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Notes d'auteur :

Une fois n'est pas coutume, je me permets de glisser un petit message personnel pour qui ça intéresse : dorénavant, j'aimerais être plus régulière dans mes parutions, aussi, je vais ajouter un chapitre tous les 1 et 15 de chaque mois. Pardonnez-moi par avance si je n'arrives pas toujours à respecter scrupuleusement cette deadline. En vous souhaitant une bonne lecture !

Chapitre Sept


 


Même en le voulant, Annaëlle n'aurait sans doute pas pu faire une meilleure prédiction. La soirée ne pouvait que mal se passer. Surtout maintenant que les plans avaient changés ...


Alors qu'ils n'étaient plus qu'à quelques centaines de mètres de chez Tony, le meilleur restaurant de burgers de la ville, Amir, assis avec Léo tout à l'arrière du Scénic, avait reçu un coup de téléphone de la part de sa mère. Après un échange de quelques secondes, il en avait rapporté la teneur à l'ensemble des passagers de la voiture : 


" Toujours pas de nouvelles de Sarah. Ma mère nous demande de garder un œil sur le centre-ville, au cas où, pendant qu'ils cherchent près des bois. "


A ce moment-là, Annaëlle s'était demandé qui était la dénommée Sarah, et pourquoi des gens semblaient être à sa recherche. Elle avait jeté un coup d'œil autour d'elle pour voir si d'autres étaient aussi perdus qu'elle, mais ce n'était apparemment pas le cas.


Ce fut Noah, remarquant sans doute qu'elle se posait des questions, qui se chargea d'éclairer sa lanterne :


" Sarah est la fille des voisins d'Amir. Elle a sept ans et elle a disparu cet après-midi. "


" Ils se promenaient sur la plage des Mouettes, comme ils en ont l'habitude. " avait précisé Amir. " Ses parents ne l'ont quitté des yeux que quelques minutes, mais ça a suffi. "


Annaëlle avait senti un drôle de frisson lui parcourir la colonne vertébrale à ce moment-là. Cette disparition avait trop de points communs avec une autre, marquante pour la jeune femme, pour que ce ne soit qu'une coïncidence.


Annaëlle avait pris une grande inspiration pour chasser ces pensées indésirables, pour refouler le plus loin possible la vision du manoir abandonné qui avait peuplé bon nombre de ses cauchemars d'enfance.


" J'espère vraiment qu'elle est saine et sauve. " avait fait la jeune fille assise sur le siège passager, sans se retourner.


Sa voix fluette n'avait sans doute atteint que les oreilles d'Annaëlle, assise juste derrière elle. 


" Vous savez ce que ça me rappelle ? " avait alors renchéri le conducteur du Scénic, haussant la voix pour se faire entendre de tous par-dessus le volume élevé de la musique. " Il y a dix ans, la petite qui a disparu dans le même coin. Une gamine de touristes, non ? "


Le cœur d'Annaëlle s'était emballé alors que Léo répondait :


" Je m'en souviens, oui. Des Corses, non ? Ils n'ont jamais retrouvé la petite, je crois. "


Cette dernière précision avait jeté un silence froid dans la voiture.


Vite brisé par Noah.


" Personne n'a pensé à vérifier si elle n'était pas au domaine des Saules. Pourtant, il est juste à côté de la plage des Mouettes. On devrait peut-être aller y faire un tour, non ? Juste par acquis de conscience. "


Annaëlle avait tourné la tête, si vite qu'elle s'en était fait mal, pour fusiller son frère du regard. Il n'ignorait pas à quel point sa sœur avait cette partie de la ville en horreur. Au point d'avoir piqué des crises de panique et de pleurs auprès de leurs parents dès qu'ils soumettaient l'idée de faire un tour sur la plage des Mouettes, prisée par les gens du coin.


" C'est une bonne idée. " avait alors dit Amir. " Allons-y. "


Voilà pourquoi le Scénic se gare tranquillement, à quelques dizaines de mètres du vieux manoir en ruine, sur un parking ordinairement empli de véhicule dont les occupants venaient pour profiter du sable fin de la plage.


L'adolescent qui tient le volant serre bruyamment le frein à main. Annaëlle jette un œil par la fenêtre de la portière. 


