Lien Facebook



En savoir plus sur cette bannière

- Taille du texte +

Notes d'auteur :

10e thème = parfum

Il y avait son parfum ; un mélange de rose bulgare, de citron et de patchouli.
Violette l’avait senti au coin d’une rue et ça lui avait ramené Olivia à la gueule.
Au coin de la rue, avait surgi une daronne avec une robe à fleurs.
Pas d’Olivia. Pas de son sourire timide. Plus d’Olivia.
Mais la daronne avait tout de même une certaine classe.
Alors Violette l’avait interpellée.

— Vous aimez Barbara ?
— La chanteuse ? J’adore ça.
— J’ai un lecteur de vinyles chez moi. Est-ce que ça vous dirait de venir l'écouter ?

 

La daronne s’était esclaffée ; c’était si beau à voir que Violette ne s’en était pas offusquée.

— Mon chou, je n’ai plus l’âge d’aller chez des étudiantes pour écouter de la musique.
— Je ne suis plus étudiante.
— Et puis, il est évident que vous cherchez à fuir votre tristesse. Or, la tristesse, ça ne se fuit pas. Ça s’affronte d’un coup et ça se surmonte. Ni la fuir, ni s’en laisser nourrir. Vous comprenez ?

Violette avait hoché la tête puis avait haussé les épaules, comme gênée.

— C’est un chagrin d’amour, n’est-ce pas ?
— Vous avez une cigarette ?

La daronne avait alors sorti un paquet.

— Je ne devrais pas. Vous ne devriez pas. Mais bon, quand est-ce que la vie nous amène ici ?
— C’est à cause de votre parfum.
— Ah. La petite robe noire.
— Il est…
— Magnétique.
— Oui.

Et insupportable.

Elles allument leur cigarette.

— Alors, c’était une femme ?
— Oui, c’était une femme. Ça vous pose un problème ?
— Pas le moins du monde.
— Le plus tragique, dans tout cela, c’est que je crois qu’elle n’a jamais su que c’était la première femme que j’aimais.
— Pourquoi est-ce important ?
— Je ne sais pas. Ça ne l’est pas.
— Alors, cette femme mystérieuse, elle a un nom ?

Violette sourit, sans s’en empêcher.

— Le plus beau. Olivia.
— Très joli en effet. C’est une référence à Grease ? Sandy et Danny, You’re the one that I want ?
— Non, c’est une référence à Olivia de Shakespeare, dans La Nuit des rois. D’ailleurs, dans la pièce, Olivia tombe amoureuse de Viola, c’était peut-être un signe.
— Vous vous appelez Viola ?
— Violette.
— Violette… Vous saviez qu’il y avait l’odeur des violettes dans La Petite Robe Noire ? C’est très subtil. Enfin, Violette, écoutez-moi. L’amour, ça part et ça revient. Vous ne pouvez pas être malheureuse continuellement, une personne ne mérite pas que l’on se mette dans de tels états, une personne ou deux ou trois ou mille personnes, rien ne mérite cela. Si cette personne-là vous hante toujours, il faut vous exorciser. Pas au sens premier. Vous êtes jeune, vous êtes belle, vous êtes charmante et cultivée et puis vous avez bon goût. Ne vous laissez pas enfermer dans un tourbillon qui vous mène droit à la chute. Ce serait trop triste. Vous me le promettez ?

Et Violette le lui promet. Elle lui promet qu’à partir d’aujourd’hui, elle va décider de vivre, et de mettre la mort de côté. Qu’elle sera disponible à toutes sortes de rencontres et que ni l’odeur ni le nom d’Olivia ne seront des obstacles à quoi que ce soit. Et si parfois, cela lui broie le cœur, elle avancera tout de même.

Mais lorsque la daronne la quitte et qu’il ne reste que l’odeur de rose bulgare et de patchouli, les larmes ne peuvent s’empêcher de couler.

« J’y arriverai ».
Elle se le promet.

Note de fin de chapitre:

C'est un des chapitres écrits à la troisième personne que j'ai préféré !

La "daronne" m'a été inspirée par le personnage de Kristin Scott Thomas (d'amour) dans la série Fleabag, saison 2 (si vous n'avez pas vu, je vous recommande chaudement), ainsi que par une femme de quarante ans croisée il y a un an, en descendant la rue de Belleville dans les environs de 3h du matin ; elle remontait la rue en fumant, écoutant Barbara et chantant, dans sa bulle, et elle était belle. J'avais envie de l'interpeller pour lui dire à quel point je la trouvais charmante et que j'étais amoureuse de sa façon d'être mais j'ai préféré la laisser dans son monde. J'aimerais être cette femme à quarante ans.

Merci d'avoir lu <3 

Vous devez vous connecter (vous enregistrer) pour laisser un commentaire.