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Le lendemain de cette sombre nuit, un groupe de touristes, en provenance de la métropole d'Urbego, fit son arrivée en Urvakane, après un assez long trajet en train aérien. A l'image d'Illawyn et a fortiori d'Erdarane, c'était une petite troupe cosmopolite d'une diversité harmonieuse. Sept créatures aux allures et caractères bien distincts composaient ce curieux assemblage :

· Gideon « Stryte » passait pour le meneur de l'équipe. C'était un personnage humanoïde assez jeune, évoquant passablement un mustélidé (peut-être plus spécialement un furet) à fourrure brune et possédant des cheveux blonds solaires coupés au carré.

· Oswald « Ozzie » tenait pour sa part le milieu entre l'homme, la chauve-souris et le koala, possédant la posture bipède de l'un, les longues oreilles et l'ouïe fine de l'autre et enfin le museau rond et noir caractéristique du troisième. Cet étrange amalgame de traits se voyait complété par une fourrure rousse ainsi qu'une longue mèche de cheveux rouge ornant le sommet de son visage débonnaire.

· Yalla était pour sa part d'allure vulpine. Humanoïde également, de longs cheveux bruns soyeux ornaient son joli minois pour se faufiler jusqu'à son dos.

· Malou, félin femelle quadrupède paraissant à mi-chemin entre la tigresse et la panthère.

· Kelly, autre créature anthropomorphe, son allure tenait à la fois du sconse et du marsupial. Un peu garçon manqué malgré sa longue chevelure blanche lui conférant un zest de féminité.

· Moddey, canidé quadrupède au pelage jaune, bleu et vert et aux oreilles tombantes.

· Enfin vint Dorian, le plus humanoïde de tous, aux courts cheveux bleus, aux oreilles en trompette, au petit nez beige et à la peau vaguement orangée.

Arrivé au beau pays montagneux, le groupe contempla les magnifiques paysages de monts qui faisaient la réputation du lieu.

-Les amis, nous voici à destination ! s'exclama joyeusement Stryte. Regardez-moi ce décor ! Ca valait le coup de faire la route, non ?

-Un vrai coin de paradis ! confirma Yalla, c'est une bonne idée que tu as eu, Stryte !

-Ne nous fions pas trop à l'apparente tranquilité du lieu ! avertit Ozzie, champion de l'inquiétude. Des rumeurs courent que rares sont les touristes revenus de cette contrée !

-Quand on voit la beauté du cadre, ça s'explique facilement ! plaisanta à moitié Kelly.

-Je vous préviens, les amis que si on doit encore affronter démons, fantômes ou autres joyeusetés du même genre, ce sera sans moi ! tint à préciser Malou

-Malou, Ozzie s'angoisse pour rien ! tenta de la rassurer Dorian

-Gardons en tête que nous ne sommes là que pour une petite excursion d'agrément. Chasse au monstre et aventures périlleuses interdites, détente et amusement obligatoires ! dit Stryte

Moddey, de son côté, et conformément à sa nature canine, humait l'air des environs, analysant tout ce qui parvenait à son radar olfactif.

-Ca sent la montagne, la nature,... ça sent...ça sent ...

Une nouvelle odeur moins agréable lui parvint : celle de l'angoisse et de la panique voilée. Qu'est-ce que cela signifiait ? Moddey décida de ne pas en faire part à ses compagnons. Après tout, ce devait être juste la paranoïa d'Ozzie et Malou qu'il flairait ! Bientôt, une autre odeur, bien plus agréable et intéressante vint lui chatouiller le flair.

-Je sens également la bonne cuisine ! dit-il en se léchant les babines. Qui a faim ?

Les amis prirent alors conscience du vide emplissant leurs estomacs, ce qui commençait à avoir des répercussions sonores.

-Les gars, je crois qu'une pause casse-croûte s'impose, dit Dorian.

-Ouais ! En plus le soir tombe ! Allons trouver une bonne auberge ! Compte tenu de la réputation d'Urvakane, cela ne devrait pas être trop dur à dénicher ! décida Stryte avec enthousiasme.

Les compagnons s'aventurèrent dans le village. Les habitations, principalement des chalets, étaient, pour la plupart, décorés de somptueux motifs lumineux. On n'aurait eu aucun mal à se croire en période de fêtes de fin d'année !