Elle a une vue directe sur les clôtures en fer forgés, rouillés par le temps et le manque d'entretien, envahis de lierre et de glycines. Le jardin, laissé à l'abandon, entoure une demeure toute en pierre sales, aux multiples fenêtres, brisés pour la plupart, et aux volets de bois pourris, dont certains ne tiennent plus que par un gond. Malgré la pénombre qui s'installe, Annaëlle devine les contours de la véranda, tout en métal et en vitrail, de l'autre côté de la maison.


Les portes du véhicule s'ouvrent pour laisser sortir ses occupants. Annaëlle ressert sa prise sur les anses de son sac, à la recherche d'une bonne excuse pour pouvoir attendre les autres dans la voiture.


" Annaëlle ? Tu ne sors pas ? "


La jeune femme se retourne. Noah a rabattu son siège pour laisser sortir Amir, Léo attend qu'elle fasse de même. Elle n'a donc pas vraiment le choix.


Annaëlle s'extirpe de l'engin, la boule au ventre, puis permet au jeune homme de sortir à son tour. Avant qu'elle n'ait pu dire quoi que ce soit, il referme bruyamment la portière et son propriétaire verrouille le véhicule. 


La sécurité du Scénic lui est désormais inaccessible.


Annaëlle refuse de faire face à la bâtisse. Même à près de vingt mètres du manoir, elle ressent la présence de ses occupants : ses poils se hérissent, un froid mortel se glisse sous sa peau, rampe sur son squelette. Son estomac noué lui conjure de déguerpir au plus vite si elle tient un tant soit peu à la fragilité de son équilibre mental.


Face à la portière de la voiture, Annaëlle est confrontée à son reflet dans la vitre. Toute à sa peur insufflée par le domaine, elle en a oublié son autre hantise. 


Mais elle est bien vite ramenée à la réalité quand l'ombre qui l'accompagne depuis les premiers jours de son existence commence à s'agiter. Les yeux écarquillés, Annaëlle voit la brume sombre s'étirer par endroits, comme si elle voulait prendre forme humaine. Des bras se dessinent, des doigts se devinent, un visage se sculpte. 


Annaëlle serre les poings, l'estomac retourné, le souffle court, puis ferme vivement les yeux. 


Elle ne veut pas voir, elle ne veut pas savoir


Une main qui s'abat soudain sur son épaule la ramène au moment présent. Le sursaut et le petit cri apeuré qui lui échappe au contact soudain font peur à celui qui vient de la toucher. Léo, le regard surpris, retire prestement sa main et lui demande :


" Tu ne viens pas ? "


La jeune femme jette un œil autour d'elle ; les autres ont déjà commencés à s'avancer vers le manoir. 


Elle n'a absolument aucune envie de les suivre. 


" Je préfère rester ici. " lâche-t-elle à mi-voix, le souffle court. 


" Toute seule ? " s'étonne Léo en jetant un œil derrière lui, le visage plissé par une soudaine inquiétude. 


Annaëlle suit son regard jusqu'à découvrir un van, garé à quelques mètres d'eux, de l'autre côté du parking. Le bleu passé du véhicule, son aspect rouillé et les graffitis bigarrés qui l'ornent lui sont familiers, sans qu'elle ne parvienne à se souvenir d'où exactement.


Mais, peu importe, elle comprend ce qui inquiète son ancien camarade de classe : c'est l'idée de laisser une fille toute seule, en pleine nuit, près d'un véhicule suspect. 


" Bah alors, vous venez ? " s'écrie Noah qui, constatant qu'ils manquaient à l'appel, s'est arrêté pour les attendre et les héler.


Annaëlle a des envies de meurtre. Son frère n'ignore rien de la peur qu'occasionne le domaine des Saules sur elle, et pourtant, il semble bien décidé à l'obliger à les suivre et à y pénétrer. Elle reconnaît bien là Noah et sa détestable manie de vouloir la mettre dans des situations inconfortables en toutes circonstances.


Prudemment, Léo pose sa main sur l'avant-bras d'Annaëlle en une invitation à l'accompagner. 


" Je sais qu'elle fiche les chocottes à tout le monde cette baraque mais je te promets qu'on ne craint rien. Si tu savais le nombre de fois qu'on y est entré au lycée ... Et regarde-moi, je suis toujours en vie !"


Annaëlle esquisse un demi-sourire en laissant échapper un petit souffle, qui pourrait passer pour un rire, mais qui n'en ait rien. C'est plutôt de l'incrédulité.


