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Notes d'auteur :

Ce texte a été écrit lors d'un jeu d'écriture sur Discord dont je ne me souviens ni des règles ni de la date. Il comporte un registre très familier. Je vous le partage car, en le relisant, j'ai apprécié retrouvé ce côté très "brut de coffre" justement et j'ai éprouvé une bouffée de compassion pour ces "piliers de comptoir".

— Armand, remets-moi la petite sœur !

Le dénommé Armand, barman de son métier, s’exécute sans discuter, même si Francis est déjà rond comme une queue de pelle. Tant qu’il paye, après tout, il ne va pas faire la fine bouche, encore moins cracher sur cinq balles de plus. Et puis, Francis et ses copains, ils dépensent sans compter. Toujours une nouvelle tournée. Bon, il doit bien admettre que c’est toujours une épreuve pour les faire sortir sur le trottoir, les piliers de comptoir, parce qu’ils font toujours des histoires ; mais ce n’est pas la mer à boire. Armand serait bien en peine de se plaindre.

D’ailleurs, il les aime bien, lui, les alcoolos, avec leurs joues d’un rouge poivrot, leur haleine alcoolisée, et leur ponctualité pour l’apéro. Il les écoute, lui, avec leurs grandes questions existentielles bâclées, et leur discours de philosophe raté : « Ma femme veut me quitter. ‘Paraît que je bois trop quand je suis à la maison. ‘Dit aussi que je suis pas assez présent. T’en penses quoi, toi ? ‘Peux pas être partout, moi, ni au champs ni à la ville, comme disait mon père. Et puis, si je bois pas, comment est-ce que je fais pour la supporter, hein ? ‘Peut bien parler, mais elle est pas facile à vivre non plus, tu peux me croire, ‘Mand ! Sinon je passerais pas mon temps ici, dans ce bar, avec les copains. Ah, ça, pas question ! Je devrais lui dire tout ça, tiens ! Ah, ça, oui ! Elle en ferait une de ces tronches après, la Magalie ! »

Francis, il est pas méchant quand il en a un coup dans le nez, mais Armand se dit qu’il est quand même chiant. Il a une pensée pour la Magalie, une grande brune bien en chair qu’il a vu une ou deux fois venir chercher son piccolo saxo de mari avec sa tripotée de gamins. Il a eu de la peine pour elle. Un peu, pas assez pour refuser un dernier verre à son habitué, il faut pas pousser mémé dans les orties. Ce bistrot, ces poivrots, c’est sa vie à lui. Tout autant que celle de Magalie, c’est de border ses marmots. Il n’y peut rien si son mariage part en vrille. C’est la faute du whisky. Du whisky, oui, mais aussi celle de Magalie. Si seulement, elle le laissait jacter son mari, il passerait pas des heures à éructer sa vie, à brailler comme un goret, armé de son godet. Armand en est persuadé. Francis, il a simplement besoin de parler, de donner son avis, parce qu’il n’a pas la parole chez lui. Si bien qu’il a fini par élire domicile ici. Dans son bistrot.

— Armand ! Un autre !

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