-C'est sûr que ça change de notre bonne cité d'Urbego et de ses grattes-ciels ! constata Dorian.

-C'est curieux, mais j'ai l'impression que notre venue fait sensation, fit observer Yalla.

En effet, la troupe ne tarda pas à remarquer les regards insistants des habitants qui semblaient les observer avec grand intérêt.

-On dirait qu'ils n'ont pas vu d'étrangers depuis longtemps, dit Ozzie qui commençait à se sentir mal à l'aise face à tous ces regards tournés vers eux.

-Notre accoutrement les amuse peut-être, suggéra Stryte. Qui sait ? Evitons de trop y penser.

Le furet humanoïde avisa au loin une des quelques personnes n'ayant pas remarqué leur arrivée. En l'occurrence, une adolescente humanoïde visiblement très occupée avec son téléphone portable !

-Allons lui demander si elle connaît une bonne adresse, décida Stryte.

Toujours absorbée par son activité, la jeune fille ne vit pas le groupe s'approcher et sursauta lorsque Stryte l'aborda courtoisement.

-Pardon, jeune demoiselle...

L'adolescente manqua lâcher son téléphone. Lorsqu'elle se retourna, elle fixa les voyageurs la bouche grande ouverte, comme s'il s'agissait de revenants.

-Vous...vous êtes...des étrangers ? balbutia-t-elle, visiblement mal à l'aise.

Sentant la jeune fille intimidée, Yalla lui parla le plus doucement possible.

-Oui, nous venons d'arriver et cherchons un endroit où nous restaurer et dormir. Nous avons pensé que vous pourriez peut-être nous conseiller une bonne enseigne.

L'adolescente parût encore plus mal à l'aise. Face aux regards surpris du groupe, intrigué par son hésitation, elle s'efforça de reprendre contenance.

-Excusez-moi, je suis un peu timide...en particulier face aux étrangers.

-Tu n'as rien à craindre de nous, petite ! lui dit joyeusement Kelly à dessein de la rassurer, ce qui ne sembla fonctionner qu'à moitié. La jeune fille sembla hésiter encore quelques instants avant de répondre :

-A vrai dire, je connais un très bon établissement tenu par un ami de ma famille. C'est à deux pas d'ici. Si vous voulez bien me suivre...

Les compagnons s'exécutèrent. Toutefois, Malou remarqua que les habitants continuaient à les suivre du regard tandis qu'elle et ses amis avançaient à la suite de la jeune fille.

-Je n'aime pas ça du tout ! songea-t-elle pour elle-même. Si je n'avais pas promis de me détendre un peu, je jurerais qu'il y a anguille sous roche...

Quelques instants plus tard, la troupe fut amenée à l'entrée d'un luxueux établissement sobrement nommé "Au bon accueil".

-Eh bien ! Cela me semble un endroit fort accueillant pour s'appeler ainsi ! s'exclama Moddey.

Il sourit avec reconnaissance à l'adolescente qui s'efforça de sourire, toujours en proie à un mal être évident, comme si le fait de les avoir amenés à cette auberge l'emplissait de honte.

-Je vais vous demander d'attendre ici, dit-elle d'une voix tremblante, le temps que j'annonce votre venue au patron.

Un peu plus tard, elle vint retrouver la bande à l'entrée de l'auberge en compagnie d'un grand gaillard, humanoïde comme elle, que les compagnons devinèrent être le tenancier de l'auberge, à en juger par son embonpoint et son tablier bien usé.

-Bien le bonsoir les amis ! lança-t-il d'une voix exagérément enjouée à l'adresse des jeunes touristes. Bienvenue en Urvakane ! Marie ci-présente m'a dit que vous étiez nouveaux dans la région, me trompe-je ?

-A vrai dire, nous venons à peine d'arriver. Nous venons d'Urbego, précisa Ozzie, un peu intimidé.

-Ahah ! Des gens de la capitale ! Mais qu'importe ! En Urvakane, on loge tout le monde à la même enseigne. Entrez donc, chers amis ! C'est ma tournée !

Les compagnons ne se firent pas prier quand bien même Yalla se sentait un peu pincée par le terme « gens de la capitale » à la connotation douteuse. Cela mis de côté, la réputation des Urvakans comme rois de l'accueil paraissait bien fondée ! Le groupe et Marie suivirent donc le patron vers une grande salle dans laquelle résonnait une charmante musique d'ambiance et d'où jaillissaient des odeurs à faire saliver le moins gourmand des êtres !