" Tu n'as qu'à rester près de moi, d'accord ? " insiste Léo. " Et on fera vite. On vérifie juste que Sarah n'est pas entrée pour jouer et qu'elle est restée coincée à l'intérieur, ok ? " 


Annaëlle glisse un œil sur le visage du jeune homme. Il semble vraiment touché par son angoisse. Plus loin, elle entend les autres membres de leur drôle de groupe s'impatienter, en faisant le pied de grue devant l'entrée du domaine, attendant qu'ils les rejoignent. 


Annaëlle lâche un soupir. 


Elle se connaît. 


Elle sait qu'elle est fichue. 


" Pas plus de cinq minutes. " concède-t-elle alors. 


"Pas plus de cinq minutes, promis. " s'empresse de jurer le garçon.


La joie et le soulagement s'affichent sur tous les pores de son visage et il s'empresse de tirer Annaëlle à sa suite pour rejoindre les autres. Tirer est le bon mot puisque, malgré son accord, la jeune femme traîne des pieds, persuadée d'avoir prise la pire décision de toute sa vie. Elle se rassure en se disant que ce ne sera qu'un mauvais moment à passer, qu'elle devra juste faire comme si elle portait des œillères, des bouchons d'oreilles et une combinaison antifroid. Rien de ce qui vit - ou fait semblant de vivre - dans cette maison ne saura ce qu'elle ait et ce qu'elle peut faire. 


Hors de question. 


Alors que les deux jeunes gens s'approchent de leurs compagnons et de l'imposant portail en fer forgé, Annaëlle remarque que ce dernier est grand ouvert. Elle fronce des sourcils ; c'est bien la première fois que le domaine est aussi facile d'accès. 


Décidément, cette histoire sent de plus en plus mauvais.


" C'est bon, on peut y aller ? " s'exclame vivement le conducteur du Scénic, son visage boutonneux ridé d'impatience. 


" Du calme, Bastien. " le tempère aussitôt Léo d'un air sévère. " Je te rappelle que toi aussi tu as failli mouiller ton slip la première fois que tu es venu. "


L'adolescente aux couettes lâche un petit rire moqueur. 


" Sérieux ? Non mais quelle poule mouillée ! "


Bastien tente de se défendre mais tout le monde est plus occupé à pénétrer sur la propriété privée qu'à écouter ses excuses. Même Annaëlle, qui préfère être aux aguets, plutôt que de se faire surprendre bêtement par ce qu'il ne faut pas. 


En silence, ils font leurs premiers pas sur l'allée gravillonnée qui serpente jusqu'à l'entrée du manoir. Autour d'eux, des massifs floraux à l'abandon, certains morts, d'autres qui poussent au hasard, sans mains humaines pour les diriger, grignotant peu à peu l'espace de leurs voisins. Des arbres aussi, principalement des saules pleureurs - inutile de se demander plus longtemps d'où la propriété tire son nom - et des chênes imposants, dont les racines ne manquent pas de les faire trébucher, chacun leur tour, cachées sous des tas de feuilles. 


A mi-chemin de la porte d'entrée, qui se dessine en haut des quatre marches qui les séparent du perron, une fontaine sur pied délabrée. A la quantité de mousse, de feuilles mortes en décomposition et d'insectes en tous genres qui y ont élus domicile, il y a des années que la malheureuse n'a plus vu une seule goutte d'eau. La pierre blanche qui la façonne est grise de saleté et fissurée à plusieurs endroits. 


En passant près d'elle, l'adolescente taciturne aux longs cheveux noirs laisse ses doigts en frôler le rebord. Attirés par son mouvement, les yeux d'Annaëlle caressent à leur tour la fontaine, son bassin au bord crénelé et le poisson hissé sur sa queue, dont la bouche ne crachera plus jamais son jet au son supposé enchanteur.


Autour d'elle, la jeune femme sent le fond de l'air se rafraîchir considérablement. Elle regrette de ne pas voir pris de veste avec elle en quittant la maison familiale en trombe, regrette aussi d'avoir accepté de monter dans la voiture et encore plus d'avoir cédé aux beaux yeux de Léo. Elle qui s'était toujours silencieusement moquée des midinettes de ses multiples lectures, qui acceptaient naïvement tout et n'importe quoi sous prétexte qu'untel avait de trop beaux yeux - ou tout autre partie du corps d'ailleurs - la voilà, maintenant, sur le point de pénétrer dans la baraque la plus hantée qu'elle n'ait jamais connue, juste parce que le seul type qui lui a plu ces trois dernières années lui a assuré qui ne lui arriverait rien ... 


