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Notes :
Merci à Verowyn pour sa correction et à Jolande des Bouvrie, qui m'a autorisée à me servir de sa photo.
Mes pieds rampent au sol.

Se trimballer toute une vie, aimer, mentir, mourir, tout ça pour n’être plus qu’un tas de passé sans avenir. J’aimerais dire que non, mais c’est tellement tout toi, tellement tout moi.
Il y a juste ces moments où on tremblait sur le plancher pour ne pas s’y convulser, accrochés l’un à l’autre pour mieux se perdre.

De pièces en monnaies, on s’est tout pris, tout rendu. C’était notre économie, notre système à nous. D’ailleurs, il n’y a que là que le nous intervenait. C’était toi, toujours, et moi, parfois. Moi sous les coups, moi sous les pleurs. Moi sous les draps, mais qui s’en soucie ?

J’aimerais te dire que je m’en veux. Ou alors, je sais pas, j’aimerais te dire que je t’en veux. Ca oui, si fort. Mais je t’entends déjà couvrir de sanglots tes cris infâmes. C’est comme ça, chez toi, tu couvres le fort de tes faiblesses misérables. Il faut la chercher, ta beauté, sous les morves de tes larmes.
Mais voilà, elle est là, je l’ai pressée, serrée, frottée. Je l’ai masturbée, ta beauté, et j’en ai joui. Ca ne disparaît pas comme ça, en un jour, quoi que tu en dises, mais en un jour devient le lit trop grand.

Donc voilà. Je m’y couche en diagonale, ma tête est toi, mon cul est moi, et quand je rêve trop, mes pieds dépassent du drap.
Je n’existe qu’à moitié, je suppose. Après, c’est pas un drame, hein. Je peux pas trop dire si j’ai perdu les couilles ou la tête, mais on vit sans sans problème, franchement.
Donc, bon, tu ne reviendras pas, il ne restera de tout ça que quelques bleus sur ton corps. Même ça s’estompe, et je vois déjà à travers tes muscles congestionnés, ton sang qui coule sans foi et l’infâme couleur de tes os. Les fleurs qui t’attendent toujours sur la table du salon et la bague que tu ne verras jamais. Je le dis au cas où ça t’intéresserait, elle est vraiment belle, cette bague, j’ai vraiment fait attention en la choisissant. En argent, parce que tu portes mieux l’argent, et puis ça fait plus distingué. C’est froid comme un regard, ça te va bien. Avec juste, au milieu, comme une vaguelette d’un bord à l’autre pour casser la rigueur.
Maintenant, la question, c’est un peu ce que j’en fais. Je me dis qu’elle peut partir avec toi, faire quelques sous pour l’oubli. Ou alors, il y a l’option du lit, la laisser sous l’oreiller pour les soirs où ça fait mal.

Un truc pour la conscience.
Ce n’est pas comme si les rouges et les bleus trop violents de l’église aidaient encore. J’ai voulu y aller, une fois, pour me calmer d’un truc. Tu avais pleuré, je crois, et, putain, que j’avais mal. J’aimais pas te voir comme ça, et puis, aussi, avec toi, je sentais toujours plus fort. En tous cas, il y avait Jésus en face, et j’avais beau marcher doucement, il entendait chacun de mes pas comme si je l’avais fait mille fois. Et il ricanait, du haut de sa croix. Mon gars, j’ai grandi pour porter la planche où on m’a cloué et j’attends toujours. J’aurais bien dit pardon, mais ça n’aurait rien changé, il restait là, et moi, j’étais toujours comme un con avec toi sur les épaules et rien à faire de la soirée. J’ai été dans un bar du coin où ils passaient du Jazz. Ca n’a pas aidé non plus, mais c’était approprié, du coup l’alcool passait mieux.

J’ai vu des choses, ce soir-là. Ca ressemblait à des lambeaux de vérité. C’était noir et blanc mais le vrai blanc de toutes les couleurs et le noir souillé des mélanges ratés.
Les gens étaient des squelettes sans os, comme les formes de leurs impressions, et ça glissait de l’un à l’autre. On se percutait sans tomber, et les morceaux volaient, giclaient des êtres aux choses. C’était visqueux ou grumeleux, plat parfois, ou tranchant. Ca pouvait n’être qu’un souffle.
Et tout tournait, tout tourbillonnait, mais lentement, comme en suspension.

Je me suis réveillé la tête brûlante de ce que je ne saisissais pas, et j’avais dans le ventre les gerçures de la veille. Tu avais déjà fait le café, du coup, nous ne nous sommes pas parlé de la journée.
Les petites choses de tous les jours, tu sais, les touches d’enfer dans notre quotidien. Ca n’allait pas mal entre nous, vraiment, mais parfois, tu répondais et je répliquais. A chacun son caractère.
De temps en temps, tu disais que tu en avais marre, tu faisais tes bagages, et je te prenais dans le couloir, presque toujours contre la commode à clefs. Après, tu restais, parce que de toutes façons, chez ta mère c’était pire. Et je n’ai jamais vécu chez ta mère, ce qui réglait définitivement la question.

Tu m’aimais, je t’aimais, d’une certaine manière tout allait bien, mais il faut bien reconnaître que, quelque part, nos mécanismes ont rouillé. Il n’y a qu’à voir le tapis souillé de nos disputes.

J’ai essayé, vraiment, de tout raccrocher, de rapprocher nos corps perdus l’un pour l’autre. C’étaient les baisers au détour d’un restaurant, les soirées au théâtre où le monde entier semblait nous déclamer et les pralines que tu refusais de manger.

Nos mains se frôlaient sous la table. Je tends la paume, la tienne y balance toujours. Sous mes doigts, ta peau bleuit. Tes ongles m’ont arraché le bras. J’aimerais te dire que c’est égal, mais voilà, on a tout lâché, tout lesté, et mes pieds rampent au sol.
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