandes ouvertes laissent passer un filet d'air chaud, entrecoupé d'odeurs entêtantes. Du romarin, du thym, de la lavande... Elle ne se souvenait plus de la richesse de ces parfums. André a tout emporté avec lui. Son cœur, son corps, et une parcelle de vie.

-    Vous allez bien ?

Cécile sursaute. Un sursaut, ce n'est jamais qu'un trouble de l'âme, mais celui qu'elle éprouve en voyant se dessiner un visage derrière elle, dans l'encadrement de la porte... oui, celui-là suffirait à réveiller tout un cimetière.

Il a glissé ses mains dans les poches de son pantalon. Son arme n'est nulle part en vue. Sans doute l'attend-elle à l'étage, dans l'un des tiroirs qui, jadis, abritaient mille et un secrets et bonheurs éparpillés. Ses yeux, cette fois, n'esquivent pas le mélange de reproche et d'inquiétude qui se lit dans ceux de Cécile. Ils l'affrontent, avec la résignation d'un condamné à mort. D'eux, lequel s'apprête à braver la guillotine ?

-    J'avais soif, répond Cécile, en reculant jusqu'à l'évier sans le quitter du regard.

-    Moi aussi.

Il sort deux verres des placards, les lui tend. Cécile constate avec surprise qu'il a des mains de jeune fille... des doigts longs, pâles, des paumes douces... certainement déjà souillées par du sang. Celui d'André, qui sait... Cécile pince les lèvres. Sa colère s'est atténuée, c'est la nuit qui veut ça, mais elle est toujours là, en elle, comme un arrière-goût amer, celui d'un souvenir qui s'entête à vous suivre, vous poursuit de ses ardeurs acerbes.

Ils s'assoient. Leurs chaises râclent le carrelage dans un concert larmoyant. Cécile boit lentement, la gorge nouée par les représailles qui se profilent à l'horizon. Et maintenant ? Maintenant, il faut attendre la dernière lampée. Ignorer la canicule qui s'abat sur ses épaules. Les odeurs qui se pressent sous ses narines, affluent dans la cuisine et les enrobent, tous les deux, deux âmes dévorées par la nuit enflammée. Leurs yeux se croisent, dansent, sautent d'un point à un autre, et se rencontrent de nouveau, se déchiffrent, se déchirent. Il les a beaux. D'un bleu voilé par une absence. Celle-là même dont Cécile s'est parée chaque jour après André.... L'adieu, le vide. Il ne cherche pas à les lui imposer, il les promène partout ailleurs que sur elle, ses épaules rongées par le soleil, ses joues constellées de tâches de Lune. Et pourtant, ils se voient, l'un l'autre, presque aussi bien qu'au petit matin. Mieux, sans doute. Dans la pénombre cramoisie de cette nuit estivale, ils se découvrent.

-    Je m'appelle Gustav, déclare l'Allemand d'un ton hésitant.

Il lui tend la main, Cécile ne la serre pas.

-    Et moi, Cécile.

Une larme solitaire perle aux yeux de Gustav, et il sourit.

-    Je suis désolé. 

Cécile acquiesce. Elle aussi est désolée.

 

Note de fin de chapitre:

Un petit chapitre mais important. :D

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