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Chapitre 10

 

Le rire s'éternise.

S'amplifie.

Se répercute entre les murs de la maison.

A l'infini.

Comme si ce rire d'enfant, glaçant, trouvait son écho dans chaque pièce, l'une après l'autre.

Du moins, c'est l'impression qu'il donne à Annaëlle. Elle se demande même si l'esprit qui émet cette exclamation sans joie n'a pas réussi à imprimer son éclat de voix tétanisant dans chaque recoin de ses deux oreilles. Elle ne sait plus si le bruit est dans la maison ou dans sa tête tellement il est envahissant.

Puis il s'arrête. Brusquement. Sans autre forme de procès.

Les épaules d'Annaëlle, tendue à l'extrême, douloureuses comme si elle était restée prostré dans la même position pendant des heures, se détendent avec le silence soudain. A sa droite, elle entend Clarence lâcher un soupir bref et rauque, marqué par la terreur.

" Merde. "

C'est la voix de Léo qui retentit, tout haut, et qui traduit plutôt bien à lui tout seul ce que tout le monde semble penser. Même les chasseurs de fantômes qui devraient pourtant plutôt être habitués à ce genre de choses au vu de leur choix de carrière.

Annaëlle glisse un œil sur sa gauche. Léo est enfoncé dans son siège, les mains dans ses cheveux qu'il a ramenés en arrière, dégageant son large front. Un autre coup d'œil, cette fois sur sa droite, lui apprend que Clarence, lui, a déjà repris contenance et se lève de sa chaise, un air déterminé peint sur le visage.

" Allons dans la salle à manger. " clame-t-il d'un ton fort, afin que tout le monde puisse bien l'entendre.

Comme seuls Luc et Ben, toujours à l'autre bout du salon, semblent comprendre et obéir à l'injonction de Clarence, Annaëlle comprend que, s'il a parlé d'un ton si clair, c'était surtout pour que ses amis l'entendent de loin, et non pour que chacun le suive. D'ailleurs, aucun des jeunes gens installés dans le canapé ne fait le moindre mouvement. Il sont tous encore sous le choc de ce qu'ils viennent d'entendre - et peut-être même de ressentir. Annaëlle a le sentiment qu'elle n'a pas été la seule à avoir été aussi touchée par ce rire.

La jeune femme secoue alors brusquement la tête. Elle sait qu'il ne faut pas laisser les fantômes avoir trop d'emprise. Ce n'est jamais bon. Pour personne.

Alors elle se tourne vers Léo, qui semble déjà reprendre quelques couleurs :

" Nous devrions rester avec les autres. Ils ont plus l'habitude de ce genre d’événements que nous. Je pense que ce serait plus prudent. "

Léo cligne des yeux plusieurs fois, comme pour chasser une pensée parasite, puis acquiesce d'un signe de tête en répondant :

" Je suis d'accord. Excellente idée. Rejoignons-les. "

Avec un frisson, il s'arrache à sa chaise pour aller prévenir le reste du groupe. Annaëlle lui emboîte le pas.

Mue par un quelconque instinct, elle se retourne brusquement, juste avant de passer la limite qui sépare la véranda du salon, et braque son regard sur les fenêtres du fond et la double porte vitrée en fer forgée, verrouillée par un solide cadenas - dont Noah s'est fait un plaisir de tester la solidité quelque instants plut tôt, juste après la chute du lustre. Annaëlle croit apercevoir une silhouette dans la nuit, l'ombre d'une personne de petite taille. Mais la vision disparaît si vite qu'elle se demande si elle ne l'a pas tout simplement imaginé.

Incertaine quant à ce qu'elle vient de voir ou pas, elle rejoint Léo près du canapé, où le jeune homme est déjà en train d'expliquer à ses amis qu'il serait sans doute plus judicieux de ne pas rester trop loin de ceux qui semblent savoir ce qu'ils font. Annaëlle arrive pile au moment où la jeune fille aux couettes - que personne n'a encore nommée en présence d'Annaëlle ce qui fait qu'elle ne connaît toujours pas son prénom - lâche un petit rire méprisant, teintée tout de même d'une pointe de peur.

