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Notes :

My head is an animal est le titre du premier album de Of Monsters And Men,


Ceci est un recueil de textes imaginés à partir des paroles de leurs chansons, de leurs clips vidéos quand il y en a, et surtout d'un sacré brainstorming faisant appel à de la mythologie, du symbolisme - non, je ne me drogue pas.


Je pense tourner ce recueil autour du conte, certaines chansons sont plus marquées ainsi que d'autres, mais mes textes vont sans doute bien vous dépayser (je n'en reviens toujours pas du résultat du premier, pour tout avouer).


 

Notes d'auteur :

Hello ici,

Ce titre est celui de la première chanson de My Head is an Animal, d'Of Monsters and Men.

Je ne vous en dis pas plus, une jolie image, et le texte en-dessous.

Je vous souhaite une bonne lecture !

Montage réalisé sur Canva à partir d'une photo de Pete Johnson (Pexels)

 

Au cœur des montagnes recouvertes d'une épaisse forêt verte, vivent un homme et son fils. Le voyageur pressé ne ferait pas attention à cette cabane faite de rondins, et au toit de feuillage. Elle se fond dans la forêt, nichée au cœur de cette minuscule clairière. D'ailleurs, personne ne remarque cette maison, et personne ne connait l'existence de cet homme et de son fils. D'ailleurs, personne ne pénètre cette forêt dont un homme et son fils sont les gardiens. Ils en connaissent le moindre arbre, la plus petite pierre. Cette forêt est éternelle, immuable. Les seules choses qui ont le droit d'être changées sont dans cette clairière qui est leur royaume. Les seules choses qu'ils ont le droit de transformer, c'est dans leur cabane faite de rondins collectés dans la forêt, de feuillages chinés dans les sentes.

Sur l'épaule de l'enfant se perche sa libellule. Battant des ailes, elle joue avec les cheveux du garçon, nettoie ses yeux globuleux avec ses pattes, défroisse ses ailes transparentes sur son corps longiligne, d'un blanc irréel mêlé d'un bleu plus profond que celui du ciel qu'ils peinent à voir tant la frondaison est épaisse. Seule leur clairière se recouvre d'un tapis d'herbes folles, de fleurs, et leur petit carré de potager, pourtant microscopique, leur fournit suffisamment de nourriture. A la lisière de la clairière et de la forêt, coule un ruisseau qui serpente entre les racines des arbres et les pierres glissantes de mousse. C'est là qu'ils puisent leur eau, et c'est là que la demoiselle chasse.

Et ce jour qui est tout comme les autres jours, l'enfant ne tient pas en place dans la cabane. Il joue avec la libellule, la poursuit, les mains tendues, le rire au bord des lèvres, les yeux qui pétillent. Le bruit de ses pas sautillant sur le plancher rebondit sur les rondins et le père, occupé à colmater de mousse les interstices qui laissent passer l'air qui se rafraîchit s'agace de l'agitation de son garçon.

« Va donc t'occuper du jardin. »

La libellule file à travers un trou dans le mur, et le garçon sort en courant par l'unique porte de leur cabane, et le bruit le suit, et le père savoure le silence qui repose autour de lui. Du silence, c'est ce dont il avait besoin. Les arbres causent tout le temps, des histoires passées de branches en branches, qui se mêlent et s'entremêlent dans une cacophonie d'événements. Le vent agite parfois les feuilles qui bruissent des rumeurs de pays lointains, de héros dont les histoires sont passées depuis bien longtemps, mais ne s'oublieront pas, colportées d'arbre en arbre, de forêt en forêt.

Par la porte entrouverte, l'oreille du père est attirée par les exclamations de son fils.

« Pa ! Pa ! Elle est partie, ma demoiselle ! »

Le père tourne la tête vers la porte qui laisse entrer le froid du dehors. Tous les signes sont là. Les journées raccourcissent, l'air est plus frais, les feuilles des arbres commencent à jaunir. Le père laisse la mousse dans son panier, et part rejoindre son fils dehors. Il y a bien d'autres demoiselles le long du cour d'eau qui serpente à la lisière de la forêt. Leur corps longiligne brille de bleu pétrole, de rouge, de vert, de violet, de jaune parfois. Mais nulle trace de ce blanc irréel mêlé au bleu du ciel. Le fils se tourne vers son père, les yeux baignés de larmes et la lèvre tremblante. Le père esquisse une moue désolée. Tous les ans, c'est la même chose. La demoiselle s'en va, et revient quelques jours après, avec la même histoire à raconter. Une histoire qui ira si vite que les arbres n'auront pas le temps de la colporter, avant de devenir muets, orphelins de leur feuillage d'été.