Sentant ses doigts devenir bien trop froids, Annaëlle les range sous ses aisselles. Tant bien que mal, elle tente aussi de contenir les tremblements incessants qui secouent son corps et qui s'intensifient au fur et à mesure qu'elle s'approche du perron délabré et de ses marches, qui grincent déjà sous le poids d'Amir, premier à atteindre le manoir.


Le vent se lève soudain, jouant avec les branches tombantes des saules dénudés et faisant s'envoler quelques feuilles. Gênée par des mèches folles qui viennent fouetter son visage, Annaëlle détourne la tête, le temps de remettre ses cheveux en place. 


Elle aperçoit alors quelque chose briller au sol, à quelques centimètres de ses pieds. Elle se penche pour regarder de plus près, voit une forme qui ressemble drôlement à un bijou. Son cœur fait un looping quand elle croit reconnaître le bracelet fétiche de sa grand-mère. Précipitamment, Annaëlle se penche et ramasse l'objet, confirmant ses doutes. Les pierres polies, ensemble de pierres de sel, d'améthyste, de cristaux verts et d'autres noirs, sont comme dans son souvenir, bien qu'encrassées par les années écoulées, passées dans la boue. 


Comment le bijou préféré de sa mamie Jeanne a-t-il pu se retrouver là ? 


La jeune femme se souvient, enfant, l'avoir cherché pendant des jours après l'enterrement de sa grand-mère, quand elle avait vu, dans le cercueil, que la vieille femme ne le portait plus. En vain, bien entendu. A l'époque, elle avait pensé qu'il s'était perdu dans l'accident de voiture qui avait pris la vie de sa grand-mère, s'était sentie lésée de ne pouvoir finalement obtenir cet héritage que sa mamie Jeanne lui avait promis, dès son plus jeune âge. 


Abasourdie par cette coïncidence étonnante, Annaëlle s'empresse de passer le bijou à son poignet et de rejoindre les autres. Léo l'a attendu au pied du perron et c'est ensemble, qu'ils grimpent les marches qui mènent à la double porte en bois et aux vitraux colorés et poussiéreux qui dessinent une rose aux pétales ouverts. 


Tous les autres sont déjà à l'intérieur, réunis dans le petit hall au plancher qui craque. Ils ne disent toujours pas un mot. Annaëlle commence à s'étonner de ce mutisme de leur part, eux qui avaient semblés si bruyants et plein de vie dans la voiture. 


Comme si, eux aussi, à leur propre échelle, sentaient que quelque chose clochait en ces lieux.


" C'est quoi tout ce bordel ? " s'exclame alors bruyamment Bastien, contredisant, sans le savoir, les pensées d'Annaëlle.


Amir, Noah, Bastien et les deux jeunes filles ont leurs yeux fixés sur un coin de la pièce, où une pile de caisse en métal, d'épais fils électriques et du matériel électronique attendent patiemment. 


" Ce n'était pas là la dernière fois qu'on est venue. Hein, Alice ? " affirme l'adolescente aux couettes châtains, cherchant confirmation auprès de son amie taciturne.


Cette dernière acquiesce d'un signe de la tête. Noah et Bastien s'approchent prudemment du matériel qui semble avoir été déposé là depuis peu et commence à fouiller, alors qu'Amir disparaît dans la grande pièce sur leur droite, séparé du hall par une arche en forme d'ogive. 


" Il y a des caméras, et d'autres trucs que je n'arrive pas à identifier. Je crois qu'il y a un compteur Geiger aussi. " leur apprend Noah, repoussant ses cheveux blonds qui lui sont tombés sur les yeux quand il s'est penché pour inspecter le contenu d'une des caisses.


" Ca doit valoir une petite fortune tout ça. " dit alors Bastien. " Je pense qu'il y a déjà quelqu'un dans la maison. "


Et certainement une personne qu'on avait invitée à venir, si Annaëlle se basait sur le portail du domaine qu'ils avaient trouvés ouvert. 


" On ferait peut-être mieux de partir. Je ne crois pas que ces gens, qui qu'ils soient, soient ravis de tomber sur des curieux dans notre genre. " intervient Annaëlle en se détournant déjà, en préparation d'un repli stratégique général.


