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Je n’eus pas le temps d’amortir ma chute. Je m’écroulai douloureusement sur un sol meuble, bien différent du plancher de bois que je foulais quelques secondes plus tôt, au milieu de piaillements aigus, ressemblant fortement à celui des poules en panique. Une odeur âcre et puissante me prit au nez, accentuant ma nausée. Prenant appui sur mes genoux et mes mains, je me redressai à temps pour rendre le contenu de mon estomac. Cela dura une dizaine de secondes, pendant lesquels le concert des gallinacées perdura, très vite rejoint par des hennissements et des mugissements.

 

Malgré la nausée et mes vertiges encore persistants, je m’empressai d’ouvrir les yeux, alertée par tous ses sons complètement hors de propos. Je découvris alors que je me trouvais dans une espèce d’étable, entourée de poules effrayées, d’une vache intriguée et de deux chevaux à la robe claire qui me toisaient depuis la sortie, d’où je voyais apparaître un sol boueux et un bout de bâtisse en bois.

Mer … credi ! Comment m’étais-je retrouvé là en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire ? Où était passé le bureau, la maison d’Anthony et tous ceux qui y étaient ?

Un peu tremblante, encore secouée par mon malaise, je tentais de me relever. Je flageolais quelques secondes avant de m’écrouler de nouveau. Je pris ensuite la décision de m’allonger sur le sol puisque les vertiges furent si puissants que je faillis tourner de l’œil.

Je posai ma tête sur la paille humide, accueillant la fraîcheur de cette dernière avec un tel délice que je compris que j’avais certainement une fièvre carabinée. Je refermai les yeux et respirai par la bouche, tentant par là de ne plus faire subir les odeurs nauséabondes à mon estomac suffisamment malmené comme ça.

— Mais qu’est-ce qu’y s’passe ici ?

Je sursautai et rouvris les yeux au son de la voix. Une femme se tenait dans l’embrasure de la porte, son regard intrigué posé sur moi, une spatule de bois à la main et le tablier blanc constellé de tâches grasses. Elle avait une chevelure bouclée et rousse, grisonnante sur les tempes, l’embonpoint de celle qui mangeait bien plus que nécessaire et portait une longue robe d’un bleu foncé passé.

Démodée d’au moins cinq siècles, la robe.

Je comprenais de moins en moins.

— Eh ben, en vlà une surprise ! Qu’est-ce qu’vous faites dans mon étable, jeune fille ?

Elle s’approcha de moi et s’agenouilla en prenant bien soin d’éviter la zone que j’avais souillé. Je la suivis du regard, me demandant si j’aurais suffisamment de force pour me défendre s’il s’avérait que cette femme était moins amicale qu’elle n’y paraissait. Sincèrement, j’en doutais.

— Qu’est-ce donc qu’l’accoutrement qu’vous portez là ? s’étonna-t-elle ensuite en détaillant mes vêtements.

Elle ne s’attarda cependant pas sur ma tenue et glissa plutôt sa spatule dans la poche ventrale de son tablier, avant de se pencher pour poser sa main fraîche sur mon front. Cela me fit un tel bien que j’en fermais les yeux en soupirant d’aise.

— Nom de … ! Mais vous êtes brûlante ! s’écria-t-elle, avant de hurler de toute la force des ses poumons : Reddi ! Viens m’aider !

Le soulagement que j’avais ressenti au contact de sa main froide passa bien vite et, de nouveau, la nausée repartit à l’assaut, accompagnant les vertiges qui persistaient malgré le fait que j’étais allongée et que j’avais les yeux fermés. Je serrai les dents, décidée à lutter pour conserver le peu qui me restait dans l’estomac.

— Tout va bien, ma jolie, me rassura la femme d’une voix douce, en passant une main caressante dans mes cheveux. J’vais prendre soin de vous. C’est quoi vot’ petit nom ?

Je déglutis et croassai :

— Myriam. Où suis-je ?

Il y eut un flottement, un instant de silence, puis elle finit par me répondre avec une voix un peu abasourdie :

— Euh … vous êtes chez moi, dans mon auberge, à Dorca. Vous vous souvenez pas d’êt’ venue jusqu’ici ?