Le patron frappa dans ses mains afin d'attirer l'attention des clients déjà attablés.

-Chers amis ! Ce soir nous avons des invités ! s'égosilla-t-il en désignant les nouveaux-venus.

Une exclamation enjouée résonna dans la grande salle en guise de bienvenue. Certains clients allèrent même jusqu'à lever leur verre. Toute cette attention sidéra le groupe. Malou se fit la réflexion que c'était trop enjoué pour être sincère.

-Pour un accueil c'est un accueil, fit Kelly.

Le patron amena ensuite les étrangers à une grande et belle table sur laquelle il déposa peu après un amas de mets et de victuailles digne d'un banquet royal ! De quoi supprimer bien des scrupules.

-Bon appétit ! lancèrent conjointement le cuisinier et le reste des clients.

Sans attendre davantage, l'équipe se jeta goulûment sur le festin pantagruélique. Marie les observait manger avec appréhension.

-Joins-toi à nous, petite ! l'invita Stryte.

Celle-ci refusa poliment, prétextant un manque d'appétit. Mais son malaise était clairement ailleurs. Les nouveaux venus se régalaient trop pour s'en soucier, cependant.

Quand tous les plats furent engloutis, le patron revint vers eux avec le dessert.

-Spécialité locale : un fruit délicieux dont vous me direz des nouvelles, jeunes gens !

Les compagnons se servirent alors dans le plat qui contenaient d'étranges petits fruits dont la forme et la couleur rappelaient des prunes miniatures. Dès lors qu'ils mordirent dedans, ils sombrèrent dans les vignes du Seigneur. Ce fruit, au puissant goût de miel, était d'une douceur telle qu'un simple quartier suffisait à plonger dans un joyeux oubli !

-Enfin je me sens vraiment détendue...fit Malou, la tête ailleurs.

-C'est décidé, les amis ! Nous restons bien quelques semaines ici ! déclara Stryte, dans le même état d'ébriété, voire quelques mois...

Le tenancier se frotta subrepticement les mains et envoya un clin d'œil à Marie ce qui arracha à cette dernière une grimace dégoûtée.

Une fois les fruits terminés, les compagnons baillaient à discrétion.

-Je me sens un peu vaseuse, dit Malou

-Moi aussi, dit à son tour Yalla qui commençait à sérieusement piquer du nez.

-Un petit dodo ne serait pas malvenu, dit Kelly.

Le tenancier de l'auberge s'approcha d'eux :

-Je vais vous montrer votre chambre. La plus belle de l'auberge, pas moins !

Les compagnons s'efforcèrent de le suivre, tels des zombies s'agrippant tant bien que mal à la vie. Parvenus à la spacieuse chambre réservée aux invités de marque, les compagnons se précipitèrent autant que leur état leur permettait sur les lits qui s'offraient à eux. Sans prendre le temps de remercier le patron ni de se souhaiter la bonne nuit, nos sept amis s'enroulèrent d'un sommeil que même un ouragan ne saurait briser, à la satisfaction malsaine du tavernier qui regagna la salle d'accueil de l'auberge. Il y retrouva Marie qui l'y attendait et à qui il tendit une liasse de billets.

-Merci petite, tu es ma meilleure rabatteuse ! Grâce à toi, Urvakane a gagné un peu de répit ! Tu peux disposer maintenant.

Marie prit les billets qu'elle fixa quelques instants comme s'il s'agissait d'un cadeau empoisonné, après quoi elle se précipita hors de l'auberge. Une fois dehors, elle se cacha des oreilles et des regards indiscrets pour s'effondrer en larmes. Ces étrangers s'étaient montrés si polis et si aimables ! Elle avait beau ne pas les connaître intimement, elle sentait bien qu'ils n'étaient pas dignes d'une telle sentence ! Pour de l'argent, qui plus est ! Quand bien même la situation financière critique de sa famille, mêlée à l'influence croissante du Tavernier sur les gens du village et à la menace pesant sur la région l'obligeait à de telles besognes, sa conscience la harcelait jour et nuit. La pauvrette priait pour qu'un jour, elle et son peuple soit débarrassés une bonne fois pour toutes des Trois Fléaux, à cause desquels elle se voyait contrainte à de telles bassesses.
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