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Notes d'auteur :

Bon et bien, puisqu'il faut se lancer, voici le deuxième chapitre qui était en fait le tout premier texte sur Violette et Olivia. 

N'hésitez pas à me laisser vos retours et à aller lire le recueil 31 jours pour expédier la douleur, qui se concentre sur leur histoire.

Merci à Seonne pour son magnifique commentaire du chapitre précédent <3 

Bonne lecture ! 

(Un jour, en juin)

 

 

Lettre à la folie

 

Lexomil. Paracétamol. Stilnox. Lorazepam MYLAN. Prozac. Xanax. Tercian. Alcool. Alcool. Alcool.

Voilà à quoi ma vie en est réduite. 

Je ne t’accuse qu’à moitié, l’autre moitié c’est le hasard. 

Je t’aimais du plus profond de moi et c’est rare. Quand j’aime comme ça, c’est l’ouragan Katrina qui ravage à nouveau tout sur son passage ; je donne, je suis prête à tout, je pourrais attraper la lune et toutes les belles choses qu’ont chanté des personnes comme Edith. Ou Barbara.

C’est pour ça qu’il faut toute une armée de soldats pour tuer la douleur, tous ces noms qui font rire quand ils ne font pas peur.

Je me demande tout de même, que leur arrivait-il, à ces artistes, lorsqu’un si violent amour se retrouvait repoussé, balancé, refusé, méprisé, ignoré, comme tu l’as fait avec le mien ?

Barbara paraissait oublier, s’amuser avec d’autres ; elle chantait qu’elle n’était pas de celles qui meurent de chagrin (et je l’admire pour ça). Edith, à l’inverse, je l’imagine toute entière mobilisée. Je la vois à genoux, hurlant et suppliant, frappant à la porte de l’être aimé, les larmes coulant à flot, jusque sur ses cuisses. Je suis plus une Edith qu’une Barbara, qui l’eut cru ? 

Mais tout de même, pas à ce point, pas dans cette extrémité. Puisque les médicaments me calment, il ne faut pas l’oublier. 

Je ne peux plus dormir. Je pleure sans cesse lorsque je suis sous la douche. Je croise à peine un souvenir de toi et l’émotion me prend vivement. Qu’as-tu fait de moi ?

O L I V I A, ce prénom que même les médicaments n’arrivent pas à me sortir de la tête et du cœur et de la cage thoracique. 

Je t’ai follement aimée et j’espère, dans le fond, que je l’ai été un peu aussi. Par toi. J’espère n’être pas totalement folle ? 

(Et si je me pose la question, est-ce bon signe ou mauvais signe ?)
Je mélange tout — les médicaments. Je ne trouve pas d’issue à la douleur, à mon mal-être. Je tente, je parle, je converse, je dis des banalités, je rencontre des collègues, je bois des verres en terrasse, je suis des thérapies, je me pose sur l’herbe bien verte de l’esplanade des Invalides, je me force à aller au travail, à être impeccable - et si je fais une pause pour pleurer, personne ne peut en témoigner - je joue à Mario Kart avec J et j’essaie de construire de faux projets pour me concentrer sur une idée qui n’est pas toi.
Ça ne fonctionne pas.

Bon, c’est faux, ça fonctionne quelquefois.

Mais toi, tu t’es incrustée dans ma chair de façon indélébile. Une lame dans mon cœur, ce serait  certainement moins pénible. 

Je t’aime. Je veux te le dire, te le répéter, que ce ne soit pas un excès.

Est-ce que tu me détestes ? 

Je me demande si tu ris toujours, plus ou moins maintenant ? Moi, je ris moins, c’est évident.

Je ne peux même plus lire ou regarder des films. Je ne pense qu’à toi. 

A toi qui as été si précieuse ces derniers mois, qui as été mon ensemble, mon tout. J’ai trop misé sur nous. 

Je sais, c’était fragile, et je me suis lancée quand même. Mais n’est-ce pas ce que font les fous ? 

J’y croyais — et ça fait peut-être de moi une imbécile mais je t’aimais, alors j’accepte de l’être. 

L’alcool me monte à la tête, et le lexomil m’appelle à lui.

Je vois le regard des autres et j’aimerais leur hurler

JE NE SUIS PAS FOLLE VOUS SAVEZ

Mais, à ce moment précis, j’aurais perdu toute crédibilité.

 

Je t’aime, putain. Et l’autre, qui a lui aussi laissé des traces dans mon abdomen et toutes les parties fragiles de mon corps (mais le ventre et le vagin, ce sont les pires) ne fait que rendre la situation plus insupportable à vivre. Tout se décuple, et je jure que ce n’est pas la faute des médicaments. Les médicaments sont là pour m’aider. Pour m’aimer. J’aimerais tant être aimée. J’aimerais tant être aimée. J’aimerais tant être aimée par toi. Ou une autre. (Un autre). Mais je ne vais pas partir sur un monologue à propos de l’amour parce qu’on en a assez du pathétique et que je veux avancer (je n’ai plus d’énergie). Pour ne pas sentir le poids de ces derniers mois, je dois avancer (et je n’ai plus d’énergie). Avec toi dans ma tête et chaque parcelle de mon corps, comme un nouveau démon qui m’accompagne. J’espère que tu t’amuses bien, avec les autres démons — certains sont plutôt aimables. Tu fais sûrement partie de cette catégorie. Je ne sais plus. Je ne sais plus rien. Je ne comprends pas pourquoi tu me détestes autant et si je t’ai fait du mal, je le regrette amèrement. 

Mais cette lettre est folle et ne sert à rien. Je devrais la signer Eleonore Toly. C’est mon double maléfique. 

Je la signe à moitié de mon prénom, parce qu’elle est à moitié vraie. 

Pour toujours,

Avec amour,

Viol

(ça fait mal, n’est-ce pas ? ça fait drôle. ça fait folle. ça fait toi et moi.)

PS : j’écoute Pink Floyd et c’est absolument parfait, Shine on you crazy diamond, je ne sais pas ce que tu penses d’eux mais puisque tu aimes la musique, je me suis dit que la référence te plairait.

 

Note de fin de chapitre:

Voilà, je sais pas trop comment vous avez reçu tout ça, c'est le texte le plus personnel de tous je pense. Merci d'avoir lu :hug:

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