" Tu crois vraiment ces frappadingues ? Je te pensais plus intelligent que ça. "

Visiblement, l'adolescente a la mémoire très sélective. L'un des frappadingues en question lui a quand même évité de se manger un lustre sur le bout du nez quelques minutes plus tôt. Ce n'est visiblement pas la reconnaissance qui étouffe cette jeune fille.

" Ce que tu viens d'entendre, tu l'expliques comment alors ? " rétorque sèchement Léo.

Mécontente, la jeune fille fronce du nez mais reste silencieuse, ne trouvant visiblement rien à dire en retour. Léo poursuit :

" Pour ce qui est du diagnostique psychiatrique de ces trois-là, je propose qu'on attende d'être sortis d'ici. Pour le moment, restons avec eux. Ca semble ce qu'il y a de plus logique à faire. "

Amir acquiesce d'un vif mouvement de la tête, l'adolescente aux couettes croise les bras d'un air mauvais en se renfonçant dans le sofa, Bastien se contente d'un haussement d'épaules nonchalant pour toute réponse et Noah ...

Noah saute sur ses pieds d'un air inquiet et s'exclame :

" Où est Alice ? "

Effectivement, la petite brune manque toujours à l'appel. Annaëlle avait déjà remarqué sa disparition, juste avant que le rire ne retentisse. Puis, elle l'avait oublié.

" Elle ne doit pas être loin. " temporise aussitôt Bastien en se levant à son tour.

Le garçon a sans doute raison, mais qu'Alice ait quitté le salon et se soit éloignée du groupe juste avant que le rire se fasse entendre n'a rien de rassurant. Qui sait ce que les esprits de la maison ont pu faire à la jeune fille pendant ce laps de temps ? Annaëlle est bien placée pour savoir que ceux qui hantent le domaine des Saules sont dangereux. Elle a bien failli, plus jeune, être l'une de leurs victimes. 

Et c'est bien pour cela qu'elle a toujours eu une peur bleue de la propriété.

Semblant ne pas entendre la remarque de Bastien, Noah quitte le salon à son tour, d'un pas pressé. Annaëlle fait de même, moins motivée par un brusque élan de courage que par la crainte de ce qui pourrait arriver à ceux qui se retrouveraient seuls. Elle a beau ne pouvoir supporter son frère que dix minutes par jour, ce n'est pas pour autant qu'elle souhaite sa mort. Et en tant qu'aînée de leur fratrie, elle s'est toujours sentie dans l'obligation de protéger son petit frère, même si elle pense qu'il est loin de mériter un tel effort de sa part.

Une fois sortie du salon, Annaëlle remarque la lumière qui émane de la pièce à l'autre bout du hall, qui jusqu'à présent avait toujours été perdue dans le noir, incapable de révéler sa présence. Elle suppose que c'est là que se trouve la salle à manger où ont disparus Clarence et ses amis.

Noah, lui, a arrêté sa marche au beau milieu du hall, téléphone portable à la main et son application lampe torche activée, histoire de voir où il met les pieds. Le faisceau de lumière balaye rapidement le rez-de-chaussée, à la recherche d'Alice. Dans son mouvement, il éclaire partiellement le premier étage et permet à Annaëlle d'apercevoir une paire de jambes fines enserrées dans un slim sombre.

" Elle est à l'étage. " signale-t-elle alors rapidement à son frère en faisant deux pas pour se poster derrière lui.

Aussitôt, il braque sa lampe sur la rambarde. Alice se trouve bien là, à mi-chemin du couloir qu'elle traverse en se dirigeant vers la partie de l'étage qui se trouve au dessus de la salle à manger.

Sans lumière pour lui ouvrir le chemin.

Qu'est-ce qui a bien pu lui passer par la tête pour qu'elle ose s'aventurer ainsi dans le noir le plus complet ? Annaëlle a bien peur de le comprendre ...

" Alice, mais qu'est-ce que tu fous là-haut ?! " s'écrie Noah.

La jeune fille s'arrête et tourne la tête pour observer celui qui vient de l'interpeller. D'un ton plat, Alice répond :

" Il veut jouer à cache-cache. "

Annaëlle ignore si elle a déjà senti un frisson si violent lui dégringoler la colonne vertébrale. Certainement pas. Elle s'en souviendrait si elle avait déjà eu une chair de poule si puissante que ses jambes aient manqué de la lâcher.