Je sentis un soupçon de panique monter en moi. Aucune idée d’où pouvait se trouver cette ville qui portait le nom de Dorca, ni de quelle auberge cette femme pouvait bien parler. A ma connaissance, il n’existait aucun établissement de ce genre près de chez moi.

Je laissai échapper un gémissement de douleur quand les nausées s’amplifièrent et que de la bile brûlante remonta jusqu’à ma gorge. Dans une vaine tentative d’atténuer mon mal, je me roulai en boule sur moi-même, serrant mes poings contre mon ventre. Ma tête continuait de tourner. J’aurais presque préféré m’évanouir.

— Alors, c’était quoi tout ce raffut ? fit soudain une voix grave, appartenant sans aucun doute possible à un homme.

J’entrouvris un œil, le temps d’apercevoir la petite taille du nouvel arrivant, sa paire de bottes en cuir crottée, son pantalon brun usé et son tablier tâché, passé sur un torse nu.

— Qui c’est celle-là ? ajouta-t-il d’un ton étonné en m’apercevant.

Alors qu’il s’approchait à son tour, je refermai ma paupière entrouverte, prenant conscience que soulever à demi ma paupière avait été une très mauvaise idée. C’était, apparemment, tout ce qu’il fallait à mon corps pour décider de mettre fin à mes tourmentes.

Je m’évanouis.

 

 

Avant même d’ouvrir les yeux, je compris que je n’étais pas dans mon lit : jamais mon matelas ne m’avait piqué le dos comme le faisait le couchage où je me trouvais. Puis en un éclair, me souvenirs revinrent. J’ouvris alors brusquement les yeux pour me découvrir étendue dans une petite chambre où on avait réussi à caser une commode, un lit simple en bois et une table de chevet, tous visiblement fabriqués à la main.

Paniquée, je me redressai rapidement dans le lit, faisant tomber le draps rêche qui me recouvrait et constatai qu’on m’avait changée. Je portais une espèce de longue chemise beige fermée jusqu’au cou et qui m’arrivait à mi-mollet. En cherchant dans la pièce, je découvris ensuite que mes vêtements étaient pliés et posés sur la commode. J’en ressentis un immense soulagement.

Avant même de réfléchir plus à ma situation - et de me mettre à paniquer devant ma présence inexplicable dans cet endroit - je sortis du lit. Après un vertige qui passa très rapidement, je pus m’avancer jusqu’à la commode et ôter la chemise qu’on m’avait passé pour remettre mes vêtements. Une fois fait, je regardai d’un peu plus près ce qui m’entourait.

Le lit se trouvait à ma droite, la tête poussée contre le mur, ainsi que la table de chevet. Au sol, un plancher grinçant, fait d’un bois qui recouvrait l’entièreté de la pièce. Sur ma gauche, la commode, où était posées une cruche d’eau et une bassine en métal, juxtaposée à une cheminée éteinte. En face de moi, une fenêtre à double vantaux, entrouverte, qui donnait sur un espace boueux et un édifice qui me semblait être l’étable où je m’étais sentie mal. Puis dans mon dos, une porte.

Presque sans m’en apercevoir, je me mis à trembler et à respirer plus vite. Une crise de panique pointait le bout de son nez. Ce n’était sans doute pas le moment idéal pour ça. Je ne savais pas où je me trouvais, ni avec qui, ni depuis quand. Il valait mieux attendre de me sentir un peu plus en sécurité pour laisser libre court à mon angoisse.

Je fermai mes yeux quelques secondes et inspirai profondément à plusieurs reprises. Puis, une fois calmée, me mis à réfléchir. Tout d’abord, il me semblait judicieux de sortir de la chambre et d’essayer de trouver la femme qui m’avait trouvé dans l’étable puisqu’elle avait visiblement pris soin de moi pendant mon sommeil. Ensuite, je devais essayer de comprendre ce qu’il m’était arrivé, en espérant qu’elle puisse m’aider et, enfin, trouver comment retourner chez moi. Ca me semblait un bon plan.