« Tu sais ce que ça veut dire, Arthur. »

L'enfant hoche de la tête sans répondre. Il aimerait tellement profiter encore de l'été qui va tirer sa révérence. Les choses vont changer. Bientôt, leur vie paisible va être bouleversée. Bientôt, tout bientôt, quand sa demoiselle reviendra avec une histoire que même les arbres ne connaissent pas encore. Une histoire qui va pourtant sonner comme tellement d'autres, curieusement familière et pourtant étonnamment inédite. Une histoire qui est en fait un mythe, entendu différemment par chaque oreille tendue, répétée d'une autre manière par chaque bouche, bruissement de feuilles. Des « on dit » colportés par le vent.

Arthur acquiesce, et regarde son père s'éloigner, et retourner à la cabane pour continuer d'en colmater les passages d'air avec de la mousse, et de la boue pour que tout cela tienne. Le garçon s'assoit alors sur une pierre du cour d'eau, et observe d'un air triste les demoiselles, sans reconnaître la sienne. Même si c'est une histoire qu'il connait par cœur, il ne peut s'empêcher de s'inquiéter pour elle, et des nouvelles qu'elle rapportera de son voyage. Elle qui ne s'éloigne jamais beaucoup de son épaule ou de son cour d'eau, entreprend un voyage bien lointain. Les yeux de l'enfant se perdent au-delà du cour d'eau, cherchant parmi les fûts des arbres le petit éclair blanc strié de bleu qu'il sait pourtant qu'il ne reverra pas de sitôt.

 

 

Aiguille file comme le vent dans la forêt, slalomant entre les troncs, ses yeux globuleux regardant avec attention autour d'elle si elle n'attire pas le regard des oiseaux qui n'en feraient qu'une bouchée. Blanche et bleue dans la forêt obscure, rapide parmi les arbres qui ne font que se balancer en se racontant toujours les mêmes histoires. Le battement de ses ailes est si discret qu'il ne concurrence pas le bruissement des feuilles ni le chant des oiseaux. Aiguille se demande même ce qu'ils peuvent se raconter, portant leur chant de branche en branche, d'arbre en arbre, d'un bout à l'autre de la forêt. Elle préfère rester sous le couvert des arbres, là où il y a trop d'obstacles pour qu'on la remarque vraiment, elle pourtant si blanche dans les sombres sous-bois. Elle se souvient du chemin qu'elle parcourt tous les ans, elle ou une autre libellule au corps blanc strié de bleu. Elle ne sait pas si ce sont ses souvenirs, ou ceux d'une autre, mais cela n'a pas d'importance. Après avoir profité du printemps et de l'été, elle part pour y mettre fin.

D'ailleurs, plus elle s'éloigne de la clairière abritant un ours et son fils, plus les feuillages jaunissent, s'assombrissent, et plus elle s'approche du vieux Crache Fumée, plus les arbres deviennent muets, dépourvus de leur feuillage du vert profond de l'été. Les arbres se clairsèment sur les flancs du volcan, et Aiguille ne sait pas si ce sont les battements de ses ailes qui bourdonnent ainsi, ou le volcan qui ronronnent, ou les ruchers, dont elle ne doit pas être éloignée.

Aiguille se dirige un moment vers la bouche de feu du vieux Crache Fumée, et se rend compte que le ciel qui était bleu jusqu'alors blanchit, ou grise même, peut-être. Elle regarde avec plus d'attention au-dessus d'elle, craignant qu'un oiseau la survole, mais c'est d'abeilles que le ciel s'emplit. D'abeilles qui bourdonnent, furieuses, comme tentant de leurs ailes désespérées, de repousser les nuages gris qui prennent leurs aises au-dessus de la bouche de feu.

Aiguille sait qu'elle doit provoquer cette guerre, et mettre fin à l'été. La libellule est l'impossible immortalité. La vie doit prendre fin, l'éternité n'appartient pas à ce monde, pas même au vieux volcan. Les chants d'oiseaux qu'Aiguille entendait derrière elle, deviennent des cris, des appels, et le ciel se remplit d'oiseaux colorés partant pour le Sud, alors que les oiseaux sombres hivernent dans la forêt. Un père et son fils vont laisser derrière eux leur peau d'homme pour reprendre leur peau d'ours pour affronter les rigueurs de l'hiver, et la reine des abeilles va déclencher une guerre, encore une fois. Sauf que cette fois-ci, c'est à son tour de la perdre. C'est l'ordre naturel des choses, même si dans son orgueil, la reine souhaite que les saisons chaudes durent éternellement.

