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Notes d'auteur :

Bonjour à tous.tes !

Voici ma participation à la troisième Boîte à Flemme : Bloo blah blay. Mon texte répond aux contraintes suivantes :

- Ecrire une action qui tient en un dialogue uniquement, entre une psychiatre et sa patiente

- Le dialogue représente au moins les 2/3 du texte

- Le dialogue doit suivre le registre de l'absurde (j'ai fait ce que j'ai pu là dessus XD)

- Faire un dialogue de vingt lignes sans interruption (mais avec possibilité d'incises)

- Le texte comporte une chute (encore une fois, j'ai essayé mais c'est pas fameux)

Merci à dreamer et Fleur pour leurs consignes qui m'ont bien inspirée, j'espère que ce texte vous plaira, et bonne lecture !

TW : mention de tentatives de suicide et maladies mentales

Une pièce sobrement décorée, deux fauteuils qui se font face.

Dans le premier, une jeune femme avec un bloc-notes, qui tente à tout prix de retenir un soupir, le regard un peu blasé derrière ses lunettes. Elle n’est pas diplômée depuis longtemps, mais elle est déjà désabusée de son métier, parfois.

Surtout quand elle a affaire à des patients tels qu’Andy. Cette dernière regarde le paquet de mouchoirs près d’elle avec un air circonspect. Elle a l’air calme, aujourd’hui.

Ce n’est jamais bon signe.

— Comment allez-vous aujourd’hui, Andy ? commence Diane d’une voix douce.

— Bien.

— Juste bien ? Vous ne voulez pas élaborer ?

— J’ai mangé une crêpe, ce matin.

— Et elle était bonne ?

— Passable.

— Parce qu’elle n’était pas assez bonne, ou parce que vous l’avez mangée dans des conditions qui vous ont déplu ?

— Peut-être les deux. Vous aimez les oranges, docteure ?

— Non, mais là n’est pas la question. Dans quelle situation avez-vous…

— Moi non plus, je n’aime pas les oranges. C’est trop acide.

— Je suis bien d’accord. Revenons à votre petit-déjeuner et votre crêpe, que s’est-il passé pour…

— Je l’ai achetée dans un food-truck sur le chemin en venant vous voir. La vendeuse m’a appelée mademoiselle.

— Je vois. Et cela vous a dérangé ?

— Oui. Ça m’a fait penser à la moi d’avant.

— C’est-à-dire ?

— Celle qui… qui n’avait pas de problème, vous savez ? Quand j’étais jeune. Je n’avais pas de problème.

— Parce que vous estimez avoir un problème, aujourd’hui ?

Andy rit, d’un rire un peu dépité, qui se transforme en un sanglot. Diane attend qu’elle se mouche et s’essuie les yeux, puis elle parle de nouveau, d’une voix plus douce encore. Elle déteste sa voix de praticienne, elle aurait envie de se donner des  claques si elle avait été en face.

— Nous en avons déjà discuté, Andy.

— Exactement, et je n’ai jamais été d’accord avec vous. Bien sûr que j’ai un problème. Un putain de gros problème, même.

— Mais vous n’êtes pas seule, vous travaillez dessus, vous faites constamment des efforts. Il ne faut pas être si pessimiste, je vous l’ai déjà dit. Essayez de…

— Vous ne vous dites jamais que la vie est inutile et vide de sens, docteure ?

— Que voulez-vous dire ?

— C’est pourtant clair.

— Vous avez souvent ce genre de pensées ?

— Toujours.

— Vous êtes sûre ?

— Non, admit Andy après une hésitation. Pas toujours. Pas quand je vais bien. Mais quand je vais mal, quand je suis dans ces putains de vagues descendantes, ça m’obsède.

— Qu’est-ce qui vous obsède ?

— Mon désarroi face à ce monde si étranger. J’ai l’impression de ne plus saisir le sens de mon existence. Je me perds, je me noie. Je coule.

— Vous savez que c’est la maladie qui parle, pourtant.

— Et alors ? Il n’empêche que ces pensées sont là.

— Et elles vous mènent à quoi, ces pensées ?

— A me dire que la vie est inutile, fade, sans saveurs.

— Qu’est-ce que cela engendre comme envies, chez vous ?

— Vous pensez que je songe au suicide, c’est ça ?

— C’est à vous que je pose la question.

— Parfois, oui, je ne vais pas mentir. Je me dis que ce serait si simple, de me jeter devant le métro alors qu’il arrive.

— Qu’est-ce qui vous retient ?

— De me dire que ça va faire chier tout le monde, le temps qu’on vienne récupérer mon corps. Et puis les gars qui viendront me récupérer, tiens. Les pauvres, ils ne méritent pas de voir ça, même si c’est leur boulot. Ça doit être dégueu, un corps écrasé par un métro. Et vous, un peu.