Forte de ma nouvelle détermination, je sortis de la pièce. J’atterris dans un couloir étroit, seulement éclairée par une lucarne haute, et percée de part et d’autres d’une demi-douzaine de portes. A ma gauche, un escalier descendait.

Je refermai la chambre derrière moi et m’engageai prudemment sur la première marche. De l’étage du dessous, me parvinrent des bruits de conversation et le son d’un violon qui jouait, le tout dans une ambiance qui sonnait bon enfant. Cela me rassura un peu.

Arrivée au bout de ma descente, je me plaquai contre le mur qui me donnait la meilleure vision d’ensemble. L’escalier donnait sur une immense pièce meublée de trois longues tables et de bancs, installés perpendiculairement à une immense cheminé. Près de moi, une porte ouverte donnait sur ce qui semblait être une cuisine, dans laquelle j’apercevais des silhouettes se mouvoir avec rapidité, les mains chargées. Je me rappelai alors seulement que la femme avait mentionné une auberge. Je me trouvais certainement au rez-de-chaussée de l’établissement, dans la salle qui servait de restaurant.

Je mis quelques secondes, perdue dans ma contemplation du lieu, avant de comprendre que les gens attablés autour de leur repas entretenaient des discussions dont je ne comprenais pas un seul mot. Pas parce que le mélange de toutes les discussions rendaient impossible la compréhension de l’une d’entre elles en particulier, mais parce que le langage employé m’était totalement inconnu. Je fronçai des sourcils. Il me semblait pourtant avoir échangé sans soucis avec la femme de l’étable. Était-il possible que tous les clients de l’auberge soient étrangers ?

Un mouvement près de moi m’arracha à mes réflexions. Je sursautai, surprise et me tournai à demi pour tomber nez à nez avec la femme qui m’était venue en aide. Elle sembla aussi surprise que moi pendant une seconde, puis elle me sourit, une assiettes fumant entre les mains. Et elle me parla. Mais je ne compris pas un traître mot.

Voyant que je ne répondais pas, elle insista, répétant les mêmes sons, pour un même résultat. Pourquoi est-ce que, tout à coup, je ne la comprenais plus ? Et quelle était cette langue qu’elle utilisait et que je n’avais jamais entendu de ma courte vie ?

La femme fronça à son tour des sourcils, reprit sa route initiale pour poser l’assiette devant l’un des clients et revint vers moi. Elle prononça de nouveaux mots. Pour toutes réponses, je me contentais de secouer la tête pour lui signifier que je ne la comprenais pas. Son froncement de sourcil s’accentua. Elle parut un peu inquiète.

Elle m’attrapa alors par la main pour me forcer à remonter avec elle. Elle me ramena jusqu’à la chambre où je m’étais réveillé et me fit asseoir de force sur le lit, m’installant dos à la porte. Puis, elle quitta la pièce sans un mot.

Je restai assise quelques instants, sans rien faire d’autre que de regarder par la fenêtre, appréciant la brise légère et chaude qui venait de l’extérieur. Je me demandais pourquoi cette femme avait eu un tel comportement. Qu’allait-elle faire de moi à présent ? Étais-je en danger ? Devais-je fuir ? Mais fuir pour aller où ? J’ignorais où je me trouvais et comment j’y étais arrivée, donc impossible de prendre le chemin inverse pour retourner à la maison.

Le verdict étai sans appel : j’avais besoin d’aide.

Je regardai autour de moi, m’interrogeant sur la possibilité de trouver un objet dans la pièce qui permettrait de me protéger dans l’hypothèse où la femme deviendrait menaçante. Mon regard tomba alors sur la table de chevet, et le collier que je n’avais pas remarqué jusque là. Je m’en emparais, reconnaissant le bijou que j’avais ramassé dans le bureau, chez Antony, avant que ma soirée ne prenne une tournure plus qu’étrange. En le regardant d’un peu plus près, je constatai que la matière dont était faite le pendentif n’avait rien à voir avec du métal. Le dragon semblait avoir été façonné dans une espèce de pierre plate et dorée aux reflets irisés, chaude au toucher, contrairement à la chaîne qui semblait bel et bien faite d’or.