" Mais de quoi tu parles ? " s'étonne Noah, son visage affichant la plus grande incompréhension. " Descends de là, tu veux ? "

" Pourquoi faire ? " rétorque Alice, sourcils froncés. " Il veut seulement jouer avec moi. Il se sent seul. "

Annaëlle prend une brusque inspiration et ferme les yeux. Elle essaye de nier la réalité mais les images affluent. Les souvenirs remontent.

Elle se revoit enfant, sur la plage, les mains enfoncées dans le sable, son seau et sa pelle à côté d'elle. Ses parents ne se trouvent qu'à quelques pas dans son dos, occupés à veiller sur Noah, de deux ans son cadet, tout en discutant avec des connaissances croisés lors de leur ballade. Ils ne gardent qu'un œil insouciant sur la petite Annaëlle de sept ans.

Une autre petite fille, du même âge qu'elle, la rejoint dans son jeu. Le teint couleur chocolat au lait, les cheveux crépus coiffés en deux petits boules sur le dessus de sa tête, un sourire où manquent les deux incisives supérieurs, cette nouvelle amie l'aide dans sa construction du château de sable. Mais les deux petites ont vite faits de s'ennuyer de ce jeu et passent à autre chose. Débute alors une course-poursuite entre elles, qui les éloignent de leur parents et les rapprochent de la dune qui sépare la plage du manoir abandonnée qui domine le secteur.

Tout à leur amusement et à leurs rires, Annaëlle ne remarque qu'au dernier moment que le soleil éclatant de ce mois de mai ne la réchauffe plus autant qu'il le devrait. Elle comprend pourquoi elle a soudainement envie de vomir que quand elle aperçoit le petit garçon aux vêtements étranges, en haut de la dune, qui leur fait signe. Aussitôt, Annaëlle s'arrête de courir. Sa nouvelle amie, elle, continue sa route, rit encore, inconsciente de ce qu'il se passe, ignorante des choses dont Annaëlle a appris à se méfier depuis aussi longtemps qu'elle se souvienne.

La petite métisse poursuit son ascension de la dune, encouragée par le petit garçon qui continue à leur faire signe de le rejoindre, leur criant de venir jouer avec lui à cache-cache. La petite fille hèle aussi Annaëlle pour qu'elle la suive et fasse connaissance avec ce nouveau camarade de jeu. Bien entendu, elle refuse. Annaëlle ne voit que la pâleur maladive du garçon, ses lèvres bleues, ses vêtements d'un autre temps. Elle voudrait prévenir l'autre petite fille, lui intimer de revenir, de ne pas suivre le garçonnet. De ne pas faire confiance à cet enfant qui ne semble pas beaucoup plus âgé qu'elles, mais qui a sans doute vécu bien avant leur venue au monde.

Annaëlle reste tétanisée par la terreur, muette d'effroi. Elle laisse la petite fille terminer son ascension, rejoindre le garçon et disparaître de l'autre côté de la dune.

" Alice, je te dis de descendre ! "

La voix de Noah, à travers de laquelle perce un soupçon de peur, ramène Annaëlle à l'instant présent. Le téléphone de son frère illumine toujours le corridor du premier, où son amie continue de suivre ce qu'Annaëlle suppose être une nouvelle apparition du garçonnet de son enfance.

Leurs éclats de voix ont fini par attirer le reste de leur groupe hors du salon. Ils ramènent avec eux les deux lampes torches gentiment prêtés par les chasseurs de fantômes, augmentant ainsi la luminosité du hall.

" Qu'est-ce qu'il se passe ? " demande Léo en arrivant rapidement à leur niveau, avant de prendre teneur des événements d'un rapide coup d'œil. " Alice, descends, tu veux ? Cette baraque tombe en ruine, ce n'est pas prudent de s'y aventurer comme tu le fais. "

Bastien et la jeune fille aux couettes se mêlent eux aussi aux appels de Noah et de Léo. Alice semble enfin les entendre, secoue la tête et fait machine arrière. Soulagée, Annaëlle la suit du regard alors qu'elle descend l'escalier d'un pas léger, une main glissant sur la rambarde.

