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LA BALADE DES GENS HEUREUX


La pluie tombe drue
Moi je saute dans les flaques
Moi l'ennui je le tue
Lové dans mon anorak

Le froid ne m’atteint pas
Car je brûle d’aventure
Je compte jusqu’à trois
Puis me change en chevalier dans son armure

Mon destrier foule les feuilles mortes
Et mes éperons lacèrent le trottoir
L’imagination me porte
Tandis que je conquiers ces territoires

La rue est mon royaume
Et les passants des personnages
« Ne t’éloigne pas, Guillaume ! »
Rappelle maman dans mon sillage

Maman me prend par la main
Pour traverser la route
D’un air tout sauf serein
Je me demande ce qu’elle redoute

Alors j’imagine :
Un sorcier, un voyou, une dragonne !
Ou l’une de ces féroces machines
Qui nous frôlent et nous engoudronnent

« Je vous défendrai, Ma Dame !
Contre les monstres de la ville !
Contre les bêtes ! Contre les infâmes !
Qu’ils soient dix, ou cent, ou mille ! Cent mille !
»

Maman sourit et dépose un baiser
Sur mon front débordant de fantaisie
« Les Dames aussi ont des épées
Qu’elles aiguisent toute leur vie
»

Je hoche la tête et descends de mon cheval
Pour marcher avec elle, un peu
Maman semble pâle
Tout ceci a l’air plutôt sérieux

Le silence est troublé par les gouttes
Qui tombent entre nos pieds
Je tire la langue et les goûte
Maman me demande d’arrêter

Maman a les lèvres couleur cerise-juillet
Et des yeux gris-perle
J’aime quand on rit à gorge déployée
Aux mésanges et aux merles

Mais aujourd’hui ce n’est pas très gai
De marcher avec elle
À croire que les rires se sont envolés
Avec les hirondelles

Est-ce l’arrivée de l’automne
Ou celle de la pluie
Ou bien le coup de téléphone
Qui ont tout détruit ?

« Ne pleure pas, Maman »
Je supplie, le cœur serré
« Ils reviendront bien, le printemps
Et l’été !
»

La pluie s’écrase sur ma cuirasse
Je suis à la fois chevalier et conteur
Moi la peine je la terrasse
Moi je tiens loin la douleur

La boue et les feuilles se coagulent
Sur mes bottes en caoutchouc
Quand je suis dans ma bulle
Que l’automne est doux !

Le vent bat mes oreilles
Fouettant mon épiderme
Laissant mes joues vermeilles
Et le bonheur en germe
Note de fin de chapitre:
Le titre de ce poème est inspiré de la chanson La Ballade des gens heureux, de Gérard Lenorman. J'espère que la balade vous aura plu, merci pour votre lecture.
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