J’entendis la porte s’ouvrir dans mon dos et me retournai pour voir la femme revenir, un tissu passée sur le bras. Elle s’avança en le dépliant, révélant une robe assez semblable à la sienne, dans des tons jaune pâle.

— Cette robe d’vrait vous aller, vous semblez faire la même taille que moi quand j’avais vot’ âge. Hors de question d’vous laisser vous promener dans vos drôles de vêtements.

Je sursautai. Nom d’un chien, voilà que je la comprenais maintenant !

— Tout va bien, ma mignonne ? J’vous ai fait peur ? s’enquit-elle.

Je coulai un regard suspicieux vers le collier, m’interrogeant sur cette drôlerie. Histoire de confirmer mes doutes, je le reposai sur la table de chevet. La femme suivit mon geste du regard puis m’interrogea de nouveau. Je ne compris pas. Je récupérai le bijou et l’enfilai par dessus ma tête. Le médaillon retomba à la naissance de ma poitrine, toujours aussi chaud contre ma peau dénudée par mon débardeur.

Même si l’idée ne me plaisait pas vraiment d’avoir cet objet sur moi, il était la seule chose pour l’instant qui semblait pouvoir m’aider. Et il semblait plus pratique de le porter tel qu’il devait l’être, plutôt que de le tenir en main indéfiniment.

— Ma jolie, j’sais qu’vous m’comprenez pas, mais il faut vraiment qu’vous changiez vos vêtements, continua la femme, étrangère à mes pensées et agitant la robe devant elle pour me faire comprendre qu’elle attendait que je la prenne.

C’était étrange. J’entendais parfaitement cette femme utiliser des mots que je n’aurais pas dû comprendre, mais le fait est que c’était le cas. Et sans que je comprenne comment, ou pourquoi, le collier semblait y être pour quelque chose. L’étrangeté de la chose irait-elle jusqu’à me faire comprendre d’elle si je lui parlais ?

— Je vous comprends, dis-je alors, m’attirant son regard surpris.

Je fus étonnée de constater que, si j’avais pensé dans ma langue maternelle, les mots qui étaient sortis de ma bouche n’avait absolument rien à voir avec le français. J’avais vraisemblablement parlé sa langue.

— Mais … à l’instant, en bas, vous sembliez … fit la femme, l’air perdue et tenant toujours sa robe tendue devant elle.

Je me demandais s’il était judicieux de parler des effets du collier à cette femme. Après tout, j’ignorais tout d’elle et de l’endroit où j’étais, et je ne pouvais pas prendre le risque de me faire brûler vive sur un bûcher, comme on l’avait fait chez moi quelques siècles plus tôt, dès qu’une personne était soupçonnée de pratiquer la sorcellerie. Et ce collier semblait plus magique que technologique, même si mon esprit d’adolescente issue de la société moderne avait du mal à accepter cette idée.

— C’est le collier, n’est-ce pas ? devina la femme avec justesse.

Elle ne semblait pas le moins du monde effrayée par son soupçon, mais plutôt convaincue. Devant mon mutisme, elle pinça la bouche et tendit de nouveau la robe dans ma direction d’un geste décidé.

— Enfilez ça et rejoignez moi en bas. J’vais vous préparer un petit truc à manger.

Puis, sans attendre de réponse de ma part, elle laissa tomber le vêtement sur mes genoux et sortit de la pièce.

Je tins la robe devant moi un moment, me demandant pourquoi est-ce qu’elle insistait autant pour que je me change, avant de me décider à l’enfiler. J’ôtai mon jean, mon débardeur et ma veste, ne gardant que mes sous-vêtements et mes tennis, puis la passai par dessus ma tête. Elle retomba souplement sur mon corps, légèrement bâillante à certains endroits, et s’arrêta sur mes chevilles. C’était assez peu esthétique mais je sentais que je n’avais pas vraiment le choix.

Je laissai le collier caché sous la robe et quittai la chambre pour rejoindre la femme au rez-de-chaussée, comme elle me l’avait ordonné. La pièce était toujours pleine de bruits et de vie. Je choisis de m’installer au bout d’une des tables, à l’écart des autres.