" C'est bon, c'est bon, me voilà. " lâche l'adolescente d'un air renfrogné, en arrivant à leur hauteur. " Je voulais juste explorer un peu la maison, vu qu'on est coincés ici. Pourquoi vous en faites toute une histoire ? "

" C'est dangereux de se promener seule ici. " répond Noah en prenant la jeune fille dans ses bras d'un geste tendre.

Cette dernière hausse des épaules, se dégage de l'étreinte et s'éloigne de Noah pour se rapprocher de son amie aux couettes, en ignorant l'air blessé du garçon.

Annaëlle se demande alors comment elle a fait pour ne pas comprendre plus tôt la nature de leur relation, et pourquoi il semble il y avoir de l'eau dans le gaz.

Avant de décider que les histoires de cœur de son petit frère sont le cadet de ses soucis.

" Nous devrions rejoindre les autres. " dit-elle alors dans un filet de voix, peu sûre que qui que ce soit l'écoute.

" Super idée. " renchérit Amir. " La meilleure de la journée. "

Lui qui était resté en arrière de leur groupe, se faufile à présent entre les adolescents pour venir se poster tout près d'Annaëlle.

" On y va ? " lui demande-t-il ensuite, comme si, soudainement, il avait décidé qu'il prendrait dorénavant ses directives auprès de la jeune femme.

Surprise, Annaëlle sourcille, puis regarde Léo. Il acquiesce aussitôt d'un mouvement de tête, puis attrape son ami au teint caramel par le bras pour guider leur groupe.

En silence, ils traversent le reste du hall pour rejoindre la salle à manger, de laquelle leur parvient quelques bribes de voix et de conversation. Arrivée sur le pas de la porte, Annaëlle s'arrête et laisse passer l'intégralité du groupe. 

Elle vient de ressentir un puissant frisson, presque comme un appel.

La jeune femme ferme les yeux, prend une profonde inspiration. Elle tente de résister à l'esprit qui essaye d'attirer son attention. Le froid qui s'approche d'elle, dans son dos, ce picotement entre ses reins, la tétanisent. Elle serre les poings. Elle devrait pourtant fuir au plus vite, reprendre sa route, rejoindre les autres, avant que le fantôme ne la touche. Mais elle n'y arrive pas. La peur fige tous ses mouvements.

Soudain, une main s'empare de son avant-bras. Surprise, elle lâche un petit cri et ouvre les yeux pour découvrir Léo, qui semble avoir rebroussé chemin en ne la voyant pas avec les autres. Sa présence a chassé l'esprit, avant qu'il ne puise poser la main sur elle. Annaëlle se sent reconnaissante au-delà des mots. 

" Qu'est-ce que tu fais ? " demande le jeune homme, les sourcils froncés, avant de diriger sa lampe torche derrière Annaëlle, pour fouiller le hall.

" Rien. " répond-t-elle en relâchant le souffle qu'elle n'avait même pas eu conscience de retenir.

Peu convaincu par sa réponse, comme l'attestent le plis persistants entre ses yeux, Léo tire Anaëlle derrière elle pour  rejoindre l'intérieur de la salle à manger.

La pièce est deux fois plus petite que le salon, mais contient tout de même une immense cheminée identique à celle présente là-bas. Le centre de la salle est occupé par une longue table, autour de laquelle sont rangées une douzaine de chaises en pagailles, envahies de toiles d'araignées. Face à la cheminée, deux buffets vitrés, vidés de leur argenterie, et sous les fenêtres de la façade de la maison, trois consoles, débarrassées de leur bibelots, dont une qui s'est effondré sous le poids des années.

Clarence, Luc et Ben ont pris place à l'extrémité de la salle à manger, devant une porte entrouverte, tournant le dos à celle-ci. Devant eux, installés sur la table et au milieu de nombreux fils électriques, trois ordinateurs portables, un pour chacun d'entre eux. La lumière diffusée par les écrans donnent à leur visage un teint cadavérique. Dans un frisson d'appréhension, Annaëlle se surprend à espérer que cette image n'ait rien d'un présage malheureux.