Aiguille se rapproche dangereusement de la bouche de feu du vieux Crache Fumée, au point qu'elle sent presque la chaleur du volcan embraser le bout de ses ailes. Mais c'est ce qu'elle doit faire. Aller si loin du cour d'eau pour déclencher une guerre. Alors qu'elle tourne autour de la bouche du volcan, elle perçoit le ciel s'assombrir encore, comme si le soleil disparaissait en pleine journée. Ses yeux globuleux regardent en haut. Un mélange de cendres, d'oiseaux partant vers le Sud ou voletant en ronds piaillant tous de concert, et les abeilles. Les abeilles sont là, par millions. Le bruit dans le ciel devient assourdissant, l'atmosphère est électrique. Aiguille regarde alors en bas, et si une libellule pouvait sourire, elle le ferait. La bête de l'Hiver est là. Enorme, à la fourrure épaisse, aux pattes noircies de boue. Elle est descendue des montagnes recouvertes de forêt entourant Crache Fumée, là où elle prend ses quartiers d'été, dans les sommets enneigés. La gueule pleine de crocs, les pattes pleines de griffes, elle tend un poing vers le ciel en poussant un grognement terrifiant, digne des plus effrayantes humeurs du volcan. Et de terriers nichés entre les racines des arbres, d'autres bêtes à poils, de toute taille, sortent et lèvent leurs yeux au ciel sombre, de cendres, de neige et d'ailes par milliers mêlés. Aiguille quitte alors les flancs du volcan qui deviennent un champ de bataille pour retourner au plus profond de la forêt, là où les arbres sont encore habillés de leur feuillage d'été, pour dire à un père et son fils qu'il est temps de se préparer.

 

Arthur n'a pas quitté des yeux les demoiselles qui papillonnent le long du cours d'eau, leur corps longiligne miroitant de couleurs chatoyantes, mais aucune n'a une robe telle que celle de sa demoiselle. Le petit garçon fronce les sourcils quand la luminosité diminue alors qu'ils sont en plein milieu de la journée. Leur petite clairière est le coin le plus lumineux de la forêt qui les entoure, leur oasis dans ce désert d'arbres, de branches, de fourrés.

Ses yeux verts se plissent, et s'assombrissent quand ils repèrent un éclair blanc strié de bleu. Il se lève alors de son rocher, le cœur battant à tout rompre, et la libellule lui fait la fête en volant à toute vitesse autour de lui, lui donnant le tournis, alors qu'il tourne sur lui-même, les bras écartés pour maintenir un équilibre précaire.

Quand la forêt a cessé de tourner, que le haut est resté en haut et le bas en bas, Arthur sent sur son épaule les petites pattes d'Aiguille, qui se lance dans une grande toilette de son corps longiligne, à la couleur irréelle, et de ses yeux globuleux, puis de ses ailes transparentes.

« Alors ? »

Aiguille bat des ailes à toute vitesse, ce qui provoque un espèce de bourdonnement dans les oreilles d'Arthur, et la petite voix aiguë de la libellule lui parvient.

« La Bête de l'Hiver est descendue de la montagne, la Reine du Miel a déclenché la guerre, les oiseaux les plus beaux volent à la recherche du soleil, et les plus sombres participent aux échauffourées. Il est temps de rentrer, Arthur. L'Hiver va recouvrir la forêt. »

Arthur acquiesce, la mine grave. C'est tous les ans pareil. Il se retourne vers la cabane à l'entrée de laquelle la haute et large silhouette de son père, à la barbe hirsute, et aux yeux sombres et petits, se tient, presque menaçante.

Le silence tombe sur la forêt. Les animaux se nichent, tremblant, dans leurs terriers, et le ciel s'assombrit tellement qu'Arthur croit que la nuit tombe, mais non. On est encore dans l'après-midi.

« Arthur, viens. Il est l'heure. »

Le poids léger de la libellule sur son épaule s'envole et Arthur se sent presque seul, en l'absence de son amie, qui, cette fois-ci, vole haut, si haut dans le ciel, que le petit garçon ne la discerne bientôt plus. Blanche striée de bleu, avalée par le gris.

Arthur baisse les yeux sur le sol, et remarque ses pieds qui s'élargissent, s'agrandissent, ses ongles deviennent griffes. Ses mains se portent à son visage, sa bouche et son nez devenus museau, sa tête s'arrondissant, ses oreilles se déplaçant sur le haut de son crâne, et surtout cette fourrure épaisse et marron, qui le recouvre tout entier. C'est à quatre pattes qu'il rejoint sa cabane, et l'ours qui la garde aussi.

La cabane est chaude et confortable, leur épaisse fourrure les protège du froid qui tombe, et les interstices qui laissent passer la morsure de l'air ne sont plus que de mauvais souvenirs. L'ours et l'ourson se roulent en boule dans le recoin le plus chaud de la cabane et attendent que la reine défaite les rejoignent bientôt. Alors, ils pourront dormir jusqu'à ce que la reine se réveille et appelle de ses voeux le Printemps.