En attendant que la femme me rejoigne, j’observai discrètement mon environnement. Les personnes qui se restauraient, pour la plupart, portaient des vêtements poussiéreux et avaient le teint fatigué. Je devinai qu’ils étaient des voyageurs.

La salle n’était que peu éclairée puisque la seule lumière était naturelle et arrivait par les quatre petites fenêtres qui entouraient la porte d’entrée, donnant sur une rue faite de terre sèche. De l’autre côté, je voyais d’autres bâtiments faits du même bois et bâtis sur le même modèle.

En mettant bout à bout toutes les informations que j’avais en ma possession, je commençais à me demander si je n’avais pas basculé dans une espèce de monde parallèle. Mon « voyage » n’avait duré qu’une seconde ou deux, le temps de fermer les yeux. J’aurais pu penser à un voyage dans le temps ou un déplacement géographique sans précédent, mais la magie que le collier semblait porter invalidait ces suppositions. Sauf si, contrairement à tout ce que j’avais appris jusque là, la magie existait sur Terre. Ce dont je doutais fortement.

Je fus tirée de mes pensées par le retour de la femme qui posa une assiette sous mon nez, contenant un morceau de pain noir, ce qui semblait être une portion de fromage et quelques petites boules vertes qui ressemblait à un croisement entre des cerises et des pommes. Mon estomac réclama bruyamment sa pitance. Je n’avais même pas eu conscience de ma faim jusque là. Je me jetai sur la nourriture, sans me poser plus de questions. Le pain était dur, le fromage trop salée et les petites boules vertes acides comme un citron. Je mangeai toutefois sans rien dire, trop reconnaissante d’avoir déjà quelque chose à me mettre sous la dent.

Ce ne fut qu’une fois que j’eus avalé la moitié du contenu de mon assiette que je remarquai que la femme s’était assise en face de moi, les mains croisés sur la table, me regardant manger avec bonheur.

— Ca m’rassure de voir qu’vous avez bon appétit, c’est le signe qu’vous allez mieux. Vous avez dormi pendant deux jours entiers, vous savez.

Je sourcillai. Je ne pensais pas être restée inconsciente plus de quelques heures. J’espérais que tout ce temps passé dans les vapes n’allaient pas compromettre mes chances de rentrer à la maison.

Je mangeai avec moins d’empressement en constatant qu’elle voulait discuter. Me voyant plus attentive, elle enchaîna :

— D’où vous venez, ma jolie ? Comment qu’vous êtes arrivée dans mon étable en faisant tout ce raffut ? Vous avez tellement effrayé mes poules qu’elles n’ont pas voulu donner d’œufs le lendemain.

Navrée pour elles…

— Honnêtement, je ne suis pas sûre que de vous dire d’où je viens nous avance vraiment. Mais je viens de très loin, ça, je peux vous le garantir. Et je pense que c’est le collier qui m’a amenée ici.

La femme se gratta la joue, son regard errant sur ma poitrine, là où elle devinait que se cachait le bijou.

— J’ai jamais entendu parler d’un objet qui pourrait faire voyager quelqu’un, mais je n’suis pas très au fait de tout ce qui concerne la magie. Je n’suis qu’une simple aubergiste, moi. Il faudrait qu’je vous emmène voir l’ensorceleuse du village. Si c’est bien le collier qui vous a amenée, elle d’vrait pouvoir vous expliquer comment rentrer.

Je sentis un regain d’espoir envahir mon corps. C’était la meilleure nouvelle que j’entendais depuis mon réveil.

— Ce serait vraiment très gentil de votre part, m’enthousiasmai-je. Est-ce qu’il serait possible d’y aller tout de suite ?

— Vous allez devoir attendre que le service se termine, ma jolie, j’peux pas quitter l’auberge en laissant mon mari faire tout le boulot, répondit-elle en écartant largement les bras pour me désigner la salle. Finissez donc tranquillement vot’ assiette, et ensuite je vous emmène voir Merrine.

J’acquiesçai d’un signe de tête. Elle se leva pour reprendre pour son travail et je piochai ensuite dans mon assiette, le cœur en joie, en priant de toutes mes forces à qui aurait bien voulu m’exaucer, pour que ma rencontre avec cette Merrine se déroule comme je l’espérais.

 

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