Les jeunes gens qui constituent le groupe d'Annaëlle n'ont même pas rejoints les chasseurs ; ils se sont contentés de rester debout, près de la cheminée, dans un silence boudeur, à mi-chemin entre l'entrée de la pièce et les trois hommes. Léo, lui, ne fait pas comme eux et tire Annaëlle à sa suite, ne s'arrêtant qu'une fois qu'ils sont postés derrière Luc, installé au centre du bout de table, les yeux rivés sur un écran splitté en quatre. 

Intriguée par ce qui est affiché sur l'ordinateur, Annaëlle se penche afin de mieux voir l'écran. Chacun des carrés montre une pièce différente, filmée en noir et blanc, sans doute celles de l'étage puisque trois ont l'air d'être d'anciennes chambres, tandis que la dernière ressemble plutôt à un grand bureau. D'un coup d'œil, Annaëlle regarde ensuite les deux autres appareils. Celui de Clarence affiche le même écran splitté, où seulement deux pièces s'affichent : une vieille cuisine et la pièce où ils sont tous rassemblés. En se tournant largement vers le coin arrière droit de la salle, Annaëlle aperçoit alors deux caméras sur trépied, sagement installées. L'ordinateur de Ben, lui, est ouvert sur un traitement de texte agrémenté de photos très anciennes, datant certainement de la même époque que la maison. 

" Qu'est-ce que vous faites au juste ? " demande Léo, une main posée sur le dossier de la chaise de Clarence et les yeux rivés sur l'écran de Luc. 

" On essaye de repérer du mouvement, quoi que ce soit qui nous renseigne sur l'origine du rire de tout à l'heure. Mais les caméras n'ont rien vu d'exceptionnel. Qui que c'était, il est resté caché. " répond calmement Clarence.

" Je vois que la caméra de la salle à manger filme aussi l'arche qui nous sépare du hall. Quand nous sommes entrés, quelque chose nous a suivi ? " 

Annaëlle, qui avait gardé les yeux fixés sur les écrans, se tourne brusquement vers Léo, surprise par sa question. Clarence aussi se retourne, étonné. 

" Je visualisais les enregistrements de l'étage à ce moment-là, donc je ne sais pas. Pourquoi ? Il s'est passé quelque chose ? "

Léo donne un coup de tête en direction des adolescents restés près de la cheminée en expliquant : 

" Alice est montée toute seule. Elle n'a pas été plus loin que le corridor mais son comportement était bizarre. Et puis ... "

Il s'interrompt avant de lancer un regard interrogateur à Annaëlle, comme s'il lui demandait la permission d'en dire plus. La jeune femme comprend alors qu'il n'a pas du tout été dupe quand elle lui a certifié qu'il ne s'était rien passé, juste avant de rejoindre les autres. 

" Je crois qu'Annaëlle a vu quelque chose dans le hall, il y a quelques instants. "

Ben se tourne aussitôt vers l'étudiante. 

" Tu as vu quoi ? "

" Rien. " répond-t-elle immédiatement, plus par habitude que par honnêteté, avant de préciser à mi-voix, histoire de ne pas être entendue par tout le monde. " J'ai juste senti une présence. Comme un genre d'appel. Ca arrive parfois. "

Le cœur d'Annaëlle bat la chamade ; c'est presque comme si il allait sauter hors de sa poitrine. Il y avait longtemps qu'elle n'avait pas été aussi honnête vis-à-vis de sa capacité. Ca la met mal à l'aise. Ca la rend angoissée. 

Et légèrement euphorique aussi. Comme un sentiment de liberté. Elle en tremble même un peu.

" Heureusement, il n'a pas réussi à me toucher. " conclut-elle dans un soupir, en serrant ses mains l'une contre l'autre pour s'empêcher de trembloter des épaules aux chevilles, son sang saturé d'un brusque apport en adrénaline. 

" Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il se passe dans ce cas ? " demande Léo avec curiosité au moment où Ben esquisse une grimace.

" Des souvenirs. " explique ce dernier en se tournant légèrement sur sa chaise pour leur faire face, épargnant cette corvée à Annaëlle. " Par le contact, les esprits peuvent nous montrer leur mort. "

Léo frissonne.

" Ouais. " confirme Ben en se remettant face à son écran. " Et c'est aussi pourri que ça en a l'air. "

 

 

 

 

 

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