 

La Bête de l'Hiver ne ressemble à aucun animal connu, elle se déplace sur ses deux pattes arrières, bravant la fumée que libère le vieux Crache Fumée, et les cendres de neige mêlées qui volettent dans l'air avant de s'écraser au sol sous les larges pattes de la Bête de l'Hiver. Tout autour d'elle, les arbres qui avaient encore des feuilles sombres, les perdent, et au-dessus d'elle, dans le ciel, une cacophonie de cris d'oiseaux et de chants, de battements d'aile et de claquements de becs, casse le silence qu'amène l'Hiver. C'est tous les ans la même chose. La Bête parcourt les forêts, alors que le ciel se transforme en champ de bataille, et que des animaux se terrent dans leurs terriers, effrayés.

Imperturbable, elle écrase les branches et les feuilles mortes, et poursuit son chemin, et avec elle, la guerre qui se déplace dans le ciel, et touche parfois la terre.

Dans le ciel, la Reine du Miel est au centre de son essaim, et dans une tentative désespérée de prolonger l'été, elle perd autant de soldates qui piquent les oiseaux qui essaient de les gober, que d'abeilles dévorées par les becs goulus des oiseaux migrateurs, qui ont besoin de beaucoup se nourrir pour pouvoir tenir le temps de leur voyage vers les pays chauds.

Bientôt, défaite, entourée de ses dernières fidèles, elle sent son corps s'alourdir, ses ailes coller à son dos, et la fourrure autour de son cou s'épaissir. Bientôt, ce n'est plus six pattes qu'elle a, mais deux bras et deux jambes, et un corps couleur miel, et une fourrure qui recouvre si peu de sa peau que si elle ne se presse pas, l'Hiver l'emportera, et avec elle la promesse du printemps.

Les pieds nus sur la terre recouverte d'un mélange de cendres et de neige, ses pas crissant sur le corps de ses soldates que les oiseaux n'ont pas mangé, elle sent la chair de poule parcourir son corps, et avance entre les arbres, vite, le plus vite possible, avant que la Bête de l'Hiver ne la retrouve.

C'est toujours la même histoire. C'est une guerre qu'elle perd une fois l'an. Mais, même assurée de sa victoire dans quelques mois, la Reine du Miel craint qu'un jour, tout cela s'arrête.

 

La porte est entrouverte, toujours. La forêt est sombre, et la clairière le seul endroit qui reçoit tant de la lumière s'écoulant du ciel. La Reine du Miel lance un dernier regard triste vers le ciel, vers cette fichue libellule qui murmure à l'oreille de son fils quand elle est occupée ailleurs, mais elle ne la voit pas. Elle ne la voit jamais, celle qui en un battement d'aile provoque l'arrivée de l'Hiver et le réveil du vieux Crache Fumée.

Frigorifiée, elle monte les quelques marches du porche et ouvre la porte qu'elle referme derrière elle. Elle ne distingue que deux masses sombres et leur souffle chaud. Martin et Arthur. Son époux et son fils. L'atmosphère de la cabane est si chaleureuse, mélange de leur souffle, et de leurs corps qui bouillonnent, qu'elle se sent immédiatement bien plus vivante que quelques instants auparavant. Elle a une dernière pensée pour ses soldates dévorées, sacrifiées, pour ce miel qui ne va durer qu'un hiver, pour ces fleurs qui meurent, et la terre qui se repose, comme elle aussi, elle doit se reposer. Elle s'agenouille et laisse ses mains se promener sur la fourrure épaisse de Martin et d'Arthur. Elle s'allonge à leurs côtés, et se blottit contre l'immense silhouette de Martin. Une énorme patte vient la rapprocher encore plus près, alors que dans un souffle, elle entend.

« Mélissa. »

Alors, la Reine du Miel sourit et se dit qu'elle peut se reposer.

Jusqu'à ce que la terre s'éveille de nouveau et ait besoin d'elle.

Note de fin de chapitre:

Et voilà ! L'accouchement a été difficile, parce qu'il a fallu bien imaginer tout ça, tirer des traits entre les paroles, m'imprégner des quelques images du clip, partir sur des mythologies diverses et variées que j'ai transformées dans mon esprit, arroser le tout d'un peu du symbolisme des abeilles, de la libellule, et de l'ours, et ça donne ce texte :)

J'espère que la lecture vous a été agréable, n'hésitez pas à laisser un commentaire, j'y réponds toujours, même si je mets le temps !

A bientôt ;)

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