" On est venu pour chercher une gamine qui a disparu depuis des heures. Je ne pense pas qu'on nous en voudra d'avoir tenté notre chance dans une baraque abandonnée depuis des décennies. " contra alors Noah, en prenant la direction de l'arche qu'Amir a franchi quelques instants plus tôt.


Les deux jeunes filles font de même, tandis que Bastien reste fureter un peu du côté des caisses. Annaëlle lâche un profond soupir puis jette un œil à sa montre. Cela fait déjà deux minutes qu'ils sont entrés. Plus que trois et son calvaire sera terminé. 


C'est à ce moment-là qu'elle prend conscience que la chair de poule, le froid mortel qui se glisse sous la peau et l'appréhension habituelle, lié à la présence de fantômes, ne sont plus. Elle se sent ... normale. 


Comme d'habitude, comme si rien de paranormal n'existait dans un environnement proche. 


Sauf que c'est impossible. Pas au domaine des Saules. Pas dans la maison alors que toute sa vie elle l'a eu en horreur, rien qu'à marcher le long de la plage en s'approchant petit à petit de la propriété. 


Impossible qu'entre ces murs, elle ne se sente pas oppressée, indésirable, guettée. 


Presque sans rendre compte, Annaëlle se met à jouer avec le bracelet de sa défunte grand-mère, fait rouler les petites pierres en un geste apaisant. Son regard erre sur le bois des murs et du plafond, sur l'escalier d'angle qui mène au premier, sur le corridor ouvert de l'étage et sa balustrade sculptée qui court sur toute la largeur du hall. 


" Rejoignons les autres. " dit alors Léo, en posant une main dans son dos pour l'inciter à passer à son tour dans la pièce adjacente.


Préoccupée par ce manque de sensation étrange, Annaëlle se laisse docilement guider. 


Ils pénètrent alors dans un immense salon, aux meubles recouverts de draps autrefois blancs, et à présent marron de saletés et déchirés. Sous les larges morceaux de cotons, elle devine des canapés ou des guéridons, voit dépasser les pieds d'une bonbonnière, d'un bahut et d'autres meubles de rangement. Une vieille cheminée habille le centre du mur de droite, sur un bon quart de sa taille. Tout au fond de la pièce, une autre arche sculptée donne accès à la véranda de verre qui, dans un autre temps, semble avoir servi de salon d'été.


C'est d'ailleurs là-bas que se trouve déjà Amir, occupé à inspecter chaque recoin de la vieille maison. Il semble être le seul à réellement chercher la petite fille disparue. Bastien s'étale dans l'un des canapés, soulevant un nuage de poussière au passage ; Noah s'approche d'Alice qui, accroupie entre deux meubles, semble chercher quelque chose ; et enfin, la dernière adolescente, dont Annaëlle ignore toujours le nom, se plante devant un miroir accroché au mur et piqueté de vert, pour refaire son maquillage. 


" Nous ne sommes pas censés chercher Sarah ? " s'interroge alors Léo à voix haute, les sourcils froncés en voyant le spectacle qu'offrent ses amis.


" Amir semble pouvoir s'en charger tout seul. " répond Bastien, en donnant un coup de tête en direction de la véranda. 


Annaëlle voit Noah relever la tête à la question de son ancien camarade de classe mais il se contente de leur jeter un coup d'œil avant de reporter son attention sur la jeune fille qu'il accompagne. Tous deux parlent à voix basse, leurs chuchotements empressés étant la seule chose qui trouble le silence ambiant.


" Je monte vérifier les étages. " annonce Léo. " Qui vient avec moi ? "


" Je t'accompagne. " répond aussitôt Amir, revenant de la véranda. 


Annaëlle se tourne vers Léo, indécise. 


Loin d'elle l'envie de tenter une incursion plus profonde dans la maison du diable mais, en même temps, elle ne se sent pas tellement à l'aise à l'idée de rester avec les lycéens. Notamment parce que Bastien vient de sortir une bouteille d'alcool de sous le canapé et que l'adolescente aux couettes le rejoint avec entrain, certainement attirée par l'ivresse en devenir.


Heureusement, Annaëlle n'a pas besoin de prendre une décision dans l'immédiat. Tout comme elle, chacun se fige soudain, leurs regards attirés par l'arche qui les sépare de l'entrée de la maison.


Dans le hall, des bruits de pas retentissent.


 


 


 

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