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Notes d'auteur :

Bonsoir !

J'ai enfin décidé de commencer ce recueil avec quelques textes originaux écrits durant les Nuits HPF qui ont lieu tous les mois sur le forum et d'autres textes qui ont été écrits à l'occasion des ateliers et jeux d'écriture sur le discord HPF.

Les textes des Nuits HPF sont écrits en une heure sur un thème, une image, ou une contrainte (lors des Nuits insolites). Ceux des Jeux d'écriture sont, eux aussi, écrits en une heure et sont centrés autour d'une thématique ou d'un jeu lancé pour la soirée (je vous en préciserai les termes à chaque fois).

Pour les deux premiers, il s'agissait de l'atelier écriture animé par Fleur d'épine le 7 janvier 2021. Il fallait écrire son texte en fonction de deux citations données, et les placer au début, pour la première, et à la fin du texte, pour la seconde. Les voici :

Douce tristesse (20h) :

« Sur ce sentiment inconnu, dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse.» Françoise Sagan, Bonjour Tristesse

« A nous deux maintenant » Balzac (dernière phrase de Rastignac)

La croix et la bannière (21h) :

"Un jour, j'ai reçu une lettre, une longue lettre pas signée." (Le confident, Hélène Grémillon)

"Il vient de recevoir la croix d'honneur." (Madame Bovary, Gustave Flaubert)

Douce tristesse

Sur ce sentiment inconnu, dont l’ennui et la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. Je n’ai pas souvenir de l’avoir ressentie un jour, ou peut-être que ma mémoire, défaillante, se laisse emporter par le temps et l’émotion importune qui me prend toute entière. Il paraît que la tristesse a cela de vain qu’elle se renouvelle sans cesse, sans jamais que vous ayez l’impression de la connaître. N’est-ce pas étrange, qu’à l’inverse, son nom résonne comme celui d’une vieille amie qui ne vous a jamais quittée ?

Si je devais l’imaginer, je la verrais comme l’une de ces femmes entre deux âges, silencieuse et un brin revêche, dont la présence vous pèse un peu mais qui vous tient la main avec une telle compassion que vous préférez rester. Rester jusqu’à ce qu’elle vous laisse verser quelques larmes pour vous en libérer. Elle vous répète que cela ira mieux demain, que le temps guérit toutes les blessures et, évidemment, vous faites semblant de la croire, d’y voir un espoir. Peut-être qu’elle a raison au fond, peut-être que c’est mieux de l’effacer et de tirer un trait.

Vous essayez de vous en convaincre en tout cas. Vous relevez la tête, vous plongez vos yeux dans les siens pour la regarder en face, et vous retirez votre main prisonnière de la sienne. Ensuite, vous redressez les épaules, vous essuyez les traces de larmes sur vos joues, et vous lui murmurez d’un ton encore tremblant : « A nous deux maintenant ! »



La croix et la bannière

« Un jour, j’ai reçu une lettre, une longue lettre pas signée. Je ne saurais dire comment elle est arrivée jusqu’au village de Kaysersberg, en Alsace, où je vivais dans ma jeunesse avec mes parents et ma grand-mère. Nous étions en 1947, je venais d’avoir vingt ans et nous pansions encore les blessures de cette seconde guerre. Je n’ai jamais su si ce bout de papier m’était réellement destiné ou si, comme je m’en suis persuadé, il s’agissait d’une simple erreur de destinataire. Rien n’indiquait sa provenance ni son but, et les noms, allemands, m’étaient inconnus.

La lettre tentait de conter une histoire tragique de soldat envoyé au front à l’âge de dix-huit ans. L’écriture était marquée mais, bien que brouillonne, elle restait cependant lisible. L’expéditeur avait écrit dans un français relativement approximatif, et il semblait peu sûr de lui, comme un enfant qui hésiterait sur la tournure de ses phrases, l’orthographe de ses mots.

L’auteur parlait d’une promesse faite plus de trente ans plus tôt à un ami. Il ajoutait, dans des termes que j’eus du mal à saisir, qu’il lui devait la vie et qu’il voulait juste faire preuve d’un peu d’honneur. Il disait aussi qu’il était trop vieux, et qu’il avait le coeur gros d’avoir failli à sa parole. Il mentionnait un certain Franz et une jeune fille blonde qu’il avait rencontrée en permission. Il vantait son amour pour elle, et l’existence qu’il ne vivrait jamais à ses côtés. Il parlait du fait qu’il était trop vieux pour manquer à sa parole, et qu’il devait ravaler sa fierté. Je n’eus pas plus de détails sur cette promesse, sur l’identité de cette fille mais, en parcourant ces lignes, je le devinais. Ma grand-mère avait toujours vécu ici, dans ce petit village, dans cette maison qui se transmettait de génération en génération. Je le devinai, certes, mais je jugeai préférable de me tromper. Ma grand-mère, frêle vieille dame ravagée par le temps et ses tourments, n’aurait de toute manière jamais pu me répondre sur ce qu’elle avait vécu. Elle passait dorénavant le plus clair de son temps dans son fauteuil élimé, à contempler les flammes qui crépitaient dans la cheminée. A quoi bon lui faire revivre ces instants qu’elle effacerait sans regrets le moment suivant ?

Toutefois, cette lettre, je ne l’oublierai certainement jamais. Tout comme la dernière phrase de son auteur. Il déclarait, avec une relative fierté teintée d’envie, que le dénommé Franz s’était vu décoré post-mortem. Et cette phrase, sans que je ne le veuille, est restée gravée dans mon esprit jusqu’au décès de ma grand-mère. Il a reçu la croix d’honneur. »

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