— Moi ?

— J’ai l’impression que vous êtes la seule qui croit un peu en moi.

— Vous savez que c’est faux, je ne suis pas la seule et il y a votre famille, vos amis…

— Vous savez que je n’ai pas d’amis, rétorque Andy.

— Je vous ai déjà dit qu’il fallait s’entourer de bonnes personnes, de ceux et celles qui comprendront votre maladie. Vos relations précédentes, amicales ou autres, étaient toxiques, et s’en débarrasser constitue une avancée, vous étiez d’accord, n’est-ce pas ?

— La moi d’avant était d’accord, mais je ne la comprends pas.

— Comment ça ?

— Comment est-ce qu’elle fait, elle, pour être heureuse tout le temps ?

— Ce n’est pas vraiment du bonheur.

— Vous voyez ce que je veux dire.

— Oui, mais nous en avons déjà discuté. Elle n’est pas heureuse, elle aussi elle souffre de ses actes.

— Pas comme moi.

Le regard d’Andy se perd dans le vide, et elle frotte son poignet d’un air absent. Diane ne peut empêcher ses yeux de s’y poser, brièvement. A l’endroit de ses cicatrices d’automutilation, qui dataient de sa période avant qu’elle ne commence à  voir un psychiatre.

— Vous ne savez pas ce qui a déclenché votre état dépressif d’aujourd’hui ?

— La crêpe.

— La crêpe ou la vendeuse ?

— J’allais mal avant la vendeuse.

— Quand, exactement ?

— Hier soir.

— Que s’est-il passé ?

— J’ai passé la journée dans un état euphorique. J’ai fait les boutiques, j’ai appelé ma mère, tout allait bien. Et puis je suis rentrée et là…

— Ça vous est tombé dessus ?

— Exactement. Le paysage sur ce tableau, ça vient d’où ?

— Mexique, répond brièvement Diane. Et qu’est-ce que vous avez fait, ensuite ?

— Après le Mexique ? Je n’y suis jamais allée. Ça ne m’intéresse pas trop, je dois dire. A quoi bon ?

— Non, après être rentrée chez vous et vous être sentie mal.

— Ah. Je suis allée pleurer sous la douche.

— Vous n’aviez personne à appeler ?

— Je vous ai déjà dit que je n’avais pas d’amis.

— Et ensuite ?

— Ensuite je suis allée me coucher. A dix-huit heures. Et je n’ai réussi à sortir du lit uniquement parce que je vous voyais. Et parce que j’avais envie d’une crêpe.

— Ça vous fait du bien, de parler de tout ça avec moi ?

— Peut-être. Je ne sais pas. Non ? Ça ne change rien. Mais je parle à quelqu’un. Je me dis que la vie n’est pas si vaine et futile.

Diane jette un coup d’œil discret à la pendule accrochée en face d’elle. Il est pile.

— Vous êtes sûre que vous ne voulez pas considérer ce que je vous ai proposé depuis le début de cette thérapie ?

Elle pose la question chaque semaine, et la réponse est inlassablement la même.

— Non. Je ne veux pas de médicaments. J’aurais l’impression d’être encore plus malade.

— Se soigner de cette façon ne fait pas de vous quelqu’un de faible, au contraire, vous utiliseriez les bons outils pour vous soigner.

— Vous allez à la fête foraine ce week-end ? J’ai entendu dire qu’il y en avait une qui arrivait aujourd’hui. Je crois que j’aimais bien y aller, quand j’étais petite.

— Je ne pense pas y aller, mais pourquoi est-ce que vous n’allez pas y faire un tour ?

— Parce que je sais que je n’aurai pas la force de quitter mon lit.

Diane a un sourire triste, puis met doucement fin à la séance. Lorsqu’Andy quitte la pièce, elle a la gorge serrée et ses yeux la piquent. Voilà pourquoi elle déteste son métier, d’un certain côté. Elle a l’impression parfois d’être inutile. De ne servir à rien. C’est frustrant, de voir que certains de ses patients n’évoluent pas. Elle espère juste qu’Andy ira mieux, la semaine prochaine. Et peut-être qu’elle changera d’avis, sur ces médicaments.

En attendant, elle accueille le prochain patient, le cœur lourd.

Au moins, les humeurs de celui qu’elle reçoit à présent sont plus faciles à suivre et à guider sur le chemin de la guérison.

Lui n’est pas bipolaire. Juste dépressif.

Note de fin de chapitre:

J'espère que ça vous a plu, n'hésitez pas à laisser un petit mot !

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