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Notes d'auteur :

Encore merci à Fleur et Pruls pour vos reviews !!!Vous êtes des amours !!<3

Et pour l'oeuvre de cet OS-là je me suis interessée à La Grande Odalisque d'Ingres, j'espère que le texte vous plaira, je me suis beaucoup amusée à l'écrire !

 

 

La Grande Odalisque

 

T'art(e) était allongée sur le ventre, seulement vêtue d'un crop top et d'un string complètement complètement délavé dont les élastiques menaçaient de craquer, les fesses et les reins enduits de plâtre. Fatiguée de se contorsionner pour prendre des selfies absurdes ( les ridicules pour sa meilleure amie, les coquins pour son mec, les « haha je suis dans une situation absurde mais tout de même admirez ma plastique de rêve » pour ses followers insta ) elle gribouillait sur son petit carnet bleu des listes de pour et de contre pour les différentes options auxquelles elle réfléchissait afin de mener à bien son projet actuel.

T'art(e) avait toujours rêvé d'être maquilleuse de cinéma – enfin, actrice, mais elle était incapable de retenir trois lignes de dialogue et avait rapidement abandonné – comme elle était trop jeune, trop inexpérimentée, n'avait pas la moindre connexion dans le métier et n'était pas prête à vendre son cul pour réussir -même enduit de plâtre- elle avait finit par se rabattre sur les réseaux sociaux pour montrer son savoir faire. Elle se spécialisait dans la reproduction de toiles de maîtres, du portrait de Dora Maar de Picasso à la Joconde en passant par les autoportraits de Vigée Le Brun ; tous présentaient leur propre challenges mais elle n'avait pas trop eu à forcer son talent pour le réussir, les uns dans le réalisme, les autres dans l'extravagance.

Aujourd'hui en revanche, elle s'attaquait à un animal tout différent, à mi chemin entre rationnel et irrationnel, et qui l'excitait autant que ce qu'il lui faisait peur : La Grande Odalisque d'Ingres.

Peinture absurde, qui lui donnait toujours une furieuse envie d'éclater de rire, et depuis quelques semaines de s'arracher les cheveux.

Cette pauvre Odalisque, si on ne lui prêtait pas attention, semblait être un nu classique parmi mille autres ; T'art(e), si elle avait voulu se faciliter la chose, aurait pu se tourner vers les Vénus de Cabanel ou d'Urbino, ou même celle de Velázquez (qui avait le cul le plus magnifique de toutes et faisait probablement pleurer de jalousie les Callipyges marbrées de l'antiquité quand on ne les regardait pas).

Mais non, T'art(e), qui aimait le défit, avait choisi l'Odalisque. Raison pour laquelle elle se trouvait allongée quasi nue sur la table de l'atelier d'une amie costumière spécialiste de prothèse, avec laquelle elle allait s'employer à créer une deuxième paire de fesses -et les reins qui allaient avec - et qui aurait les trois vertèbres supplémentaires nécessaires à une reproduction de la Grande Odalisque.

Pauvre Odalisque, avec ses vertèbres en trop, son bras gauche plus court que le droit -lequel n'avait visiblement aucun os à l’intérieur, simple tube de chair qu'on pouvait probablement enfiler comme une manche dans le monde merveilleux de l'intérieur des peintures- , sa jambe déboîtée, son sein rond et dur comme une boule de billard et coincé sous l'aisselle, les traits de son visage beaucoup trop petits pour l'ovale immense que formait ses joues et ce cou trop grand qui partait en fondu avec le turban comme un photoshop de mauvaise qualité. 

Elle avait de jolis yeux tout de même.

En attendant, le sultan avait sacrément de drôles de goûts.

T'art(e) feuilleta son carnet pour observer les différents croquis qu'elle avait réalisés de cette monumentale somme d'erreurs anatomiques, qui si elle s'était levée de sa couche n'aurait probablement pas eu la moindre chance de survie.

En étudiant le tableau, elle avait lu à maintes reprise à quel point l'Odalisque avait outragé les académistes avec son manque de rigueur physique lorsqu'elle leur avait été présentée. Ingres avait préféré répondre à l'appel de la nature plutôt qu'à ses lois, et, disaient les critiques actuels et passés, avait succombé à son amour incommensurable de la sensualité. Les longues lignes, le regard trouble et profond, l'assurance tranquille de la dominante qui joue avec son royal amant comme avec une marionnette.

Si elle était franche, T'art(e) devait bien admettre qu'elle avait du mal à voir tout ça. L'attirance qu'elle éprouvait pour l'Odalisque n'avait rien de sensuel et tout de charnel.

Là où les autres voyait le stupre et la luxure, elle ne voyait que la chair, partout. La chair de ce long bras rose, de ces joues immenses, de ces fesses aussi absurdes qu'infinies ; il n'était pour elle pas tant question de sexe que de pâtisserie.

L'Odalisque lui faisait le même effet que l'un des énormes gâteaux au yaourt de son enfance : elle lui mettait l'eau à la bouche. Elle voulait la pétrir, plonger les mains dans sa pâte et se lécher les doigts, la mettre au four, la regarder gonfler , puis se couper d'énormes parts, et risquer de s'y brûler la bouche. Et la sentir moelleuse et chaude d'contre sa langue.

Promis, disait-elle, c'est pas du NSFW. C'est du gâteau. Le gâteau c'est tout public.

 

T'art(e) ( qui n'avait pas choisi son pseudo à la légère) secoua la tête pour se sortir le gâteau des idées – même si elle s'en ferait probablement un avant la fin de la semaine. Elle ferma les yeux et reposa son front sur ses bras, l'Odalisque flottant toujours dans son esprit.

La beauté selon Ingres, quelle absurdité.

La beauté selon Instagram, quelle absurdité aussi, ce dit.

Dans le secrets des rêves de T'art(e), l'Odalisque lui adressa un clin d’œil, et elles échangèrent un check.

Elles étaient pareilles toutes les deux.

Et faites l'une pour l'autre.

Note de fin de chapitre:

Merci d'avoir lu, et j'espère que ça vous aura plu !

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